Une piste rouge sang

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Théomer
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Dim 30 Sep 2018 - 16:52

"Quand êtes-vous prêts à vous mettre en route ?"
Si la phrase avait été posée telle une question, tu l'avais perçue comme un ordre. Tu voulais que ce soit un ordre. En réalité l'inaction te pesait depuis de trop nombreux jours. Et maintenant que Leda était partie... Tu ne voyais nulle réelle compensation, nulle motivation à continuer à rester récupérer entre ces murs.
Comme le jeune étalon sauvage voyant enfin s'ouvrir la porte de l'enclos, tu n'as plus qu'une envie: prendre le large, partir, t'ébattre. En te privant de Leda en te condamnant à l'oublier, il ne te restait plus qu'un seul objectif. Un objectif principal.

"Tirez cette affaire au clair et si possible mettez un terme aux agissements de cet Ignus."
Nul réel besoin de compensation ou de promesses. Et même si tu mesurais l'importance symbolique de celle du Vice Roi, cette cape de la Garde Royale n'avait nul besoin de t'être promise pour te lancer dans cette mission. Il y avait autre chose. Une motivation beaucoup plus profonde, un instinct beaucoup plus primitif et sauvage. Le désir de vengeance. Le souhait de trouver des réponses qu'on te promettait ailleurs. La volonté de démêler les raisons de toute cette histoire. Et au bout, ce souhait de revanche.

Tu as décidé de partir le lendemain. De passer une dernière nuit sous les toits d'Edoras dont tu auras pu pendant de si longues journées contempler les charpentes en détail, mais aussi te donner le temps restant de cette journée pour préparer ton départ.
Mortensen t'a promis ordre de mission et courrier d'introduction auprès du Bourgeois. Mais il te faut aussi préparer ton paquetage pour cette nouvelle mission. Si ton harnois a été jugé récupérable par l'armurier de la course, ta lance ton épée et les restes de ton bouclier gisent quelque part dans un vallon, sur un sol ravagé par le feu et les affrontements. Certes la hache semble avoir été faite tienne, mais tu te sentirais nu sans ton harnachement habituel.
Il te faut également un nouveau cheval. La pauvre bête qui a réussi à te mener jusque sous les murs d'Edoras n'est toujours pas jugée apte par les garçons d'écurie à reprendre du service. Et trouver une monture a même de remplacer le valeureux Nivafel que tu avais élevé dès son plus jeune âge n'est guère chose aisée.
Enfin, le paquetage proprement dit.
Partout l'ombre de Mortensen t'ouvre des portes et facilite grandement tes demandes. Être en mission pour le Vice Roi aplanit beaucoup de tracas logistiques.

Tu pars le lendemain.
Le temps de faire une rapide toilettes, non sans quelques élancements.
Le temps de t'habiller et revêtir ton harnois. Une première depuis longtemps' et non sans grimacer. A en croire que les guérisseurs jugeant ton départ précipité n'auraient pas tord.
Le temps enfin de t'assurer avoir bien les papiers signes de la main du Vice Roi, les provisions et équipement suffisant pour la durée estimée de ton voyagé avant d'enfin te mettre en selle. Avec un discret grognement de douleur.
Mais rien ne saurait plus te retenir.
Tu es de nouveau en mission.
Pour le Rohan.
Pour tes frères.


Dernière édition par Théomer le Jeu 4 Oct 2018 - 14:01, édité 3 fois
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Ryad Assad
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Mer 3 Oct 2018 - 21:43
Le Rohan, ses plaines, ses champs et ses gens…

Tant de choses avaient changé avec la guerre, les massacres, les trahisons… et pourtant il restait quelque chose d'inaltérable dans ces paysages à la fois apaisants et rudes. De belles collines qui, bien que couvertes d'une herbe rase et brûlée par le soleil, étaient accueillantes et invitaient au voyage. Et ce vent qui battait toujours sur la peau. Et ce parfum de liberté et d'insouciance. Comment ne pas se laisser happer par l'émotion, et par une sincère joie de pouvoir galoper dans l'immensité ?

