Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah]

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Ryad Assad

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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyDim 11 Aoû 2013 - 1:09
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- Ecartez-vous !

La voix du Rhunadan tonna dans l'étroit couloir, faisant sursauter les deux gardes qui discutaient vivement et qui jusqu'alors n'avaient pas remarqué sa présence. Ils se retournèrent vivement, craignant qu'il s'agît d'un de leurs officiers venu pour les réprimander, et ils étaient déjà prêts à formuler leurs excuses toutes prêtes, mais à l'expression de terreur qui passa sur leurs traits, il apparut clairement qu'ils eussent préféré avoir le plus insupportable des capitaines sur le dos plutôt que de voir débouler l'oriental, le Chien de Farma comme certains l'appelaient. Sa réputation se répandait dans la forteresse, grossie et déformée par l'inventivité de certains esprits, mais il était certain qu'il allait inspirer la crainte à tous pendant un bon bout de temps. Ils s'écartèrent précipitamment, posant la main sur leur épée plus par réflexe que par réelle intention de le provoquer, et baissèrent les yeux vers la jeune femme qui l'accompagnait. Beaucoup plus petite et menue, elle semblait gênée du comportement du soldat, qui paraissait en effet particulièrement en colère. D'une main, ce dernier repoussa un des deux soldats qui ne s'était pas assez poussé à son goût, et il intima à la jeune femme de le suivre. Il repartit donc à grandes enjambées militaires, sans se soucier de savoir si elle suivait le rythme, seulement absorbé par ses pensées. Et celles-ci étaient pour l'instant concentrées sur Farma.

La femme du Maréchal l'avait encore une fois humilié, et il avait dû faire un effort de volonté pour ne pas s'emporter. Fort heureusement, elle lui avait confié une mission qui lui permettait de déchaîner sa fureur loin de la chambre qu'il était supposé garder. En effet, il avait des raisons d'être en colère. Il avait tenté de congédier les deux femmes qui s'étaient présentées pour rencontrer la femme de Montensten...Morgenstern...bref le Maréchal, et le manque de chance le plus total avait fait que le soldat présent dans les appartements avait ouvert la porte à ce moment. Tout avait alors basculé à ce moment. Farma, déjà particulièrement agacée par sa démonstration sur les deux officiers, s'était enquise de la situation avec un ton qui laissait présager qu'il allait passer un sale quart d'heure. Et ça n'avait pas loupé. Lorsque les deux femmes s'étaient présentées, et avaient annoncé la raison de leur venue, les yeux de la malade s'étaient faits durs à nouveau, et elle s'était exclamée d'une voix cassante :

- Ainsi donc vous êtes aussi piètre portier que soldat ! Peut-être saurez-vous faire un meilleur guide ? Eliah, vous devenez dès à présent ma nouvelle dame de compagnie. Vous pourrez vous installer dans la chambre à la droite de la mienne. Guide, aidez-la à s'installer, puis montrez-lui où se trouvent les cuisines et autres pièces importantes. Je suppose que vous y arriverez...

Il n'avait rien répondu, mais son visage crispé et ses yeux sombres avaient brillé d'une lueur féroce indiquant que sans la promesse faite au Maréchal, il lui aurait sauté à la gorge pour la punir d'une telle outrecuidance. Elle ne s'était même pas permis un sourire arrogant ou triomphant et, considérant que la conversation était close, avait invité Anna à pénétrer dans ses appartements pour discuter avec elle. Le soldat avait refermé le battant devant le nez de Rokh et d'Eliah, laissant un silence gênant s'installer entre eux deux. Alors, le soldat s'était empressé de mettre le cap sur la sortie de la forteresse, afin d'aller récupérer les affaires de la jeune femme, qui trottait désormais sur ses talons. Les deux gardes qu'ils venaient de dépasser reprirent leurs esprits, et se regardèrent avant que l'un des deux ne lâchât :

- J'ai entendu dire qu'il aurait massacré cinq gardes juste parce qu'ils avaient critiqué Dame Farma... Il les aurait poignardés dans l'œil et les aurait laissé morts !

- Pas poignardé, répondit l'autre. Il se battait sans armes, en utilisant une drôle de magie orientale. Certains disent que c'est un sorcier ennemi qui pourrait guérir Dame Farma. C'est pour cela que le Maréchal l'a laissé en vie...

Rokh et Eliah tournèrent à une intersection, et ne purent entendre la fin de la conversation. Ces paroles avaient tiré un sourire amusé au cavalier sombre, qui s'était amusé de voir à quel point la réalité pouvait être enjolivée lorsqu'il s'agissait de prouesses martiales. Ainsi disait-on de lui qu'il avait tué cinq hommes ? Dans dix jours, il en aurait eu tué vingt à lui seul. Le guerrier se tourna un instant vers Eliah, qui peinait à le suivre, et qui surtout avait dû capter la conversation entre les deux militaires. Il posa un regard indéchiffrable mais indéniablement effrayant sur elle, essayant de capter dans ses yeux l'étincelle de terreur qu'il aimait tant voir chez les autres. Convaincu d'être le meilleur bretteur de la Terre du Milieu, Rokh était surtout incroyablement arrogant, sûr de sa force et certain de sa supériorité. De fait, il aimait à inspirer la crainte, le respect, l'admiration chez les autres, surtout ceux qui ne combattaient pas. Il avait toute sa vie cherché la reconnaissance, et s'il n'avait pas celle des puissants, en particulier Farma, il se satisfaisait à impressionner tous ceux qui se trouvaient autour de lui. A commencer par cette dame de compagnie qu'il devait escorter.

- Par Melkor, mais pourquoi marchez-vous si lentement, vous autres occidentaux ? Lui lâcha-t-il alors qu'il venait à nouveau de ralentir pour l'attendre.

Il fronça les sourcils, comme si cela le contrariait vraiment, mais surtout pour essayer de l'effrayer. Il ignorait pourquoi il lui lançait ce genre de piques, mais il avait de toute évidence besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un, et il trouvait commode de se déchaîner sur la personne la plus proche de lui. Pas de chance pour elle, même si elle n'avait rien fait. Mais pendant qu'il l'attendait, il eut tout le loisir de l'observer, et d'essayer d'en faire un portrait mental, selon ses propres critères. Et cela commençait nécessairement par les aspects martiaux, qui n'étaient pas particulièrement développés chez Eliah. Elle n'était pas une guerrière, n'avait de toute évidence suivi aucune formation militaire, et elle paraissait aussi incapable de protéger sa vie qu'un nourrisson. C'était une chose que l'oriental trouvait bien curieuse, puisque dans son propre peuple, tous apprenaient le maniement des armes dès leur plus jeune âge, hommes ou femmes, même si tous ne suivaient pas une carrière dans l'armée. Cependant, en regardant Eliah, il ne pouvait pas s'empêcher de noter dans son attitude, dans sa démarche, une certaine combativité. Elle ne savait peut-être pas tenir l'épée, mais elle ne paraissait pas être du genre à se laisser faire. Pour la première fois, il trouva intéressant de lui parler, pour essayer de voir - non sans une certaine ironie - à quoi pouvait bien ressembler la combativité d'une non-combattante.

Une fois qu'elle fut revenue à sa hauteur, il reprit sa marche, mais plus doucement. En vérité, sa hanche le faisait encore souffrir, et il trouvait cela trop épuisant de changer de rythme constamment. Il préférait se caler à une vitesse, et enchaîner les pas toujours à la même cadence, de manière automatique. Un bref instant, il se demanda si Eliah allait noter qu'il s'était adapté à son pas, et si elle allait penser que cet acte était le fruit d'une gentillesse insoupçonnée cachée derrière le masque contrarié qu'il affichait. Puis il décida que ce n'était pas particulièrement important, et lui lança d'une voix un peu moins cassante :

- Dame Farma a déclaré que vous étiez sa dame de compagnie, mais c'est moi qui suis chargé de sa sécurité, et j'ai besoin de vous connaître un peu mieux, Eliah. Commencez par décliner votre identité, puis dites-moi ce qui vous a amené à Hellbourg... Âlgourg... hmm... Dites-moi ce qui vous a amené ici.

Rokh s'arrêta de marcher, en se rendant compte qu'ils étaient arrivés devant la sortie du château où résidait Farma. A partir de là, il ne savait plus où aller. D'une voix que l'on aurait presque pu qualifier de malicieuse, il ajouta :

- Et dites-moi où nous devons nous rendre pour récupérer vos affaires. Je connais sans doute la ville moins bien que vous...


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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"
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Dernière édition par Ryad Assad le Mer 14 Aoû 2013 - 16:35, édité 1 fois
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Eliah Tandoril
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMar 13 Aoû 2013 - 17:40
La situation n'avait plus aucune logique pour la jeune paysanne qui se tenait là, entre une sorte de duchesse et un super soldat. Elle était là dans une demeure qui était aussi luxueuse qu'abandonnée et  triste, en compagnie de personnes qu'elle ne connaissait pas et qu'au fond, elle n'avait aucune envie de connaître. Elle commença à regretter d'avoir quitté ses amies avec qui elle se sentait bien plus à l'aise. D'ailleurs, qu'étaient-elles devenues, Nerwa, Ivy et Dunda ?... lui avaient-elles pardonné son abandon alors même qu'elle n'avait pas prit la peine d'expliquer convenablement son départ ? La raison de sa présence ici la dépassait autant que le garde du corps qui se tenait à la porte. Peut-être qu'au fond, elle n'avait rien à faire ici et qu'il valait mieux qu'elle se retire. Mais alors qu'elle s'apprêtait à rebrousser chemin afin de reprendre le cours normal de sa journée, la porte s'ouvrit à la volée et une voix de femme s'en échappa.

La femme semblait piquée à vif et outrée, agacée et Eliah pensa immédiatement à une vieille mégère qui aimait faire la morale à tous, commander et se faire détester. Une femme aux cheveux blancs et au nez crochu avec un horrible chapeau !
On la pria de rentrer et la vision qu'elle eut de Farma fut toute autre chose que la personne qu'elle s'était peinte quelques secondes plus tôt. Elle n'était pas vieille, ni acariâtre. Au contraire, elle était plutôt belle bien qu'amaigrie et pâle. Elle semblait juste blessée. Profondément blessée. Comme si le monde s'était écroulée sous ses pieds et pourtant, elle était toujours là, la tête haute. Les yeux certes remplis d'amertume et de détresse, mais elle ne semblait pas vouloir baisser les armes aussi facilement. Et c'est avec une immense surprise, que la brune vit Dame Farma parler au grand soldat qu'elle trouvait si impressionnant comme à ... et bien à un chien. Il fallait dire ce qui était !
Il était donc son serviteur, reléguer à une tâche qui ne lui plaisait pas et qui n'était certainement pas digne de son rang, ou de son éducation. Ou elle ne savait quoi !
Elle comprenait mieux à présent son humeur acerbe.

Quoi qu'il en soit, elle s’exécuta et raconta ce que Farma voulait savoir. Elle était là pour trouver son frère et pensait qu'il pouvait être un des hommes de son mari. Le Maréchal pourrait répondre à cette question, mais il n'était pas là pour le moment. Et personne d'autre ne pourrait l'aider. La demoiselle serra des dents mais ne broncha pas. Mais alors qu'elle s'apprêtait à quitter les appartements, la matriarche lui annonça qu'elle devenait à partir de maintenant sa nouvelle Dame de Compagnie. Eliah tressaillit. Ses yeux dévisagèrent les traits du visage de Farma pour savoir si elle ne plaisantait pas. Mais elle avait l'air on ne peut plus sérieuse.
Elle osa même un regard furtif sur le soldat de la porte afin de trouver un quelconque signe de maladie mentale chez cette femme, mais personne ne semblait vouloir remettre en cause ses ordres. La brune ne sut que dire et finit par simplement murmurer un “merci” avant de s'incliner respectueusement. Elle se demandait pourquoi elle n'avait pas eu la force de décliner cette offre alors qu'elle avait tant de choses à découvrir, mais au fond, elle avait juste peur de se retrouver seule. Elle cherchait des réponses, mais si elle pouvait être entourée de personnes cela serait plus agréable. Elle aurait aimé d'ailleurs que ce couple qui lui avait laissé la maison reste pour l'épauler. Mais c'était trop tard à présent. A présent, elle se retrouvait à suivre la trace d'un étranger complètement ignorant des bonnes manières.

Eliah courait presque après le portier de Farma après que celle-ci l'ait obligé à aider Eliah à s'installer. La jeune femme releva discrètement le bas de sa robe afin de se mouvoir avec plus d'aisance, laissant ainsi apparaître de fines chevilles qui s'affairait à ne pas perdre son nouveau guide. Et en plus d'être malpoli, il n'était pas très causant. Au fond, cela ne la dérangeait pas outre mesure. Mais il aurait tout de même put faire un effort pour l'attendre. A ce rythme elle serait épuisée avant d'avoir atteint le bout de leur périple. Ils passèrent devant deux gardes qui paraissaient pétrifiés, ce qui fit monter l'angoisse qui s'était manifestée chez la jeune femme dès qu'elle avait quitté les appartements de sa nouvelle maîtresse. Cette demeure n'était pas un château certes, mais elle paraissait avoir connut de beaux moments et de grandes gens. Peut-être cela lui permettrait-il de se rendre plus tard à Edoras.
Quoi qu'il en soit, elle n'en était pas là et pour le moment il fallait déjà qu'elle arrive à suivre cet homme. Avant de tourner à une intersection, elle entendit les deux gardes apeurés chuchoter des choses insensées. Du moins elle l'espérait.

Après un moment, alors qu'elle commençait à fatiguer, elle ralentit délibérément le pas. Après tout, elle préférait encore être perdue dans ce château plutôt que de s'abaisser à entrer dans le jeu de ce goujat psychopathe selon les dires des soldats. Il valait d'ailleurs peut-être mieux qu'elle se perde plutôt que de rester avec lui. Au cas ou ses humeurs de tueur referaient surface. Mais il avait certainement du se rendre compte qu'elle ne suivait plus aussi bien qu'avant et se tourna vers elle si subitement qu'elle sursauta. Son regard était effrayant et la jeune femme se renfrogna sur elle même. Il ressemblait à son frère quand il voulait lui faire comprendre qu'elle avait fait une bêtise. En moins ... fraternel évidemment. Pourtant à ce moment précis, elle n'avait encore fait aucune bêtise. Mais peut-être que le fait même d'exister dérangeait cet homme qui certainement devait être égoïste et ne penser qu'à lui-même. Elle trouva alors fort étrange qu'il puisse servir Dame Farma. Mais puisqu'il paraissait ne pas le faire de bon coeur, cela restait plausible.

Eliah fuit son regard et finit par baisser la tête, regardant ses pieds sur le dallage sale et non entretenu. Du moins c'est ce qu'il lui semblait. Et enfin après un silence pesant, il avait fini par lâcher des mots. Des reproches pour être plus exact, mais il avait tout de même parlé. Cette fois-ci, c'est la petite brune qui lui lança un regard noir. Elle avait relevé la tête, relâché sa robe qui trainait de nouveau par terre et serra les poings et les dents. Cette fois ce petit jeu ne lui plaisait plus. Certes, dans un combat au corps à corps, elle n'avait pas la moindre petite chance. Lui planter son poignard dans le torse serait comme lui piquer un cure dent dans les gencives. Tout simplement ridicule. Mais s'il voulait jouer au plus désagréable, elle pouvait tenter sa chance. Jusqu'ici, elle avait supporté assez de choses, elle avait gardé son sang froid. Mais elle était toujours fatiguée et las. Et n'avait surtout pas l'habitude qu'on la traite comme une moins que rien. Tout le monde avait toujours été très gentil et attentionné avec elle. Même les inconnus. Et ce n'était pas celui-là qui allait prendre ses grands airs.

Ils continuèrent encore un peu avant qu'il ne reprenne la parole ce qui irrita de nouveau la jeune femme. Elle était tellement concentrée sur tout les noms d'oiseaux dont elle pourrait le traiter qu'elle ne remarqua pas que le garde avait ralentit le pas et qu'elle, avait accéléré le sien. Elle finit par le dépasser et continua à marcher d'un pas rapide. Il lui était impossible de le semer et il lui avait posé une question. A vrai dire c'était plutôt un ordre qu'une question et c'est ce qui avait irrité Eliah. Elle ferma quelques secondes les yeux puis stoppa brusquement et se retourna brutalement vers l'immense soldat de pierre, se retrouvant face à face avec lui. Quelques centimètres de plus et ils auraient pu se rentrer dedans la tuant certainement sur le coup. Il était bien plus grand qu'elle, mais cela lui importait peu. Trichant un peu et se mettant légèrement sur le pointe des pieds, elle plongea ses yeux ambrés dans les siens. Une mou crispée et courroucée sur le visage, elle lâcha d'une voix calme et posée, mais ferme.

“Je crois que la politesse veut que ce soit à vous de vous présenter en premier ! Vous connaissez déjà mon prénom et je ne connais même pas le votre. De plus c'est moi l'invitée ici. Et d'ailleurs, je ne travaille pas pour vous, mais pour Dame Farma. Je n'ai d'ordre à recevoir de personne !
D'ailleurs je n'ai même pas besoin de vous ! Je suis tout à fait capable d'aller récupérer mes affaires toutes seule ! J'ai traversé les plaines dans une tempête de neige et je suis toujours debout. Alors cessez vos grands airs !”


Elle s'était laissée emportée par ses paroles et l'adrénaline, mais son coeur battait la chamade dans sa poitrine et le rouge était monté à ses joues. Il pourrait très bien la tuer d'un revers de main et pourtant elle se tenait là devant lui, les yeux lançant des éclairs et tempêtant. Eliah commença à se demander si elle n'était pas devenue folle. Elle avait peut-être sombré dans la folie sans s'en rendre compte. Après tout, la frontière entre un esprit sein et dérangé devait être bien mince...
Elle avait toujours était effrontée, mais de là à être si imprudente, avec un homme qu'elle ne pouvait pas le moins du monde dominer. Elle redescendit sur terre et reprit sa marche rapide sans même attendre de réponse ou savoir s'il la suivait. La demoiselle voulait s'éloigner de lui le plus possible. Au cas où...
A vrai dire, elle avait menti et avait bien besoin de lui pour retrouver les appartements de Farma, mais ça lui était égal. Eliah continua tout droit jusqu'à arriver à une sortie. Une fois là, elle stoppa net, comme si une porte invisible l'empêchait de continuer. L'homme la rattrapa rapidement lui demandant l'air de rien où ils devaient aller. Comment avait-il bien pu prendre son arrogance et sa provocation ? Allait-il attaquer lorsqu'elle s'y attendrait le moins ?
La brunette soupira et pointa son doigts vers la gauche.

“C'est par là. Suivez-moi. J'ai ... un cheval aussi. Puis-je l'amener avec moi ? Elle n'aime pas être seule.”

Effectivement, elle n'avait pas revu Maveli depuis qu'elle s'était endormi comme une souche. Elle se sentit tout d'un coup coupable et se faufila dans les rues lugubres le plus rapidement possible comme une petite souris qui passait inaperçue. Cette fois-ci, c'était le soldat qui avait plus de mal à suivre. Non pas parce qu'elle marchait plus vite, mais parce que sa petite taille et son corps élancé lui permettait de se faufiler un peu partout. Son pas léger l'amenait où elle voulait sans efforts. Alors que pour lui, tout sembler plus difficile. Elle se surprit à sourire en l'imaginant allant faire le marché avec Dame Farma. Lui au milieu des fruits et des légumes, avec cette marée humaine et ces gens qui crient à tour de bras. Ce devait être un spectacle fort divertissant. Elle retrouva enfin la maison et fit entrer la petite clé dans la serrure et pénétra dans la maison sans prendre la peine de fermer la porte. Elle en avait oublié son guide. L'avait-elle perdu dans les rues d'Aldburg ?
Eliah se précipita dans chaque chambre à la recherche d'une âme qui vive, d'un élément qui puisse faire penser que la maison n'avait pas vraiment été abandonnée, mais ce fut peine perdu.

Ses yeux perdirent leur lueur d'espoir et une petite moue triste apparut sur son visage. Bon il fallait se mettre au travail à présent. Elle noua ses cheveux en une immense queue de cheval et attrapa un grand sac afin d'y mettre ce dont elle avait besoin. Elle se promit de revenir ici aussi souvent que possible pour que la maison ne prenne pas la poussière. Elle devait en prendre soin. Une fois ses affaires rangées, elle courut à l'écurie afin de retrouver Maveli. Cette dernière paraissait désespérée, abandonnée et triste. Eliah l'enserra et lui murmura des mots d'excuse à l'oreille. Elle ne voulait pas l'abandonner, mais elle était si épuisée. Elle enfouit son visage dans la crinière de l'animal, se laissant à verser quelques larmes invisibles et lui tapota le nez.

“Ne t'en fais pas. Tout va bien se passer. Je t'ai promis de me racheter et je tiendrai parole. Une fois que nous serons où aller, nous partirons pour de nouvelles aventures mais pour le moment. Je dois rester et travailler un peu.”

Son regard avait perdu toute irritation et sa mauvaise humeur s'était évaporée comme un flocon de neige au soleil. Eliah parlait à son cheval avec tendresse et amour. Après tout, c'était le commencement de tout ce cheval, son aventure. Si le soldat l'entendait, il la trouverait certainement ridicule. Mais au fond, ce n'était pas si important que cela. D'ailleurs où était-il passé celui-là ?
Elle pensait qu'elle l'aurait dans les pattes jusqu'à ce qu'ils retournent au château mais finalement elle ne l'avait pas vu. L'avait-elle perdu réellement dans les rues de la ville ?
L'idée ne lui déplaisait pas, mais il était possible que Dame Farma ne l'entende pas de cette oreille. Elle allait récupérer son sac et tenta un :

“Hey oh !”

Peu convainquant afin de localiser son guide perdu. Elle haussa les épaules et accrocha ses affaires sur le dos de Maveli. Après tout, elle aurait essayé. Ce n'était pas sa faute si ...
Il avait tenté de la perdre dans les ruines de la ville afin de se débarrasser d'elle. Oui Farma pourrait tout à faire croire à cette histoire. Après tout, vu son sale caractère, ce ne serait pas difficile. Eliah était la plus jeune d'une fratrie de 6 et n'avait que des frères. Apprendre à raconter des histoires pour se sortir d'affaire était un jeu de tout les jours au grands damne des ses frères. Un petit sourire narquois sur le visage, elle grimpa sur son cheval et s'apprêtait à partir lorsqu'elle entendit un bruit qui attira son attention.
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMer 14 Aoû 2013 - 17:55
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Le soldat qu'était Rokh avait les pensées occupées par tout un tas de pensées strictement militaires, et il ne prêtait qu'une attention limitée à ce qui sortait de ce domaine. Lorsqu'il observait une personne, il ne la regardait pas comme un être humain à part entière, mais bien comme une menace plus ou moins dangereuse. La plupart des gens étaient au niveau zéro de son échelle de danger. Il classait dans cette catégorie les êtres vivants de type soldat du Rohan, soldat du Gondor, vache et ver de terre. Encore que les vaches pouvaient se révéler dangereuses, avec leurs cornes. Il s'était toujours méfié plus particulièrement des animaux qui avaient l'air placides, et dont les colères pouvaient être dévastatrices. Présentement, il était en train de chercher sur quel échelon classe Eliah, et hésitait entre zéro et un. Zéro car il la considérait comme particulièrement inoffensive, incapable de lui faire le moindre mal, même s'il avait eu un bras et une jambe en moins. Un, parce qu'il lui fallait tout de même une raison pour justifier de lui lancer une gifle magistrale à lui dévisser la tête, si elle continuait à lui parler sur ce ton.

En effet, au lieu de répondre simplement et poliment à la question qu'il venait de lui poser, elle était en train de lui répondre avec une insolence rare, qui menaçait de le faire bondir de colère. Fort heureusement, il avait appris au contact des occidentaux à ne pas laisser libre court à ses pulsions meurtrières. Quelques années auparavant, elle n'aurait jamais eu l'occasion de terminer sa phrase. Mais désormais qu'il s'était assagi, il trouva les ressources nécessaires en lui à écouter son discours, sans pour autant comprendre où elle voulait en venir. Elle lui parlait de politesse, mais qu'est-ce que la politesse venait faire là ? Il lui avait posé une question, n'était-il pas poli d'y répondre avant de poser soi-même une question ? En fouillant dans sa mémoire, le soldat se souvint vaguement qu'un instructeur lui avait dit que les coutumes des gens de l'Ouest étaient bizarres. Il y avait des codes pour parler aux gens, des ordres, des lois quant à qui devait s'exprimer en premier, en dernier, au milieu. Des fadaises ! Dans son pays, ce genre de choses était réservé aux puissants seigneurs, et au souverain. Qui était-elle pour exiger un traitement de faveur ? Il ne comprenait décidément pas les us et coutumes de ces peuples étranges à la peau pâle. Toutefois, il n'était pas fermé d'esprit - pas totalement, du moins -, et il décida de rester calme. Ou plutôt, de ne pas la faire taire de force. Il essaya de se convaincre qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait, que ce n'était pas de sa faute. Avec un soupir qui demeurait contrarié bien que résigné, il voulut lui répondre quelque chose, mais elle s'était déjà éloignée, le plantant là comme un idiot. Ce nouvel affront lui parut encore pire que le précédent et ses mâchoires se crispèrent perceptiblement. Il déglutit péniblement comme s'il ravalait un commentaire particulièrement désobligeant, et emboîta le pas de la jeune femme qui avait fièrement pris la tête, et qui lui prenait la tête.

Tandis qu'il marchait, il ne pouvait pas s'empêcher de s'interroger sur ce pays. Il avait rencontré Farma, et avait cru que son attitude était due à sa personnalité, d'une part, et à son rang d'autre part. C'était une femme de caractère, occupant un poste de pouvoir. Il paraissait normal qu'elle exigeât le respect d'un certain protocole, et qu'elle désirât qu'on se présentât à elle avant toute chose. Après tout, il n'était que son garde du corps, son subalterne, donc. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle il accompagnait cette péronnelle, et il en voulait à la femme du Maréchal de lui imposer des missions aussi ingrates. Cependant, il se pliait à la hiérarchie, bon gré mal gré, dans l'espoir de pouvoir un jour prendre sa revanche sur le son époux. Mais cette dame de compagnie nouvellement promue, qui était-elle ? Une roturière, comme lui, qui venait tout juste d'arriver dans cette ville. Et pourtant, elle se comportait avec lui de la même manière que Farma. Etait-ce un trait de caractère commun aux femmes de l'Ouest ? Il était curieux d'en savoir plus.

En arrivant à la porte, elle s'était arrêtée, et Rokh la rejoignit en quelques pas, se plaçant à côté d'elle, et lui demandant le chemin à suivre. Elle tendit son doigt vers la gauche, et lui demanda de le suivre. Puis elle s'interrompit, et lui posa la question quant à son cheval. Pour la première fois peut-être depuis leur rencontre, le visage du soldat perdit son expression contrariée et supérieure, et on put lire de la compréhension sur ses traits. Peut-être même un éclair de compassion dans ses yeux. Mais pas pour la jeune femme. Davantage pour son cheval. Il répondit d'une voix posée :

- Je présume qu'il n'y aura pas de problèmes, et si tel est le cas, j'intercéderai en votre faveur. Un cheval ne doit jamais être séparé de celui qui le monte, ni séparé des siens trop longtemps. La vôtre sera bien ici. Ce que je peux reconnaître à votre peuple, c'est qu'il traite bien ses chevaux. Saêna n'a pas à s'en plaindre, et il est bichonné comme s'il se trouvait aux écuries de Blankânimad.

La jeune femme ne devait vraisemblablement pas savoir de quoi il parlait, mais dans son ton, on devinait que c'était une comparaison flatteuse. En effet, Blankânimad, capitale du Rhûn, était la plus puissante cité de la nation. Ayant appartenu au corps d'élite des Cataphractes, redoutables cavaliers en armures lourdes, Rokh avait toujours pu compter sur la sollicitude des palefreniers qui s'occupaient des chevaux comme s'il s'agissait de rois. Saêna était un animal magnifique, plus petit que les destriers de l'Ouest, mais endurant et agile comme aucun d'eux. Leur complicité durait depuis plusieurs années désormais. En pensant à son fidèle compagnon, le visage du guerrier s'était détendu sans qu'il s'en rendît compte. C'était dans ces instants que l'on pouvait constater à quel point, malgré son air sérieux et grave, il était jeune. Guère plus d'une vingtaine d'années, qui en paraissaient bien trente quand son visage était concentré. Il fallait dire que la fatigue se lisait sur ses traits, et qu'il récupérait à peine de graves blessures infligées par le Maréchal et ses hommes.

Se rendant compte qu'il était demeuré silencieux pendant un instant plus long que nécessaire, il retrouva le monde réel, et son visage se para de nouveau du masque sévère qu'il semblait arborer comme une protection. Il prit la suite de la jeune femme, qui se faufila dans la foule. Il y avait du monde dans les rues, entre les soldats occupés à leurs affaires - veillant à la sécurité des habitants ou portant des matériaux pour la reconstruction -, les marchands qui essayaient tant bien que mal de redonner un peu de vie à l'endroit, et qui échangeaient leurs marchandises contre de l'or, parfois, de l'argent, plutôt, ou d'autres biens, souvent. Le troc permettait de parer aux difficultés induites par l'hiver et par la guerre. Rokh était en train d'observer la muraille éventrée, que des volontaires s'attachaient à remettre en état, quand il fut bousculé par une vieille femme qui marchait dans le sens contraire. Elle faillit tomber, mais il la rattrapa par réflexe. Elle allait le remercier, quand elle se rendit compte qu'il s'agissait d'un étranger. Alors, elle cala son panier sous son bras, et poursuivit sa route précipitamment. Le Rhûnadan demeura un instant figé, consterné par ce spectacle. Qu'avait-il bien pu faire pour causer pareille réaction ? Immobile au milieu de la foule, il fut de nouveau bousculé, par des gens qui tentaient de le contourner mais qui étaient poussés contre lui sans faire exprès. Le guerrier reprit sa marche, contrarié par la présence insupportable de tous ces gens qui allaient en sens inverse, qui bifurquaient pour aller chez un marchand, qui lui coupaient la route sans regarder, qui ne lui cédaient pas la priorité qu'il estimait avoir sur eux. Après tout, il était mandé par Dame Farma en personne. Il n'était habitué à ces rassemblements manquant de cohérence. D'ordinaire, il était à cheval, et il dominait la situation sans y être mêlé. Lorsqu'il se trouvait avant une grande foule c'était généralement une armée, qui allait en ordre de bataille, dans la même direction. Et lorsque des gens arrivaient dans le sens inverse, c'étaient des ennemis à tuer. Ici, il se sentait désemparé, comme pris dans le tourbillon d'une mer capricieuse. Et au milieu de tout cela, il devait trouver la femme qu'il escortait. Il se hissa sur la pointe des pieds et tendit le cou pour la chercher. Fort heureusement, elle sortait de la foule pour se diriger vers une maison.

