Quelle décadence... [PASSE : juillet 297 4A]

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Sombre-Chêne
Seigneur de Fondcombe - Sage Elfe
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~ GRIMOIRE ~
- -: Elfe de la Forêt Noire
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Mar 1 Sep 2009 - 20:07

C'était décidé. C'était la dernière fois qu'il venait. Plus rien ne pouvait l'inciter à refaire des affaires dans ce royaume décadent. Il y avait crû un moment, pendant trois ans. Même pendant cette dernière année, alors qu'il avait vu le Rhûn lentement s'enliser dans un marais immonde et dégoutant, il avait espéré qu'Alâhan réussirait à sauver son royaume. C'était maintenant peine perdue. Le Peuple d'Orient venait de lâcher d'un coup la corde qui lui aurait permis de sortir de ce bourbier.

Sendhar, commerçant prospère de Dale. Cela faisait plusieurs dizaines d'années qu'il vendait et achetait à Vieille Tombe. Le schéma était simple : les quatre premiers mois de l'année il était à Dale et vendait les marchandises qu'il avait lui même acheté dans les divers villes de Rhûn. Les huit mois suivants, il était en vadrouille dans l'Est et vendait des produits venant de Dale, Esagroth, d'Erebor et même de la Forêt Noire, tout en reconstituant des stocks de produits orientaux, dont les Hommes de l'Ouest étaient souvent friands. C'était une affaire qui tournait bien. Un travail difficile, certes, mais qui garantissait à Sendhar un fin de vie tranquille.

Cinq ans plus tôt, avec la fin de la guerre et la nouvelle alliance, le commerce était devenu encore plus fructueux. Le fameux vin du monastère de Sâphrah, qui jusqu'alors n'arrivait à Dale que par lot de neuf ou dix bouteilles, parvint à l'Ouest par tonneaux entiers. De même pour les tapisseries de Vieille-Tombe et les bijoux d'Albyor. Inversement, les Rhûniens prenaient de plus en plus goût aux denrées de l'Ouest, vainquant un scepticisme ancestrale. Le royaume d'Alâhan s'enrichissait, la prospérité guettait chacune de ses villes. Même Albyor semblait être devenue plus sûre. Même l'influence du sombre culte de Melkor paraissait s'estomper. Comment avait-on pu faire un tel bon en arrière dans le passé?

Tout était en fait parti d'une bonne intention d'Alâhan, qui voulait à tout prix conserver cette paix presque magique tant elle semblait irréelle. Une seule entité était capable de la faire vaciller : le culte de Melkor. Il fallait donc le faire disparaitre. Des enquêtes, de l'espionnage et des infiltrations s'étaient faits partout où se trouvaient des groupes de fanatiques. Des informations avaient été récoltées pendant trois ans, puis dévoilées au grand public. L'objectif : le dégouter du culte. Sans fidèles, pas d'avenir pour les Melkorites, alors condamnés à dépérir lentement, à perdre lentement mais sûrement tout pouvoir qu'ils pouvaient avoir. L'intention était bonne. Mais c'était sous estimer les servants du Seigneur Noir.

Avaient-ils prévu d'agir de la sorte? Sans doute. Cela expliquait leur absence de réaction aux enquêtes et infiltrations, qu'ils ne pouvaient qu'avoir découvertes. Ils avaient pris des risques. Leur pari était fou. Mais ils avaient réussi.

-Quelle décadence... se lamenta Sendhar.

Qu'avaient-ils fait? Ils n'avaient même pas démenti, mais réussi à rameuter du monde à leur cause. Comment? En jouant les victimes. Comment le gouvernement pouvait impunément s'attaquer à un culte sacré, qui avait survécu à travers les millénaires? De quel droit exigeait-il la disparition d'une entité si ancienne, lui simple mortel? Comment pouvait-il simplement croire y arriver? Les Melkorites accusaient Alâhan de traître : il reniait l'essence même de son royaume, de sa nation. Oubliait-il quelle statue trônait dans la salle du trône à Blankânimad, et surveillait chaque conseil? Avait-il vraiment conscience de ses actes en s'attaquant à quelque chose d'aussi sacré?

Et quelle légitimité avait un gouvernement d'accuser des actes soit disant brutaux, alors que ses propres fonctionnaires se livraient à des activités indignes de leur rang? On parla d'un capitaine à Albyor, qui sortait la nuit et faisait lui-même la justice. Les exemples abondaient : certains protégeaient des scélérats pour quelques bourses, d'autres se livraient au trafic, d'autres encore avaient été vus dans les quartiers les moins recommandés de Rhûn, assouvissant leur désir parfois sur de simples enfants.

Et c'était la même organisation qui blâmait les sévisses corporels que s'infligeaient les fidèles. D'ailleurs, où était le mal? Jamais personne n'avait été forcé à se mutiler dans l'enceinte d'en temple Melkorites. Ceux dont le sang avaient coulé avait eux-mêmes choisi cette voie et arborait avec fierté leur cicatrices comme marque inaltérable de leur dévotion à Melkor. C'était un honneur pour eux.

La conclusion était claire. Alâhan voulait éradiquer les Melkorites parce qu'il avait peur d'eux. Avec eux, il ne pouvait assoir son pouvoir comme il le voulait sur ses terres. Et c'était ce qu'on appelait liberté? C'était ce qu'avait apporté l'alliance avec l'Ouest? Ne soyez pas dupes, criaient avec force les orateurs du Seigneur Noir. Après nous, à qui s’attaquera votre roi ?

La violence de se retour sur la scène avait déstabilisé le vieux roi. Il n’avait pas réagi assez rapidement, et lentement, le Rhûn avait sombrer. D’abord, les citoyens lambdas qui ne discernaient pas les objectifs des Melkorites et gobaient tout leur discours sans réfléchir vinrent grossir le mouvement, sitôt suivi par les grands de la cour, depuis toujours hostiles à l’alliance et à Alâhan. Ceux-là étaient restés calmes les trois années précédentes, et si leur réaction étaient prévisible, elle perturba leur souverain. D’autres, qu’il croyait fidèles, grossirent le mouvement (sans doute avaient-ils étaient gagnés lors de l’absence du roi, parti pour la guerre dans le Nord). Ceux qui voyaient seulement leur intérêt personnel, voyant la une menace grandir, rejoignirent les fanatiques. Et peu à peu, Alâhan vit le nombre de ses hommes fidèles se réduire : les autres, voyant le vent tourner, l’abandonnaient. Cela s’échelonna sur deux ans, lentement et inexorablement. C’était un coup de maître.

Et puis, il y avait eu l’événement. Ca s’était passé cinq jours plus tôt, Sendhar n’en avait été informé que la veille. C’était parfaitement calculé. Plus tôt, les fanatiques risquaient le soulèvement. Là, cela arrivait à point. Le risque d’échec était quasi nul.

Donc c’était décidé. Il partait. Il ne pouvait passer un jour de plus ici. Même Vieille-Tombe, de réputation relativement calme, n’était plus fréquentable aux yeux du marchand. Ses cinq charrettes venaient de passer la porte. Le vieil homme jeta un regard nostalgique et triste sur les remparts de la cité.

-Quelle décadence…


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