L'aventure attendait le jeune Théomer qui, le regard fixé vers l'est, était promis à un voyage à la fois difficile en raison de ses blessures et de son état de fatigue, mais également revigorant. Il allait retrouver des forces en selle, et s'il endiguait la souffrance et la faisait sienne, il serait capable de sortir plus fort de cette longue chevauchée qui l'attendait. A bride abattue, il en avait pour trois jours avant de rallier la frontière du Gondor, mais il n'était pas capable de voyager à une telle vitesse avec un seul cheval, ce qui signifiait qu'il devrait se restreindre, faire preuve de patience, et accepter de retarder son arrivée dans le grand royaume des Hommes.

Chance ou malchance, les plaines du Riddermark étaient bien moins fréquentées que d'ordinaire. Les hommes du royaume avaient amené leurs troupeaux sur les contreforts des montagnes naines – le seul endroit où il restait de l'herbe bien verte – pour les y faire paître et éviter que la chaleur écrasante qui succédait au Rude Hiver n'aboutît à un désastre absolu. Les cultures avaient souffert, et si les animaux succombaient à la faim et à la soif, le Rohan allait au devant d'une très grave crise alimentaire, qui touchait déjà certaines régions parmi les plus reculées. Traverser le Rohan, pour Théomer, était aussi une manière pour lui de renouer avec la réalité du royaume qu'il défendait. Une réalité dont il avait été coupé pendant sa convalescence, aux bons soins de Leda qui s'était efforcée de le protéger.

Leda…

La jeune femme avait disparu de la vie du cavalier aussi vite qu'elle y était entrée, en laissant un goût amer et inachevé… Comme si les sentiments naissants et réciproques qu'ils développaient l'un pour l'autre avaient été piétinés par le destin avant de pouvoir éclore et donner de superbes fruits. Chevaucher vers l'est, c'était aussi une façon de se rapprocher d'elle, car elle avait été contrainte d'emménager dans l'est du royaume, près des bouches de l'Entalluve, que l'on appelait aussi Entévière. Il passerait seulement à quelques lieues au sud de là où elle habitait, s'il suivait la route principale. Comme un rappel douloureux que les frontières qui les séparaient étaient seulement symboliques : les interdictions qu'ils s'imposaient l'un et l'autre d'aller contre leur devoir.

Les premiers jours de son périple furent relativement doux pour Théomer. La chaleur était toujours pesante, mais il pouvait chevaucher en laissant ses vêtements les plus chauds de côté, ce qui n'était pas désagréable. Il avait l'avantage de pouvoir aller à son rythme, sans avoir à subir la pression d'une compagnie qui lui aurait imposé une allure forcée. Quand il était fatigué, il pouvait se reposer, et quand il se sentait assez fort pour poursuivre, il pouvait gagner quelques précieuses heures. Les gens qu'il croisait sur son chemin, principalement des femmes restées en arrière pendant que leurs maris partaient chez les Nains, elles le dévisageaient avec un peu d'étonnement, et parfois une certaine méfiance. Les gens du peuple étaient marqués par la guerre civile, par ces bandes armées portant les couleurs du Rohan, mais qui débarquaient le soir pour traquer les traîtres et tuer leurs opposants. Les troupes de Hogorwen avaient commis des exactions inavouables, et le pardon accordé aux soldats par le roi n'avait pas fait oublier que certains des assassins avaient désormais réintégré les rangs, et arpentaient librement le royaume. Quelques enfants adressèrent des signes de la main au cavalier solitaire, mais leurs parents se montraient un peu moins chaleureux…

Le Rohan avait besoin de temps avant de retrouver son unité.

Sur la grande route qui reliait le Gondor à l'Arnor en traversant le Riddermark, Théomer croisa assez peu de marchands. Ils lui expliquèrent que les frontières du Gondor étaient fermées. L'un d'entre eux, qui appartenait à une petite caravane qui avait accueilli le soldat au troisième soir, lui avait expliqué :

- On dit qu'une grande armée venue de l'est attaque le Gondor. Des démons surgis tout droit des pires cauchemars, qu'on raconte. Y a des hommes qui patrouillent aux frontières, des hommes de Mephisto : ils conseillent aux gens de faire demi-tour, de pas se risquer là-bas. On peut pas dire que ce soit la grande joie…

Il avait craché un pépin dans les flammes, et s'en était retourné à parler de choses et d'autres avec son fils, qui se plaignait du mauvais état du chemin, et des conséquences sur leur attelage. Théomer avait repris la route, le lendemain en les quittant, puisqu'ils chevauchaient vers Edoras pour s'y reposer. Les jours passaient et se ressemblaient pour la plupart, la monotonie du voyage gagnant peu à peu sur l'émerveillement que constituaient les Montagnes Blanches au sud, et les superbes paysages de la Marche.