Mais au moment où Rokh allait se lancer à sa suite, il avisa un homme qui faisait la même chose que lui, quelques dizaines de mètres devant. Hissé sur la pointe des pieds, il suivait la femme du regard, à en juger par le mouvement de sa tête qui tournait à mesure qu'elle avançait. Après s'être assuré de sa destination, il rabattit une capuche sur sa tête, et partit d'un bon pas. Le Rhûnadan était du genre à voir le mal partout, et il essaya d'accélérer pour rattraper l'homme, mais il n'y parvint pas, et finit par le perdre de vue. Il continua à avancer, et déboula devant la maison où Eliah s'était introduite. Probablement là où se trouvaient ses affaires. Rokh s'apprêtait à pousser le battant quand, en baissant les yeux, il aperçut des traces de pas sur le palier. Des traces fraîches, de pieds bien trop grands pour être ceux de la femme. Les sourcils du guerrier se froncèrent, et il poussa doucement le battant, tous les sens aux aguets...


~~~~


A l'intérieur de la maison, il faisait assez sombre, et des bruits provenaient d'une pièce attenante. La silhouette encapuchonnée qui s'y trouvait avançait à pas feutrés, sans faire le moindre bruit sur le sol. Elle se déplaçait tranquillement, caressant les meubles à mesure qu'elle passait. Cette fois, pour elle, ce serait un coup facile. Quand la guerre et la misère frappent une cité, il y a toujours des gens qui meurent, des gens qui s'enfuient en emportant ce qu'ils peuvent, et des gens qui reviennent pour essayer de reconstruire leur vie. Ces gens constituent des cibles idéales pour des voleurs sans envergure comme celui qui s'était introduit dans la maison. Les gens prenaient d'ordinaire les bijoux et les objets précieux, mais il leur arrivait de laisser de l'argenterie, des souvenirs de famille qui pouvaient valoir une petite somme sur les bons marchés, mais aussi de la nourriture conservée - denrée rare durant cet hiver infernal -, ou même des animaux. Le voleur en question s'était introduit dans la maison à la suite de la jeune femme. Il savait le lieu habité, mais il avait appris que les propriétaires s'en étaient allés. Et alors qu'il désirait fouiller la maison, une jeune femme venait d'y entrer sous son nez. Il se demandait si elle voulait lui faire concurrence, ou si elle était de la famille. Dans les deux cas, il devrait se débarrasser d'elle, car il ne renoncerait pas à son butin. Il décida de se faire silencieux, et examina les différentes pièces sans rien trouver de valeur. Les tiroirs étaient vides, les armoires aussi. Les murs nus de tout objet rare semblaient se moquer de lui en lui disant "tu ne trouveras rien ici". Le voleur était de plus en plus contrarié, et il ne fit pas attention à un tiroir mal fermé dans la commode qu'il fouillait. Lorsqu'un "hey oh !" hésitant lui parvint, il sursauta, et provoqua un claquement sec dont il se serait bien passé.

Soudain, dans son esprit, ce fut la panique. Il se savait compromis, et il n'avait plus que deux solutions. Fuir, et espérer trouver un autre butin - ce qui devenait difficile à Aldburg, où la reconstruction avançait, et où les gens revenaient peu à peu - ou aller jusqu'au bout de sa recherche, quitte à faire de la casse. Après tout, c'était une femme seule et apparemment sans armes. Il avait toujours sa dague sur lui. Il pouvait la déposséder de l'argent qu'elle avait sur elle, et si elle refusait de se montrer coopérative, la tuer. Et même si elle acceptait de le payer... il était mieux de la tuer. Ce serait un meurtre non résolu de plus pour la garde de la ville débordée, et il aurait gagné un joli pactole en prime. Oui... ce plan lui plaisait. Il sortit son arme, et ouvrit la porte derrière laquelle se trouvait la jeune femme. Elle était déjà installée sur son cheval, mais qu'importe. Même si elle talonnait son cheval, il aurait encore le temps de se jeter sur elle pour l'empêcher de parler.

- Tu la boucles si tu veux pas que je t'étripes, c'est clair !

Il s'approcha en quatrième vitesse de la selle de la jeune femme, qui, de là où elle était, ne pouvait pas faire grand-chose. Avec une dextérité due à la pratique, il trancha les liens qui retenaient les sacs fixés à la selle, et les cala sous son bras. Il avait ce qu'il était venu chercher, et désormais sa proie se trouvait à sa merci. Elle avait levé les mains pour bien lui montrer qu'elle était désarmée, qu'elle n'était pas menaçante, et qu'elle ne lui voulait aucun mal. Le voleur passa sa langue sur ses lèvres gercées, hésitant un bref instant. L'instant qui lui aurait permis de tuer le seul témoin de son forfait, et de s'enfuir à toutes jambes.

- Pas de chance, ma belle ! Je peux pas te laisser vivre !


~~~~


Rokh était rentré dans la maison aussi discrètement qu'un chat, et il avait immédiatement entendu les voix derrière la porte. Il s'était rapproché, et en percevant les paroles du bandit, il n'avait pas hésité une seule seconde. Ouvrant la porte brutalement, il avait fait sursauter le malandrin. Cela offrit au soldat l'intervalle nécessaire pour passer à l'action. D'une main, il attrapa les cheveux du malheureux. De l'autre, il lui asséna un formidable coup de poing dans l'estomac qui envoya le pauvre hère rouler au sol. D'un très rapide coup d'œil, Rokh vérifia que la femme dont il avait la charge n'avait rien - il était de son devoir de la protéger, et il préférait éviter une nouvelle bévue -, avant de se retourner vers le misérable qui était en train de se relever en grimaçant de douleur. Il avait toujours son arme au poing, et il la brandissait en tremblant de rage vers son nouvel adversaire. Le Rhûnadan considéra un instant la menace que représentait le voleur. Il la catégorisa zéro immédiatement, mais décida pour la forme qu'il fallait le punir pour l'exemple. D'un ample et fluide mouvement, il dégaina son magnifique sabre de cavalerie, forgé par les Nains selon un modèle de son propre pays. L'arme était légère mais solide, belle comme la Lune, froide comme la mort qu'elle guidait.

- Voici Varvad, occidental. Présente-moi ta nuque sur-le-champ, et je te promets que tu ne souffriras point.

L'homme, tout d'abord impressionné par la taille et la facture de l'arme, sembla retrouver du courage en entendant le discours de Rokh. Il devait le prendre pour un fou, ou pour un excentrique. S'il avait été exercé aux arts du combat, il aurait immédiatement remarqué la position parfaite qu'avait adoptée l'oriental, son équilibre, son calme, son souffle régulier. Il aurait profité de la situation pour s'enfuir sans demander son reste. Au lieu de quoi, il tenta une attaque de front, espérant prendre le Rhûnadan par surprise. Mais il n'était pas au niveau zéro pour rien. Au moment où il bougeait, Rokh était déjà en mouvement. Il donna un coup de pied magistral dans le nez du voleur, qui alla s'écraser contre la porte menant à l'extérieur. Elle ne céda pas sous son poids, mais le chambranle en prit un coup. L'homme avait reçu un douloureux choc à la tête qui l'avait sonné, et son nez meurtri pleurait du sang abondamment, au point que sa figure était méconnaissable. Sans se presser, le cavalier sombre se dirigea vers lui, et posa le fil de son épée sur la gorge qu'il ne pouvait défendre. Le guerrier se retourna alors, et plongea son regard dans celui de l'inconnue qu'il était chargé d'accompagner :

- Dois-je l'achever ? Demanda-t-il tranquillement.

Il était évident que si elle disait oui, il lui trancherait la gorge sans même s'en émouvoir. Elle ne pouvait avoir aucun doute à ce sujet...


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Eliah Tandoril
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyVen 16 Aoû 2013 - 19:03
Maveli était une belle jument, puissante et au poil luisant. Mais ce n'était pas tout, elle était aussi très intelligente. Eliah n'était pas experte en chevaux puisqu'elle n'avait pu côtoyer que son vieux cheval de ferme jusqu'ici. Mais chez les rohirrims c'était un peu inné et elle arrivait à ressentir les muscles tendus de l'animal en cet instant. Ce qui lui échappait, pour le moment en tout cas, était la raison pour laquelle l'animal était si angoissé. Elle pensa immédiatement au soldat. Qui ne s'était toujours pas présenté d'ailleurs, songea-t-elle. Oui il aurait pu effrayer un cheval avec sa masse et ses manières brusques. Pourtant précédemment, quand il en avait parlé suite à la question d'Eliah, il s'était radoucit et elle avait presque sentit un peu de compassion et d'amour dans le ton de sa voix. Saêna avait-il dit. Il avait donc un cheval qu'il devait aimer. Son cas n'était peut-être pas si désespéré après tout ...

Mais pour le moment, elle avait autre chose à faire que de spéculer sur cet inconnu étrange. Sur cet étranger inconnu...
Pour le moment elle devait tout simplement le retrouver et rentrer auprès de Dame Farma pour prendre ses fonctions. A présent, la jeune femme se disait qu'elle avait bien fait. Oui en regardant les rues en reconstruction et toutes ces personnes malheureuses qui cherchaient amis et famille, elle comprit qu'être entourée même de personnes qui ne lui étaient pas familières serait mieux que d'être seule livrée à elle même. C'est alors qu'elle était perdue dans ses pensées qu'elle entendit une voix brutale juste derrière elle. Elle se retourna rapidement pour voir un homme à l'air sinistre tenant fermement un petit couteau. La brune fut pétrifiée autant par ses mots que par le regard qu'il lui lançait. Comment un homme pouvait avoir envie de faire du mal à ce point pour que cela se lise dans ses yeux ...

Eliah ne prit pas la peine de répondre ou de riposter. Elle savait qu'avec lui, les choses ne seraient pas si simple et qu'elle ne pourrait pas utiliser de babillage pour le calmer. Elle s'exécuta donc et ne dit pas un seul mot, ses yeux brillants fixés sur l'homme, attentive aux moindres mouvements qu'il aurait pu faire pour lui faire du mal à elle ou à son cheval. Son coeur battait très fort dans sa poitrine et sa gorge était serrée, mais elle n'avait pas peur. Non le danger était trop proche à présent pour qu'elle puisse avoir le temps d'avoir peur. Elle devait garder l'esprit vif afin de trouver une façon de s'en sortir. Elle leva doucement les mains afin de lui montrer qu'elle n'était pas armée tout en se demandant comment elle pouvait récupérer sa dague cachée dans les pans de sa robe. Tout à coup, il se rapprocha et trancha les liens qui retenaient ses sacs, détournant son attention assez de temps pour que ses doigts puissent se rapprocher de sa dague. Elle l'avait trouvé, là sous le tissu plissé.

La poitrine de la jeune femme se soulevait et s'abaissait de manière répétée et rythmée. Elle n'avait plus beaucoup de temps pour trouver une solution. A présent qu'il avait obtenu ce qu'il voulait, soit il partirait la laissant démunie, soit il irait jusqu'au bout de son forfait. Dans l'un ou l'autre cas, elle ne comptait pas se laisser faire. Il lui fallut trois seconde pour sortir sa dague et la pointer en direction de l'homme qui dans le même temps venait de lui annoncer sa mort imminente. Maintenant il ne restait plus qu'à espérer que sa position sur le cheval et ses anciennes leçons avec ses frères lui servent à quelque chose. Mais alors qu'elle se mettait en position de défense, la porte s'ouvrit brusquement laissant passer le soldat. Eliah fut fort heureuse de le voir et un petit sourire se dessina sur ses lèvres alors même que le soulagement s'emparait de son corps tout entier.

Mais les choses n'était pas encore terminées. Les deux hommes commencèrent à se battre. Et même si la supériorité de son garde du corps d'un jour ne faisait aucun doute, son voleur ne voulut pas céder et continua à se battre jusqu'à ce qu'il fut envoyé contre la porte qui trembla sous le choc. Eliah sauta à terre, la dague toujours serrées entre ses doigts. Mais c'était plus par réflexe, car elle ne se souvenait même plus qu'elle fut là. Le voleur ne bougeait plus, mais ile ne devait pas être mort puisque le géant lui demanda s'il devait ou non le tuer. Le regard d'Eliah se teinta d'une vive terreur et fit le chemin entre son assaillant en son sauveur. Elle se rapprocha de l'homme de Farma et lui tenant le bras lui pria vivement :

“Je vous en prie. N'en faites rien ! Il n'aurait pas du je le sais, il aurait pu me tuer mais ... s'il meurt aujourd’hui, cela voudrait dire que je suis maudite ! Vous comprenez ? Il ne doit pas mourir à cause de moi je ... ce n'est plus possible !”

Des larmes lui montèrent aux yeux et elle détourna le regard. Elle se contenta de récupérer les quelques affaires qui s'étaient éparpillées durant le combat et les rangea du mieux qu'elle pouvait dans le sac qui était resté accroché. Elle caressa ensuite doucement Maveli pour calmer son anxiété. Le cheval tapait des sabots par terre de manière régulière pour expliquer qu'elle n'aimait pas ça du tout. Mais si elle devait calmer quelqu'un, c'était bien elle. Depuis qu'elle avait quitté sa ferme, des gens mourraient partout où elle passait. Et c'était de sa faute, d'une manière ou d'une autre. De sa faute si la barde avait été tuée, de sa faute si le mari de Dunda n'était plus de ce monde. Si ce voleur mourrait à présent, ce serait toujours de sa faute. Non elle n'avait pas les mains sales et couvertes de sang, mais c'était de son fait.

D'un autre côté, jusqu'ici, ceux qui étaient morts étaient des innocents alors que lui ... il n'était qu'un horrible voleur et il y avait des chances que s'ils le laissaient partir, il recommencerait ses forfaits et ferait du mal à d'autres personnes innocentes. La demoiselle se mordit les lèvres et réfléchit quelques secondes puis poussa un long soupir. Elle se rendit compte qu'elle serait toujours sa dague et la rangea tranquillement dans son étui blanc étincelant. Elle défit ses cheveux, les laissant dégringoler de nouveau sur ses épaules. Elle se sentait mieux ainsi, aucune pression au niveau de la tête et pouvait réfléchir sans entrave. Elle avait séché ses larmes malvenues et avait reprit contenance. Elle se rapprocha de nouveau de l'étranger.

“Que pouvons-nous faire de lui pour ... pour qu'il ne recommence plus ? Le tuer est peut-être une sentence exagérée...” expliqua Eliah. “même s'il a voulu me tuer cet homme terrible” chuchota t-elle.

“Mais nous ne pouvons décidément pas le laisser repartir et le laisser commettre de nouveaux forfaits. Je me sentirais d'autant plus coupable.”

Elle devait paraître complètement contradictoire dans ses propos et à vrai dire, oui elle l'était. Si il ne lui était pas arrivé toutes ces aventures, il était possible qu'elle le laisse terminer le travail, mais elle avait vu trop de morts en trop peu de temps. Elle en avait assez de voir le sang coulé ainsi sans aucune justice. Il y avait des lois dans ce pays !
Oui il devait bien y avoir des lois et le Maréchal devait régner d'une main de fer ici sur Aldburg. Et s'il n'était pas là, Farma le ferait. Elle sourit avec satisfaction. Elle ferait regretter à cet homme d'avoir essayer de la voler et pire de la tuer. Mais à sa manière. D'un ton impérial et catégorique elle lâcha.

“Amenons le à Dame Farma, elle saura quoi faire de lui. Je pense que vous n'aurez pas de mal à le porter n'est ce pas ?”

Et Eliah grimpa sur sa monture, l'air d'une amazone allant en guerre. Puis elle sourit et se tourna vers l'homme un sourire aux lèvres.

“Au fait, je ne vous ai pas encore remercié de m'avoir sauvé. Alors merci preux chevalier. Je me nomme Eliah Tandoril. Rohirrim. Je viens d'un petit village dans les prairies non loin d'Edoras. Puis-je savoir comment te nommer ?”

Elle avait abandonné l'idée de lui faire apprendre la politesse, du moins pour le moment. Ses pensées étaient tout autre et c'est le sort de cet homme qui la tourmentait. Peut-être qu'il y avait des cachots quelque part dans la demeure. Ou peut-être que Farma ordonnerait son exécution pure et simple. Elle déglutit. Si c'était Farma qui le décidait, serait-ce de son fait que cet homme meurt ?
[color=bleu]“Allez Maveli ! On y va !”
Et elle lança son cheval au trot en direction de la maison. Du moins dans la direction qu'elle pensait être la bonne. Elle se dit que même si elle était à cheval, il pourrait suivre, lui qui avait l'air si solide. Pourtant au bout d'un moment, elle le distança. Eliah ralentit et descendit de cheval pour aller à la rencontre du soldat.

“Est-ce que... tout va bien ?”

Quelque chose dans sa démarche était étrange. Tout d'un coup quelque chose la frappa. Quelque chose qu'elle n'avait pas vu auparavant. Elle n'avait pas prit le temps de l'observer. A vrai dire elle l'avait tout de suite jugé et catalogué. Elle s'était fiée aux apparences. Mais au delà de la carapace, il n'en restait pas moins un homme. Le vent se leva brusquement, faisant balancer sa robe et ses cheveux au fil des bourrasques. De fins flocons commencèrent à tomber annonçant une nouvelle nuit mouvementée et froide. La brune resta un moment planté là à l'observer de la tête aux pieds. Analysant l'étrange couleur de sa peau et ses yeux foncés. Mais elle s'arrêta surtout à sa démarche et à sa jambe.

“Vous êtes blessé !” s'exclama-t-elle surprise.

Plusieurs questions se bousculèrent dans sa tête. Sa curiosité naturelle prit le dessus un moment, se demandant comment il avait pu se blesser. S'il avait fait la guerre ou s'il avait été attaqué. Elle se demanda ensuite comment il avait bien pu se retrouver ici à Aldburg. Elle n'avait jamais vu d'homme comme lui, avec ce physique et ce caractère. Mais surtout Eliah s'étonna qu'il ait pu être blessé par quelqu'un...
Mais après tout, était possible qu'elle se trompe du tout au tout. Oui il était tout aussi possible qu'il ait fait une chute à cheval et qu'il se soit blessé. Mais étrangement, elle n'y croyait pas. Et cet homme commençait de plus en plus à l'intriguer.
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptySam 17 Aoû 2013 - 19:56
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Il y avait fort peu de choses sur cette Terre du Milieu qui procuraient autant de satisfaction à Rokh que de se trouver dans une situation qu'il dominait entièrement et parfaitement. C'était là que l'on pouvait se rendre compte que son éducation stricte était ancrée extrêmement profondément dans son âme, et qu'elle n'était pas qu'une simple apparence qu'il se donnait pour paraître menaçant ou redoutable. La guerre était sa raison d'être, quelle qu'en fût l'échelle. De l'affrontement titanesque impliquant des milliers d'hommes au duel contre la plus insignifiante des vermines, il existait pour anéantir l'autre, et c'était dans ce domaine précis qu'il excellait. Il irradiait une confiance en lui qui transparaissait dans tous ses gestes, qui étaient à la fois calmes, posés, et pourtant toujours efficaces et toujours utiles. Ses yeux ne s'éloignaient guère de son adversaire, malheureux voleur tombé sur plus fort que lui, et qui voyait désormais son sort placé entre les mains d'une jeune femme à qui il avait tenté d'ôter la vie quelques secondes plus tôt. Le malandrin, blessé et sonné, comprenait tout de même derrière le masque carmin qu'il couvrait de ses deux mains qu'il était dans une posture fort précaire, et que sa vie tenait à un fil... celui de Varvad posée froidement sur sa gorge.

Le guerrier écarta du pied la lame que retenaient à grand peine les doigts fébriles du bandit, et se tourna à demi vers Eliah, pour voir si elle allait bien. A priori, elle semblait davantage secouée par la vive émotion qu'avait dû lui causer l'irruption de cet étranger, que par une quelconque blessure. Cependant, le guerrier nota qu'elle tenait à la main une dague, qu'elle serrait fermement à s'en faire blanchir les jointures. Il était évident qu'elle avait eu l'intention de se défendre avec, mais le Rhûnadan se posait de sérieuses questions à ce sujet. Elle n'avait pas l'attitude d'une guerrière, ni même d'une femme ayant jamais eu à se battre pour sa vie. Elle tenait cette arme instinctivement, et l'inquiétude se lisait dans son attitude autant que dans son regard. Elle n'était pas sereine, trop crispée, trop tendue, même alors que le danger était écarté. Et pourtant, elle avait tout de même eu le réflexe de dégainer une arme. Le réflexe d'agir pour sauver sa vie. Ce n'était pas rien, et cela montrait une certaine volonté de survivre que tous n'avaient pas dans ce pays. Il détourna le regard de cette femme étrange, afin de conserver en visuel le maraud qui pouvait à tout moment retrouver ses esprits, mais ses pensées restèrent accaparées par le cas bien insolite de la nouvelle dame de compagnie de Farma.

Alors que Varvad, comme si elle avait une volonté propre et qu'elle était assoiffée de sang, s'abaissait lentement à la rencontre de cette chair frémissante et si fragile qui se présentait à elle, la voix d'Eliah résonna dans la pièce où ils se trouvaient, interrompant le cavalier sombre et son sabre dans leur lent élan vers la décapitation du bandit. Elle s'était approchée de lui vivement, et s'était emparée de son bras avec dans le regard une lueur suppliante qui intrigua certainement le Rhûnadan. En vérité, il ne comprenait pas. Dans sa tête, la logique était on ne pouvait plus claire. Un agresseur s'en prenait à elle, elle ne pouvait exiger que justice en réparation. Et quelle justice pouvait-être plus rapide et plus efficace que l'acier tranchant d'une arme noble ? Il avait posé la question par pure politesse, simplement pour lui donner le privilège d'être à l'initiative de sa propre vengeance, et ne s'attendait certainement pas à une telle réaction de pitié et de clémence de sa part. Il avait déjà pu noter que, chez les occidentaux, avoir de l'indulgence envers son agresseur, faire grâce du coup fatal à son ennemi était perçu comme quelque chose de noble. Un geste de bonté qui était supposé contenter la victime graciée. Mais Rokh n'en percevait pas la logique... Quel bonté y avait-il à laisser un guerrier déshonoré continuer à vivre ? L'épargner, c'était l'humilier encore davantage, le forcer à assumer encore et encore la honte de sa propre défaite, de son propre échec. Le guerrier en était la preuve vivante, et à l'heure actuelle, il n'était heureux d'être en vie que parce qu'il espérait pouvoir prendre sa revanche sur le Maréchal, et donc laver son honneur. S'il n'avait pas eu cette possibilité, continuer à errer parmi les mortels aurait été la sanction la plus cruelle et la plus avilissante qu'il eût été possible de lui trouver. Et dans l'esprit du soldat, il en allait de même pour le voleur. Pris, il allait être condamné, peut-être même trainé dans la boue, humilié. Son nom serait pour longtemps associé à l'infamie, au larcin et au meurtre. S'il avait des enfants, ils demeureraient à jamais fils de voleur, fils d'assassin, sans possibilité d'oublier cela. Y avait-il quelque chose de particulièrement bon à laisser un homme vivre ainsi, alors que sa vie entière était brisée ? Comme le chasseur met prestement fin aux souffrances du noble animal qu'il a blessé de sa flèche, tout individu d'honneur devrait abréger les tourments de son noble ennemi, et lui permettre de regagner ses ancêtres, sans avoir à supporter le poids de la culpabilité sur cette terre. Ainsi pensait Rokh.

Déchiffrant probablement derrière son silence les questions qui flottaient dans son esprit, la jeune femme tenta péniblement de lui faire part de son sentiment, afin de lui expliquer les raisons qui la motivaient à lui demander de rengainer son arme. Elle évoqua une malédiction, qui serait confirmée si cet homme venait à mourir aujourd'hui. Cela avait-il un rapport avec son arrivée ici, le fait qu'elle habitât dans cette vaste maison abandonnée que Rokh avait eu brièvement le temps de découvrir ? Comment savoir ? Le guerrier demeura un instant figé, tel une statue de marbre aux détails saisissants. Il posa ses yeux obscurs sur la jeune femme, dont le regard implorant se gorgeait de larmes à mesure qu'elle était submergée par l'émotion. Etrange spectacle que celui d'une femme qui aurait pu mourir venant pleurer pour la vie de son agresseur. Cependant, le Rhûnadan n'était pas inutilement cruel, et il savait que la décision de cette vengeance appartenait à ce petit bout de femme qui paraissait soudain bien tourmenté. D'une voix profonde, il lâcha :

- Soit. C'est votre décision.

Elle s'empressa de contourner l'oriental pour aller récupérer ses affaires tombées aux pieds du voleur. Peut-être craignait-elle de voir son sauveur changer d'avis, et finalement procéder à l'exécution de l'agresseur. Après tout, il était vrai qu'il n'avait pas remis son arme au fourreau. Il était probable qu'elle le crût capable d'un coup de sang meurtrier, et une fois qu'elle eût ramassé ses sacs, elle s'éloigna prestement en direction de son cheval pour les replacer là où ils se trouvaient, comme si elle ne souhaitait pas se retrouver trop longtemps entre lui et sa potentielle future victime. Rokh gardait un œil sur l'homme blessé, qui gémissait de douleur, et se tortillait pour essayer de ramper vers la sortie. Mais à ce rythme là, il aurait été rattrapé par un amputé des deux jambes, qui lui aurait en plus mis une belle raclée pour lui apprendre à voler et à tuer. Il semblait conscient, mais guère capable de remettre ses idées dans le bon sens. Après tout, il avait quand même pris un sacré coup derrière la tête en cognant la porte, et il était déjà surprenant qu'il ne fût pas déjà endormi. Tandis que Rokh réfléchissait à cet état de fait, se demandant si sa convalescence ne l'avait pas affaibli plus qu'il ne l'avait d'abord cru, il revint à la jeune femme qui venait de se placer à son côté.

D'un rapide coup d'œil, il remarqua qu'elle avait détaché ses cheveux, même si la raison lui échappait, et qu'elle avait - enfin - rengainé sa dague. Il nota aussi qu'elle avait séché ses larmes, et qu'elle apparaissait plus déterminée, maintenant que le choc était passé. La situation avait probablement dû l'effrayer, et ses premières paroles étaient encore teintées de résidus de peur. Lorsqu'elle s'exprima pour la seconde fois, toutefois, ses dires étaient plus cohérents. Elle semblait parler à l'oriental, mais en vérité elle devait probablement réfléchir à haute voix, ou alors elle ne voulait pas entendre ses réponses. Et pourtant, il avait une idée assez précise de ce qu'il aurait été juste de faire. Lui trancher les mains, pour l'empêcher de recommencer, par exemple. Ou bien lui tatouer une marque au fer rouge sur le visage pour le désigner d'office comme un voleur et un paria. Ou encore le réduire en esclavage, à ceci près que l'esclavage n'existait pas dans les terres de l'Ouest. C'étaient des solutions alternatives que le soldat se garda bien de proposer, mais qu'il trouvait personnellement plus cruelles qu'une mort rapide. Il ne comprenait pas vraiment quelle était la réponse qu'elle attendait de lui, mais voyant qu'elle peinait à avancer dans ses réflexions, il lança distraitement :

- Il ne vaut pas vraiment la peine de réfléchir à comment le punir sans le tuer. A votre place, j'aurais préféré le savoir mort.

Dans le fond, il savait que son argument était fondé. En effet, combien de fois s'était introduit dans une maison avec l'intention de la cambrioler ? Combien de pauvres familles avait-il mis dans une grande difficulté en s'emparant de leurs modestes économies ? Et dans le lot, combien de fois était-il rentré dans une maison qu'il pensait vide, et qui ne l'était pas totalement ? Un chien endormi qu'il avait peut-être poignardé. Une femme demeurée à domicile à qui il avait peut-être tranché la gorge. Un mari rentrant du travail plus tôt que prévu, qu'il avait peut-être battu à mort. Un enfant qui s'était mis à pleurer, qu'il avait peut-être étranglé. Qui pouvait savoir combien de méfaits il avait accompli, et combien il en accomplirait si on le laissait encore courir ?

Mais la jeune femme, bien que consciente des risques, décida qu'il valait mieux le soumettre à la justice de sa suzeraine, en la personne de Farma. Rokh trouva le compris acceptable, même s'il imaginait que la femme du Maréchal avait des affaires plus importantes à traiter que châtier un vulgaire criminel. Il entendait cependant confier le misérable aux premiers gardes qu'ils croiseraient, afin de les charger eux-mêmes d'appliquer la sentence juste. La fin du mécréant serait la même, à ceci près qu'elle ne viendrait pas de la main innocente de la jeune femme. Une façon de se décharger sur quelqu'un d'autre qui pouvait lui permettre de se sentir innocente, mais qui au final faisait d'elle une complice active au lieu d'une tueuse passive. Alors qu'elle suggérait au guerrier de porter le voleur, ce dernier la coupa tout net :

- Il n'est pas question que je le porte. Il marchera, il rampera ou je le ferai tirer par votre cheval selon son état, mais je ne le traiterai pas comme un compagnon.

Le Rhûnadan avait dit ça sur un ton tellement sec et tellement ferme qu'il n'était pas possible de contester. De toute évidence, pour lui, c'était quelque chose qui relevait de l'honneur. Il ne le ferait pas sous la pression de cette femme, c'était certain. Cependant, elle devait ne pas souhaiter démarrer une nouvelle polémique, et préféra monter en selle pour se préparer à partir. Elle se hissa souplement sur le dos de son cheval, affichant sur son visage une confiance retrouvée - probablement grâce à sa décision de le confier aux autorités locales -, et ce fut alors qu'elle lui offrit un sourire d'une sincérité désarmante. Il fallait dire qu'ils n'étaient pas partis du bon pied, tous les deux. Lui, d'abord froid et cassant, puis carrément agressif et colérique ; elle, timide et réservée au début, pour devenir peu à peu acide et tranchante. Il avait reporté sa contrariété sur elle, et elle ne s'était pas laissée faire, ce qui avait conduit à quelques frictions, naturellement. Lui ne supportant pas qu'elle n'obéît pas à ses directives, elle se refusant à plier devant un homme qu'elle ne reconnaissait pas comme son supérieur.

Et pourtant, l'épisode qui venait de se conclure venait de redistribuer les cartes. Ils se parlaient comme si le passé avait définitivement été effacé, comme s'il était révolu à jamais. Elle lui sourit donc comme à un ami, et l'oriental haussa un sourcil interrogateur, désarçonné par ce revirement soudain. D'une voix plus légère, elle lui présenta ses remerciements pour son intervention. Remerciements qu'il accepta d'un hochement de tête mesuré, car il ne pouvait tirer nulle fierté d'une altercation aussi ridicule. Puis, enchaînant avec un naturel surprenant, elle se présenta comme étant Eliah, native du Rohan, dans un hameau situé non loin de la capitale. Elle avait parlé avec beaucoup de simplicité, et interrogea finalement le guerrier quant à son identité. Rokh considéra que pour enterrer la hache de guerre, il valait mieux profiter de cette occasion, et il répondit en bombant le torse :

- Très honoré, dame Eliah. Je suis Rokh, fils de Hôma le Féroce, lui-même fils de Sênmurw le Glorieux, du très brave clan Visuni. La terre qui m'a vu naître est celle de Rhûn, le plus puissant des royaumes de l'Est...

Le guerrier s'était présenté avec une fierté immense, sans faire d'ailleurs aucun effort pour la dissimuler. Il paraissait de toute évidence extrêmement heureux de la lignée à laquelle il appartenait. Et s'il était évident que ces noms ne disaient rien à la jeune femme, il avait parlé avec tant de ferveur de ses ancêtres qu'il n'était pas possible de douter de leur renommée là d'où ils venaient. Cependant, lorsqu'il avait évoqué sa patrie - avec tout autant de fierté, cela allait sans dire -, sa voix s'était chargée de nostalgie, et il s'était tu brusquement. Il se rendait compte très soudainement que son foyer était à une distance phénoménale, et qu'il l'avait quitté depuis fort longtemps désormais. Depuis qu'il s'était engagé avec l'OCF, il n'y avait pratiquement plus jamais remis les pieds, et il s'était contenté d'arpenter les routes, pour livrer bataille là où on le lui disait. Sa vie avait été faite d'affrontements, de sang et de mort, de blessures et de compagnons perdus. Mais au moins, elle avait eu le mérite d'être trépidante, et chaque jour était un défi nouveau à lui seul. L'ennui l'avait parfois gagné lors des longues journées à cheval, sous une pluie torrentielle, mais il avait réussi à tenir en s'accrochant aux objectifs de sa mission. Désormais, le guerrier était privé de mission. Protéger Farma... cela était bien trop vague pour lui. Il n'était qu'un simple exécutant, un tueur sans âme, comme la femme du Maréchal le disait. Et lorsqu'il ne tuait pas, il sentait une impatience grandissante le ronger. Et le fait de n'avoir aucune perspective réjouissante, sinon d'attendre pour ne pas dire espérer le retour de Morgenstern, était pour lui aussi nocif que le soleil l'est pour la glace. Revenant à la jeune femme qu'il venait de planter là au beau milieu d'une phrase, il conclut sur un ton neutre :

- Rentrons. Vous devez vous reposer.

Et ils partirent. Elle à cheval, lui à pied. Il avait soulevé le bandit par le sol, et le poussait devant lui à intervalles réguliers, pour le faire aller plus vite. L'homme allait en titubant, trébuchant sur les passants qui s'écartaient de son passage, effrayés par son visage ensanglanté, et par l'oriental au regard sombre qui le suivait de près. Rokh ne se préoccupait guère de la populace, et il continuait inlassablement à faire avancer le voleur, qui tenta une fois de s'écarter du droit chemin, mais qui reçut une réprimande immédiate sous la forme d'un coup de poing dans le flanc. Pas assez fort pour l'empêcher de marcher, mais suffisamment pour lui faire comprendre qu'il n'avait pas intérêt à jouer au plus malin. Cependant, ils progressaient lentement, et Eliah s'éloignait peu à peu. Elle était toujours visible, fièrement dressée sur son cheval, et elle fendait la foule avec aisance.

Alors qu'il avançait, le Rhûnadan sentit une main se poser sur son épaule, et le forcer à se retourner. Il grimaça de douleur en sentant sa hanche le lancer soudainement, et ce fut la seule raison qui épargna au garde - car c'était bien un garde - de subir une punition similaire à celle du voleur. Au lieu de quoi, l'impoli en uniforme éleva la voix :

- Hey ! T'es qui toi, et pourquoi tu l'as amoché comme ça ?

Rokh ne baissa pas les yeux devant l'homme qui le défiait du regard, et répondit sèchement :

- Ce type est un voleur et un assassin. Il a tenté de tuer cette femme, que vous voyez là-bas sur son cheval. Ou vous le mettez aux fers, ou je le passe à l'acier, c'est clair ?

Le brigand, qui avait échappé temporairement à la vigilance de tout le monde - passants y compris, car ils étaient davantage préoccupés par l'altercation -, saisit alors sa seule chance de s'enfuir. Il s'élança à toutes jambes, même s'il demeurait hésitant sur ses appuis. Devant cette tentative manifeste de se soustraire au châtiment promis, les gardes abandonnèrent Rokh, et fondirent sur le malheureux qui se retrouva plaqué au sol quelques mètres plus loin. Les passants applaudirent le plongeon dans la boue qui macula les armures étincelantes des gardes, tandis que l'oriental laissait aux sans grades le soin de gérer ce genre de menus problèmes. Cependant, cette petite bousculade n'avait pas fait que le distraire de la personne qu'il devait protéger, et lorsqu'il reprit la route à sa suite, il se rendit compte qu'il avait de plus en plus de mal à marcher.

Ce devait être une malédiction ! A chaque fois qu'il avait l'impression d'être remis, ses blessures se rouvraient, et il devait passer voir un guérisseur pour être remis sur pied. Il avait l'impression qu'il ne verrait jamais la fin de cette histoire. Dans le même temps, c'étaient les guérisseurs de la forteresse qui devaient ne plus le supporter. Ils travaillaient dur pour lui sauver la vie, et quelques heures plus tard, il trouvait toujours le moyen de se fourrer dans les ennuis. A sa décharge, c'étaient souvent eux qui venaient le trouver plutôt que l'inverse, et il n'avait pas l'impression d'être responsable du comportement des rohirrim à son égard. Ces gens le détestaient cordialement, et ils se méfiaient tous de lui. Il ne pouvait pas leur en vouloir, car il aurait fait exactement la même chose à leur place. Mais alors il n'était pas possible de rejeter la faute sur lui.

Au milieu de la foule compacte, progresser semblait être de plus en plus difficile pour le guerrier. Les gens allaient et venaient, parlaient fort pour certains, et tout cela le dérangeait, le perturbait. Il avait l'impression avoir été plongé dans un maelstrom de couleurs et de sons bizarres. Ils parlaient dans une langue qu'il ne comprenait pas - le rohirric d'après les hommes qu'il avait pu interroger à ce sujet - et qui lui paraissait barbare, sauvage, rugueuse. Elle sonnait durement à ses oreilles, et il lui déplaisait d'entendre brailler des commerçants dans cet idiome inharmonieux. Il se rendit compte après quelques mètres que des points lumineux commençaient à apparaître dans son champ de vision, à mesure qu'un drôle de vertige le saisissait. Il avait l'impression de faire une allergie à la foule, une allergie à tous ces gens, à ce rassemblement incohérent et sans cesse en mouvement. Il y avait trop d'informations à enregistrer, trop d'informations qu'il ne pouvait enregistrer simultanément, et qui le laissaient exsangue mentalement. Il craignait systématiquement de voir tel homme sortir une arme de sous sa cape lorsqu'il allait chercher quelques pièces dans sa poche. Il avait peur de voir un individu se jeter soudainement sur lui lorsqu'il changeait de trajectoire pour aller observer un étal situé non loin. Et tout cela le mettait dans un état de tension perpétuelle que sa blessure et la fatigue induite rendaient impossible à gérer. Et pour ne rien gâcher, il avait perdu la femme qu'il devait protéger. Même en levant la tête, et en se concentrant, il ne parvenait plus à voir sa silhouette dépasser au-dessus de la foule. Avait-elle tourné ? Etait-elle déjà au château ? Comment savoir ?

Ce ne fut que lorsqu'une petite voix hésitante s'éleva à moins d'un mètre de lui qu'il prit conscience de sa présence. Il baissa les yeux, presque surpris, vers elle, et prit quelques secondes pour intégrer sa question - qui concernait sa santé -, trouver pourquoi elle l'avait formulée - probablement parce qu'il était à la traîne depuis Melkor savait quand, qu'il avait la démarche mal assurée, et le regard moins alerte que d'ordinaire -, et ensuite essayer de proposer une réponse :

- Je vais très bien. Nous pouvons continuer.

Il avait dit ça sans sourciller, et pendant un bref instant, il sembla qu'il avait retrouvé la pleine possession de ses capacités. Il apparut pendant une fraction de secondes comme le guerrier inébranlable et indestructible qu'il avait été durant la bataille. Mais l'image, comme si elle était surgie fugitivement d'un passé oublié, s'envola brusquement, emportée par une bourrasque glaciale qui révéla à la jeune femme l'étendue des dégâts que le serviteur de Farma tentait de cacher. Alors que sa tunique était secouée par le vent, elle put voir la tâche sombre se former au niveau de sa hanche. Une tâche qui était indubitablement du sang. L'homme sortait d'une difficile opération, avait déjà tué deux rohirrim à son réveil, et venait encore de mettre hors d'état de nuire un voleur. C'était une prouesse exceptionnelle que lui permettait sa prodigieuse résistance à la douleur. Mais ce n'était pas parce qu'il n'était pas arrêté par celle-ci, que son corps pouvait tolérer tout et n'importe quoi. Il avait perdu une quantité de sang suffisante pour provoquer ses vertiges, et l'affaiblir considérablement.

Il entendit la voix d'Eliah qui criait, stupéfiée, alors qu'elle constatait qu'il était blessé. Cela lui tira un sourire alors qu'il se rendait compte que pour elle, ce n'était pas tant la blessure en elle-même qui la choquait que le fait de savoir que lui était atteint. Il rabattit prestement sa manche devant sa hanche pour éviter d'offrir sa propre faiblesse en spectacle à cette femme, et essaya de la contourner. Mais il se sentit mal brutalement, et il manqua tomber. Au lieu de quoi, il s'accrocha à elle, ou elle s'accrocha à lui. Il n'aurait su dire s'il avait tendu la main vers elle pour rester debout, ou si elle s'était précipitée vers lui en constatant son malaise. Quoi qu'il en fût, elle se trouvait être en train de le soutenir, chose qu'il n'appréciait pas le moins du monde. Il avait appris à se relever seul, et il ne pouvait pas accepter d'aide de la part de quiconque. C'était déshonorant. D'une voix un peu atone, il lâcha :

- Je vais bien... Je vais bien... Donnez-moi quelques secondes, et ça ira mieux...

Mais il était évident qu'il n'était pas bien, et qu'aller plus loin risquait de l'épuiser davantage, sinon de le tuer, car la forteresse n'était pas tout près à pied, et il ne supporterait pas de chevaucher ainsi. Il dut s'en rendre compte, après une longue analyse mentale de sa situation, car il finit par souffler :

- Aidez moi à m'asseoir là-bas (désignant un banc de pierre près d'un puits, dans une rue à l'écart et déserte). Trouvez juste un linge propre, du fil et une aiguille. Il y a des marchands plus haut... (il prenait désormais une grande inspiration entre chaque phrase). Je vous rembourserai... Je le promets...


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Eliah Tandoril
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyDim 18 Aoû 2013 - 16:47
Parfois l'esprit a besoin de repos et opère par des stratagèmes sa propre guérison. Lorsque l'esprit est trop torturé et travail trop, il peut sombrer dans la folie. Afin d'éviter ce genre de situations, il fait le tri de manière presque autonome et chasse des pensées de son propriétaire les mauvais moments ou les moments douloureux. Ceux qui mériteraient à être oubliés mais qu'il est impossible d'oublier. Pourtant parfois, on arrive à tout simplement ne plus y penser. Mais c'est à ce moment que le vent se met à souffler, que la neige recommence à tomber et on se rappelle les tempêtes. On se souvient pourquoi notre chemin a prit cette tournure et pourquoi nous avons fait ces choix. À ces moments, soit on sombre, soit on surmonte la crise de culpabilité pour relever la tête et se battre. Eliah se contenta de resserrer son manteau autour de sa taille, espérant ainsi que la chaleur la garderait de toutes les horribles pensées qui venait la tenailler de l'intérieur.

Mais au delà de ce qui s'était déjà passé, le destin lui donnait peut-être la possibilité de se racheter. Elle venait d'épargner la vie d'un homme qui ne le méritait très certainement pas, mais sa clémence aurait peut-être des conséquences qu'elle n'imaginait même pas. Elle ressassait des pensées, élaborait des solutions, cherchait des plans et son esprit ne la laissait pas en paix. Après ce qu'il venait de se passer, elle aurait pu être vidé, avoir la tête reposée, mais c'était tout le contraire. Cette situation l'avait touché quoi qu'elle en dise et la cruauté des hommes commençait à écœurer et à choquer la petite paysanne. A croire qu'au delà des champs où elle avait grandit, se dressait un monde sans pitié et sans vergogne, capable de tuer, de violer de piller femmes et enfants. Elle se rendait compte qu'elle avait été protégée de trop par les personnes qui l'aimaient, qu'elle avait été élevée dans une bulle et que tout cela était certainement choses communes. C'était à elle de s'adapter à ce  monde sans pitié. Elle devait gagner en assurance et surtout en force. C'est à ce moment que son esprit dériva vers la personne qui incarnait de manière logique la plus grande puissance qu'elle n'ait jamais vu jusqu'ici. Rokh.

Lors de leur discussion précédente, ou plutôt de leur banal échange d'identité, il avait eut tellement de coeur à se présenter lui et son pays qu'elle comprit qu'il avait une grande fierté et qu'il ne devait pas être le seul homme de son peuple qui soit de cette trempe. En effet, il était un étranger, un oriental venu d'un pays lointain, dont les coutumes étaient sans aucun doute différentes des leurs. Il avait apprit à se battre, à battre ses adversaires et à cultiver cet esprit de battant. Lui, pourrait l'aider à devenir plus forte. En retour, elle pourrait lui apprendre les coutumes du pays ou tout autre chose qu'il aurait aimé apprendre. Mais pour cela, elle devait en savoir un peu plus sur lui : son histoire, la raison pour laquelle il était venu à Aldburg et celle plus intrigante encore de la raison pour laquelle il servait Dame Farma. Il était possible que comme elle, il s'était retrouvé là par pur hasard et qu'il n'avait pas eu le choix. Mais si elle avait envie de mieux le connaître, ce n'était peut-être pas réciproque. Elle se devrait donc d'être discrète et prudente. Contrairement à lui, la jeune femme avait volontairement omis de dévoiler ses origines exactes. Non pas qu'elle avait honte de dire qu'elle était fille de paysan et qu'elle ne connaissait pas grand chose à ce nouveau monde, mais elle ne voulait pas qu'il la pense faible, qu'il la juge ou pire qu'il la méprise.
C'est donc avec pur réflexe, perdue dans ses pensées, qu'elle avait recherché l'homme du regard et qu'elle avait constaté qu'il n'était plus derrière elle. Maveli n'allait pas grand train, mais elle avait réussi à le distancer.

C'est à ce moment qu'elle était retournée sur ses pas et qu'elle avait constaté que l'homme qu'elle croyait si fort était blessé. La tâche sombre près de sa hanche ne trompait personne. Il s'agissait bien de son propre sang. Elle ne s'était pas trompé, cet homme était d'une fierté incroyable. Même blessé et sur le bord de l'évanouissement, il continuait à être fort, à vouloir continuer son chemin. Elle faillit le croire l'espace d'un moment, mais la douleur eut raison de lui et il bascula. Elle se précipita vers lui autant qu'il eut le réflexe de s'accrocher à elle et ils restèrent un moment ainsi à se regarder. La brune tenta tant bien que mal de l'aider à se remettre debout et une fois encore, il estima que tout allait bien et qu'il avait juste besoin de quelques instants avant de partir. Eliah rouspéta.

“Ce n'est pas ce de quoi vous avez l'air ! Pas d'un homme qui a juste besoin de quelques instants pour se remettre d'aplombs. Vous avez besoin de soins et surtout de repos !”

Eliah fronça les sourcils et posa sur lui un regard sévère. Elle ne pouvait pas le voir, mais elle ressemblait en cet instant beaucoup à sa mère quand elle devait réprimander un de ses enfants. Mais après quelques instants de silence, il finit par capituler, sous le regard soulagée de la jeune femme. La brune s'exécuta et l'aida à s'asseoir un peu plus loin. Il donna des ordres et la jeune femme fit la grimace. Vu ses demandes, il comptait bien se soigner tout seul. Eliah attrapa Maveli par la bride et la tira vers eux, les coupant ainsi du regard interrogateur et fouineur de certains passants. Elle avait horreur de se savoir ainsi épiée. Mettant ses sacs par terre au pied de Rokh, elle commença à fouiller à la recherche d'un linge. Elle récupéra une tunique qu'elle n'hésita pas à déchirer en deux avant de partir avec une moitié vers le puits qui se trouvait non loin. Il avait choisit le bon endroit pour s'installer. Avec douceur mais rapidité, elle récupéra un sceau d'eau et l'amena près du soldat qui ne semblait pas en mener large. Elle fouilla dans son sac et lui tendit quelques morceaux de bœuf séchés qu'elle avait récupéré dans la maison ainsi qu'une pomme.

“Mangez, ça vous fera du bien. Je m'occupe du reste. J'ai déjà fait ça auparavant... je... j'ai déjà appris”. Bafouilla-t-elle.

Et sans demander son reste, elle localisa la blessure de Rokh et tira sa dague de son fourreau. Elle fit une entaille dans le tissu maculé de rouge et des gouttes de sang dégoulinèrent sur le sol. Prenant une profonde respiration, elle versa de l'eau fraiche sur la blessure de l'homme qui était plus grave et profonde qu'elle ne le pensait. Elle avait déjà soigné des hommes. Il y avait quelques années de cela, sa mère lui avait appris certains soins afin d'aider les villageois qui avaient du se battre contre des trolls venus des forêts. En attendant les chevaliers d'Edoras, ils avaient du s'armer de leurs fourches et de leurs lances pour défendre leurs enfants et leurs animaux. Son père et son plus jeune frère avaient été blessé et elle avait aidé sa mère à réparer les dégâts. Elle n'aimait pas particulièrement cette tâche, mais elle savait que cela pouvait sauver une vie, alors elle s'en accommodait.

“Pense à autre chose Eliah, ne regarde pas le sang.
- Mais il y en a partout, cette odeur... elle est partout. Maman j'ai peur.
- Tout va bien se passer. Élimine déjà le sang si ça te gêne et ne respire pas.”

C'est ainsi qu'elle apprit à nettoyer une blessure et à ralentir l’hémorragie. Et sans vraiment réfléchir ou même écouter les éventuelles protestations, elle appliqua tout cela dans ses gestes attentifs et précis. Elle avait nettoyé le sang et avait récupérer l'autre moitié du linge qu'elle avait serré autour de la jambe du soldat pour que le sang n'abonde plus. Il ne lui restait plus que trouver du fil et une aiguille. Mais son regard s'assombrit. Même si elle en trouvait et qu'elle refermait la plaie, celle-ci se rouvrirait au moindre effort. Et aller à pied jusqu'à la demeure de Dame Farma en était un. Elle se releva d'un bon et regarda Maveli. La maison qu'elle venait de quitté n'était qu'à quelques mètres. Il leur suffirait de tourner à gauche et ils y seraient. Alors que de l'autre côté...

“Pouvez-vous marcher jusqu'à chez moi ? Je suis certaine d'avoir vu du fil et des aiguilles dans un tiroir ainsi que du linge propre. Je sais que vous avez envie de rentrer, mais je suis certaine que ce n'est point une bonne idée. Vous avez besoin de repos ou sinon cette blessure ne se refermera jamais et vous allez finir par attraper un mail bien pire. Vous pouvez vous appuyer sur Maveli elle vous guidera et je vous aiderai moi aussi”.

Elle attendit quelques secondes avant de reprendre.

“Et d'un autre côté, vous n'avez pas vraiment le choix. Vous ne pouvez pas allez vous même chercher du fil et une aiguille dans votre état. Le linge ralentira le sang jusqu'à ce qu'on arrive et ensuite je pourrais vous soigner correctement. J'en assumerai toutes les conséquences auprès de Dame Farma je vous le promets. Ayez confiance...”

Quelque part, la petite demoiselle se sentait en position de supériorité et en jouait. Il avait besoin d'elle, il dépendait d'elle en l’instant présent. Elle soupçonnait Rokh d'avoir cette blessure depuis plusieurs jours déjà, comme en témoignait la chair meurtrie autour de la blessure. Elle savait ce que les blessures mal soignées pouvaient faire des ravages, même sur un homme aussi puissant et fort que lui. Elle irait voir Dame Farma et lui expliquerait ce qui s'était passé. Elle ne pourrait pas lui en vouloir d'avoir sauvé la vie de son garde du corps. Elle espérait pouvoir le convaincre de bien vouloir l'accompagner. Il avait aussi besoin d'un lieu calme et isolé pour reprendre des forces et cette vieille maison était parfaite. Personne ne viendrait les déranger ici.
Avec tout cela, Eliah venait à peine de remarquer la disparition du voleur qu'elle chercha des yeux avant de pousser une exclamation de surprise.

“Mais ... où est donc passé ce mécréant ? L'avez-vous laissé s'échapper ?”

Le regard plein d'étonnement, elle préféra en cet instant qu'il lui avoue l'avoir tué. Au moins, la peur qu'elle avait éprouvé quelques instants auparavant ne réapparaitrait pas. Savoir cet homme en liberté lui provoqua quelques frissons. Mais elle ne put croire que Rokh ait pu le laisser partir ainsi impunément. Non il n'était certainement pas de ce genre la.
Prise tout d'un coup d'une horrible panique elle tenta de se ressaisir. Elle devait garder les idées en place jusqu'à ce qu'elle ait gagné gain de cause face au soldat. Il ne devait pas voir que sa garde avait baissé ou lire la peur ou la panique sur son visage. Elle devait rester déterminer.
Pourtant elle n'avait plus qu'une envie, c'était de s'enfermer dans sa maison et se cloitrer afin que plus personne ne s'approche d'elle. Elle tenta un demi sourire pour persuader l'homme du Rhun que son idée était la bonne.
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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMar 20 Aoû 2013 - 14:13
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- Akh ! Lâcha Rokh en ouvrant brutalement les yeux.

Puis, après avoir laissé échappé l'équivalent de "aïe" en Commun, il enchaîna dans sa langue natale aussi incompréhensible aux hommes de l'Ouest que pouvait l'être l'elfique pour lui, et grogna :

++ Mais que se passe-t-il, par Melkor ? ++

Ce fut alors seulement qu'il nota quelle était la situation. Il était allongé sur ce qui semblait être un lit, à l'intérieur de ce qui semblait être une maison. Une chambre, plus précisément. Il sentait vaguement la présence d'un oreiller sous sa tête à demi-relevée, et il avait conscience de la présence d'une fenêtre sur le côté, qui dispensait les derniers rayons de lumière d'une journée touchant à sa fin, fort heureusement suppléée par le halo chatoyant d'une bougie posée sur une table de chevet. Mais ce que regardait le guerrier, c'était surtout la jeune femme assise à côté de lui, qui le dévisageait avec de grands yeux surpris. Et surpris, il l'était aussi, mais probablement pas pour les mêmes raisons. Son torse complètement glabre nu, il était donc allongé sur ce lit, en train d'offrir son flanc aux mains d'Eliah, qui les avait couvertes de sang. De son sang à lui ! Elle avait les doigts couverts de ce liquide carmin poisseux qui devait probablement la gêner alors qu'elle s'appliquait à recoudre sa blessure à l'aide de l'aiguille qu'elle s'efforçait de tenir convenablement, et qu'elle venait de piquer dans sa chair. A en juger par bassine d'eau sale qui reposait à ses pieds, ainsi que par les linges rougis qui s'étalaient autour, elle avait probablement dû essayer de nettoyer sa plaie, mais ça avait été peine perdue, tant la blessure était phénoménale. La lame du Maréchal n'avait touché aucun organe vital, mais elle avait profondément entamé la chair, et dès qu'elle se rouvrait, le sang recommençait à couler abondamment. Eliah avait probablement dû faire un choix à un moment ou à un autre : continuer à éponger en espérant arrêter l'hémorragie, ou tenter de recoudre pendant que son patient respirait encore. De toute évidence, elle avait choisi la seconde solution.

Mais ce n'était pas ce qui étonnait le plus le guerrier. Ce qui le surprenait vraiment, c'était qu'il ne se souvenait de rien du tout. Ni de comment il était arrivé ici, ni de où ils se trouvaient. La dernière image qu'il pouvait retrouver, en fouillant sa mémoire, c'était celle de cette jeune femme face à lui, qui le grondait pour avoir menti, et avoir prétendu être en forme. Peu après, elle lui avait donné à manger généreusement, en espérant que ce surplus d'énergie lui permettrait de rester conscient. Pour une fois, il avait accepté, et avait mangé sans rechigner, se rendant compte à quel point il pouvait être affamé, malgré la douleur qui le tenaillait. Tandis qu'il mastiquait, la jeune femme lui avait déclaré qu'elle allait s'occuper de lui, qu'elle allait recoudre sa plaie. Il se souvenait avoir haussé les sourcils pour marquer son incrédulité. En vérité, Rokh n'était pas médecin, mais il avait davantage confiance en ses capacités. Il ne l'imaginait pas recousant une blessure de guerre, et il était convaincu qu'elle sous-estimait l'ampleur du problème. Ce n'était pas une éraflure minime, qui avait déchiré la peau. Non. Il avait pris de l'acier dans le corps et il faudrait du courage pour recoudre, faire tenir la plaie, ne pas flancher pendant l'opération qui risquait de ne pas être jolie à voir, et le surveiller encore après pour s'assurer que les pansements allaient tenir.

En fouillant un peu davantage, il se souvenait qu'elle avait déjà entrepris de nettoyer sa blessure pour lui permettre de se déplacer. Elle ne pouvait décemment pas le soigner en pleine rue, et elle devait l'installer confortablement, à l'abri de la nuit qui approchait, et du froid qui ne manquerait pas de s'inviter. Il était déjà en train de se motiver intérieurement pour aller jusqu'à la forteresse à pied, s'apprêtant à subir une véritable épreuve, mais déterminé à en sortir vivant, comme d'habitude. Il avait voulu protester, dire qu'il se sentait parfaitement capable de rejoindre la forteresse, là où de véritables guérisseurs l'attendraient et s'occuperaient de lui. Sauf qu'à bien y réfléchir, la dernière fois qu'il avait confié sa vie entre leurs mains, il s'était réveillé gardé par deux militaires qu'il avait fini par éliminer sur ordre de Farma elle-même. Il ne doutait pas que la Dame ne fût pour rien dans cette altercation, mais ce qui était certain, c'était qu'elle n'avait pas une autorité parfaite sur ses sujets. Sa convalescence l'éloignait des responsabilités, et en l'absence de son époux, personne ne semblait assumer le commandement. De fait, certains prenaient leurs aises, et se permettaient d'agresser son garde du corps encore affaibli. Ils étaient tombés sur un os, et cela avait probablement servi de leçon à tout le monde. Mais une leçon dont certains tireraient peut-être des enseignements. Si Farma avait des ennemis, qui pouvait savoir quand et avec quelles forces ils allaient revenir ?

Rokh fut interrompu dans ses réflexions guerrières par Eliah, qui reprenait son argumentation, et tentait de l'expliquer qu'il était de toute façon plus raisonnable de se diriger chez elle, et qu'il n'avait pas véritablement d'autre alternative. Alors qu'il était en train de se demander ce que penserait Farma de tout cela, elle anticipa sa question, et déclara avec une fermeté rare qu'elle assumerait toutes les conséquences. Et puis elle lui demanda de lui faire confiance. L'oriental resta un moment interloqué. Confiance ? Et puis quoi encore ? Ne voulait-elle pas qu'il lui donnât l'opportunité de le tuer en traître ? Il avait repoussé cette notion ridicule d'un geste de la main, et avait répondu d'une voix fatiguée mais résolue :

- Moi...? Avoir confiance dans un occidental...? Ha... Je pense qu'on verra ça un autre jour... Je n'ai confiance en personne, moi !

Il avait dit ça avec une fierté évidente, quand bien même à bien y réfléchir, il était difficile de trouver une satisfaction à cela. Pourtant, dans son esprit guerrier, c'était quelque chose de positif, indéniablement. Mais peut-être que la confiance avait, pour lui, un sens différent de celui qu'elle avait pour Eliah. Il se souvint aussi qu'elle lui avait demandé où se trouvait le voleur qui avait failli lui ôter la vie, et qu'elle avait miséricordieusement épargné. Il y avait une lueur d'inquiétude dans sa voix, que le guerrier parvint à percevoir malgré son état d'épuisement. Il avait voulu sourire, mais une grimace de douleur vint chasser toute trace de sympathie de son visage, alors qu'il essayait de se relever.

- Oh, lui ? Avait-il lâché en forçant sur ses jambes pour se retrouver en station verticale.

Après cela, c'était le trou noir, et il ne se souvenait de rien. Probablement qu'il avait été gagné par un vertige plus violent que les autres, et qu'il s'était évanoui. Cette seule pensée le couvrait de honte, et il s'adressa à Eliah en Rhûnien :

++ Ecoutez, pour tout à l'heure, je... ++

Il se rendit alors compte qu'elle ne comprenait pas un traître mot de ce qu'il disait. On pouvait lire dans son regard une multitude de questions, qui lui permirent de retrouver le Commun parmi les dialectes qu'il parlait. Mais au moment où il allait parler, une onde de douleur remonta jusqu'à son cerveau, et il grogna en rejetant la tête en arrière. Peu après, il sentit la piqure de l'aiguille dans sa chair. Eliah s'était remise au travail. La souffrance était terrible, mais le guerrier avait déjà ressenti pire. Du moins, il essayait de s'en convaincre pour se donner du courage, tout en ne faisant aucun effort pour vérifier cette affirmation. Il serrait les mâchoires, déterminé à ne pas laisser échapper le moindre son durant l'opération. Il ne souhaitait pas passer pour un faible. Cependant, à chaque fois que la jeune femme tirait un peu trop vite sur le fil, ou piquait un peu trop loin dans la chair, il sentait ses mains se refermer brutalement sur le drap et se serrer de toutes leurs forces en un poing compact.

- Cousez serré... C'est une vilaine blessure, lâcha-t-il entre ses dents.

Il ignorait quel était son degré de maîtrise en la matière, et il préférait l'entendre répondre d'un "je sais" agacé, plutôt que la laisser se tromper. Après tout, elle jouait avec sa santé. Il essaya de calmer sa respiration, de retrouver un état de paix intérieur qu'il était difficile d'atteindre avec une blessure béante au flanc, et une femme qu'il ne connaissait presque pas en train de tenter de réparer les dégâts. Il inspira profondément, expira de même, tout en se rendant compte qu'il n'arrivait pas à se détendre. Alors, il lança :

- Parlez-moi. Ne restez pas silencieuse. Dites quelque chose, n'importe quoi ! Racontez-moi votre vie, par exemple... D'où vous venez... Comment était votre village. Mais ne vous arrêtez pas de parler.