Par un après-midi apparemment anodin, Théomer finit par apercevoir quelque chose d'étonnant. Ce qui ressemblait à un homme menant un chariot rempli de meubles à toute allure. Il ne s'arrêta pas en voyant le cavalier solitaire au milieu de la route, sans même paraître remarquer qu'il s'agissait d'un soldat du Rohan. C'était une vision étonnante, qui aurait pu paraître singulière si une heure après le jeune cavalier n'avait pas vu d'autres silhouettes apparemment pressées qui s'éloignaient en portant sur eux leurs biens et leurs dernières bêtes. Les poules caquetaient, les enfants pleuraient, et les adultes s'efforçaient de forcer l'allure malgré le poids de tout ce qu'ils portaient. Le vieil âne mis à contribution menaçait de s'écrouler sous son chargement, mais il continuait à avancer vaillamment, soutenu par deux enfants qui l'encourageaient à continuer.

La présence de Théomer fut remarquée par un des jeunes, qui se mit à crier à l'aide, et à appeler le cavalier avec de grands signes de main. Quand celui-ci fut suffisamment proche, il put remarquer que deux des hommes, qui commençaient à se faire vieux, portaient un brancard de fortune sur lequel était allongée un adolescent. Il avait été blessé à la jambe, et de toute évidence il souffrait beaucoup. Son visage était pâle, ses traits tirés, et il regardait le cavalier avec un mélange de crainte et d'espoir. Un des hommes, au bord de l'épuisement, lança :

- Par tous les Valar, merci de vous être arrêté ! Auriez-vous quelque chose pour le soigner : des simples, ou quoi que ce soit de cet ordre ? Sa blessure va s'infecter si on ne fait rien, et ils nous ont tout pris…


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Jeu 4 Oct 2018 - 15:01
En ayant conscience à l'avance qu'il serait illusoire d'espérer faire le voyage a bride abattue, le dur rappel à la réalité de tes blessures t'obligèrent même à une attitude encore plus posée qu'il n'était nécessaire. Ton choix de monture s'était finalement posé sur un jeune étalon de six ans, à la robe souris, et au front marqué par une étoile blanche, prénommé Agarön. La bête était fougueuse, te rappelant Nivafel par cet aspect, et il t'avait fallu au départ brider ton nouveau destrier, qui semblait trop heureux d'enfin quitter les enclos d'Edoras.
Le premier jour ft calme, la monotonie de ta lente et prudente chevauchée, rythmée par les vallons et traversées de rivière. Habituellement, contempler les étendues sauvage du Rohan auraient suffi à désemplir ton coeur d'amertume. Mais au delà du triste constat de la sécheresse persistante, et de plaines désertées de ses troupeaux et fermiers, il y avait bien sûr Leda. Encore et toujours.

Tu avais pensé que cette nouvelle mission t’ôterait de l'esprit ces souvenirs encore trop frais mais si douloureux. Hélas, la calme chevauchée imposée par ton état lui laissait libre cours pour ressasser tous ces moments passés ensembles. Ces espoirs. Ces sentiments inavoués.
C'est seulement le matin du deuxième jour, en quittant la ferme ou tu avais été accueilli la veille, que tu avais douloureusement reconnu que ton trajet t'amènerait non loin de sa future demeure. Ton cœur s'était serré. Affreuse punition. Douloureux faux espoir. Que pouvais tu espérer d'une telle situation? Faire un détour pour tenter de la voir? L'approcher? Voire même, et ton esprit n'avait pu s'empêcher d'imaginer un court instant la scène, l'enlever? La ravir à son funeste destin?
Hélas. Cela t'était impossible et tu le savais. On avait beau te traiter d'impétueux et de sang chaud, tu savais au fond de toi que pareille tentative serait vouée à l'échec. De plus, comment oublier ton sens du devoir. Comment mettre de côté ta mission et renier la confiance du Vice-Roi?
Dur tiraillement qui déchire parfois au sein de la même personne, l'homme et le soldat. Mais cette fois-ci, le sens du devoir serait le plus fort. Il se devait de l'être.
*****