Son ton avait quelque chose de suppliant, mais c'était peut-être dû au fait qu'il était allongé, blessé, et qu'elle était en parfaite santé, en train de s'occuper de lui. Et pourtant, malgré tout, il conservait son ton autoritaire. Il était évident qu'il était habitué à être obéi. Mais ce ton n'était nullement agressif ou méchant, comme la dernière fois. Il était simplement naturel au guerrier de s'exprimer ainsi, au regard de son passé dans l'armée. Mais il n'espérait pas d'elle qu'elle le comprît. Il espérait simplement entendre le son de sa voix, comme une mélodie particulière sur laquelle il pouvait caler sa respiration, et ainsi se relaxer plus facilement.


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Eliah Tandoril
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMar 20 Aoû 2013 - 19:38
La responsabilité de la vie d'un homme n'était pas facile à accepter mais le destin ne vous laissez pas toujours le choix. Et ce fut le cas pour Eliah qui prise au dépourvu du bien prendre une décision et agir au plus vite, au risque de voir un homme périr par sa faute. Encore...
Alors qu'elle parlait à Rokh afin de le convaincre de retourner dans son humble demeure, il avait parut tout d'un coup mieux et son arrogance avait refait surface. Elle s'était demandé un moment si tout les hommes de son pays étaient aussi têtus et fiers ou s'il était une exception à la règle. Elle décida qu'ils étaient tous comme cela, des étrangers imbus de leur personne et avec qui il était difficile de marchander. Mais alors même qu'il allait faire une proposition, ou une objection elle ne le saurait jamais, il avait vacillé et n'avait pu se retenir à rien avant de sombrer dans l'inconscient et de s’étaler de tout son long sur le pavé un peu boueux, mélange de neige fraîchement fondue et de poussière. La brune avait poussé un grand cri d'horreur.

La panique pouvait se lire dans ses yeux alors qu'elle passait de multiples solutions dans sa tête, à toute vitesse afin de trouver un moyen de le ranimer. Mais il perdait beaucoup de sang malgré le garrot qu'elle lui avait fait avec le tissu. Il était bien trop lourd pour qu'elle le porte. Elle n'eut d'autres choix que d'appeler à l'aide et quelques gardes plus curieux qu'enclin à l'aider vinrent à sa rencontre afin de s’enquérir de ce qui venait de se passer. Elle ne pouvait pas leur expliquer sa blessure puisqu'elle n'en connaissait pas l'origine. Elle était pratiquement certaine que le voleur ne l'avait pas blessé lors de leur duel au corps à corps et qu'il ne l'avait certainement pas plus fait lorsqu'elle avait le dos tourné. Non, cette blessure était une plus ancienne, qui datait de plusieurs jours au moins. Mais afin d'obtenir de l'aide de ces hommes goguenard qui semblaient heureux de voir cet homme fort à terre, elle se permit d'enjoliver un peu les choses.

“C'est pas le nouvel animal de la Grande Dame L'bas ? J'avais entendu dire qu'il était coriace ce bougre. J'vois que les ragots restent toujours ce qu'ils sont, des ragots” avait lâché un premier avant de rire à gorge déployée.
Eliah ne savait pour quelle raison elle se sentit piquée à vif et offensée, mais elle bomba le torse et déblatéra ses propos sans respirer.

“Cet homme à risqué sa vie pour me sauver de la mort. J'ai été attaqué par un voleur qui m'a prit tout ce que je possédais avant de se jeter sur moi pour m'égorger ou pire...” Afin de jouer un peu mieux la comédie, elle ponctua son récit d'une petite larmichette qui roula dans le coin de son oeil.

“Il s'est battu loyalement et alors qu'il avait le dos tourné, l'homme l'a poignardé et lui a fait ce mal. Au lieu de rire vous devriez m'aider à le sauver !” avait-elle crié plus fort qu'elle ne le voulut. Les deux gardes semblèrent s'écraser et se liquéfier sous le regard dominateur et remplit de braises de la jeune femme. Leurs oreilles devinrent rouges de honte. Sa ruse avait fonctionné.

“On peut vous aider à le porter jusqu'un endroit sur, mais on saura pas le soigner M'dame.”

“Ne vous en faite pas... je m'en charge !” avait murmuré la naïve demoiselle.

Elle aurait mieux fait de les laisser l'emmener chez Dame Farma ! Elle ne savait vraiment pas dans quoi elle se fourrait quand elle avait prononcé ces mots. Les deux gardes avaient appelés du renfort et transporté le blessé dans la petite maison. Ils avaient accepté de faire un bon feu dans la cheminée pour réchauffer l'air frais et humide et s'étaient occupé de ramener Maveli à l'écurie. Cette dernière furieuse de n'avoir pas fait une assez grande promenade soufflait et hénissait, tapant du sabot pour montrer son mécontentement. Mais elle était au chaud et avait à manger et plus tard dans la soirée, elle reconnut qu'il valait mieux être ici. Car au dehors, la neige s'était remise à tomber et le froid mordait le moindre petit morceau de chair qu'il apercevait. Eliah avait même réussi à convaincre les gardes de rester près de la demeure une partie de la nuit pour qu'elle puisse finir le travail sans avoir la tête occupé par on ne sait jamais, un vilain voleur rancunier.

Mais le plus dur restait à venir. Elle avait observé le soldat allongé sur le lit pendant un moment, le coeur battant et la tête embrumé. Son sang rouge vif se répondait sur les draps blancs et le sol propre et froid. Elle devait se dépêcher. Elle récupéra du fil et une aiguille qu'elle désinfecta avec de l'alcool et en rapporta quelques bouteilles qu'elle avait trouvé. Au cas où. Elle passa un chiffon imbibé d'alcool sur la blessure, ce qui eut pour effet de provoquer une réaction violente de l'homme qui leva le bras et faillit l’assommer. Mais il ne s'était pas réveillé pour autant. Pas tout à fait. Elle devait profiter de ce demi sommeil pour commencer le travail. Il perdait trop de sang elle ne pouvait attendre. Elle avait pensé à envoyer quérir un médecin, mais on lui avait dit qu'il n'y en avait plus à Aldburg. Seulement quelques guérisseurs qui ne paraissaient pas plus agiles qu'elle. Elle du se résigner et planta l'aiguille dans la chair rose vif avec une grimace de dégoût. Elle imaginait la douleur qui devait y tenir et se retint de ne pas aller vomir. Elle devait tenir bon.

Elle ne prit pas le temps, puisqu'elle n'en avait pas et récupéra sa dague pour déchirer tout les vêtements qui auraient pu la gêner dans sa tâche. Il ne lui en voudrait surement pas. Et si c'était le cas elle lui rembourserait, c'était aussi simple que ça.
Le sang coulait trop pour que son travail soit minutieux, elle décida alors de faire des points très très serrés afin de refermer au mieux la blessure. Cela prendrait plus de temps et lui ferait plus mal, mais ce serait plus efficace. Mais alors qu'elle n'était qu'à la moitié du travail, que ses mains étaient rouges de sang et que la chaleur du feu commençait à l’oppresser, son patient se réveilla ce qui compliqua encore un peu son labeur. L'entendre gémir et crier ne l'aidait pas à se concentrait et la faisait hésiter dans ses gestes. Elle avait peur à présent qu'il ne supporte pas la douleur. Elle devait pourtant continuer.

“Je suis désolée” murmura-t-elle “je n'ai pas le choix”.

Par dessus le marché, il gigotait ! Elle ne pipa mot néanmoins et le laissa revenir à lui tout en restant concentré sur ce qu'elle était en train de faire. L'aiguille poisseuse glissait sur sa peau qui était étrangement épaisse. Il était à présent tout éveillé et lui demanda de coudre serré. Malgré elle, un large sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'elle pensait *S'il savait...*
En effet, elle avait fait en sorte que le fil se touche presque, voilà pourquoi elle avait prit un peu plus de temps. Elle y était presque, mais le sang abondait toujours et elle était épuisée. Mais ce n'était pas le moment de tomber dans les pommes à son tour, sinon il n'y en aurait pas un pour sauver l'autre. Elle prit une grande respiration et lui répondit calmement.

“Je fais de mon mieux. Soyez tranquille.”

Et reprit de plus belle le travail. Elle ne devait pas se laisser distraire par ses grimaces et son regard livide. Il avait mal, elle le savait. Alors plus vite elle aurait terminé, plus vite toute cette torture finirait également pour lui. Elle devait rester concentrée.
Mais c'est à ce moment qu'il choisit de briser le silence. Elle reconnut là un homme fort physiquement mais aussi mentalement. Il souffrait le martyre mais il ne se plaignait pas. Il lui demanda simplement une faveur. Celle de parler, de lui changer les idées. Sa supplique émue la jeune femme qui essaya de garder les yeux rivés sur l'aiguille et la chair boursoufflée et de ne pas trainer. Elle s'arrêta quelques secondes, récupéra une bouteille de whisky et la tendit à Rokh.

“Cela vous fera peut-être du bien. Je veux bien parler, mais je ne sais que trop vous raconter. Ma vie dans mon village n'était que trop banale et cela vous ennuierait très certainement. C'est pour cela que je suis partie, en quête d'aventure.” A vrai dire, elle débitait des paroles sans même vraiment s'en rendre compte. Son ton était le même, rythmé par l'aiguille et sonnait comme une chansonnette.

“Je m'étais dit que le monde extérieur était grand et beau. Qu'il m'apporterait tellement de choses, du bonheur, du frisson, de belles rencontres. Jusqu'ici, j'ai surtout eu du frissons, des craintes, de la peur et du malheur. Mais je dois avouer qu'en ce qui concerne les belles rencontres, j'ai tout de même eu de la chance. Le premier soir de mon escapade je suis tombée sur une femme et sa fille. Elles étaient vraiment très gentilles et nous avons fait le voyage ensemble jusqu'à une ferme où nous avons rencontré une autre femme. Elle aussi était très gentille. Nous avions pour projet de nous rendre à Edoras et puis ...” Elle se mordit la lèvre et ses yeux s'illuminèrent.

“C'est fini ! J'ai fini ! Vous devriez reprendre un peu du poil de la bête à présent.”

La jolie brune essuya son front, mettant un peu plus de sang sur son doux visage et récupéra un linge propre. Du moins un qui n'était pas trop sale. Elle vida une bonne quantité d'alcool et sans crier gare le posa assez rudement sur la peau à vif de Rokh. Au moins la blessure ne s'infecterait pas. Quand elle était plus petite, elle aimait sentir le picotement de l'alcool quand elle s'était blessée. Quand elle avait une égratignure, elle avait toujours peur de mettre le chiffon imbibé. Mais une fois sur la blessure, elle se sentait soulagée. Au moins elle allait guérir. Et la douleur s'évaporait peu à peu, laissant place à un engourdissement doux et chaud.

“Voilà ! Je suis désolée pour ce travail peu soigné, mais je n'avais pas le choix. Au moins le sang s'est arrêté. Par contre ... vous risquez d'avoir une vilaine cicatrice.” Elle avait dit ça d'une manière naturelle et enjouée, sans pour autant s'en vouloir. Elle était au contraire plutôt fière d'elle. Il lui était redevable  de lui avoir sauvé la vie et il n'avait pas intérêt à se plaindre ou elle frapperai là ou ça faisait mal ... D'une petite voix taquine elle rajouta :

“Et puis vous savez ce que l'on dit chez nous ? Chaque blessure laisse une cicatrice et chaque cicatrice raconte une histoire. Une histoire qui dit: j’ai survécu” Elle fit une pause, lui fit un petit clin d'oeil complice et rajouta. “Reposez-vous à présent, je reviendrai dans quelques heures voir si tout va bien. Et essayez de ne pas trop bouger !”

Puis elle s'éloigna sans même attendre de réponse, en récupérant le sceau rouge sang et les linges sales qui trainaient dans la pièce. Elle ne voulait plus voir cette couleur devant elle, elle supporterait par contre de se plonger dans l'orange des flammes et de les contempler jusqu'à en tomber de sommeil. Mais avant, elle devait se changer et se rincer. Elle n'avait pas changé les draps du lit de Rokh, car il ne pouvait pas et ne devait pas bouger. Elle s'occuperait de ce détail plus tard. Pour le moment, la jeune femme récupéra une tunique et alla faire chauffer de l'eau. Elle mit le tout dans la grande bassine en cuivre qui servait de baignoire et entra dans l'eau chaude. Trop chaude qu'elle lui engourdissait le corps, le coeur, la tête. Si chaud que cela faisait de la vapeur partout dans la pièce. Elle avait attaché ses cheveux en un long chignon et s'était plongé dans l'eau chaude réparatrice jusqu'au cou. Elle ferma un moment les yeux puis entreprit de retirer la moindre petite trace rouge qui pouvait y avoir sur elle. Elle ne voulait plus sentir l'odeur du sang. C'était trop horrible.

Elle ne savait pas combien de temps elle était restée là, mais quand elle sortit de la pièce, elle fut emparée par une étrange langueur. La fatigue se fit sentir et s'empara de son corps. Elle du se traîner jusque la cuisine afin de faire un peu de thé et de chercher quelque chose à manger. Elle avait encore un peu de pain, certes pas de la dernière fraîcheur mais il n'était pas mauvais. Elle le coupa en trois tranches, en mangea une but un peu de vin et mit les deux autres dans une petite assiette. Elle prit le thé et l'amena dans la chambre du malade. Il n'y avait pas de bruit. Elle posa le tout sur la table de chevet et souffla la bougie et remonta les draps comme une mère qui borde son enfant afin qu'il n'attrape pas froid. Il était tard à présent, il devait se reposer et elle en avait besoin elle aussi. Elle s'écroulerait dans le grand lit et dormirait jusqu'au lendemain matin sans aucun doute. Baillant à s'en décrocher la mâchoire, elle s'apprêta à sortir et lança doucement.

“Bonne nuit Rokh. A demain”

C'était la première fois qu'elle l'appelait par son prénom et cela lui paraissait étrange. C'était décidément un drôle de personnage cet homme là. Ils étaient parti du mauvais pied mais qui sait, peut-être qu'au fond elle apprendrait à mieux le connaître et finirait par l'apprécier. Le vent faisait claquer les fenêtres et venait siffler par le moindre petit interstice. Le feu avait répandu une douce chaleur dans toute la maison, ce qui était très agréable. Elle espérait qu'il durerait jusqu'au petit matin. Elle raviva les flammes avec quelques bûches avant de se mettre à la recherche d'un bon lit. Quoiqu'un simple lit, voir une simple couche de paille ferait l'affaire ...
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyVen 23 Aoû 2013 - 23:26
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Rokh serra les dents en regardant la jeune femme recoudre avec application sa plaie au flanc. Il se sentait incroyablement désarmé face à cette situation, et pas seulement au sens propre du terme. Il avait l'impression de ne plus avoir la mainmise sur rien, et pour un homme habitué à tout contrôler - en commençant par son propre corps, véritable arme de destruction, jusqu'à la vie de ses ennemis, qu'il prenait quand il le désirait -, voir des mains inexpérimentées courir fébrilement sur sa chair avait de quoi effrayer. Mais il savait qu'il ne pouvait rien faire d'autre que de lui faciliter le travail autant que possible. Malgré la douleur qui le tenaillait, il faisait en sorte de rester immobile, et de garder autant que possible pour lui les manifestations de sa souffrance. Ce dernier point n'était guère aisé, et il respirait fort pour canaliser les ondes qui affluaient dans son cerveau, porteuses de messages alarmistes quant à son état de santé. Sauf que chaque respiration lui tirait une grimace de douleur qui risquait à tout moment de rompre le fragile équilibre qu'il était en train de construire. C'était comme essayer d'ériger un château de sabre face à la marée montante. Aussi solide que pouvaient apparaître les murs, ils finissaient toujours submergés. Et tous les efforts pour consolider les digues, colmater les brèches ou dérouter l'eau finissaient invariablement par le même résultat. Une victoire nette et incontestable de la Nature, qui se révélait toujours la plus forte. Ainsi en était-il pour sa propre douleur qui, bien qu'il s'employât de toutes ses forces à l'endiguer, demeurait toujours plus forte que lui.

C'était la raison pour laquelle Rokh tenait tant à parler. Parler contribuait à lui faire penser à autre chose. Sa volonté était aussi solide que l'armure qu'il portait au combat, et s'il faisait abstraction de sa souffrance, alors elle disparaîtrait pour un temps. Lorsqu'il intima à la jeune femme de coudre serré, pour éviter que la plaie se rouvrît, il fut surpris de voir un sourire se dessiner sur son jeune visage. Etait-elle à ce point confiante en sa science qu'elle voyait du positif là où les guérisseurs du château avaient annoncé à maintes reprises qu'il était condamné ? Ou souriait-elle pour une autre raison qui n'appartenait qu'à elle, et que pourtant le cavalier aurait aimé partager ? Il l'ignorait, mais en cet instant, cette information lui apparaissait comme cruciale, et elle lui échappait. Il lâcha un soupir endolori lorsque, voulant dissiper une gêne, il bougea de trop sur le côté, et ressentit une vive douleur au côté. Comme si on avait appliqué un fer chauffé au rouge sur sa peau à cet endroit précis pendant l'espace d'une seconde. La sensation était effroyable, et il sentit des gouttes de sueur perler sur son front. Toutefois, il préféra ne pas bouger pour les chasser, de peur de réveiller à nouveau un de ces pénibles éclairs qui lui obscurcissait la vue pendant une seconde, et lui brouillait l'esprit pendant bien davantage.

Déterminé à penser à autre chose, toutefois, il cessa de regarder l'ouverture béante dans son propre corps, et qui lui donnait l'impression d'avoir déjà un pied dans la tombe, et choisit de poser les yeux sur la seule autre chose intéressante dans la pièce hormis lui-même : Eliah. Elle travaillait avec un soin méticuleux, même s'il était évident, à lire les émotions qui se succédaient sur son visage faiblement éclairé par la lueur d'une bougie vacillante, que chaque nouvelle piqure réalisée avec l'aiguille était un combat en soi, que toute cette opération était une vaste guerre à grande échelle, et qu'elle subissait autant de revers qu'elle ne remportait de victoires. Il n'était pas difficile de lire sur elle lorsqu'elle se trompait, que l'aiguille ripait ou lui glissait des doigts, au froncement de sourcils contrariés qu'elle se laissait aller à afficher. De même, lorsqu'elle franchissait une nouvelle étape, qu'elle se rapprochait quelque peu du but, ses traits se détendaient soudainement, et se paraient alors non pas d'une expression triomphale, mais bien d'un masque de soulagement mêlé à une profonde lassitude. Elle était comme une guerrière perdue au milieu du chaos d'un champ de bataille, livrée à elle-même. Elle surmontait les difficultés les unes après les autres, et même si la fatigue la tenaillait, même si la faim et le froid se faisaient sentir, même si l'engourdissement de ses doigts et les picotements dans ses yeux menaçaient de la faire abandonner, elle s'accrochait à sa détermination, à son courage et à sa volonté. Rokh connaissait cette sensation... à ceci près qu'il n'imaginait pas possible de donner autant de sa personne pour quelqu'un d'autre que soi-même... a fortiori pour un quasi-inconnu.

Après tout, que pouvait-elle faire ? Elle qui n'était même pas guérisseuse, et qui le recousait comme on recousait les animaux, elle aurait tout aussi bien pu lever les mains au ciel, dire qu'elle n'avait pas la science de ces choses, et qu'elle ne pouvait l'aider. Il serait probablement mort dans la rue, à l'heure qu'il était, et Farma aurait finalement eu sa victoire. Mais elle avait décidé de le sauver, malgré tout, et de s'acharner là où les vrais guérisseurs avaient depuis longtemps renoncé. Elle avait tout fait pour le stabiliser alors que les autres pariaient sur le nombre de jours avant son trépas. Elle avait travaillé jusqu'à la tombée de la nuit, là où d'autres avaient fermé les yeux en espérant le retrouver mort le lendemain. Et tout cela, Rokh ne le comprenait pas. Il n'avait jamais rencontré quelqu'un capable d'aider son ennemi avec autant de zèle, et il se demandait à quel point elle savait qui il était. Après tout, elle ne le connaissait que comme le garde du corps de Farma, mais elle avait bien dû deviner, à son allure, à sa façon de parler, à la couleur de sa peau, qu'il ne venait pas d'ici et qu'il était probablement un ennemi. A moins qu'elle n'eût jamais entendu parler des redoutables hommes de l'Orient, les Mauvais Hommes comme se plaisaient à les appeler les Occidentaux. Mais était-ce bien possible ? Même dans les villages les plus reculés, sur ces terres glaciales, on cultivait la haine de l'Est, tout comme en Rhûn on attisait la flamme guerrière contre l'Ouest. Comment pouvait-elle être aussi différente ?

Rokh l'observa plus attentivement, cherchant naïvement à voir si le caractère discriminant qu'il cherchait était inscrit sur son visage. Il s'attarda sur ses longues mèches d'un noir profond, qui contrastaient avec le blond doré qu'il avait pu observer avec beaucoup d'étonnement chez la plupart des gens ici. Ce n'était pas une couleur qui existait par chez lui, et s'il avait déjà été surpris de voir un ou deux individus arborant de longs cheveux de la couleur des blés, il n'aurait jamais imaginé qu'un peuple pût compter autant de têtes blondes parmi les siens. Pour lui, c'était une couleur associée aux elfes, selon une croyance qu'il héritait de son père, et elle ne représentait rien de bon. Toutefois, ces cheveux bruns ne constituaient à eux seuls pas un trait extrêmement particulier, car il suffisait de voyager un peu, au Gondor ou ailleurs, pour retrouver des cheveux bruns. Le Rhûnadan observa alors la ligne volontaire de sa mâchoire, qui trahissait une force de caractère qu'il avait pu discerner brièvement, mais dont il n'avait probablement que caressé la surface. Il remonta ensuite à ses yeux noisettes qui regardaient avec une grande attention le travail que ses mains effectuaient péniblement, et il trouva là un début d'explication. Jusqu'à présent, il n'avait jamais vraiment prêté attention à elle en tant qu'individu. Il l'avait observée comme une menace potentielle, puis comme un individu à protéger. Il avait conscience de son état physique simplement en termes généraux - savoir si elle était blessée ou non -, mais ne possédait même pas assez d'empathie pour discerner ses émotions les plus subtiles. Hormis la peur, la colère, la tristesse évidente, ou son état "normal", il était incapable de lire la déception, la nostalgie, le remord.

Mais désormais qu'il la fixait réellement, il lisait dans son regard ce qu'il avait cherché auparavant sans le trouver : le mélange audacieux d'une combativité hors normes - celle qui lui avait permis de s'opposer au malandrin en dégainant sa dague -, et d'une générosité aveugle - qui la rendait si appliquée alors qu'elle soignait un de ses "ennemis naturels". Qui d'autre sur cette Terre du Milieu rongée par les conflits pouvait faire preuve à la fois d'autant de candeur et d'une si farouche volonté de survivre ? Rokh, pour sa part, avait fait son choix très tôt. Il avait cessé d'être naïf, idéaliste et rêveur, pour se concentrer sur la guerre, qui constituait pour lui autant un moyen de survivre qu'une manière de vivre. D'autres préféraient explorer "leur" monde, penser à la manière d'améliorer les choses, de ramener la paix entre des peuples ennemis depuis des millénaires. Mais ceux-là étaient toujours les derniers à se battre pour leurs belles idées, et les premiers à mourir en couinant et en gémissant. Non seulement ils ne savaient pas mourir avec dignité pour la cause qu'ils estimaient juste, mais en plus ils n'avaient pas le cran de se dresser fièrement et de tout faire pour vivre et faire vivre leur rêve. Mais Eliah semblait être d'une autre trempe. Elle paraissait animée d'intentions d'une candeur affligeante, mais en même temps elle semblait déterminée à faire vivre ses convictions. Un mélange aussi rare qu'étonnant. Rokh l'observait avec de plus en plus d'attention, notant des détails qui jusque là lui avaient totalement échappé, car il ne paraissaient pas importants à ses yeux de tueur. Il lui semblait que la fatigue induite par sa blessure et ses nombreux affrontements faisait baisser la résistance de son esprit, émoussait sa discipline de fer, et laissait son âme vagabonder, s'aventurer sur des chemins jusqu'alors inconnus.

Sans cette blessure, aurait-il jamais remarqué l'angle délicat de ses sourcils fins froncés tandis qu'elle travaillait avec acharnement ? Aurait-il pris conscience du pli que formait sa bouche sans qu'elle semblât s'en apercevoir ? Se serait-il attardé sur les mèches rebelles qui s'échappaient de sa longue chevelure de jais, et qu'elle rejetait en arrière périodiquement d'un mouvement de tête aussi subtil que gracieux ? Car en fait, cela n'avait aucune importance miliaire, ou stratégique, et ne présentait donc aucun intérêt pour lui. Remarquer la courbe de son menton lui permettait-il de combattre plus efficacement ? Non, sans doute. Pas plus que noter la finesse de ses traits, son teint pâle malgré l'ombre qui les enserrait, combattue seulement par la flamme de la bougie, ou encore la douceur apparente de sa peau veloutée.

Eliah interrompit le cours de ses divagations en lui tendant une bouteille d'alcool, en lui disant que cela pouvait l'aider à tenir le choc. Elle devait faire référence à l'opération en cours, qui avait commencé pendant qu'il était inconscient. Elle n'avait sans doute pas cru qu'il se réveillerait en plein milieu, car après tout, il était bien mieux endormi que les yeux ouverts. Aussi entendait-elle lui permettre d'engourdir un peu ses sens, afin de mieux tenir le choc. Mais Rokh était un homme à la fois fier et arrogant, sûr de lui au point de se surestimer. Il leva faiblement la main pour faire signe qu'il n'avait pas besoin de la bouteille, et laissa la jeune femme la reposer sur le sol. Non pas que l'alcool lui fît peur, non, mais il ne souhaitait pas perdre le fil de ses pensées, et désirait rester aussi lucide que possible - même si l'étude attentive de la jeune femme l'avait mené à l'orée du délire le plus profond. Il avait été élevé dans l'optique de toujours être prêt au combat, et l'alcool, quand il était utilisé à seule fin de se rendre ivre, pouvait rapidement se transformer en un ennemi mortel. Même le plus grand des guerriers pouvait être défait à cause de la boisson. Et le Rhûnadan s'estimait bien trop précieux aux Terres du Milieu pour se laisser tuer sans honneur par le premier vaurien venu. Une petite voix intérieure lui souffla qu'il était en sécurité dans cette maison, qu'il n'avait rien à craindre car la jeune femme qui s'occupait de lui semblait ne lui vouloir aucun mal, et qu'il pouvait dormir tranquille. Mais cette voix se calma quand il accepta in petto de reconnaître que s'il faisait ça, c'était aussi pour l'impressionner. Il avait lu de l'admiration dans son regard lorsqu'il avait pris les armes pour elle, et c'était un sentiment qu'il adorait provoquer. Rokh n'était pas un combattant banal, qui tuait simplement pour le plaisir. Il tuait pour être reconnu, et il trouvait son compte dans la gloire qu'il retirait d'une victoire. Même alité, blessé et incapable de bouger, chaque sursaut d'orgueil le confortait dans l'idée qu'il valait mieux que le commun des mortels, qu'il était différent, et donc qu'il laisserait une empreinte dans les mémoires.

- Pas besoin... Souffla-t-il faiblement, mais avec une résolution perceptible.

Après qu'elle eût reposé la bouteille, la jeune femme se mit à lui parler. Il était étonnant de constater qu'elle avait d'abord hésité à lui raconter sa vie, comme si cela n'avait aucune importance, et puis sans s'en rendre compte, elle s'était mise à enchaîner rapidement, sans interruption, précisément ce qu'il lui avait demandé. Afin de combattre la douleur plus efficacement, Rokh prêta une grande attention à ses propos. C'était tout juste s'il ne répétait chaque mot dans sa tête. Et ce faisant, il en apprenait beaucoup sur Eliah. Elle était donc partie sur les routes très récemment, pleine d'illusions quant au vaste monde qui s'ouvrait devant elle à l'horizon. Elle y avait projeté ses rêves, ses désirs, et finalement n'avait trouvé qu'une cruauté humaine décevante, qu'une violence de tous les instants dans un monde qui n'avait rien de charmant ou d'accueillant. Rokh aurait pu sourire à cet instant, et se moquer de sa faiblesse, mais il n'en fit rien. Au contraire, il trouvait cela... intéressant. Son éducation à elle l'avait poussée vers un idéal, et elle avait été confrontée à la réalité brutale. Pourtant, elle parvenait toujours à trouver des points positifs, et narrait les belles rencontres au détour du chemin. Le guerrier du Rhûn avait eu l'éducation strictement inverse. Son père lui avait enfoncé dans le crâne à grands coups de bâton que le monde extérieur était fourbe, terrible, mesquin et dangereux, et qu'il fallait toujours se tenir prêt à combattre. Et quand il avait enfin été livré à lui-même, il n'avait pas été déçu le moins du monde. Mais là où elle aurait dû s'effondrer, elle trouvait la force de voir le positif, alors qu'en y réfléchissant bien, lui ne voyait que ténèbres et sang dans son passé... ainsi que dans son avenir.

Farma le lui avait dit. Il n'était qu'une bête, qu'un chien, une machine à tuer. Un outil de mort qu'un chef intelligent plaçait au bon endroit, certain qu'il apporterait la désolation chez l'ennemi, ce qu'il faisait toujours. Mais dans tout ça, avait-il trouvé quelque chose qui lui plût autre que la guerre ? La réponse était évidente. Il n'avait jamais connu que les combats, les conflits. Ses seuls camarades avaient été à l'armée régulière du Rhûn. Des hommes qui l'enviaient, et qu'il méprisait. Il s'était fait quelques amis, mais c'étaient davantage des lèche-bottes que de vrais compagnons d'armes. Dans l'Ordre, il n'avait aucun ami, rien qui pût faire penser à un allié, rien qui indiquât qu'on se soucierait de sa disparition. Les seules femmes qu'il avait connues étaient des filles de joie ou des femmes d'un soir dans une auberge. Nulle relation sérieuse, qu'elle fût amicale ou sentimentale ne le retenait nulle part. Il était la mort, libre et sans attaches, qui combattait là où on le lui disait. Mais alors qu'il prenait conscience des différences qui le séparaient d'Eliah, il se rendait compte à quel point les choix de vie qu'il avait fait avaient rendu son existence vide de toute humanité. Lorsqu'il y pensait avec du recul, humain, pour lui, signifiait cible, danger, ou ennemi. Mais la notion de fraternité, de confiance ou de sécurité lui étaient totalement inconnues.