Un autre jour. Tu as croisé d'autres gens, ressenti cette méfiance qui émanaient de la plupart d'entre eux, cette crainte permanente. Une fois de plus, tu contemplais les vestiges d'un royaume brisé qui avait bien du mal à se remette des luttes fratricides et des guerres sournoises.
Pendant les soirées, lorsque tu rejoignais une communauté, un camp ou une caravane, tu récoltais les rumeurs et ragots des différents endroits dont venaient tes compagnons d'un soir. On parlait, souvent avec défiance, du jeune roi, toujours quelque part dans les bois de l'Isengard. On rapportait d'étranges ragots sur la cour de Minas Tirith. Et on faisait aussi allusion à des récits d'invasion.
Curieusement, celles-ci ne parlaient pas du Rohan. Pour une fois aurais-tu pu songer. Quelques semaines auparavant, on parlait encore beaucoup de ces bandes d'orques surprises à traverser le Rohan pour rejoindre quelque destination au Nord ou à l'Est. Mais cette fois-ci, il était fait mention... du Gondor? Il te fallait bien reconnaitre n'avoir jamais té versé dans la géopolitique extérieure au Rohan, mais voilà qui était surprenant. Peut-être n'en entendais tu parler que maintenant, alors que jour après jour, tu te rapprochais des frontières du royaume du roi Méphisto?
Tu étais peu sollicité au cours de ces soirées. A vrai dire, tu restais souvent en marge. Ton statut de soldat isolé intriguait le reste des gens et les maintenait quelque peu à l'écart. Et cela t'allait tout aussi bien.
*****

Troisième jour de chevauchée, les terres de la Marche défilent sous les sabots d'Agarön, et la frontière se fait toujours plus proche. Les foulées de ta monture se font plus amples, plus rapides. A force de rééducation agressive, et malgré les courbatures chaque soir, tu as l'impression de commencer à cicatriser définitivement. Ou du moins essaies-tu de t'en convaincre.
A ce rythme, tu devrais passer la frontière d'ici le lendemain , du moins l'espères-tu. Avec une monture fraiche et un système de relais, tu serais déjà arrivé depuis deux jours à la Cité Blanche, mais qu'importe. La frontière sera déjà une belle étape de franchie, et tu as confiance dans le sauf-passer de Mortensen pour la franchir sans problèmes malgré les récits alarmistes qui t'ont été fait.

Alors que la journée s’annonçait sans grandes particularités, les décors peu changeant des Montagnes Blanches au sud perdant quelque peu de leur intérêt au bout de trois jours de chevauchée, tu croises tout d'abord cette carriole lancée à toute allure. La vitesse, de même que son chargement incompatible avec celle d'un marchand, te laisse perplexe quelques instants sur le bord de la route ou tu t'es rangé pour le laisser passer. Hésitant presque sur l'attitude à adopter - faut-il le rejoindre? l'arrêter?- tu  conviens finalement qu'il ne représente en soi guère un danger et surtout un risque de distraction de ta mission.
Reprenant ta route, il te faut hélas peu de temps pour croiser d'autres personnes, toutes semblant partager - à défaut d'un moyen de locomotion aussi pratique et rapide- les mêmes empressements et terreur dans leurs yeux. C'était une scène d'exode, de fuite. Les enfants qui pleuraient, les biens entassés en toute hâte sur des bestioles parfois faméliques, les jeunes femmes tentant de garder rassemblées les quelques oies, poules et cochons qui devaient être leurs dernières richesses.

Cens gens semblaient fuir un danger. Subitement en alerte, tu accélères l'allure de ta monture pour les rejoindre au plus vite, fouillant du regard les vallons et environs proches. Pourtant aucune troupe suspecte, aucune fumée inquiétante. D’où donc venaient ces gens et qui fuyaient-ils?