Il sursauta presque lorsque Eliah se mit à crier qu'elle avait fini. On entendait dans sa voix un intense soulagement. Elle avait visiblement douté de réussir à venir à bout de cette tâche bien difficile. D'un revers de manche, elle s'essuya le front pour en chasser de fins filets de sueur, mais elle en profita pour déposer involontairement une belle couche de sang sur son visage. Rokh sourit en se disant qu'elle ressemblait bien plus à une guerrière que lui, en cet instant. S'il lui avait donné une épée et un bouclier, elle aurait terrorisé des régiments entiers. La lueur triomphante que l'on lisait dans son regard en disait long sur la satisfaction qui était la sienne, et le cavalier sombre, trop occupé à l'étudier, ne fit pas attention à ce qu'elle faisait de ses mains. Il fut donc extrêmement surpris lorsqu'elle plaqua un chiffon trempé d'alcool sur son flanc, pour désinfecter et nettoyer la plaie.

- Par Melkor ! Tonna-t-il rudement.

Il se redressa vivement, et se recoucha aussi vite, renvoyé au tapis avec l'impression d'avoir été cisaillé au niveau de l'abdomen. La douleur était terrible, et il serra les dents aussi fort que possible pour retenir un cri de douleur. Celui-ci se mua en un soupir éreinté lorsqu'il relâcha enfin sa respiration. Son cœur battait vite et cognait dans sa poitrine, se remettant peu à peu du choc subi. Inspirant et expirant rapidement, le guerrier ne tourna pas la tête lorsque sa guérisseuse improvisée s'excusa pour son travail qu'elle jugeait peu soigné. En regardant rapidement la plaie, cela semblait être correct à défaut d'être parfait, et il y avait des chances que cela l'aidât à se remettre plus rapidement. Cependant, elle avait raison de dire qu'il risquait d'avoir une belle cicatrice. Une de plus, aurait-il pu dire, mais surtout la plus belle de sa collection. En comparaison, les autres semblaient ridicules. Alors, comme il retrouvait un peu de sérénité, elle lui expliqua comment par chez elle, on voyait les cicatrices, et comment elles n'étaient que des souvenirs de batailles remportées contre la mort. Ce n'était pas ainsi que le guerrier les voyait, lui qui se montrait plus pragmatique, et qui se souvenait simplement des erreurs commises qui lui avaient coûté ces blessures. Cependant, il répondit d'une voix qui ne portait pas loin :

- C'est très sage...

Puis, alors qu'elle s'éloignait et lui promettait de revenir le voir pour s'assurer que son état n'empirait pas, il lança suffisamment fort pour qu'elle l'entendît :

- Merci...

Elle ne s'attendait peut-être pas à des remerciements de sa part. Rokh était plutôt le genre de soldat bourru et asocial, qui maltraitait les guérisseurs qu'il jugeait toujours trop lents ou trop prudents avec lui. Il était toujours désireux de repartir sur le champ de bataille, et il trouvait insupportable qu'on l'en empêchât pour n'importe quel prétexte. Cependant, avec Eliah, les choses étaient différentes. Elle n'était pas une guérisseuse, et elle n'avait pas agi par devoir, ou parce qu'elle avait reçu un ordre. Le Rhûnadan savait que beaucoup de guérisseurs auraient préféré le voir mourir à leurs pieds, mais ils n'avaient pas eu vraiment le choix. Elle, elle l'avait eu, et elle avait décidé en son âme et conscience de lui sauver la vie. Et cela, il ne pouvait pas vraiment le comprendre. Ce fut la raison pour laquelle il l'avait remerciée, alors même que ce mot ne franchissait presque jamais sa bouche. Il produisit d'ailleurs une mélodie étrange sur sa langue, une curieuse association de sons qui lui paraissait soudainement étrangère.

Elle referma la porte derrière elle, le laissant absolument seul, dans un silence macabre. Le bruit de sa respiration profonde et régulière était l'unique chose qui venait égayer l'atmosphère, c'était dire à quel point elle était pesante. Rokh entendit la jeune femme s'éloigner et aller vaquer à ses occupations, qui allaient probablement consister en nettoyer son visage marqué par le sang de son patient, et essayer de se débarrasser de l'odeur âcre qui s'y rapportait. Le guerrier ferma les yeux, essayant de se relaxer, sans toutefois y parvenir totalement. C'était très probablement dû à sa blessure au flanc qui le lançait, et l'empêchait de s'installer dans une positon confortable. Mais il était aussi encore surpris par les pensées étranges qui avaient hanté son esprit, et qui avaient profité de sa faiblesse pour se glisser au premier plan. Il tarda à trouver le sommeil, se laissant distraire par les conflits intérieurs qui l'agitaient, et finit par sombrer dans un repos bien mérité après de longues minutes, terrassé par la fatigue et la conséquente perte de sang dont il avait été victime.

Le Rhûnadan se réveilla une première fois, en entendant des pas dans l'escalier. Même blessé, son instinct de survie arrivait à le sortir du sommeil pour demeurer alerte, et faire attention au moindre signe de danger. Les pas étaient légers, et ne cherchaient pas à faire de bruit. Ils s'arrêtèrent devant la porte, et poussèrent l'huis qui s'ouvrit sans trop de bruit. Rokh demeurait parfaitement immobile, yeux fermés, dans une position qui mimait à la perfection le sommeil qu'il venait à peine de quitter. Il était impossible de déceler qu'il était réveillé. Il entendit d'abord la respiration calme d'une personne sur le seuil, qui s'avança finalement. Ses pieds ne produisaient aucun son sur le sol, et il se repérait uniquement grâce au bruissement des vêtements et à cette respiration apaisée. Il se sentit sondé, mais personne n'attenta à sa vie. Alors, il perçut un bruit caractéristique, celui d'une tasse en terre cuite que l'on posait sur un meuble en bois - qui en l'occurrence était sa table de chevet. Comprenant qu'il s'agissait de sa guérisseuse improvisée, Rokh continua néanmoins à simuler un profond sommeil, essayant de savoir pourquoi elle s'attardait ainsi dans la pièce. Il comprit bientôt lorsqu'il sentit qu'elle remontait les couvertures sur lui, pour protéger sa peau exposée aux affres du froid. Il se sentit immédiatement mieux, et laissa malgré lui échapper un soupir d'aise. Elle s'éloigna alors, sans oublier de lui souhaiter la bonne nuit, comme à un vieil ami. Rokh entendit distinctement la porte se fermer, et les pas de la jeune femme dans le couloir, lorsqu'il lui répondit calmement :

- Bonne nuit, Eliah...


~~~~


Dans les ténèbres oppressantes de la petite ville du Rohan, le vent soufflait fort, en tempête, faisant presque trembler les murs de la maison dans laquelle ils s'étaient réfugiés. On aurait dit qu'il voulait les abattre, arracher la toiture, jeter à terre les murs de brique, déraciner les fondations, et anéantir toute trace du passage de l'être humain. A l'intérieur, Rokh était allongé sur son lit, les mains liées, incapable de bouger. Il tenta de se débattre, mais il semblait paralysé. Son corps ne lui répondait plus. Ce sentiment d'impuissance le terrorisait, et il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Alors qu'il allait appeler du secours, il entendit des pas précipités dans le couloir, suivis d'un rire sinistre. La porte de sa chambre s'ouvrit à la volée, laissant apparaître une Eliah échevelée et essoufflée, qui semblait de toute évidence terrifiée. Elle le regarda un bref instant, avant de refermer la porte derrière elle, et d'essayer de peser dessus de tout son poids. Mais contre quelle menace se battait-elle ?

Rokh, toujours immobile, ne pouvait pas non plus lui dire de s'enfuir en passant par la fenêtre, ce qu'elle aurait probablement refusé de faire de toute façon. Mais même cette pensée ne le consolait pas, car il était désormais incapable d'agir, et c'était probablement sa plus grande terreur. Le rire résonna à nouveau, juste derrière la porte cette fois, alors qu'on essayait de l'ouvrir. Eliah pressa de tout son poids, mais fut rejetée en arrière lorsque d'un coup d'épaule, l'homme qui les attaquait enfonça la pièce de bois. Il l'ouvrit lentement, et une lumière surnaturelle révéla qu'il s'agissait du voleur qui s'en était pris auparavant à la jeune femme. Son visage tuméfié était déformé par la rage, la haine et l'esprit de vengeance. Il paraissait vouloir les tuer tous les deux dans une sauvagerie extrême. Son regard fou passa de Rokh à Eliah, et s'arrêta finalement sur le guerrier. Il sourit largement, et s'avança d'un pas lourd.

Alors, n'écoutant que son courage, la jeune femme se rua dans sa direction, tentant de le mordre, de le griffer. Mais elle n'y parvint pas, et il la repoussa fermement d'une main. Elle se cogna durement le dos sur le mur, mais revint à la charge avec fougue. Ce fut à ce moment précis que l'homme sortit un poignard de sous sa cape. Rokh voulut crier, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. L'assassin tendit la langue d'acier qu'il brandissait, et qui alla se ficher avec un bruit mat dans l'estomac de la jeune femme...


~~~~


- Eliah ! Eliah ! Eliah !

Rokh criait à s'en déchirer les cordes vocales, à demi-redressé sur son lit. Autour de lui, l'obscurité était totale, et il ne voyait même pas ses propres mains. Il venait juste de se réveiller de cet affreux cauchemar, qui pour lui n'en était pas un, et était convaincu que la jeune femme courait un grave danger. Il appela à nouveau son nom, et essaya de bouger pour se redresser. Malgré la douleur, il réussit à se placer en position assise, le souffle court, et le cœur déjà emballé. Il inspira profondément pour se calmer, et dès qu'il trouvait un peu d'énergie, il appelait la jeune femme. Il braillait si fort qu'elle finit par l'entendre et se réveiller.

Le cavalier sombre était atteint d'une fièvre terrible, et il semblait agité, nerveux, à cause de son mauvais rêve qui paraissait trop réel. Au moment où la porte s'ouvrit enfin, et où Eliah pénétra dans la pièce, Rokh était déjà au comble du désespoir, convaincu d'avoir échoué dans sa mission, certain d'être désormais inutile à tout le monde, et condamné à errer comme un prisonnier jusqu'à la fin de ses jours. Il avait la vision trouble, un léger vertige dû à son changement rapide de position, et l'impression d'avoir la poitrine compressée.

- Eliah ! Appela-t-il une dernière fois, incapable de voir qu'elle se trouvait à quelques mètres de lui seulement.


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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyDim 25 Aoû 2013 - 15:40
Les évènements de la journée, la fatigue, les émotions. Autant de choses qui rendaient l'esprit d'Eliah embrumé et lourd. Quand elle s'était réveillée ce matin là dans la petit chambre, elle pensait à trouver des informations sur son frère, sur les évènements liés à la destruction de la ville et au lieu de ça, elle avait vécut des choses inattendues et inimaginables. Elle était déjà devenue la dame de compagnie d'une femme qu'elle ne connaissait pas le moins du monde et compte tenu qu'elle n'était pas retourné à la demeure de cette dame, elle venait de perdre sa première journée de travail. Il était fort probable que Dame Farma ne soit pas très heureuse de ce qui s'était passé cet après midi. Elle allait devoir aller lui expliquer ce qui s'était passé. Après tout elle l'avait promis à Rokh et elle tenait toujours ses promesses. Elle prendrait toute la responsabilité de cette décision, de l'avoir ramené chez elle plutôt que chez Farma. Les évènements de l'après midi lui revinrent en tête et elle en oublia Farma un moment.

Elle se remémora l'attaque, ce voleur terrible qui avait bien faillit la tuer. De plus elle n'avait aucune idée de ce qu'il était devenu. S'il avait échappé à la vigilance de son patient ou si ce dernier l'avait tout simplement poignardé et laissé choir quelque part derrière une poubelle. Au fond d'elle, elle préféra la seconde solution. Eliah n'avait pas montré de signe de frayeur devant lui, pour garder sa dignité. Elle était très fière malgré ce que l'on pouvait en dire et ne supportait pas qu'on pensa qu'elle soit faible. Mais elle avait bel et bien peur, elle était terrifiée à l'idée qu'il puisse revenir leur faire du mal. Après tout il savait ou se trouvait la maison puisqu'il était déjà venu. Elle ne savait pas si elle serait capable de se défendre et pourtant il y avait une telle détermination en elle que cela lui fit peur. D'où venait cet étrange sensation ? Était-ce là l'instinct de survie ? Elle n'avait jamais été en danger auparavant et n'avait jamais ressentit cela. Une montée d'adrénaline qui pourrait faire croire à une petite souris qu'elle pouvait se mesurer au chat aux yeux jaunes qui brillaient dans la nuit noire. Petite souris qui finirait par être torturée avait d'être avalée toute crue ! Et pourtant, elle se sentait capable de le faire. Mais elle avait peur. Une peur mélangée à une sorte d'excitation étrange.

Aujourd'hui Rokh lui avait sauvé la vie et elle lui avait sauvé la vie par la suite. Tout cela dans la même journée ! Pour dire que ces dernières heures furent longues et chargées.
Un petit sourire apparut sur les lèvres de la jeune femme. Elle s'était allongée un moment devant la cheminée sur un tapis qui était plus doux que confortable, contemplant les flammes lécher le bois et crépiter doucement dans l'âtre. Goutant ainsi à la douce chaleur du feu qui semblait la narguer en faisant de multiples acrobaties. Elle était submergée par un flots de pensées, mais elle finit par sombrer dans un profond sommeil sans même s'en rendre compte. Épuisée comme elle l'était, elle pensait dormir d'un sommeil sans rêve, d'avoir une nuit paisible et réparatrice. Mais il n'en fut rien. La jeune femme dormait, mais ses sens étaient tous en alerte, éveillés, guettant le moindre son, le moindre courant d'air. Et son esprit ne la laissait pas en paix. Elle se tourna et se retourna une bonne partie de la nuit.

“Il va mourir” lui chuchota quelqu'un à l'oreille. “Il va mourir et tout ça c'est de ta faute. C'est toujours de ta faute. Tu les tues tous !” et une autre hurla de désespoir la glaçant jusqu'aux os :
“IL EST MORT”.

Eliah se releva en sueur, poussant un petit cri de frayeur. Non c'était faux ! Ce n'était pas de sa faute ! Elle avait tout fait pour le sauver, elle avait tout donné et il était sain et sauf et en sécurité. Le coeur battant et affolé, elle se rendit compte qu'elle s'était endormi dans la cuisine et qu'elle s'était trop rapprochée des flammes et que la chaleur des flammes étaient bien trop forte pour qu'elle se sente bien. C'était surement pour cela qu'elle s'était ainsi réveillée en sursaut. Mais tout allait bien, ce n'était pas réel, tout allait bien se répéta-t-elle pour se rassurer. Elle recula, s'épongea le front et se recroquevilla sur le tapis qu'elle avait quitté durant ses rêves et ses cauchemars, se rapprochant ainsi des flammes comme si on voulait la punir de ses péchés. Le ciel était toujours sombre à l'extérieur ce qui signifiait que la nuit n'en était à peine qu'a la moitié et la lune brillait fort malgré la tempête qui faisait rage. Un petit rayon de lumière jaune vint lui chatouiller les doigts. Elle fit glisser le trait de lumière entre ses doigts, les yeux dans le vide, brouillés par des larmes. Elle ne pensait plus et s'abandonnait à la douce lumière, seule signe de vie dans cette nuit obscure et froide, beaucoup trop froide. Elle était comme morte, elle ne voulait plus ressentir la douleur, elle ne voulait plus sentir le poids de la culpabilité. Elle n'arrivait pourtant pas à chasser l'idée que si elle n'avait pas été là, tout ces malheurs ne se seraient pas produits.

C'était le souvenir du procès de la barde qui l'avait le plus marqué. Elle avait imaginé un plan elle voulait sauver cette femme et elle avait échoué. Elle en voulait à son frère pour ce qui était arrivé au mari de Dunda et elle s'en voulait à elle même d'avoir abandonnée ses amies. Mais elle ne pouvait l'expliquer, c'était comme si une force la tirait en avant et lui indiquer où se rendre. Malgré tout, elle savait qu'elle devait être ici à Aldburg. C'était une sensation étrange, surtout au vue de tout ce qui s'était passé dernièrement dans cette ville. Parfois, elle se disait qu'elle n'était pas de ce monde. Qu'il y avait eu une erreur un jour et qu'elle avait été envoyé ici et que cela n'aurait jamais du se produire. Mais d'où venait-elle alors ? Oui si elle n'avait pas été là, les choses se seraient très certainement passées différemment. Encore aujourd'hui, elle en avait eut la preuve. Si elle ne s'était pas présentée aux appartements de Farma l'air de rien, comme une fleur, Rokh n'aurait pas eu à se battre et il n'aurait pas été dans cet état à présent. Elle commençait à croire que le destin avait quelque chose contre elle. Qu'avait-il prévu pour elle ?  Un séjour dans un cachot sombre et humide avec pour seule compagnie des rats effrayants ? Elle frissonna.

Eliah essuya la larme chaude qui venait de rouler sur son nez. Tout cela aurait pu tourner de nouveau au drame. C'était pour cela qu'elle s'était battu tout l'après midi pour sauver cet homme qu'elle ne connaissait pas, pour qu'il ne perde pas tout son sang, pour que sa blessure se referme. Elle l'avait fait pour lui, mais aussi un peu pour elle. Et elle avait réussi. Il n'était pas encore sorti d'affaire, mais pour le moment s'il prenait soin de lui ça devrait aller. Il paraissait fort et robuste, sinon une telle blessure l'aurait déjà tué. Elle se souvint du moment où il avait refusé de prendre  l'alcool pour soulager ses sens en alerte. Aucun soldat n'aurait refusé une telle chose, elle en était persuadée. Mais qui était-il donc ...
Elle l'avait d'abord jugé bourru et sans vergogne ni grande politesse et pourtant, il lui avait dit merci. Cette attention ne lui avait pas échappé même si elle n'avait pas relevé, de peur de le mettre mal à l'aise. Se pourrait-il qu'elle se soit trompée et que sous l'armure il existait un homme.

Elle prit une grande inspiration et poussa un profond soupire. Elle était lasse d'être aussi épuisée et de ne pas être capable de se rendormir, d'un sommeil réparateur. Elle donnerait n'importe quoi pour dormir, juste dormir et ne plus penser, oublier ce qui s'était passé, oublier ce qui devait arriver. Juste penser au moment présent, fermer les yeux et ne plus faire attention qu'à sa respiration, cette lente langueur qui s'emparait de votre corps. Elle se mit sur le dos et ferma de nouveau les yeux. Elle devait se calmer, puis elle irait trouver un lit, plus confortable que le tapis et irait s'y enfouir. Elle plongerait sous les draps, se cacherait de tous et ne ressortirait plus avant d'être totalement remise. Il le fallait. Ou du moins, c'était ce qui avait de mieux à faire.

Elle se mit alors à compter, un, deux, un, deux, un, deux calant ainsi sa respiration sur les chiffres et détendit ses muscles. Quand elle avait peur, quand quelque chose n'allait pas, elle avait pour habitude de se rendre dans le champs de lypsios en contrebas de chez elle. Elle s'allongeait entre les fleurs et les hautes herbes et elle regardait les nuages qui défilaient dans le ciel. Et elle comptait un, deux ... jusqu'à ce que ses soucis s'en aillent. Le ciel bleu l'apaisait et les nuages amenaient son esprit loin, très loin. Ce soir il n'y avait pas de ciel bleu, mais qu'importe, cela pouvait très bien marcher aussi. Le calme se répandait dans son corps à mesure que son coeur reprenait ses battements réguliers et le sommeil engourdit ses membres par la même occasion. Elle n'eut pas le courage de se relever pour trouver une chambre et se mit à somnoler. C'est alors qu'elle fit un rêve étrange. Elle marchait dans un grand couloir, inondé de lumière. Blanc si blanc que s'en était effrayant. Elle avançait à la recherche d'une porte mais ses recherches restaient veines. Les murs étaient lisses et aucune porte ne s'y trouvait. Elle continua son chemin jusqu'à ce qu'elle entendit quelque chose. Une voix d'homme. Quelqu'un l'appelait.

La jeune femme se mit à courir en direction de la voix, faible et si lointaine, si inaccessible. “Qui est là ?” cria-t-elle afin de pouvoir de nouveau situer la voix. Une entendit une fois de plus son nom, plus proche, plus distinct à présent. La personne qui l'appelait était derrière le mur. Juste la derrière ce mur. Mais comment faire pour la rejoindre puisqu'il n'y avait aucune porte. Elle était enfermée dans cet endroit et ses yeux étaient oppressés par la lumière aveuglante qui la déconcentrait. Elle entendit encore une fois son prénom et cette fois le mur explosa, laissant le son pénétrer à l'intérieur, investir son cerveaux, embrumer son esprit. Quelqu'un l'appelait quelqu'un essayait d'attirer son attention. Elle devait se relever. C'était pressant.

La brune se réveilla de nouveau, la tête lourde et comme enserré dans un étau. Sa phase de sommeil profonde venait d'être interrompu par des cris. Et après quelques secondes, elle se rendit compte qu'il s'agissait de Rokh, qui l'appelait. Elle cligna des yeux pour être certaine qu'elle était bien réveillée, qu'elle entendait bien et prit un moment avant de se relever. Elle était si fatiguée...
Elle divagua un moment puis se rendit compte qu'il l'avait vraiment appelé. Cette fois-ci elle fut prise de panique et pensa au pire. Sa blessure s'était de nouveau ouverte et il était en train de mourir. Il ne se sentait pas bien ou des choses bien pires encore !
Elle se releva précipitamment, faillit tomber en trébuchant dans le tapis et saisit une bougie qu'elle alluma à même le feu dans la cheminée, se brûlant les doigts. Elle avait les cheveux en pagaille et dans les yeux une lueur indescriptible mais elle se précipita à la chambre de Rokh sans se poser plus de questions. Elle devait l'aider même si c'était la dernière chose qu'elle ferait sur cette terre.

Elle ouvrit la porte à la volée inondant la pièce d'une faible lueur. Il était relevé, assis sur son lit, à demi réveillé. Il regardait dans le vide et ne la voyait pas. Il semblait être sujet à des hallucinations terribles. Elle se rapprocha doucement pour ne pas l'effrayer. Elle jeta un oeil sur sa hanche, les fils avaient tenus. Mais elle se demandait s'il n'avait pas d'autres blessures ailleurs, qu'elle n'aurait pas vu.  Après tout, elle n'allait pas lui enlever tout ses vêtements cela était tout simplement impensable. Elle alla allumer la bougie qui se trouvait sur la table de chevet et posa celle qu'elle avait amenée. La lumière l'aiderait à le calmer. C'était peut-être tout simplement un mauvais rêve et il devait être confus. Prenant une grande respiration elle se rapprocha  de lui, posa un genoux sur le lit pour avoir un appuie et posa ses deux mains de chaque côté de sa tête, sur ses oreilles, exerçant une légère pression jusqu'à ses tempes. Plus jeune, quand elle avait peur la nuit sa mère faisait la même chose. Cela lui permettait de revenir doucement à elle, de se calmer. Elle décida de procéder de la même manière, car elle ne savait pas vraiment comment s'y prendre. Et Eliah avait un peu peur il fallait l'avouer, qu'il réagisse de manière inconsidérée sans même le vouloir. Elle choisit donc de lui parler avec une extrême douceur. Elle exerça encore une faible pression avec ses mains et constata qu'il était brûlant. Cette fois-ci, son coeur s'affola. S'il avait de la fièvre cela expliquait tout, mais compliquait aussi considérablement les choses.

“Rokh” chuchota-t-elle à son oreille. “Rokh c'est Eliah. Est ce que tu es avec moi ? J'ai besoin que tu m'entendes, que tu reviennes. J'ai besoin de savoir comment tu te sens pour te soigner.”

Le coeur battant, elle descendit ses mains sur ses épaules puis plaça une main délicate sur son torse afin de le remettre en position allongée. Ses doigts se placèrent au niveau du coeur du jeune homme qui n'avait pas l'air bien du tout. Elle sentit des battements affolés sous ses doigts et appuya doucement pour qu'il se recouche. Il n'émit pas vraiment de résistance et même s'il l'avait voulu, elle douta fortement qu'en cet instant il en soit réellement capable.
Eliah resta quelques secondes à l'observer, intriguée par ce physique. Elle se sentait si petite auprès de lui. Son imposante carrure, la rudesse de ses traits, ses muscles parfaitement dessinés. Il semblait avoir été taillé pour se battre, comme s'il était né avec une arme à la main. La demoiselle se demanda si chaque personne naissait avec une mission bien particulière ou si chacun était vraiment libre de suivre son propre chemin et de construire son propre avenir. Elle se demanda aussi s'il suivait son propre chemin ou si on lui avait imposé le sien.

Même quand il dormait il paraissait dangereux, menaçant. Ses sourcils arqués et sa bouche sérieuse vous décourageaient de l'attaquer. Il était certainement très fort au combat, elle avait d'ailleurs pu en avoir un aperçut aujourd'hui. Il était si robuste et à la fois si fragile en cet instant. Elle se surprit à laisser le bout de ses doigts glisser sur sa peau légèrement colorée, parcourant son torse de part et d'autre, découvrant chaque détail, s'arrêtant sur ce qui semblait être une cicatrice ou un grain de beauté. Elle détaillait son visage, étudiait ses traits, dévorait ses expressions. Elle sentit ses oreilles s'échauffer et cessa immédiatement. Ce n'était pas des détails qu'elle était autorisée à découvrir.

Il était vraiment brûlant et elle devait trouver quelque chose pour qu'il revienne à lui, pour qu'il arrête de délirer. Elle ne savait toujours pas s'il était réveillé ou endormi voire un peu des deux à la fois. Elle resta là pendant un moment à se demander comment elle allait bien pouvoir faire et à se perdre dans la contemplation de se personnage surréaliste. Elle aurait aimé qu'il lui raconte ses secrets, qu'il lui raconte d'où il venait et ce qui faisait qu'il était si différent des gens d'ici. Mais si elle voulait entendre un jour ces histoires elle allait devoir trouver un moyen. Elle commença par remettre les oreillers trempés de sueurs et les couvertures en place. Elle le quitta à contrecœur pour aller chercher de l'eau fraîche et du tissu propre. Il fallait faire baisser la fièvre sinon il ne tiendrait pas jusqu'au petit matin.

La jeune femme se tourna vers la table de chevet et le thé et le pain qu'elle y avait déposé s'y trouvaient encore. Elle récupéra la tasse et la théière et se dit qu'elle devrait pouvoir trouver un remède quelque part pour ce genre de maux. Les femmes gardaient souvent des herbes ou des breuvages dans leurs placards capable de remettre sur pied le plus misérable des hommes. Elle revint quelques minutes plus tard avec un oreiller propre qu'elle échangea et avec un sceau et des linges. Elle prit la chaise posée dans un coin et la rapprocha du lit, imbiba un premier tissu et le posa sur le front du jeune homme qui sembla tressaillir. L'eau était froide et cela permettrait de le rafraîchir un peu. Elle espéra que cela suffirait. Elle en passa un autre sur son cou, ses oreilles, son visage et sur le haut des épaules et retourna à la recherche d'un remède miracle. Elle retourna chaque placard de la cuisine avec minutie, ouvrit chaque tiroir mais elle ne trouva rien.

De l'eau fraîche ne pouvait pas suffire à le guérir et la fièvre pouvait dévaster un homme en une seule nuit. Elle avait confiance en sa capacité de résistance, mais en plus de la fièvre, il était blessé, il avait perdu beaucoup de sang et était affaiblit. Et il paraissait confus. Ce n'était pas de bons signes et elle ne voulait pas prendre de risques. Jetant un regard au dehors, observant la lune inondait la rue de sa lumière, elle eut une idée. Les autres habitant pouvaient peut-être avoir quelque chose chez eux qui permettrait de faire tomber la fièvre. Le vent soufflait dehors et elle devina aisément qu'il devait faire extrêmement froid. Mais elle devait le faire. La jeune femme alla se changer, enfila tout ce qu'elle pouvait pour se réchauffer et se couvrit de son long manteau. Avant de sortir, elle remonta voir Rokh afin de changer le linge et vérifia que tout allait bien. Il semblait paisible à présent bien qu'agité par de léger spasmes. Elle posa sa main sur sur sa joue et constata qu'il avait toujours de la fièvre mais qu'il n'était plus aussi brûlant. Cette impression la rassura et lui donna du courage pour la suite. Elle resta un moment à le regarder respirer, à se demander comment elle allait bien pouvoir s'en sortir puis quitta la chambre sur la pointe des pieds.

De gros flocons de neiges tombaient du ciel et venaient s'écraser sur le manteau de la jeune femme qui était passé de marron à blanc. Elle avait peine à se déplacer tellement la neige s'était accumulait. Malgré ses multiples couches de vêtements et son manteau, Eliah grelottait. La rue était aussi déserte et sombre qu'un cimetière et aucun chat ne s'était hasardé dehors ce soir. *Je suis complètement folle* songea-t-elle. Elle bifurqua à droite et se retrouva devant une porte massive. D'une maint tremblante et hésitante, elle souleva la lourde poignée et frappa à la porte. Si personne ne lui ouvrait, elle devrait partir plus loin encore et elle serait d'autant plus épuisé. Mais après quelques minutes, elle aperçut une lueur et un homme immense, bourru et de mauvaise humeur pointa son gros nez rouge à la porte l'air indigné d'avoir été dérangé mais étonné de trouver à cette heure une jolie jeune femme devant sa porte. Il se frotta les yeux, se demandant s'il ne s'agissait pas là d'une apparition mais elle semblait bien réel. La lune reflétait dans ses yeux couleur ambre et lui donnait un air ... d'elfe. Mais ce ne pouvait pas être ça, car ce genre de créature venaient pas se fourrer dans ce genre de coin à cette heure de la nuit.

“Vous devriez pas être dehors à cette heure Ma Dame. C'est dangereux et y fait trop froid. J'espère que vous avez une bonne raison de me déranger à cette heure. Et dépêcher vous de parler parce que si ma femme vous voit elle va encore se faire des idées.”

Eliah regardait l'homme avec de grand yeux de biche apeurée et avait retenu son souffle pour savoir s'il allait lui mettre la corde au cou pour avoir osé le déranger durant cette horrible nuit ou s'il serait compréhensif. Elle remercia le ciel qu'il l'autorise à parler et elle fut aussitôt soulagée. A présent il fallait qu'elle croise les doigts espérant qu'il avait ce qu'elle cherchait. Mais il avait mentionné une femme. Les femmes rohirrims étaient toujours prévenante, surtout si elles avaient des enfants à la maison. Elle aurait voulut lui demander, mais cela aurait été étrange et suspect. L'homme attendait impatiemment que la petite brune voulait bien parler. Il se demandait si les elfes pouvaient avoir les cheveux bruns ou s'ils étaient tous affublés d'une crinière blondes aussi brillantes qu'un champs de blé. Celle-ci les avaient bruns mais ils brillaient et vous donnaient envie d'y emmêler vos doigts.
Eliah entreprit alors d'expliquer sa venue.

“Je suis profondément navrée de vous déranger à cette heure, mais mon... mari est souffrant, il a une fièvre de cheval et j'ai bien peur qu'il ne passe pas la nuit si je n'ai pas un remède. Auriez-vous par hasard quelque breuvage qui puisse l'aider à se sentir mieux ? Au moins jusqu'au matin ou je pourrais aller quérir un guérisseur. Je vous en prie je suis désespérée, je n'ai personne d'autre vous comprenez ...”

Mais qu'était-elle en train de raconter ! Les mensonges sortaient tout seuls de sa bouche alors qu'elle n'avait pas envie de les dire. Elle débitait ce flot de paroles comme une histoire bien ficelée, comme si cela avait pu être vrai. Et pourtant ... qui était cet homme qu'elle essayait de sauver si ce n'était un inconnu. Si l'homme bourru à la porte savait cela, il ne l'aiderait pas c'était plus que certains. Les gens avaient peur de ce qu'ils ne connaissaient pas, de ce qu'ils ne pouvaient pas contrôler. Et Rokh était les deux. Personne ne pouvait vraiment savoir qui il était et personne ne pouvait encore moins le contrôler. C'était peut-être pour cette raison que les autres soldats lançaient des rumeurs dans son dos et l'accusaient de toutes sortes de choses horribles. Ils avaient peur...
Ils avaient peur et étaient d'autant plus blessés dans leur amour propre qu'ils ne pouvaient rien contre lui. Ils étaient faibles et à sa merci.
L'homme attrapa une mèche de cheveux bruns entre ses doigts avant de poser un regard sournois et désireux sur la jeune femme.

“Et si je vous aide, qu'est ce que j'aurai en retour ?”

Eliah prise de panique tira sur ses cheveux qu'elle enroula et fourra sous sa capuche afin qu'ils ne s'échappent plus. Elle ne devait pas baisser les yeux au risque qu'il pense qu'il avait gagné. Elle réfléchit à toute vitesse et finit par lâcher à court d'arguments.

“Je vous promets que Dame Farma vous récompensera chaudement. Je ... je suis sa nouvelle Dame de compagnie vous savez et mon mari est l'un de ses gardes”.

Le mensonge n'était qu'à demi mais quand elle eut prononcé le nom de Farma, l'homme balbutia quelque chose et se dit qu'effectivement il ne l'avait jamais vu auparavant et que c'était normal puisqu'elle venait d'arriver. Si elle était la nouvelle – dame de compagnie. Il rentra la tête et courut à l'intérieur laissant la porte ouverte. Eliah poussa la lourde porte et pénétra à l'intérieur tout en restant à la porte afin d'échapper au froid mordant. Après plusieurs minutes, l'homme revint aux côtés de sa femme qu'il avait du aller réveiller afin de lui conter l'histoire. Celle-ci tenait dans ses mains une petite bouteille qu'elle vint elle même remettre à Eliah. A présent que sa femme était réveillé, l'homme se tenait en retrait comme craintif. La femme blonde et forte expliqua à la jeune femme ce qu'elle contenait et comment le préparer et lui assura que cela ferait passer définitivement la fièvre mais qu'elle devrait surveiller son mari pendant les deux premières heures. Eliah la remercia chaleureusement et lui assura qu'elle passerait lui donner des nouvelles avant de ranger la petite bouteille et de retourner chez elle. Fort heureusement, la neige s'était arrêté de tomber et la neige s'était calmé. Il faisait toujours nuit noire mais à présent l'atmosphère semblait moins oppressante. Elle se fraya un chemin dans la neige épaisse et se rapprochait lentement mais surement de sa petite maisonnée.

Elle tourna une nouvelle fois à gauche et se plaqua contre le mur. Son coeur s'était affolé et elle avait une horrible impression. Comme si on l'observait. Ses sens étaient en alerte et son coeur battait la chamade. Cette fois elle ne prit pas de risque elle sortit son poignard. Si on en voulait à sa personne, elle ne se laisserait pas faire. Frôlant le mur elle continua et tourna à gauche une dernière fois. La maison était là, juste là devant elle mais pour la rejoindre elle devait se mettre à découvert. Elle tenta de sortir de l'amas de neige dont elle était empêtré et se précipita en avant le plus rapidement possible. Elle entendit alors un bruit de métal et reconnut le couvercle des poubelles qui s'entrechoquaient. Mais pourquoi, pourquoi cela devait-il arriver encore ?
Elle continuait aussi rapidement possible dans la neige quand elle se prit les pieds dans son manteau et s’étala de tout son long. Elle eut le souffle coupé et la neige la recouvrit en partit. Toussant, crachant et se maudissant d'être aussi gourde, elle se retrouva nez à nez avec celui qui la suivait sans aucun doute depuis tout à l'heure. Grelottant de froid dans sa robe marron, il avait pourtant des yeux verts vifs et attentifs. Au moindre mouvement il était prêt à lui sauter dessus. Mais après tout, à part elle il n'y avait personne à cette heure dans la rue alors il n'avait pas vraiment d'autres proies.

“Mais ... que fais-tu là à cette heure toi ? Tu vas mourir de froid !” s'exclama Eliah.

Elle avait mal partout, elle ne sentait plus ses doigts mais eu le courage de se relever. La maison était à deux pas. Les yeux verts la fixait toujours. Elle soupira.

“Bon d'accord ! Suis-moi ! Ma maison n'est pas loin”.

Elle ouvrit la porte à la volée, laissa entrer le petit chien qui l'avait suivit dans la rue et lui ordonna de rester devant la cheminée. Le chien marron heureux de trouver un peu de chaleur ne se fit pas prier et alla se rouler en boule devant la cheminée en balançant la queue. Tout sourire, la jeune femme se débarrassa de manteau et vêtements superflus pour se retrouver avec sa tunique et jeta de l'eau dans une casserole qu'elle mit sur le feu. Elle posa le petit récipient sur la table et se rendit dans la chambre de Rokh pour s'assurer que tout allait bien. Elle le trouva paisible bien qu'elle eut une drôle d'impression. Sa respiration n'était pas régulière. Elle se rapprocha de lui et posa une main glacée sur son front. Il était de nouveau brûlant. Son état avait empiré. Une boule se forma dans sa gorge alors qu'elle changeait le linge, le trempant dans l'eau claire et fraîche et l'appliquant de nouveau sur son front. Il devait tenir le coup elle apporterait bientôt le remède. Elle redescendit dans la cuisine au pas de course et une fois que l'eau se mit à frémir, elle versa la moitié du contenu de la fiole dans la casserole. Elle tourna, tourna encore et y rajouta un peu d'alcool puis elle alla mettre la casserole dans le feu. L'eau s'embrasa et quand elle sortit la casserole du feu, des flammes léchait toujours l'eau qui était devenue rosée. Elle versa le reste du remède et laissa cuire encore un peu. Les flammes avaient disparut et le liquide était devenu ambré. C'était ça, exactement ça !

Le tout fut verser dans la théière. Elle prépara un plateau avec une tasse la théière et alla mettre un bol d'eau pour le chien. Elle s'excusa de rien avoir à lui donner à manger mais promis de se rattraper le lendemain. Elle monta ensuite avec précaution le plateau dans la chambre de Rokh. Elle devait lui faire boire une tasse toutes les heures jusqu' à ce qu'il n'en reste plus une seule goutte. Elle versa le liquide chaud et ambré dans sa tasse et s'assit sur la chaise près du lit le temps qu'il refroidisse. Elle voulait bien lui donner à boire, mais la question était comment ?
Pouvait-il se réveiller ? Elle n'était pas certaine d'avoir assez de force pour le soutenir et l'aider à boire. Eliah récupéra plusieurs oreillers et les mit sous la tête de l'homme afin qu'il prenne une position plus assise qu'allongée mais qu'il soit installé confortablement tout de même. Elle passa de nouveau un linge froid sur son visage, prenant soin de ne pas oublier une seule goutte de sueur et descendit jusque ses épaules. Elle répéta la chose deux fois lui elle s'assit doucement sur le lit. Elle se pencha sur lui et prononça plusieurs fois son nom afin qu'il se réveille.

“Rokh... s'il te plait j'ai besoin de toi, que tu te réveilles juste quelques minutes. S'il te plait. Juste quelques minutes...”

Penchée au dessus de lui, son visage au même niveau que le sien, elle guettait le moindre signe de réveil. Mais comme cela tardait à venir, elle eut une idée. Elle trempa le bout du doigt dans le breuvage, en récolta une goutte qu'elle laissa ensuite tomber sur les lèvres du jeune homme. Il comprendrait peut-être ce qu'elle attendait de lui. Elle goutta le breuvage qu'il restait sur son doigt et fit la grimace. Amer ...
Toujours penchée au dessus de lui, elle attendait qu'il se réveille. Sinon elle devrait employer les grands moyens. Elle souffla sur ss cheveux afin de dégager une mèche qui lui collait au front et murmura sans même vraiment s'en rendre compte, comme perdu dans un rêve.

“Rokh...”
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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Ryad Assad

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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMar 27 Aoû 2013 - 15:24
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Né sur une petite île perdue au milieu de la mer de Rhûn, Rokh éprouvait à la fois un grand respect et une grande crainte pour la mer qui avait été son horizon pendant de longues années. Il avait été bercé longtemps par les histoires des marins qui venaient régulièrement approvisionner ce petit bout de terre perdu, et il avait fini par ressentir leur admiration pour ces immenses déserts liquides qui semblaient s'étendre à perte de vue, dont les profondeurs demeuraient insondables, et sur lesquels les légendes étaient innombrables. L'époque où il s'endormait avec le bruit régulier des vagues venant caresser le sable de la plage était bien loin dans son passé, et constituait une période étrange de sa vie : une période où il ne tuait personne. Pourtant, dès lors qu'il voulait se relaxer, il se souvenait de ce petit ilot isolé, moins peuplé qu'un petit village, et de ce velours bleu qui ondulait à perte de vue. De fait, dans cette chambre enténébrée où ses pensées incontrôlées effectuaient un parallèle avec son passé, il avait l'impression saisissante de se noyer dans ses émotions, dans la douleur, au point d'être physiquement incapable de respirer. Il ne sentait même plus avec précision sa hanche qui le lançait, et il avait l'impression que son corps tout entier lui envoyait des messages de douleurs, qu'il était submergé par une souffrance de tous les instants qui l'assaillait de toutes les directions, qui se répandait dans son être, et agitait sa carcasse de spasmes. Sa tête semblait sur le point d'éclater, et il avait l'impression que sa poitrine n'accueillait plus d'air bien qu'il s'obstinât à inspirer encore et encore, par pur réflexe. L'obscurité autour de lui semblait avoir pris une véritable consistance, et dès qu'il inspirait, elle rentrait en lui, l'étouffait, le faisait suffoquer, étreignait son cœur à lui faire mal, plongeant son esprit et son âme dans l'ombre. Rokh n'avait pas peur de grand-chose, mais en l'occurrence, bien qu'il fût impossible de le deviner tant il était agité, le guerrier était terrorisé, car incapable de bouger, incapable de se défendre. Pour lui, c'était la pire des tortures, et la pire des morts envisageables. Comme une bouteille ballotée par les flots revenant à la terre, l'image de son père s'imposa à son esprit, et il se rappela les enseignements qu'il lui avait prodigués dans sa jeunesse. Il l'avait formé pour constituer un jour l'élite de l'armée de Rhûn, et il lui avait dit que si un jour il rentrait chez les glorieux Cataphractes de Rhûn, son pire ennemi demeurerait la mer. Un guerrier tout couvert de métal pouvait traverser un champ de bataille sans sourciller, survivre à une pluie de flèches, résister à un coup de hache ou de masse, encaisser un javelot, ou bien charger droit sur une rangée de lances sans crainte. Mais il pouvait aussi succomber dans une rivière peu profonde, un petit lac apparemment inoffensif, car trop lourd pour se relever. Nombre de vaillants hommes avaient péri ainsi, attirés dans des pièges grossiers que leur vantardise leur avait empêché de voir. Longtemps, Rokh avait soigneusement évité de se retrouver trop près d'un cours d'eau, et il avait toujours refusé de traverser un pont en armure complète. Désormais, le guerrier avait dépassé sa peur, mais il s'imaginait encore parfois en frissonnant mourir noyé, entraîné inexorablement vers le fond par le poids de son armure, dévoré par la pression de l'eau sur sa chair et ses os. C'était précisément ce qu'il ressentait en cet instant, et il était évident qu'il paniquait, cherchant désespérément un peu d'oxygène, cherchant à agripper la surface de ses mains qui refusaient obstinément de se refermer sur quoi que ce fût.

Il essaya de se débattre, mais il sentit l'eau se refermer sur lui comme un étau d'une puissance incommensurable. Il avait l'impression qu'il était doué d'une conscience propre, d'une volonté, d'une intelligence, et que l'océan dans lequel il était en train de sombrer cherchait à l'entraîner vers le fond, vers une mort certaine qui refusait pourtant toujours de venir le cueillir, et qui le laissait souffrir le martyr. Bien qu'il lui fût difficile de l'admettre, il était convaincu en son for intérieur d'avoir déjà perdu la bataille qu'il était en train de livrer. Il se battait contre une force qui le dépassait, et il ne faisait que précipiter sa fin à se débattre ainsi. Mais ce faisant, ce qu'il espérait surtout, c'était que la mort vînt enfin le cueillir. Mais au lieu d'abréger ses souffrances, son ennemi liquide semblait prendre un malin plaisir à le broyer peu à peu, comme pour lui faire prendre conscience à quel point il était ridicule entre ses griffes. Il lui enserrait le crâne comme avec des mains, et Rokh avait l'impression d'être gagné par une douce langueur. Une langueur précédant la mort, naturellement. Il sentait qu'en se laissant aller, il pouvait se détendre, et enfin céder, renoncer, abandonner. Il eut un sursaut involontaire, car au fond de lui, son esprit de guerrier ne pouvait toujours pas accepter de périr sans combattre. On lui avait appris toute sa vie à ne pas flancher, à se dresser face à l'adversité, à s'opposer à la mort certaine, à lui cracher au visage. Mais cette mort avait toujours eu un visage, dans son esprit : celui d'un occidental tenant une épée. Ici, l'ennemi était partout et nulle part, et il semblait que tout ce qu'on lui avait pris n'avait plus de valeur. Ses forces étaient nulles, ses mouvements lents, et bien qu'il essayât, il ne parvint pas à se débarrasser de cette pression qui semblait vouloir retirer insidieusement toute volonté de survivre de son cerveau. Il tourna la tête pour échapper à cette emprise étrangère, mais il paraissait incapable de quoi que ce fût, terrassé par la fatigue et la douleur, et surtout complètement abruti par la fièvre qui le gagnait, aveuglé par les hallucinations qui s'imposaient à lui. Il avait l'impression que tout l'univers autour de lui était bleu, un kaléidoscope de couleurs, un jeu d'ombres et de lumières à l'effet stroboscopique stupéfiant. Les yeux dans le vague, il avait l'impression d'être complètement immergé, et il lui semblait qu'il engloutissait à chaque inspiration des quantités phénoménales d'eau qui lui brûlaient les poumons, et qui l'affaiblissaient encore davantage sans le tuer. Il subissait une torture affreusement douloureuse, cruelle et sadique, qui mettait son esprit et son corps à rude épreuve. Il lui semblait même entendre des voix lointaines et étrangement mélodieuses murmurer son nom, l'appeler à rejoindre les abysses qu'il aurait voulu fuir, l'inviter à cesser la lutte. Il se refusait à les écouter, craignant d'être ensorcelé, d'être vaincu par ces paroles enjôleuses qui n'avaient presque aucun sens pour lui. Tout ce qu'il comprenait, c'était qu'on lui parlait, qu'on prononçait son nom. Il battait des pieds pour remonter à la surface, mais il sentait le poids de son armure sur ses épaules, et il se sentait prisonnier d'une sorte de gangue qui l'empêchait de se mouvoir. C'était comme si ses jambes avaient été entravées par des cordes qui, semblait-il, se resserraient progressivement. Il lui paraissait en plus être tiré vers le fond, aspiré par l'immensité océane qui l'encerclait. Il sentit la mer accentuer sa poussée, et son corps bascula malgré lui, plongeant vers la nuit éternelle. Il résista, essaya de chasser cette pression continue qui s'exerçait sur ses épaules, mais il n'y parvint pas. Elle était trop forte pour lui, et aucun de ses soubresauts - qu'il fût volontaire ou non - ne lui permît de se dégager totalement. Il tremblait de tout son être, marmonnant des choses incompréhensibles dans sa langue natale. Peut-être des suppliques, peut-être des incantations pour se protéger. Peut-être des paroles qu'il adressait à ses proches.

Finalement, après ce qu'il lui sembla être une lutte acharnée, une résistance presque héroïque, il sentit son dos toucher le fond de la mer, et reposer sur le sable chaud et doux. Comme son père le lui avait dit, il était arrivé au bout de son voyage, et devait maintenant se résoudre à l'inévitable. Devant ses yeux, comme une immense tâche d'encre envahissant une feuille de papier la noirceur oppressante des tréfonds marins qui embaumait son corps se répandait, engloutissant chaque parcelle de son univers, et le tirait vers sa tombe. Il cessa alors de se débattre, et sentit un voile se refermer sur lui. C'était la fin, et il en était cruellement conscient malgré son délire et sa fièvre. Bien étrangement, sa dernière pensée fut pour sa mère. Il n'avait pas revu son visage depuis des années, et il avait presque oublié à quoi elle ressemblait. Il ne se souvenait pas du son de sa voix, pas davantage que de ses traits. Il ne se rappelait d'ailleurs même pas de leur dernière conversation. Ni même d'une seule vraie conversation qu'ils auraient pu avoir. Il se rappelait simplement qu'elle était là, toujours, au même titre qu'un meuble. Elle l'attendait, l'avait toujours attendu, et lui ne lui accordait jamais guère d'attention, au point d'avoir oublié qui elle était. Il était ironique de penser que c'était aux portes de la mort qu'il songeait à elle. Juste avant de sombrer définitivement, il eût un éclair de lucidité, et il se souvint :

- Ava...