'' Hola, que se passe-t-il?''

Tu as ralenti Agarön avant d'arriver à leur hauteur pour ne pas les affoler. Pourtant personne ne semble te prêter réelle attention. La panique est encore plus palpable au milieu de cette misérable troupe. A peine croises tu quelques regards effrayés, des yeux rougis de pleurs, mais personne ne semble vouloir ou pouvoir te parler.

Tu mets pied à terre, cherchant à trouver réponse à toute cette panique et agitation, mais malgré tes sollicitations, tout le monde préfère continuer à avancer, le visage fermé. Tu dois calmer Agarön lorsque des oies le frôlent d'un peu trop près, et c'est à ce moment-là que tu remarques enfin quelqu'un te faire signe. C'est un jeune homme qui guide un âne beaucoup trop chargé pour son âge. Menant ton cheval par la bride, tu te rapproches de lui et il t'amène précipitamment en queue de colonne ou deux autres personnes sont occupées à traîner un brancard de fortune. On semble enfin remarquer ta présence et les sollicitations affluent, mais pas vraiment celles que tu espérais.

"Posez-le au sol, je vais voir ce que je peux faire.''

Les deux compères semblent soulagés de pouvoir en profiter pour faire une pause. Ils ne sont plus tout jeunes, mais celà ne t'interpelle plus vraiment. Tous les hommes en âge de porter les armes ou presque sont enrôlés...

T'agenouillant près du blessé, tu remarques son teint pâle, sa respiration rapide et avises rapidement sa blessure.
Tu n'es pas guérisseur, mais tu as passé plusieurs semaines auprès d'une des meilleures que tu connaisses. Repensant à l'ensemble de ces moments maintenant chargés de souvenirs et d'émotions, tu fais de ton mieux pour imiter les mouvements maintes et maintes fois répétés par Leda lorsqu'elle s'occupait de toi.
Tu déchires les tissus pour mieux apprécier la plaie. Celle-ci est large et béante, mais heureusement, aucun saignement important n'est actif, les principaux vaisseaux ayant du être épargnés. Malheureusement, au sein des chairs tranchées et boursouflées, il est aisé de remarquer une esquille blanchâtre.

"Il faut nettoyer et bander ca de près, je dois avoir de quoi le faire."

Heureusement, tu avais pris dans ton paquetage de quoi refaire tes propres bandages ainsi que quelques onguents. Tu profites de t'éloigner du blessé le temps de récupérer le nécessaire pour glisser à l'un des vieux hommes.

" L'os est touché, il faudrait réduire la fracture, confectionner une attelle et surtout lui prodiguer de vrais soins si on veut pouvoir espérer qu'il remarche ou ne perde sa jambe. Que s'est il donc passé? D'ou venez-vous ainsi et que fuyez-vous?''


Au fond de toi, une petite angoisse jaillit et prend forme.

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Ryad Assad
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Ven 5 Oct 2018 - 15:52
Théomer avait fait s'arrêter le blessé et les quelques membres de sa famille qui l'entouraient, mais les autres habitants de l'Estfolde choisirent de continuer leur chemin comme si de rien n'était. Tête basse, les épaules basses, souffrant sous la chaleur écrasante, ils poursuivaient leur long périple vers un lieu sûr en traînant des pieds. Misérables et démunis, ils fuyaient vers l'ouest, à la recherche d'un refuge, d'un lieu sûr susceptible de les accueillir. Aldburg était la cité fortifiée la plus proche, mais à ce rythme ils n'y seraient pas avant encore de nombreux jours. Leurs rations ne tiendraient probablement pas jusque là, et ils devraient compter sur l'hospitalité et la solidarité des paysans qu'ils croiseraient sur leur route pour ne pas tout simplement mourir de faim. Toutefois, ces exilés effrayés n'étaient pas la principale préoccupation du cavalier, qui devait parer au plus urgent. Ce jeune garçon avait besoin d'assistance.