Et il s'éteignit.

~~~~

Rokh était mort.

Tout du moins, c'était la seule façon logique qu'il avait de considérer son état, a posteriori. Il avait eu l'impression de se noyer, de toucher le fond, et puis après, c'était le trou noir. Raisonnablement, il pouvait supposer avoir été ramené auprès de ses ancêtres, qui le jugeraient sur la base de ses actions. Il ne s'attendait pas à beaucoup de clémence de leur part, étant donné qu'il avait été déshonoré en étant renvoyé des Cataphractes, qu'il avait quitté son pays pour servir une organisation obscure, qu'il avait échoué à tuer le Maréchal lors de son dernier duel, et qu'il s'était retrouvé à faire le larbin pour des occidentaux. Il y avait des chances pour qu'il fût sévèrement puni, malgré ses compétences martiales indéniables et la bravoure dont il avait fait preuve. Il s'attendait de fait à un réveil difficile sur les terres où sommeillaient les siens, mais ce ne fut pas exactement ce qui se produisit.

Lorsqu'une voix qui paraissait lointaine murmura son nom, il comprit qu'il était arrivé à destination. De crainte de replonger dans les abysses d'où il venait d'émerger péniblement, il ouvrit brusquement les yeux, cherchant à quoi il pourrait bien se raccrocher. Ce ne fut qu'alors qu'il découvrit le visage d'Eliah, qui emplissait presque totalement son champ de vision tant elle se trouvait proche de lui. Dans l'obscurité qui imprégnait toujours la pièce, mais qui lui paraissait un peu moins menaçante qu'auparavant, probablement tenue à l'écart par la bougie, il lui semblait qu'elle était la seule personne que contenait son univers. Mais il ne savait plus où il en était. Sa dernière vision avait été celle de la jeune femme couverte de sang, poignardée par un inconnu venu pour lui. Etait-elle morte ? Etaient-ils morts tous les deux ? Un flot de questions l'assaillait, sans qu'il trouvât l'énergie en lui d'essayer d'y répondre. Mais ce qui le préoccupait premièrement, c'était la santé de la jeune femme. Il avait été missionné pour la protéger, et s'il devait mourir, il souhaitait au moins avoir réussi à lui sauver la vie. Son honneur en dépendait. Avant même qu'elle eût le temps de réagir ou de reculer, il s'empara de son poignet, et tendit son autre main vers son visage. Tout se passa trop rapidement pour qu'elle devinât s'il allait s'en prendre à elle ou non, mais elle finit par avoir sa réponse.

Il déposa précautionneusement ses doigts sur sa joue, écartant une mèche de cheveux rebelle. Il paraissait étrange de voir Rokh, d'ordinaire toujours si rigide et si sec, la machine à tuer venue de l'Est, capable de faire preuve d'une telle... douceur. Il laissa ses doigts courir sur la peau pâle de la jeune femme, comme un aveugle tâte le visage d'un inconnu pour imprimer les traits de son visage dans son esprit. Tremblant quelque peu, il suivit la ligne de ses sourcils fins, descendit en effleurant le long de sa mâchoire quelque peu crispée, bifurqua en caressant vers ses lèvres qu'elle serrait fermement, comme si elle réprimait quelque réaction. Aurait-elle voulu reculer, s'éloigner de lui ? Avait-elle peur ? Il sentait sa respiration rapide, percevait un léger tremblement chez elle, sans parvenir à déterminer son origine. Bien qu'alité en cet instant, il avait l'impression d'être en position de force, d'être le prédateur et elle la proie à sa merci. Il sentait qu'il avait assez de force pour lui briser le cou d'une seule main, s'il le désirait. Etait-ce cela qu'elle craignait ? Ou peut-être était-elle inquiète parce que c'était lui qui tenait son poignet, et qui l'empêchait de partir. Dans tous les cas, elle demeurait immobile, et leurs regards étaient plongés l'un dans l'autre, comme dans l'attente de ce qui suivrait. Rokh, constata qu'elle avait une tasse posée non loin d'elle, et il avait un goût amer sur la langue. Il comprit qu'elle devait être en train de lui administrer un quelconque médicament, et que c'était elle qui l'avait ramené du monde des morts dans lequel il était toujours persuadé d'avoir plongé. Il en déduisit donc que la jeune femme était bel et bien vivante, et que nul n'avait attenté à sa vie pendant qu'il délirait. Un soupir de soulagement s'échappa de sa bouche, alors qu'il prenait conscience d'une multitude détails auxquels il n'avait pas prêté attention jusqu'ici. La froideur de la peau d'Eliah, qui n'était pas naturelle, la douleur dans sa hanche qui s'était réveillée sans qu'il se souvînt avoir bougé, un linge humide posé sur son front, comme pour faire baisser une fièvre qu'il ignorait avoir. Autant de choses qui lui faisaient prendre conscience de la situation dans laquelle il se trouvait, qui lui permettaient d'assembler les morceaux pour recréer une image cohérente. Puis il se rendit compte que cela faisait plusieurs dizaines de secondes qu'il retenait Eliah, sans brutalité mais sans douceur non plus, et qu'il laissait ses doigts s'égarer sur la peau laiteuse de son visage sur lequel la petite flamme projetait des ombres étranges.

- Rassurez-vous... Je ne vais pas vous dévorer...

Puis il la libéra, et elle s'écarta - peut-être un peu plus rapidement que nécessaire ? - pour s'emparer de la tasse fumante posée non loin. Il comprit sans peine qu'il devrait en boire le contenu, et il essaya de se redresser, malgré la douleur qui lui déchirait le flanc. Eliah l'aida à ingurgiter le breuvage extrêmement amer, qu'il termina à grand peine, et non sans rechigner. Mais elle ne se laissa pas démonter, et le força à aller jusqu'au bout. Il n'avait jamais été un patient très facile, et elle devrait faire avec. Il termina donc sa tasse, et retrouva sa position allongée. Il se sentait perdu, déconnecté du réel, encore dans ses rêves. Il la regarda, attendant de sa part des explications pour comprendre.


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Eliah Tandoril
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Eliah Tandoril

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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyDim 1 Sep 2013 - 11:35
Quelques secondes peuvent paraître une éternité lorsque l'on attend quelque chose d'important. Quand l'heure fatidique approchait, les aiguilles de l'horloge  cessaient de tourner et formaient un grand sourire béat qui vous narguait. “Rien n'arrive jamais si je ne l'ai pas décidé d'abord” semblait railler le temps. “Je suis le maître tout puissant”. L'attente d'Eliah semblait interminable. Elle avait tenté de réveiller Rokh mais en vain. Il avait l'air apaisé, mais si loin. Cela contrastait avec le comportement agité qu'il avait depuis qu'elle était revenue. Elle avait comme une horrible impression qu'il s'enfonçait lentement dans les abysses profondes et qu'il n'arriverait plus à en sortir. Mais elle se rassurait en se disant qu'il était fort cet homme là, que jamais il ne se laisserait faire de cette façon. Il devait se battre !
Et il s'était battu. Débattu même ! Mais depuis quelques minutes, plus rien, plus de résistance et il ne se réveillait toujours pas. La jeune femme poussa un soupire et recula légèrement déçue.

Elle n'avait vraiment aucune idée de la façon dont elle pouvait s'y prendre pour qu'il se réveille. Et elle n'était pas certaine de pouvoir le guérir s'il ne revenait pas à lui. Elle était prise dans un douloureux dilemme. Attendre qu'il veuille bien revenir à lui afin de lui administrer le médicament au risque de voir la fièvre monter encore et encore et mettre sa vie toujours plus en danger. Ou alors trouver un moyen un peu plus radical de lui faire boire ce breuvage. Elle fit la grimace. Elle se doutait bien qu'il pourrait ne pas apprécier qu'elle utilise tel ou tel subterfuge pour l'obliger à faire quelque chose qu'il ne voulait pas faire. Ou tout du moins quelque chose pour laquelle il ne lui avait pas donné l'autorisation. La jeune femme trépigna et poussa un juron de colère. Elle devait prendre une décision rapidement ou alors il serait peut-être trop tard. Elle se pencha de nouveau au dessus de lui et murmura : “Tu ne m'en voudras pas n'est ce pas ...”

Mais alors qu'elle s'apprêtait à prendre la tasse fumante, elle sentit qu'on lui attrapait le poignet et fut stoppé net dans sa course. Une poigne ferme et solide l'attira de nouveau vers Rokh et la brune poussa un petit cri, plus de stupeur que de frayeur. Elle ne s'était pas attendu à ce qu'il se réveille ainsi et qu'en plus il l'attrape avant même d'avoir ouvert les yeux. Par réflexe, la brune se raidit instantanément. Elle ferma les yeux très fort au cas où elle aurait du subir le courroux de l'homme encore allongé sur le lit. Après tout, il avait toutes les raisons du monde de se sentir menacer. Il avait du passer un très mauvais moment il n'y avait que quelques heures de cela et il la retrouvait à présent penchée au dessus de lui. Dieu seul savait quelles idées saugrenues avaient pu passer par la tête du bel étranger. Après tout il ne semblait pas avoir la même logique que les gens du Rohan. Oui elle était certainement folle pour avoir osé penser qu'elle pouvait se permettre certaines libertés avec lui. Les paroles des gardes lui revinrent en tête et elle déglutit à grand peine alors qu'elle avait du mal à respirer.

Mais le coup ne venait pas, pas plus que les insultes qu'elle s'attendait à essuyer. Non, au lieu de ça, elle sentit des doigts effleurer délicatement sa joue, cherchant à la détailler, cherchant à découvrir les moindre traits de son doux visage. Il avait poussé une de ses mèches de cheveux afin de mieux la voir, comme s'il avait envie de lire dans ses pensées. Mais à quoi jouait-il ?
Prise au dépourvu, les yeux brillants et éclatants dans le noir, elle le laissa faire un moment, le regardant ébahit par ce geste ... affectueux. La stupeur s'était emparé d'elle de telle sorte qu'elle n'osait plus bouger de peur que ce moment silencieux et pourtant incroyablement intense ne se brise en mille éclats. Elle ne le lâchait pas du regard pendant que ses doigts allaient à la rencontre de ses yeux, de ses sourcils, de ses lèvres. Elle fut traversée par un courant électrique alors qu'il continuait son investigation. Son coeur battait trop vite dans sa poitrine et elle avait du mal à respirer. Ses joues s'empourprèrent et elle pensa qu'elle devait s'extirper de cette étreinte.

C'était la première fois qu'elle se trouvait si proche d'un homme, qu'elle échangeait un regard aussi intense avec un étranger. Oui il était étranger. Non pas parce qu'il ne venait pas du Rohan, mais parce qu'ils s'étaient rencontrés il n'y avait que quelques heures. Que savait-elle de lui après tout ? Son nom certes, elle connaissait ses origines. Il venait d'un pays du nom de Rhûn qu'elle avait du entendre au cours d'une des histoires qu'on lui racontait quand elle était petite. Que disait-on déjà à leur sujet ? Il avait aussi un cheval qu'il semblait apprécier. Qu'il était fort, sans pitié et qu'il n'avait pas un caractère facile. Ah oui, l'histoire disait que les soldats de là-bas étaient nés pour se battre et qu'ils avaient un grand sens de l'honneur. Mais ce n'était pas suffisant pour connaître une personne n'est ce pas. On ne connait pas quelqu'un en quelques heures, même si ces dernières heures avaient été intenses et qu'elles les avaient indéniablement rapprochées. Alors pourquoi était-elle si troublée par ce geste tendre. Pourquoi ne trouvait-elle pas la force de protester et de se dégager ?
La rohirrim resta là encore quelques instants avant de reprendre le contrôle de son corps. Elle avait une mission à accomplir et devait pour cela se dégager de son étreinte. Elle se débattit doucement pour lui faire comprendre qu'elle voulait partir, s'éloigner.

Oui elle devait se défaire de ses yeux, de cette étrange douceur, de ce moment étrange qui n'était pas déplaisant mais qui la mettait dangereusement mal à l'aise, elle le comprenait à présent. Tant qu'il était endormi et qu'elle pouvait contrôler la proximité, cela ne posait pas de problèmes. Elle s'était rapproché de lui et avait fait la même chose. Elle était allée à sa rencontre et avait cherché à le découvrir. En y repensant, elle baissa légèrement les yeux gênée. Elle avait eu droit à son moment alors pourquoi pas lui ? Mais les choses étaient différentes car il était endormi et qu'elle n'avait pas à être confronté à lui. Mais à présent qu'il était conscient, les choses étaient différentes. Elle se demanda même si ce n'était pas une sorte de peur mais elle chassa cette idée à grande eau. Pourquoi aurait-elle peur de lui ? Certes, elle avait eu peur qu'il s'emporte aux premiers abords, mais cette crainte passée, elle n'avait plus de raisons.

Elle tira gentiment sur son bras une fois de plus, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il devait la lâcher. Mais pourquoi ne la laissait-il pas partir, pourquoi continuait-il à la tenir ainsi près de lui. Si près, trop près. A vrai dire, à bien y regarder, elle ne savait même pas s'il avait remarqué qu'elle voulait s'éloigner. A croire même qu'il la voyait à peine, comme si elle était là mais dans un autre monde. Comme si un voile les séparait. Et s'il était toujours en train de délirer à cause de la fièvre ? Et s'il croyait qu'elle était une autre personne. Ses doigts continuaient à se balader sur sa peau et elle finissait pas se dire qu'elle trouvait cela agréable. Elle s'empourpra et ferma les yeux afin de se raisonner et c'est ainsi qu'il s'adressa à elle d'une voix ferme bien que fatiguée. Il l'avait bel et bien remarqué et il lui assurait qu'il n'était pas dans son intention de la dévorer. Puis il la lâcha.

La jeune femme s'était légèrement penchée en arrière afin de s'extirper de la poigne de Rokh et quand il la laissa enfin s'échapper, elle fut si surprise qu'elle chavira et tomba du lit. Elle entraîna les draps dans sa chute et atterrit avec un grand “pouf” sur les fesses. Tomber deux fois en une nuit il fallait le faire ! Elle poussa un petit cri de douleur. Elle avait une chance incroyable car elle venait de tomber exactement où elle avait déjà mal. Faisant une grimace de douleur, elle le rassura. “Tout va bien ne vous inquiétez pas” . Elle n'était pas certaine qu'il s'inquiétait, mais elle avait trouvé intéressant de briser sa gêne par des paroles. La jeune femme se releva doucement en s'aidant du bord du lit. Elle remit des mèches de cheveux rebelles en place, fit semblant de redresser sa tunique et prit soin de fuir le regard de Rokh quoi qu'il arrivait.

“Oui évidemment, je ne pensais pas que vous allier me dévorer” soupira-t-elle finalement. “Je suis juste... heureuse que vous vous soyez enfin réveillée. J'ai eu peur un moment...”

Juste heureuse n'était pas vraiment les mots les mieux choisis pour décrire ce qu'elle ressentait. Après tout il était peut-être vexé qu'elle ait voulu s'éloigner de lui de manière peu discrète. Son coeur se serra. Elle était si confuse, ce n'était pas de sa faute !
Elle prit une profonde respiration, remit les draps en place et les tira jusqu'au cou de son patient afin qu'il n'ait pas froid. Entre autre...
Puis elle s'assit sur la petite chaise près du lit. Elle devait se concentrer sur ce qu'elle avait à faire, ne pas se laisser influencer par ses pensées qui tournaient en rond dans sa tête. Elle ne comprenait pas ce qui s'était passé. Mais il était malade et il y avait des possibilités qu'il délire une fois de plus. Oui, ce devait être ça, elle ne devait pas s'imaginer d'autres choses. Mais ses paroles n'étaient pas totalement fausses. Elle avait vraiment eu peur pour lui et elle était vraiment heureuse qu'il soit revenu à lui, même si elle ne disait pas toute la vérité. Ses yeux s'étaient de nouveau posés sur lui et elle lui accorda un petit sourire malgré sa fatigue, sa douleur, les sentiments qui se bousculaient dans son corps et l'envie irrésistible d'aller se coucher. Elle décrypterait ce qui venait de se passer plus tard, pour le moment elle devait s'occuper de sa fièvre de cheval.

“Vous devez boire ça, toute la tasse !” prévint-elle autoritaire.

Elle se rapprocha de lui avec la tasse chaude mais pas brûlante. D'une main hésitante, elle l'aida à se relever et lui soutint la tête pendant qu'il buvait. Décidément c'était bien la proximité avec cet homme qui la mettait si mal à l'aise. Et pourtant il projetait vers elle comme des ondes magnétiques de telle sorte qu'elle ne pouvait détacher son regard de lui. Une fois la première tasse terminée, elle retourna rapidement s'assoir à sa place et resta tranquille. Elle versa une seconde tasse afin qu'elle refroidisse et changea le linge sur son front afin de rafraîchir son patient. Elle décida de lui expliquer qu'il allait devoir boire une tasse de ce breuvage chaque heure jusqu'à ce qu'il n'en reste plus une seule goutte. Et qu'il n'avait pas besoin de bougonner car c'était comme ça et pas autrement !

“Vous avez de la fièvre et ce n'est pas rien ! Alors calmez-vous, reposez-vous et guérissez ça me soulagera grandement !” grogna-t-elle après avoir entendu l'homme bougonner. “Vous n'êtes pas en position de refuser quoi que ce soit !” dit-elle ironique avec un petit sourire aux lèvres.

Lui montrer qu'elle était cette qui décidait et qui avait l'autorité lui plaisait assez. Elle se demandait ce qu'elle allait faire à présent, s'il allait s'endormir. Et elle ? La femme avait été claire. Une tasse chaque heure c'était important d'être minutieux. Elle ne devait donc pas s'endormir.  Et il valait mieux que lui aussi reste avec elle, afin qu'elle soit sure qu'il ne se porte pas mal et qu'elle n'ait pas à le réveiller à chaque instant. S'il pouvait parler de sa douleur, ce serait plus facile. Deviner n'était pas son fort.
Elle respirait calmement à présent, son coeur avait reprit un rythme normal et le thé refroidissait. Il n'y avait pas un seul bruit dans la pièce. Même le vent semblait s'être décidé de s'arrêter même s'il faisait toujours aussi froid. La jeune femme fut prise d'un frisson. Le feu avait dû s'éteindre dans la cheminée et elle n'avait pour le moment pas le courage ou l'envie d'aller le rallumer. Comme pour lui donner raison, le petit chien marron arriva dans la chambre à pas de loup, remuant la queue. Il avait l'air heureux et elle sourit.

“Regardez ce que j'ai trouvé hier soir quand je suis allée chercher votre remède ! Il est mignon n'est ce pas ?”

Elle avait lâché la phrase joyeusement en pointant le petit chien du doigt. Il aboya pour ponctuer ses dires. Mais en y réfléchissant bien, elle se dit qu'elle aurait peut-être du se taire sur ses activités nocturnes. Elle n'avait pas tellement envie de parler de sa sortie dans la neige, du froid, de la fatigue. Y penser lui donnait encore plus froid. Elle se leva et alla fermer la porte afin que la chaleur ne sorte pas de la chambre. Elle ferma mieux les rideaux et se rapprocha de Rokh, retira le linge et posa une main douce sur son front. Elle attendit quelques secondes afin de savoir si la fièvre était toujours aussi forte. Il était encore brûlant, mais elle avait l'impression qu'il allait mieux. Qu'il avait cessé de délirer. Mais qu'en était-il de son réveil de tout à l'heure ?
La pensée de ses doigts sur ses lèvres lui revinrent en tête une nouvelle fois et la fit rougir de Elle chasse ce spectacle de son cerveau. Rester concentrer sur sa tâche, c'était la clé. Le petit chien vint se lover à ses pieds et elle décida qu'elle devait discuter pour ne pas trop sentir la fatigue.

“Demain normalement vous irez mieux et j'irai voir Farma. Je lui expliquerai ce qui s'est passé et j'essayerai de faire en sorte qu'elle ne soit pas trop fâchée. Mais vous, vous avez besoin de vous reposer, alors vous ne bougerez pas. Snow veillera sur vous le temps que je fasse l'aller-retour. Avec Maveli ce sera rapide” dit-elle en regardant le chien.

Son ton était sans appel. Il resterait là même si Farma devait la passer au fer. Il avait besoin de se reposer sinon il ne guérirait jamais. Elle était certaine que cette blessure ne datait pas de la veille. Pourquoi personne ne l'avait soigné et pourquoi Farma ne l'avait pas laissé se reposer ... Était-elle même au courant de ses blessures ? Après tout Eliah n'avait rien remarqué avant de voir le sang rouge vif traverser ses vêtements. Il était possible qu'il ait caché sa blessure. Elle avait remarqué lorsqu'il avait refusé la bouteille d'alcool que sa fierté était presque aussi grande que son arrogance. Mais si Farma le savait et qu'elle n'avait rien fait dans ce cas ... Eliah eut un froncement de sourcils réprobateur et elle osa d'ailleurs demander à Rokh.

“Racontez-moi. Comment vous êtes vous fait cela ? Et vous n'avez pas intérêt à dire en tombant, car je ne vous croirai pas !” Elle était vraiment intéressée et rapprocha sa chaise du lit afin de mieux entendre son histoire s'il daignait la raconter. Le chien dérangé dans son sommeil alla s'allonger un peu plus loin. Elle se sentait forte à présent. Toute sa gêne était partie et elle se risqua même à demander.

“Quelles sont vos ... euh ... rapport avec Dame Farma ?”

A quoi s'attendait-elle avec ce genre de questions ... elle regretta aussitôt de l'avoir posée, mais elle ne pouvait plus revenir dessus. Elle avait parfois les yeux qui se fermaient tout seuls et faillit tomber de sa chaise mais elle réussit à tenir. Il y avait quatre tasses et elle venait de donner la dernière à Rokh. La jolie jeune femme se laissa tomber au pied du lit et souffla de soulagement. C'était enfin terminé, elle allait pouvoir se reposer. Elle avait surveillé l'évolution de la fièvre à chaque tasse et elle fut satisfaite de voir que ce breuvage n'était pas fait par un charlatan. Elle pensa qu'il fallait qu'elle passe remercier cette bonne dame le lendemain et lui donner des nouvelles de... son mari. Eliah pouffa de rire à cette pensée sans même s'en rendre compte puis elle posa sa tête sur un coin du lit. Elle ferma les yeux quelques instants afin de se reposer. Elle avait décidé de rester encore un moment pour s'assurer qu'il allait mieux, puis d'aller se coucher en bas. Il fallait aussi rallumer le feu et elle devrait penser à aller faire quelques courses le lendemain. Il n'y avait guère de bonnes choses à manger ici, que ce soit pour eux, ou pour le chien. La brunette se demanda pourquoi elle ne pourrait pas rester vivre ici plutôt que d'emménager dans la maison de Farma.

“Vous vous sentez mieux à présent ?” avait-elle demandé sans même s'en rendre compte, la voix et le corps plein de sommeil.

Perdue dans ses pensées, elle bailla et finit par réellement s'endormir. Un sommeil qui vous prend alors que vous ne vous y attendez pas. Un sommeil qui vous emporte loin alors que vous étiez en pleine réflexion. En l’occurrence, elle pensait que Rokh ne devait pas être un homme si mauvais et si abrupte qu'il n'en avait l'air. Ses manières cachaient peut-être quelque chose de plus profond. Elle avait donc intérêt à mieux le connaître et qui sait, à devenir son amie. Son sommeil fut profond, sans rêve. Mais elle pensait. Elle pensait à ce qu'elle devrait faire le lendemain, aller voir Farma, lui expliquer, convaincre Rokh de ne pas bouger de cette chambre. Aurait-elle le temps de dresser le chien pour l'empêcher de sortir ? Cette pensée la fit sourire. Elle voyait le petit chien devenu géant, regardant l'homme d'un oeil mauvais et le mettant au défi d'essayer de sortir de cet endroit sans l'autorisation de sa maîtresse. Au moins lui serait un adversaire à sa taille !

Il était si grand, si fort, si étrange, si mystérieux, si beau ... Et le flot de ses pensées s’arrêtèrent, laissant la place à un sommeil profond. Si profond que cela ressemblait à un coma. Un sommeil lourd, presque douloureux, vous emplissant la tête. Elle avait froid, il faisait très froid, de plus en plus froid à mesure que la nuit avançait. Elle ne devait pas tomber malade pourtant, ce n'était vraiment pas le moment !
Elle rêva d'un voleur, de la nuit, de Rokh. Elle avait de la chance de ne pas parler dans son sommeil. Mais elle était toujours très agitée quand elle faisait des rêves. Son visage était rarement sans expression. Bientôt, la lumière du jour vint lui chatouiller le nez et elle se retourna ne trouvant pas ses oreillers, brassant l'air avec ses bras.

“Non maman, laisse moi encore dormir, je suis fatiguée” marmonna la petite fille.

Elle avait oublié où elle se trouvait, pourquoi elle s'y trouvait. Elle ne voulait juste pas émerger, mais une douleur la réveilla. Son dos lui faisait très mal. Elle bougea et un éclair de douleur zébra ses reins. Dans un grognement elle ouvrit les yeux, les referma. Les cligna plusieurs fois pour s'habituer à la lumière du jour et se souvint enfin. La la maison, la chambre, le voleur, Rokh, la blessure, la tempête, le breuvage, le chien, ses doigts sur sa peau.

“Ah bon sang !” s'écria-t-elle furieuse contre elle même d'avoir dormi si longtemps. Le soleil était haut dans le ciel et il devait déjà être au moins midi. Son ventre grognait et le petit chien tournait dans la chambre certainement affamé lui aussi et avec semblait-il une envie pressante ...
Sa tête était douloureuse et elle avait l'impression que celle-ci allait exploser. Non pitié, qu'on la laisse tranquille, elle voulait juste aller se blottir bien au chaud dans un lit et se recoucher, ne plus se réveiller, dormir, encore et encore et encore ...
Mais où était passé Rokh ? Ses yeux cherchèrent l'homme dans le lit, là ou il était supposé être.
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyVen 6 Sep 2013 - 0:21
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Rokh retrouvait peu à peu ses esprits, après avoir erré quelques instants dans un univers à mi-chemin entre le réel et le virtuel, entre le rêve et la froide réalité qui l'entourait. Il avait eu du mal à faire le point, et la présence d'Eliah avait été le catalyseur qui lui avait permis de retrouver la terre ferme, de poser à nouveau le pied sur quelque chose de stable, de solide. Elle était donc bien vivante, et lui aussi, par la même occasion. Il la lâcha, se rendant compte qu'il n'avait plus besoin de se raccrocher à elle, et elle trébucha en arrière en essayant de s'éloigner. Sa réaction était étrange, et elle semblait presque dérangée par le contact bref qu'ils avaient eus. Une telle gêne paraissait surprenante aux yeux du guerrier oriental, qui décida de laisser cette pensée filer au loin lorsque son corps lui rappela douloureusement quelle était sa priorité du moment : guérir. La jeune femme se releva rapidement, et lui dit de ne pas s'inquiéter. A dire vrai, il n'avait pas vraiment la tête à penser à ça, ravagé de l'intérieur par la souffrance qui le cisaillait et qui l'empêchait presque de respirer. Il devait inspirer et expirer profondément pour réprimer les messages alarmistes de son corps, et pour préserver le peu de lucidité qu'il pouvait garder intact.

C'était cette maigre étincelle qu'il tentait de préserver de la tempête déchaînée de ses nerfs malmenés qui lui permettait d'entretenir une conversation avec la jeune femme. Celle-ci commença par lui dire qu'elle était heureuse de le voir réveillé, avant d'ajouter avec un petit quelque chose bizarre dans la voix qu'elle avait eu peur pour lui. Il demeura un instant figé, ne sachant pas trop quoi répondre à cela. Peu de gens éprouvaient cela pour lui, en règle générale, et il ne savait comment se comporter. D'ordinaire, on le traitait avec une froideur au moins égale à celle qu'il dégageait vis-à-vis de tous les autres individus qui l'entouraient. Les plus sympathiques se fichaient de son sort, et ne se souciaient guère de ses peines, de ses souffrances. Ceux qui l'étaient moins souhaitaient carrément sa mort, et priaient chaque soir pour le voir tomber au combat, transpercé de part en part par la lance d'un cavalier ennemi. Et ceux qui pensaient ainsi étaient en général supposés être ses alliés. Les autres, il était inutile d'en parler. Mais personne n'avait jamais peur pour lui. Personne n'espérait vraiment qu'il allait survivre. Le guerrier fronça les sourcils, cherchant à comprendre d'où pouvait venir cet élan de compassion. Après tout, elle était native de l'Ouest, lui de l'Est. Ils n'avaient donc rien en commun, a priori. Incapable de trouver une réponse aux interrogations qui le taraudaient, il se contenta de répondre :

- Désolé de vous avoir réveillée... J'ai seulement fait un mauvais rêve...

Il préféra ne pas en dire plus. Il jugeait peu prudent d'évoquer à haute voix ses cauchemars, comme s'il avait peur qu'ils devinssent réalité, et qu'ils prissent forme sous ses yeux dans l'instant. Non pas qu'il craignait particulièrement l'arrivée d'un étranger venu pour tuer la jeune femme qu'il était censé protéger, mais il avait eu le sentiment désagréable que la silhouette de son rêve parviendrait à le surclasser, même s'il réussissait à trouver la force de se lever - ce qui n'était pas dit. La dame de compagnie mit fin à au cheminement de ses pensées en remontant la couverture sur lui. Il lui en sut gré, car il faisait frais sinon un peu froid dans la pièce. Il la remercia d'un signe de la tête éloquent, et accepta plus ou moins facilement de boire la tasse infecte qu'elle lui servit. Il savait que c'était un remède à ses blessures, et que cela l'aiderait à guérir plus rapidement, mais il ne lui semblait pas nécessaire d'en ingurgiter autant pour se remettre totalement. Dans le même temps, il n'avait jamais été à ce point blessé, et il devait bien convenir qu'à situation exceptionnelle, solution exceptionnelle. Cependant, désormais qu'il était sous la couverture et qu'il venait d'ingurgiter une boisson chaude, il se rendait compte que sa fièvre n'avait pas baissé. Suffoquant presque tant sa température corporelle était élevée, il glissa un "Merci" plutôt maladroit lorsqu'elle déposa un linge humide rafraîchissant sur son front. L'eau était froide sans plus, mais il eut l'impression qu'elle venait de déposer de la glace sur lui, tant il bouillait de l'intérieur.

L'homme se sentait gagné par une langueur qui n'était pas désagréable, et il somnolait presque, mais il était bien incapable de trouver le sommeil, paradoxalement. C'était comme si sa blessure, insidieusement, tenait à le garder éveiller pour le faire souffrir lentement et longuement, afin qu'il eût tout le temps de se repentir. Mais se repentir pour quoi ? Peut-être son but était-il de trouver la réponse à cette question... Eliah lui parlait pendant qu'il réfléchissait, et il écoutait d'une oreille distraite. Elle lui expliquait qu'il devrait boire une tasse entière de cette mixture effroyable toutes les heures, jusqu'à épuiser complètement le liquide. Il ignorait cependant combien de tasses il devrait boire, et espérait pouvoir dormir. Il fit part de son scepticisme à la jeune femme, quant à l'efficacité des traitements de l'Ouest, et essaya de la dissuader de lui faire avaler encore de cette chose. Mais elle le contra sèchement, et il perçut une pointe d'agacement dans son ton. Un agacement qui pouvait être dû à la fatigue, naturellement, mais dont l'origine lui paraissait plus complexe. Elle lui rappela alors qu'il n'était pas véritablement en mesure de la contredire, ni de refuser un traitement. Effectivement, une simple pression sur son flanc suffirait à le jeter à terre, et il le savait. Il grogna cependant :

- Ça, c'est vous qui le dites...

Il n'était guère convaincant, mais il était si arrogant et si orgueilleux qu'il ne pouvait pas se laisser dicter sa conduite sans donner l'impression qu'il consentait un minimum. Une manière comme une autre de sauver les apparences. La dame de compagnie et le garde du corps de Farma se murèrent dans un silence gênant. Ils ne pouvaient ni l'un ni l'autre s'endormir, pour des raisons qui n'étaient pas exactement les mêmes, mais qui aboutissaient quoi qu'il en fût à les épuiser. Rokh, qui était dans une position bien plus propice à la relaxation, ferma les yeux, et essaya de calmer sa respiration. Il y parvint dans une certaine mesure, et ses sens se déployèrent comme des mains invisibles qui auraient tâté l'univers qu'il ne voyait plus, à la recherche d'informations. Son rythme cardiaque s'emballa lorsque dans l'escalier résonnèrent des pas rapides sur le plancher :

- Attention à... Commença-t-il avant d'aviser un petit chien qui venait de rentrer dans la pièce.

La petite créature avait l'air heureuse, quoi qu'un peu maigre. Le froid ne semblait pas l'épargner non plus. Eliah le désigna à l'oriental avec l'enthousiasme d'une jeunesse que le guerrier avait abandonnée derrière lui depuis fort longtemps. Il trouvait cela étonnant de voir à quel point la présence de ce quadrupède pouvait lui rendre le sourire, quand pourtant la situation ne s'y prêtait pas. Cyniquement, il se laissa aller à un commentaire qui n'était pas des plus joyeux, mais qui lui vint tout naturellement aux lèvres :

- Vous voilà avec un deuxième chien sur les bras, désormais...

Il faisait bien évidemment référence à lui-même, et plus précisément à la manière dont il avait été appelé par Farma, et traité par ses hommes. Ici, il n'était pas un humain. Il était un vulgaire animal que le Maréchal avait confié à sa femme pour la protéger. Il devait montrer les crocs, aboyer quand on lui en donnait l'ordre, rester couché devant la porte pour surveiller. Mais il ne serait jamais invité à la table, il n'aurait jamais le droit d'ouvrir la bouche, et si on pouvait reconnaître ses qualités de fidélité et de loyauté, on ne louerait certainement jamais son intelligence, on ne s'intéresserait jamais à sa culture, et on ne songerait jamais à ses sentiments, ses émotions. Rokh croisa le regard plein de vie de cet animal qu'Eliah avait trouvé, probablement abandonné dans les rues. Il avait beaucoup plus en commun avec lui, dans cette cité, qu'avec quiconque marchant sur ses deux pieds, du seul fait qu'il n'était pas originaire du bon pays, qu'il n'était pas né avec le bon monarque, et qu'il ne parlait pas la bonne langue. Alors qu'Eliah se levait pour aller fermer la porter, et empêcher le froid de s'infiltrer dans la chambre, le guerrier se tourna vers le chien, et lui souffla dans sa langue natale :

++ Deux chiens errants dans un endroit étranger... Ce doit être la volonté de Melkor si nous sommes ici... ++

L'animal inclina la tête, comme s'il ne voyait pas bien où le Rhûnadan voulait en venir. Lui non plus ne voyait pas très bien, d'ailleurs, ce qu'il voulait dire par là. Il exprimait simplement son malaise de se trouver dans cet endroit, d'une manière qui n'était pas nécessairement la plus courante. Fermant les yeux pour combattre un mal de crâne qui pointait son nez, et qui lui vrillait les tempes, il écouta Eliah se déplacer dans la pièce, ainsi que le chien qui bougeait pour éviter de se retrouver dans ses jambes alors qu'elle allait et venait. Elle toucha d'abord aux rideaux, avant de revenir vers le guerrier qui était immobile, et dont la respiration régulière laissait planer un doute sur son état : éveillé ou endormi ? Il était impossible de le savoir. Elle retira le linge sur son front, qui était aussi chaud que la peau du guerrier, et aussi sec que son cœur. Il sentit des doigts frais se poser au-dessus de ses yeux, mais il ne réagit pas, laissant la jeune femme vérifier son état. Alors qu'il pensait qu'elle allait retourner à ses occupations, elle prit la parole doucement, presque à voix basse, comme si l'obscurité de la pièce était une fragile feuille de parchemin qu'un mot trop haut pouvait déchirer à tout instant. Elle lui annonça qu'elle irait voir Farma dès le lendemain, pour informer celle-ci de l'état de son serviteur. En attendant, il avait interdiction de bouger :

- Comme vous voudrez, lâcha-t-il d'une voix quelque peu ensommeillée, sans ouvrir les yeux.

Il ne vit pas quelle était la réaction de la jeune femme à ce consentement gagné sans avoir à batailler. Avec Rokh, il était rare d'obtenir ce genre d'accords sans avoir à négocier, à se trouver opposé à l'inflexibilité qui le caractérisait. Mais il fallait dire que la fatigue et la fièvre l'affaiblissaient considérablement, et il n'était pas véritablement en mesure de se concentrer sur des choses qui lui paraissaient sans importance. Il ne trahirait aucun secret de sa nation, même ainsi, mais il pouvait parler plus librement d'un grand nombre de sujets, comme s'il était ivre, en vérité. Est-ce qu'Eliah vit là l'opportunité d'en apprendre davantage sur sa situation, ou bien était-ce seulement une coïncidence ? Toujours fut-il que la jeune femme profita de ce moment pour vouloir entamer la conversation, attaquant directement par les raisons qui avaient pu être à l'origine des blessures du guerrier.

- Ha... Je ne suis pas certain que vous vouliez l'entendre... Répondit-il d'une voix faible.

Mais étant donné qu'elle s'était rapprochée pour être sûre de l'entendre, montrant ainsi à quel point cette information l'intriguait, il décida de répondre :

- Vous savez que la guerre vient de se terminer... Ici, votre Roi est mort, tué par son propre fils d'après ce que j'ai compris. Horo... Hogro... Horgrowen était à la tête d'une armée composée de gens de votre peuple, mais pas seulement. L'élite de son armée, c'était le groupe de soldats en armure noire et blanche, les Pies comme on nous appelait. J'étais un de ceux-là...

Un rictus malsain s'afficha sur son visage. Au fond de lui, Rokh était un peu affecté par ce qu'il disait. Il sentait bien que plus il parlait, plus la jeune femme s'éloignait de lui. Il ne pouvait pas être son ami, encore moins son allié. Ils étaient ennemis en tous points, conçus pour se haïr, et pour s'entretuer. Inspirant profondément, il reprit d'une voix hachée :

- J'ai tué des dizaines des vôtres... J'ai fauché des innocents... J'ai tué sans merci... qu'ils aient l'uniforme du Maréchal, ou les armures noires du Roi... J'ai tué, tué et tué encore, jusqu'à ce qu'une rivière de sang coule au milieu de la plaine...

Il souriait de toutes ses dents désormais, tel un démon. Les yeux fermés, il lui semblait voir s'agiter les ombres des combattants. En tendant l'oreille, il percevait encore les hurlements déchirants des mourants, le fracas de la charge de cavalerie, les harangues des troupes galvanisées par leurs chefs. L'ambiance d'une bataille était exceptionnelle : c'était son univers, son  chez-lui. Il y était le maître absolu, le dieu tout puissant capable de semer la mort à volonté. Enfin presque...

- Alors, j'ai rencontré le Maréchal... L'époux de Farma... Nous nous sommes battus à mort... un duel sanglant... C'est l'homme le plus fort que j'aie rencontré, et nous nous sommes anéantis l'un l'autre. J'ai brisé sa jambe, saigné son torse... Il a ouvert mon flanc, et blessé ma main... Mais nous n'avons pas eu l'occasion de terminer notre duel. La bataille s'est achevée, et j'ai été capturé...

Il rit franchement, en repensant à tout cela. Un rire qui n'avait rien de joyeux, et qui correspondait plutôt au désespoir qu'il ne pouvait pas exprimer par des larmes ou par de la colère en cet instant. Rire lui faisait mal. Avoir mal lui faisait du bien. Il s'humecta les lèvres, et poursuivit :

- J'ai été torturé... battu... brisé... mis à genoux... insulté... humilié... J'aurais préféré mourir, mais ils ne m'ont pas laissé faire... Ils ont préféré jouer avec moi... Me déshonorer. Mais le Maréchal est arrivé, et nous avons conclu un accord...

C'était la partie la plus surprenante de sa triste histoire, et même lui ne comprenait pas vraiment quelles étaient les raisons qui avaient pu pousser cet homme à prendre cette décision :

- Il m'a relâché, et affecté à la garde de son épouse pendant son absence... S'il lui arrive malheur, il m'exécutera sur-le-champ... Comme un chien... Cependant, si je la préserve... alors il m'offrira l'opportunité de prendre ma revanche... Un duel honorable, un contre un, lui contre moi... Et alors, je le tuerai... Je le tuerai de mes mains s'il le faut.

Il tourna la tête dans sa direction, et ouvrit les yeux. De toute évidence, son discours l'avait mise extrêmement mal à l'aise. S'attendait-elle à une histoire pareille ? S'attendait-elle à découvrir qu'il n'était ni plus ni moins qu'un des hommes responsables du carnage qui avait eu lieu ? Peut-être avait-elle perdu une connaissance durant cet affrontement. Peut-être était-il le meurtrier d'un de ses proches. Et même si ce n'était pas le cas, il avait tué un grand nombre d'innocents. Il avait vu dans leur regard à quel point ils étaient novices, à quel point ils étaient inexpérimentés. De braves citoyens qui avaient pris les armes pour défendre leur ville. Il n'avait fait aucune distinction, et avait chargé leurs rangs sans sourciller. Sa lance avait trouvé le cœur de nombreux ennemis, dont beaucoup n'avaient pas plus de vingt ans. Et il avait pris plaisir à voir leur expression figée sur la surprise et la crainte de la mort, qui serait leur dernier masque, celui qu'ils emporteraient dans la tombe. Il avait souri en broyant sous les sabots de Saêna les cavaliers démontés qui erraient sur le champ de bataille, à la recherche d'une monture désormais loin, brandissant une arme trop lourde pour eux. Son regard exprimait tout cela, et il plongea ses yeux noirs dans ceux, noisette, d'Eliah. Il voulait lui transmettre tout cela. Il voulait qu'elle comprît à quel point ils appartenaient à des mondes différents. Il voulait lui montrer qu'il ne méritait pas d'être soigné, qu'il ne méritait pas qu'elle s'occupât de lui :

- Vous voyez... Je savais que vous n'aimeriez pas... Vous avez dépensé votre énergie pour me recoudre... alors que je suis un de vos ennemis... J'ai fait couler le sang de votre peuple, et je ne mérite pas votre pitié... encore moins votre compassion... surtout pas votre aide... Voyez-vous Varvad, qui se trouve derrière vous ?

Il désigna du menton son sabre de cavalerie qui reposait dans son fourreau, appuyé contre un meuble non loin. C'était l'arme noble par excellence, celle qu'il avait utilisée sur le champ de bataille, et avec laquelle il avait mené la vie dure au Maréchal. Celle qui, forgée par les nains, avait été envoyée pour goûter au sang du Rohan, pour trancher ces têtes blondes. Une arme froide et mortelle... à son image.

- Prenez-la... Bien... Et maintenant, approchez-vous... Je ne demande rien de plus qu'une mort rapide. Frappez au cou, et tranchez vite et bien... Ha... Vous hésitez... Tous les mêmes, ici... Vous n'êtes jamais capables de prendre les décisions qui s'imposent, comme Farma...

La jeune femme reposa le sabre. Rokh aurait été curieux de savoir dans quel était émotionnel elle se trouvait. Il y avait fort à parier qu'elle devait être un peu secouée. Rebondissant sur ses derniers mots, elle lui demanda alors quels étaient ses rapports avec Farma. La question lui parut étrange, sans qu'il pût saisir explicitement pourquoi. Peut-être à cause de sa légère hésitation, ou du ton qu'elle avait employé. Ou peut-être parce qu'on lisait sur ses traits qu'elle s'en voulait d'avoir demandé ça. Le guerrier la dévisagea un instant, avant de dire :

- C'est une stupide potiche, une impotente qui parle trop, et qui n'agit pas assez... Une pleureuse pleine de contradictions, une garce de mauvaise foi, typiquement occidentale...

Il marqua une pause. Sa phrase était tout ce qu'il y avait de plus honnête, mais il n'était pas exhaustif dans ce qu'il pensait d'elle, aussi ajouta-t-il :

- Mais c'est aussi une personne courageuse, fière et déterminée... C'est la femme parfaite pour un homme tel que le Maréchal... Voilà ce que j'ai à dire... Mes rapports avec elles sont pour le moins mauvais. Elle me déteste et me méprise, moi je la trouve idiote et incapable. Mais je dois la protéger, et c'est réciproque... enfin théoriquement...

Durant le récit de Rokh, Eliah lui avait administré les tasses qui constituaient son remède. A chaque fois, il avait l'impression que c'était pire que la précédente, et il mettait de plus en plus de temps à finir chaque tasse, toussant de dégoût, réprimant les haut-le-cœur qui le prenaient chaque fois qu'elle lui signifiait que cela faisait une heure. Mais bientôt, ce fut terminé, et ils s'effondrèrent tous deux, épuisés d'avoir trop parlé et d'avoir veillé trop longtemps. Cependant, un froid avait été jeté entre eux, à cause des paroles du cavalier sombre, qui se demandait comment elle avait accueilli son histoire sanglante, dont elle n'avait fait qu'effleurer la surface. Devinait-elle que derrière ce qui n'était au final qu'un épisode parmi tant d'autres, se cachait une longue liste de batailles plus ou moins importantes dans lesquelles le guerrier avait été engagé, et dans lesquelles il avait fait preuve d'une cruauté égale sinon pire.

Tous deux demeurèrent donc absorbés par leurs pensées pendant un moment. Ils somnolaient tous deux, réussissant finalement à trouver le sommeil qui les fuyait depuis trop longtemps. Eliah, à moitié endormie, lui demanda d'une voix faible s'il se sentait mieux. Le guerrier voulut répondre quelque chose, mais il se laissa gagner par la fatigue, et aucune réponse ne sortit de ses lèvres, sinon le bruit à peine audible de sa respiration profonde et régulière. Le contraste était saisissant, entre ses traits durs et fermés lorsqu'il était à peu près conscient, et l'apparence juvénile de son visage lorsqu'il était davantage détendu, comme en cet instant.