La réaction rapide de Théomer et la figure d'autorité qu'il incarnait lui permirent d'obtenir immédiatement l'attention de toutes et tous. Les villageois étaient épuisés, effrayés, mais ils savaient que ce homme portant l'armure du Rohan pouvait les aider à sauver leur fils, leur frère, leur neveu… Ils étaient prêts à faire ce qu'il dirait, et lorsqu'il évoqua la nécessité de nettoyer davantage la plaie, un des jeunes s'empressa d'aller chercher son outre d'eau – presque vide – pour la mettre à contribution. Il faudrait en user parcimonieusement, mais cela ferait l'affaire. Ils n'avaient pas de bandages propres hélas, ce qui les avait empêchés de prévenir un début d'infection. Fort heureusement, la situation n'était pas encore trop grave pour le jeune patient.

Cependant que le soldat s'affairaient, il pouvait entendre quelques murmures le concernant. Une femme parlait notamment à son jeune fils, celui qui avait alerté le premier Théomer, et qui l'avait incité à s'arrêter. Il était un peu effrayé par cet homme qui lui paraissait très grand et qui, ainsi armé, parcourait seul les plaines du Riddermark.

- Mère, est-ce qu'il vient pour nous aider ? Avait-il demandé timidement. Tu penses que le roi a envoyé son armée ?

Elle s'était penchée vers lui, et lui avait déposé un baiser affectueux sur le front, sans trouver le courage de rien répondre. Mais ses yeux exprimaient les sentiments contradictoires qui s'amoncelaient derrière ses iris bleutés, comme les nuages dans un ciel de printemps. La crainte, d'abord, de voir cet homme simplement passer son chemin et les abandonner à leur triste sort. L'espoir, aussi, de l'entendre annoncer qu'il n'était que l'avant-garde d'une éored sur le pied de guerre, venue pour prêter assistance au peuple de la Marche. Et derrière tout cela, une forme de lassitude… celle de voir leur quotidien encore une fois bouleversé, alors qu'ils pensaient que tout était terminé. La Guerre des Trois Rois, comme on l'appelait parfois dans les complaintes qu'on chantait au coin du feu, s'était terminée en promettant peut-être enfin au Rohan une ère de paix…

La paix…

Ils ne demandaient rien d'autre qu'un peu de paix.

Mais les puissances moqueuses qui jouaient avec leur destin ne semblaient pas désireuses de les épargner. Il n'était pas difficile de voir dans leur attitude l'affliction, la peine, et la lutte profonde dans leurs cœurs entre un désir de lutter, de résister encore et toujours… et la solution de facilité qui consisterait à arrêter de fuir et de se cacher pour faire face à la mort qui leur tendait les bras. Les femmes étaient résolues, prêtes à se battre pour leurs enfants de toutes leurs forces. Mais chez les deux hommes aux cheveux blanchis par la sagesse, on lisait une forme de résignation profonde.

Ils en avaient vu assez.

Ce fut vers un des patriarches que Théomer se tourna naturellement pour s'enquérir de la situation. L'ancien se désaltéra avec une maigre gorgée d'eau qu'il garda longtemps en bouche, comme pour en savourer le contenu. Il referma son outre, la passa à sa ceinture, et étira son dos fatigué en grognant :

- Nous ferons comme vous dites, merci de votre aide.

Puis, après avoir marqué une pause qu'il mit à profit pour essuyer son front couvert de sueur d'un revers de manche, il enchaîna :

- D'où venez-vous, cavalier ? D'Aldburg ? D'Edoras ? Si vous ignorez ce dont il retourne, c'est que le roi l'ignore aussi, et je ne vous cache pas que c'est bien la dernière chose que j'avais envie d'entendre aujourd'hui.

Il soupira, et accompagna Théomer vers le jeune homme blessé, se baissant pour l'aider à nettoyer la plaie et pour fabriquer une attelle digne de ce nom à partir de trois fois rien. Si ces paysans n'avaient pas eu le temps de s'emparer d'un morceau de bois solide et de quelques cordages ou tissus solides pour enserrer la jambe blessée, cela signifiait qu'ils avaient véritablement été chassés de chez eux dans la plus grande précipitation. Sans paraître se soucier d'évoquer ces sujets devant les jeunes et les femmes, le patriarche reprit :

- On vient d'un petit village, sur les rives de la rivière Mering, pas très loin de l'embouchure de l'Entalluve, un peu au nord d'ici. Vous ne connaissez sans doute pas…

Le cavalier n'était peut-être jamais allé dans ce village spécifiquement, mais il connaissait quelqu'un qui habitait non loin. Sur la rive septentrionale du fleuve. Tout semblait le ramener à Leda d'une manière ou d'une autre, comme si les forces du destin les poussaient l'un vers l'autre en dépit de leurs obligations respectives. Le vieil homme continua, chacun de ses mots venant ajouter une pierre à l'édifice terrifiant que son récit construisait :

- Ils sont apparus tout à coup, sortis de nulle part. Je n'avais jamais rien vu de pareil. Des démons à la peau sombre, de toutes les directions… J'ai déjà vu des gens du sud, ces sauvages « Araderimmes », ou peu importante comment on les appelle. Je sais à quoi ils ressemblent, et je peux vous dire que ceux-là n'en étaient pas… Leur peau avait la couleur du charbon. Des démons, je vous dit…

Son histoire aurait pu sembler farfelue, mais personne autour de Théomer ne pipait mot, et l'autre ancien se permit même de hocher la tête pour appuyer ces propos. De toute évidence, ils avaient tous vu la même chose, et la terreur dans leurs yeux ne laissait pas de place au doute. De sombres choses se passaient. Alors que le cavalier s'appliquait à refermer la blessure et à mettre en place son attelle, le vieil homme ajouta :

- Ils sont arrivés pendant la nuit… Je peux pas vous dire combien ils étaient, mais on aurait dit qu'il y en avait jusqu'à l'horizon. Ils rampaient sur le fleuve, et d'autres allaient à pied en traînant ce qui ressemblait à de grandes bêtes sans visage, et qui ne poussaient pas le moindre cri. Peut-être des dragons, ou des Balrogs… J'ai pas bien vu…

Il s'humecta les lèvres.

- On a vu arriver des gens paniqués… Ils disaient que les Charbonneux ravageaient tout, qu'ils enlevaient hommes, femmes et enfants. Mon petit-fils Eothere, fit-il en désignant le garçon qui serrait toujours les dents sous le coup de la douleur, a pris le cheval pour essayer de prévenir les villages proches pendant qu'on s'enfuyait. Mais il a rencontré l'un d'entre eux.

- Je l'ai blessé aussi, cracha le jeune homme avec une fierté teintée de douleur.

La bravoure des enfants pouvait parfois les pousser à accomplir des actes irréfléchis, à se lancer au devant du danger en méprisant leur devoir et leur raison. Mais ainsi étaient les jeunes esprits, fougueux et inconscients parfois. Le patriarche posa sa main sur celle de son petit-fils, et ses traits s'adoucirent pour un instant. Même dans tout ce chaos, il savait la chance qu'il y avait à être en vie. Ils s'en étaient tous sortis, fort heureusement, et cela n'avait pas de prix… Tant et tant de personnes étaient décédées de manière tragique que, même s'ils abandonnaient derrière eux un foyer, des souvenirs et les tombeaux de leurs ancêtres, ils pouvaient se féliciter d'avoir échappé à ce nouveau danger qui les menaçait. Il se tourna vers Théomer, et reprit :

- Apparemment, on peut les faire saigner… mais pas sûr qu'on puisse les tuer. On n'est pas restés assez longtemps pour vérifier. On a à peine eu le temps de prendre nos bêtes et quelques rations de grain qu'on devait déjà partir. On voyait leurs silhouettes dans la nuit, partout, sur les deux rives de l'Entalluve, comme s'ils couvraient la terre toute entière.

- Des démons… ajouta une des femmes à voix basse.

L'ancien opina du chef, avant de conclure :

- Je sais que ce serait beaucoup demandé, monsieur le cavalier, mais… si vous pouviez nous accompagner jusqu'au prochain village… C'est l'affaire de deux ou trois jours, et après on pourra se débrouiller.

Deux ou trois jours.

Il pouvait se passer tellement de choses en seulement deux ou trois jours. Le temps était soudainement devenu une ressource rare, à attribuer avec la plus grande prudence. Chaque choix impliquait un renoncement, chaque décision aurait ses conséquences.

Chaque piste serait un sacrifice.


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