~~~~


Rokh ouvrit les yeux, et sortit presque instantanément de son sommeil. Il était tard dans la matinée, et le soleil était levé depuis bien longtemps. Baissant les yeux, il vit que Eliah était endormie à côté du lit, dans une position un peu inconfortable. Le guerrier, un peu ankylosé par le manque de mouvement, se hissa sur ses pieds. Il tira un oreiller, et le glissa délicatement sous la tête de la jeune femme, qui ne réagit pas le moins du monde au contact de sa main. Il se refusa à lui offrir la couverture qu'il avait utilisée, et qui était imprégnée de son sang et de sa transpiration. Il n'aurait pas pris de ce genre de précautions avec un compatriote combattant, mais il lui semblait que la jeune femme n'était pas du genre à apprécier. Torse nu, saisi par le froid, il se dirigea vers la porte, suffisamment discrètement pour ne pas réveiller le chien qui dormait sur le parquet, roulé en boule. L'homme, qui marchait d'un pas mal assuré, en s'appuyant dès qu'il le pouvait sur l'objet solide le plus proche, descendit péniblement les marches en quête d'une tunique qu'il pourrait passer pour remplacer celle, déchirée, dont il portait les lambeaux. En arrivant en bas, il constata que le feu était éteint. Il entreprit donc d'abord de le rallumer, ce qui lui prit quelques minutes à peine. L'atmosphère se réchaufferait progressivement, à condition d'alimenter les flammes voraces régulièrement. Satisfait, l'homme se mit donc à ouvrir tiroirs et placards, sans parvenir à trouver ce qu'il cherchait. Il sentait la fatigue le gagner, et il s'assit donc sur une chaise vide, pour reprendre son souffle. Tenir debout exigeait de lui une grande quantité d'énergie, et il avait bien du mal à en plus lever les bras pour ouvrir des portes. Il souffla un peu, puis continua son inspection, et finit par trouver quelque chose qui ressemblait vaguement à une chemise en lin, inconfortable et informe. Mais cela suffirait. Pour l'instant. Cependant, il ne pouvait pas enfiler ça comme ça. Ouvrant les portes, il se trouva finalement devant une pièce qui devait servir à se laver, à en juger par le baquet et le pain de savon qui se trouvaient là. Il y avait de l'eau, glacée, que l'homme utilisa pour se laver vigoureusement. Il souhaitait se débarrasser de la sensation désagréable qu'il sentait sur sa peau. Il passa précautionneusement les doigts sur sa plaie qui, pour l'instant, ne s'était pas rouverte, et la nettoya en grimaçant, à cause de la douleur qui ne semblait pas vouloir le quitter. Il acheva sa toilette, puis se dirigea vers la pièce principale, où il espérait trouver ce qui ressemblait à une serviette. S'appuyant lourdement sur le cadre de la porte, il posa les yeux sur Eliah qui achevait de descendre l'escalier :

- Il faut croire que votre remède était aussi efficace que mauvais en bouche... Je me sens mieux...

Mieux était un bien grand mot, et le guerrier se traîna lourdement jusqu'à la chaise la plus proche, où il s'assit lourdement. On aurait dit qu'il venait d'arriver au sommet d'une montagne particulièrement haute. Sa poitrine se soulevait à un rythme inquiétant, mais il rassura Eliah d'un geste. Prenant garde à ne pas trop tirer sur son flanc, il tendit le bras et ouvrit un tiroir proche, dans lequel il trouva un tissu qui pouvait lui servir de serviette. Il entreprit alors de s'essuyer le corps et les cheveux, tout en regardant la jeune femme vaquer à ses occupations. Alors qu'un calme impérial régnait dans la pièce et dans la petite maison, on frappa soudainement à la porte, avec rudesse. Ils n'eurent ni l'un ni l'autre le temps de bouger que quatre soldats pénétrèrent à l'intérieur. Grands et costauds, le visage sévère, ils avaient l'épée au fourreau, mais ils étaient prêts à dégainer :

- Ecartez-vous, mademoiselle ! Nous avons ordre de ramener ce chien à Dame Farma immédiatement.

Pendant que le chef s'adressait à la jeune femme, les trois autres étaient allés encadrer le Rhûnadan, qui était trop mal en point pour se défendre. Celui-ci ne se plaignit pas, et se leva même pour montrer à quel point il était coopératif. Lui-même était convaincu de pouvoir rejoindre la forteresse, présumant de ses forces comme d'habitude. Seule Eliah pouvait savoir qu'il risquait de ne pas tenir la route, surtout pas si les choses venaient à déraper avec les gardes qui, lorsqu'on les observaient attentivement, semblaient prêts à défier le Chien de Farma tandis qu'il était blessé.


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Eliah Tandoril
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMer 11 Sep 2013 - 19:18
Le dos en compote, la tête sur le point d'exploser, la jeune femme s'allongea à même le sol froid afin de reprendre ses esprits. Snow se rapprocha d'elle avec les yeux vifs et l'air pressé d'aller s'amuser. Il avait du avoir son quota de captivité pour la journée et avait besoin d'aller se dégourdir les pattes. Oui, il allait bien falloir qu'elle se lève pour le laisser sortir, sinon il finirait par se fâcher et faire ses besoins dans la maison. Mais elle n'en avait pas le courage. La brune reposait à terre, inerte, les membres le long du corps dans une position étrange comme une poupée disloquée. Son dos la faisait souffrir et une douleur lui martelait la colonne vertébrale. C'était le prix à payer pour une aussi mauvaise nuit. Elle n'aurait pas du s'endormir ainsi, négligeant sa propre santé voire sa sécurité. Le sol était froid sous son corps et même si cela était désagréable, il semblait lui faire du bien. Elle revenait à elle peu à peu et le souvenir de la nuit précédente se faisait plus clair, plus vif à présent dans son esprit. La jeune femme se demandait comment elle pouvait encore tenir debout après tout ce qui s'était passé, après tout ce qu'elle avait appris...

Sa curiosité avait eu raison d'elle encore une fois cette nuit et l'espoir qu'elle portait dans son coeur s'était volatilisé aussi vite qu'un flocon de neige fond au soleil. Elle se releva doucement et entreprit de se rendre présentable. De ses doigts fin, elle lissa ses longs cheveux bruns et arrangea sa tunique, perdue dans ses pensées. Le discours de Rokh raisonnait encore dans sa tête, encore et encore, inlassablement, elle revoyait son regard quand il avait évoqué la guerre, la tuerie, la misère, le sang. Ce n'était pas un homme qui devait regretter ses gestes. Il était un guerrier et ne s'en cachait guère. Mais au fond, Eliah ressentait comme une pointe d'amertume dans sa voix, quelque chose d'inexplicable dans son regard. Quelque chose paraissait le ronger de l'intérieur. C'était peut-être pour cela qu'elle n'avait pas exécuté ses ordres cette nuit. C'est pour cela que Varvad était retournée bien sagement dans son fourreau. Elle ferma les yeux, se rappela le poids de la lame, sa brillance sous l'effet de la flamme vacillante et elle frissonna. Aurait-elle été capable de tuer un homme de sang froid ?

Elle s'était posée la question pendant une fraction de seconde. Pendant un moment, elle avait éprouvé une rage telle contre lui, qu'elle aurait pu transpercer son coeur en plongeant ses yeux dans les siens, en soutenant son regard. Elle aurait ainsi vu la vie quitter lentement son corps, puis son esprit s'évanouir dans le néant. S'il avait fait la moitié de ce dont il se vantait, il le méritait amplement. La brunette avait écouté le récit du Rhunadan avec un intérêt visible. Elle fut étonnée de la mort du roi, tué de la main de son propre fils et se demanda même à l'instant s'il ne délirait pas encore une fois. Mais les précisions étaient telles qu'elle n'avait plus réussi à en douter à son grand damne. Il savait de quoi il parlait, il ne mentait pas. L'homme avait combattu aux côtés de l'ennemi, il avait écrasé les hommes du Maréchal, il les avait piétiné et il les avait humilié. Le coeur d'Eliah s'était affolé à ce moment là et elle avait murmuré doucement le prénom de son frère. “Oemir...”. Une larme avait coulé sur sa joue de porcelaine pour aller se nicher au coin de sa lèvre et elle était restée interdite. Cet homme qu'elle s'était acharné à sauver, qu'elle avait ranimé au péril de sa propre vie. Cet homme était peut-être l'assassin de son frère.

La jeune femme fut alors prise d'un haut le coeur terrifiant. Oui personne ne pouvait battre son frère. Il était le plus fort, un chevalier d'exception, son père le lui disait souvent. Et c'était pour cette raison que Lothir le jalousait tant. Mais Rokh ... lui n'était pas comme les autres adversaires, il était différent, plus fort, sans vergogne. Il n'avait pas de pitié. Si son frère était mort, c'était de la main de cet homme, allongé dans ce lit, il n'y avait aucun doute ! Et elle, elle lui avait sauvé la vie. La tristesse, la rage et le désespoir l'avaient dévasté, se livrant un combat silencieux et sans merci à l'intérieur de son coeur. Son regard s'était posé sur Rokh dont le visage n'avait plus rien à voir avec l'homme qu'elle avait vu quand il s'était réveillé inquiet. Non il était devenu un homme sans coeur, sans raison. Un fou si ce n'était qu'il puisse être homme. Son récit sur son combat avec le Maréchal ne lui fit ni chaud, ni froid. Il avait mérité ce qui lui était arrivé et elle ne comprenait guère pourquoi le Maréchal ne l'avait pas tué. Savait-il à ce moment que le traiter comme un chien comme il le disait si bien, serait pour lui pire que la mort ? Que le déshonneur serait pour lui une torture perpétuelle ?

Alors quand il lui avait dit de récupérer son épée, elle s'était exécutée, comme poussée par une force maléfique. Elle ne contrôlait plus ses mouvements et l'objet de mort l'attirait comme un aimant. Elle avait touché le pommeau du bout des doigts, se demandant quelle sensation on pouvait réellement éprouver quand elle s'enfonçait dans la chair aussi tendre que du beurre sous sa lame. Ce moment pouvait-il réellement procurer du plaisir, tant et si bien que lui, l'homme de l'est pouvait éprouver du bonheur à ôter la vie ?
Alors on ne devait penser à rien à ce moment qu'à la mort, au malheur, au désespoir et à la gloire. On voulait vaincre, tuer ou se venger... un sentiment de toute puissance que l'on ressentait vis-à-vis de sa victime. Eliah s'était rapproché malgré elle de l'homme dans le lit et avait tiré Varvad, émerveillée par sa grandeur. Elle n'était pas aussi lourde qu'elle ne le pensait mais elle n'était pas non plus facile à tenir. Elle pouvait faire un geste, un seul pour lui trancher la gorge ou lui transpercer le coeur. Il ne lui suffirait que de quelques secondes. C'est ce qu'il lui demandait après tout. C'était sa propre requête et c'était elle qui avait le dessus à ce moment, il était à sa merci. Elle s'était rapprochée et avait alors croisé son regard. Et elle avait vu.

Le coeur meurtri, la jeune femme s'était ravisée malgré tout. Elle avait rangé l'épée dans son fourreau et l'avait remise sagement à sa place. Son corps n'avait plus la force de tenir et elle s'était écroulée, mais elle ne tuerait personne. Pas ce soir en tout cas. Elle se demanda pourquoi le Maréchal avait épargné cet homme alors qu'il savait pertinemment qu'il avait fait tant de mal. Alors même qu'il avait tué ses hommes et fait un carnage. Non il devait avoir ses raisons. De même le tuer, signifiait que son frère était bel et bien mort et elle ne voulait pas le croire, même si ses espoirs s'étaient amenuisés. Ainsi le combat avait été plus rude qu'elle ne le pensait ...
Elle s'était laissé tomber sur le sol, épuisée et s'était endormie. Elle ne lui avait plus adressé la parole, pas à un seul moment. Elle n'avait pas dit ce qu'elle avait ressentit ou pourquoi elle avait réagit de la sorte. Il n'était qu'une brute, qu'un tueur et il ne méritait pas sa pitié en effet. Et pourtant ... pourquoi n'arrivait-elle pas à le haïr ?

Elle repensa au moment où il lui avait sauvé la vie, à son réveil, à son récit, à ses doigts sur sa joue. Il s'était livré coeur et âme ce soir et il ne pouvait pas faire plus véridique et plus précis. Elle avait capté de nombreuses facettes de sa personnalité. Mais elle ne comprenait pas. Elle ne comprendrait jamais. Un jour peut-être l'obligerait-elle à lui expliquer. Mais pour le moment, elle avait besoin de faire le vide dans sa tête. Il avait aussi parlé de Farma comme d'une femme horrible et pourtant au fond il l'admirait. Et elle... l'homme aurait pu la tuer, la laisser mourir de la main de ce voleur la veille et il n'avait pas agit ainsi. La jeune femme avait sombré dans un profond sommeil.
La douleur de la veille se faisait toujours ressentir alors qu'elle passait une main sur la vitre afin de voir au dehors. La neige avait commencé à fondre, faisait une marre de boue que les passants tentaient de contourner bon gré, mal gré. Les marchands étaient moins enclin que d'habitude, emmitouflés dans leurs longs manteaux. Tous auraient sans nul doute préféré rester chez eux. Il devait être tard, car le soleil était haut dans le ciel. Elle avait beaucoup de choses à faire encore.

La jeune femme s'étira dans une grimace de douleur et soupira en voyant le lit vide. Non seulement il était cruel mais en plus il était désobéissant. Elle posa la tête contre la vitre fraîche et se remémora sa vie à la campagne. Elle était douce et paisible comparé à ce qu'elle vivait en ce moment. Et au moins là-bas, elle savait que quelqu'un serait toujours là pour l'aimer et la chérir. Ici elle n'avait qu'elle. Et Snow.
Le petit chien s'agitait de plus en plus, impatient de sortir. Alors elle se souvint, quand elle était plus jeune, être partie dans la forêt avec Lothir et Oemir. Ils étaient allé ramasser du bois pour le feu du soir et elle s'était éloigné pendant une fraction de seconde où ses frères l'avaient perdu de vue. Elle n'était qu'une jeune enfant et ne devait pas avoir plus de cinq ou six ans. Après avoir exploré la forêt à la recherche d'elfes et de fées introuvables, elle avait fini par tomber sur une petite grotte. Elle s'y était aventurée et était tombée nez à nez avec un louveteau presque aussi haut qu'elle, les babines retroussées prêt à la déchiqueter si elle faisait un pas de plus. Il gardait des petites boules de poiles plus petites qui dormaient derrière lui. Sa famille, très certainement, une nouvelle portée de sa mère.

Eliah n'avait pas hurlé, ni crié, ni même pleuré. Elle s'était recroquevillée contre une paroi rocheuse, espérant doucement et en silence que ses frères la retrouvent. Mais même si le jeune loup semblait féroce, il ne s'était pas attaqué à elle. Au bout de quelques minutes, elle s'adressa à lui, lui parlant de tout et de rien. Elle n'avait jamais su comment, mais quand ses frères la retrouvèrent, le loup dormait à ses pieds. Elle était partie de peur qu'on ne lui fasse du mal. Mais elle ne l'avait jamais oublié. Et si Rokh était de la même trempe ? Sauvage mais avec un grand coeur ?
Elle se tira de ses pensées qui allaient trop loin et ouvrit la porte laissant le chien dévaler les escaliers et japper de contentement. Elle craignait et espérait à le fois retrouver Rokh dans la pièce du bas. Alors qu'elle descendait les escaliers, il apparut, aussi fringuant que s'il n'avait pas été blessé. Elle devina presque une esquisse de sourire sur ses lèvres.

La jeune femme quand à elle se renfrogna. Elle était d'une extrême mauvaise humeur et son dos la faisait souffrir. Elle était épuisée, avait passé une mauvaise nuit et comble de tout elle allait devoir rendre des comptes pour tout cela. Elle se demanda une fois encore, dans quoi elle s'était fourrée et descendit les escaliers sans lui adresser un regard. Elle ouvrit la porte et laissa partir Snow qui s'échappa les oreilles au vent et alla se vautrer dans une marre de boue. La brune se tapa le front de la main, se trouvant bête de ne pas avoir pensé à ça. Elle leva les yeux aux ciel et referma la porte. Il rentrerait plus tard quand il aurait terminé de faire des bêtises. Elle donnerait n'importe quoi pour un bon repas bien chaud, des toasts ou du pain, du lait, du miel et soyons fou, un bon roti d'agneau qui grille dans la cheminée. Son ventre gargouilla fort, trop fort et elle eut l'impression qu'on l'avait entendu du dehors. Rokh était venu s'asseoir à la pièce de la cuisine et s'il semblait serein, il n'était pas remis, quoi qu'il en dise.

“Le breuvage était peut-être efficace, mais pas magique ! Vous devriez être dans votre lit à ce moment même. Pas assis sur une chaise à jacasser” lâcha-t-elle cassante.

Elle se rapprocha des tiroirs et fit mine de chercher quelque chose bien qu'elle ne savait pas quoi. Une petite moue apparut sur ses lèvres et ses yeux s'assombrirent. Elle entendait l'homme respirer dans son dos. Il lui avait parlé comme si rien ne s'était passé. Comme si tout cela n'avait été qu'un simple cauchemar. Mais elle n'avait pas rêvé et les souvenirs étaient bien présents. Elle se servit un verre d'eau et but à petites gorgées. Elle devait s'occuper les mains et ainsi l'esprit afin de ne pas sombrer dans le désespoir le plus total. Elle allait d'abord se rendre présentable avant de rejoindre Dame Farma. Eliah n'avait pas peur d'elle. Certains diraient qu'elle était bien naïve, sotte ou inconsciente, mais la fureur ou la dureté de cette femme ne l'atteignait guère. Elle ne se sentait pas oppressée par elle. Elle était libre, contrairement à Rokh. Pendant l'espace d'un moment, elle fut triste pour lui. Mais ses pensées ainsi que ses plans furent interrompus par une horde de soldats qui débarquèrent dans sa maison.

Eliah resta bouche bée devant tant de grossièreté. Décidément certains avaient besoin d'apprendre ce qu'était la politesse. Il s'adressèrent à elle, comme si elle avait été une victime ou une ignorante pour s'en prendre à Rokh. C'était de sa faute, elle avait trop dormi et Farma n'avait pas pu patienter tout ce temps...
Elle réfléchit à toute vitesse et vit du coin de l'oeil Snow rentrer dans la maison avec ses pattes pleines de boue, laissant des traces un peu partout comme si son but était de salir le plus d'endroits possible. Elle leva les yeux au ciel, se calma et décida d'intervenir. Elle n'avait pas fait tout ce travail pour que son patient se battent contre des gardes à la première heure (ou presque) et qu'il ne se blesse de nouveau. Il s'interposa entre les gardes et Rokh, barrière vivante. Le plus grand qui semblait être le chef se mit à ricaner comme si la petite taille d'Eliah lui semblait ridicule autant que son geste.

“Vous êtes ici chez moi ! Je ne vous permets pas d'y faire irruption. Et il n'ira nul part ! C'est moi qui me rendrait auprès de Dame Farma pour lui donner des explications. Je suis sa nouvelle dame de compagnie et elle me laisse certaines libertés. C'est moi qui est retenu cet homme ici alors je vous prie de me mener à Farma !”

Le plus grand visiblement hors de lui se rapprocha sans crier gare d'Eliah et lui donna une gifle qui lui éclata la lèvre. Le goût du sang emplit sa bouche et elle serra du point.

“C'est Dame Farma petite vipère insolente !”

La jeune femme serra des dents et jeta un regard noir au soldat. Elle jura qu'il le regretterait, mais elle n'était pas en position de force pour le moment et devait garder la situation en main. Si elle dérapait et qu'un combat s'enclenchait, ils étaient fichus. Elle devait ployer mais pas abandonner. Elle essuya sa lèvre d'un revers de manche et sourit.

“Oui, Dame Farma. Mais je suis proche d'elle. Elle me permet de l'appeler ainsi. Et vous allez amèrement le regretter si vous n'écoutez pas ce que je vous dis. Cet homme reste ici et je viens avec vous. Il n'ira nul part je m'en porte garante. Si vous voulez goûter au courroux de Dame Farma allez-y ! faites à votre guise !”

Elle avait toute la haine du monde dans son regard. Une rage étrange bouillonnait en elle et s'ils n'avaient pas été quatre, elle lui aurait bien rendu sa monnaie de sa pièce d'une quelque sorte que ce soit. Elle se dit qu'elle aurait du descendre avec Varvad ce matin, il aurait moins fait le malin. Mais ce n'était pas le moment pour s'échauffer l'esprit. Elle devait rester calme. S'ils croyaient son mensonge, cela n'allait pas être facile pour elle de convaincre Farma. Elle risquait peut-être sa vie à ce moment. Elle était définitivement folle. Si elle sortait indemne de tout ce cirque, elle se promit qu'elle irait prier pour remercier le créateur. Elle se sentait si las et pourtant elle était dévastée par des sentiments plus contradictoires les uns les autres. Celui qui l'avait frappé sembla hésiter puis il capitula. Après tout il se dit qu'il pourrait bien revenir récupérer celui-là plus tard. Il accepta avec une grimace qui signifiait que tout cela n'était pas de son goût.
Eliah regrettait de ne pas avoir pu mettre une tenue plus appropriée, mais elle enfila ses chaussures et son manteau. Avant de partir, elle se rapprocha de Rokh et baissa le ton.

“Vous restez ici, vous ne sortez pas ! Et tâchez de vous occuper de Snow. Et de nettoyer un peu si possible. Je serai rentrée à la tombée de la nuit si tout se passe bien. Dans le cas contraire ... Adieu”

Elle rabattit sa capuche sur sa tête et suivit les gardes sans se retourner, dans une foule maussade qui essayait de se frayer un chemin parmi les flaques et la neige mole. Snow aboya comme pour marquer sa désapprobation à cette situation. Il sembla lancer un regard de tueur sur Rokh puis leva la queue et alla se rouler en boule sur le tapis où Eliah s'était endormie la veille.
Le froid n'était plus aussi mordant que la veille, mais il restait présent et la jeune femme finit par prendre le même air que les autres passants. Sa lèvre la brûlait et sa gorge était sèche. Elle avait une envie folle de pleurer mais elle se retint de toutes ses forces. Il fallait qu'elle face bonne figure devant Dame Farma. Qu'elle soit convaincante. Sinon elle ne donnait pas chère de sa vie. Après tout, elle ne savait pas ce que Rokh pouvait représenter pour cette femme et son mari. Et s'il était un prisonnier de guerre, il devait avoir un prix. Mais elle l'avait sauvé, elle lui devait la vie de son serviteur. Oui, cela devait fonctionner ...

* * * * * *

La nuit tombait sur la ville et le froid fut de nouveau acide. Il traversait les fenêtres, les portes et s’immisçait dans chaque interstice. Eliah courait dans les couloirs, elle devait sortir d'ici. Ses joues la brûlaient, son coeur battait et elle était à court de souffle, mais elle n'en avait cure. Le baluchon qu'elle portait sur le dos n'arrangeait rien, puisqu'il était presque trop lourd pour ses petites épaules menues. Mais elle voulait juste quitter cet endroit et retrouver sa liberté. Bientôt, elle arriva à la sortie et ouvrit le lourd battant qui la menait au dehors. Elle fut saisit par un froid intense qui la prit d'assaut, mais elle continua à courir pour se réchauffer. Elle traversa les rues, contourna les flaques de boue et courut. Encore et encore jusqu'à apercevoir la petite maison. Un feu, un bon repas, un lit ! C'était tout ce qu'elle voulait. Tout ce dont elle avait besoin.

Un sourire apparut sur ses lèvres quand elle repensa à l'entretien de cet après-midi qu'elle avait eut avec Farma. Cela avait mal, même très mal commencé. La femme dans son lit, semblait dans une rage sans précédent et ses propres gardes osaient à peine la regarder. Quand elle aperçut Eliah,  seule, elle se mit à hurler et souhaita à tous le monde que Rokh soit mort, sinon ils auraient tous à faire à elle. Le garde qui n'en menait pas large bredouillait que sa dame de compagnie l'avait convaincu. La brune, mal à l'aise, réussit dans tout ce tapage à le faire sortir et à se retrouver avec Farma. Elle n'avait que peu de temps avant qu'elle n'ordonne qu'on enferme Eliah aux cachots et au vu de sa mine renfrognée, elle eut peur pendant un moment qu'elle ne passe à l'acte. Mais elle avait finit par écouter la jeune femme pleine d'entrain d'une oreille attentive. Aucune expression ne se lisait sur son visage si ce n'était de l'aménité et la paysanne n'en menait pas large. Mais au fil de son discours, elle avait prit de l'assurance. Elle avait raconté tout dans les détails, enjolivant les choses, faisant ainsi de son récit une véritable épopée.

Farma à la fin de son récit s'était finalement mise à rire. Devant le regard interrogateur et méfiant d'Eliah, elle lui expliqua qu'elle trouvait très drôle que la petite brune, aussi fragile qu'elle en avait l'air, avait pu donner des ordres à cet homme rude et sans sentiments. Le coeur de la jeune femme avait fait un bon d'abord, puis elle fut soulagée. Farma semblait comprendre.
Elles avaient passé une bonne partie de l'après-midi à discuter et elle avait pleinement prit son rôle de dame de compagnie. Elle comprenait à présent en quoi cela consistait et promis qu'elle serait à la hauteur et qu'elle ferait tout pour que la vie de Dame Farma soit des plus douces. Eliah était étonnée de ne pas ressentir de tristesse pour cette femme. Elle ne connaissait pas son histoire, mais elle devinait qu'elle avait du avoir une vie très difficile. De plus elle semblait malade. Mais sa force faisait d'elle une femme peu sympathique aux premiers abords et elle ne semblait pas vouloir qu'on la prenne en pitié. Et c'est ainsi que la jeune femme la traiterai. Comme une patronne, pas une patronne diminuée par les malheurs de la vie.

Elle eut l'autorisation de partir un peu avant la tombée de la nuit mais elle demanda une faveur avant de partir. Elle n'avait pas de vivre et à présent que le soleil se couchait, les marchands devaient être rentrés. Elle avait besoin de se nourrir et elle devait aussi rapporter quelques provisions à la petite maison. Farma lui accorda tout ce qu'elle avait demandé et ordonna à un de ses gardes de faire le nécessaire. Mais elle ne la laissa pas aller ainsi et la retint encore un peu. En effet elle lui expliqua que le métier de dame de compagnie était un métier d'image et que si elle devait représenter Dame Farma au dehors de ces murs elle se devait d'être présentable. Il était vrai qu'Eliah avait l'air plus que négligé dans sa petite tunique trop courte et ses cheveux emmêlés. Ainsi Farma lui ordonna d'aller se rendre présentable en investissant d'ores et déjà ses quartiers. Elle remercia chaleureusement et partie avec une grande hâte vers sa nouvelle chambre. Le mobilier était simple mais assez luxueux. Comme dans le reste de la maison, la pièce semblait avoir été longtemps négligée et dépérissait peu à peu. Il aurait été de bon ton de faire un peu de ménage dans cette grande maison, elle y penserait.

La brune décida de rejoindre sa salle de bain et de prendre un bain, utilisant les onguents qu'elle avait trouvé sur la petite table de chevet. Tout cela sentait très bon et elle était loin des produits fait maison par sa mère. Les huiles parfumaient la chambre entière avec une seule goutte. Elle resta un moment à admirer les merveilles que Farma avait mis à sa disposition puis jeta un oeil dans le miroir tout en coiffant ses longs cheveux. Elle avait de grandes cernes sous les yeux et sa lèvre était légèrement gonflées là où le garde l'avait frappé. Elle la toucha du bout des doigts et grimaça de douleur. Quand Farma lui avait demandé d'où venait cette blessure, elle n'avait su que répondre. Devait-elle lui dire la vérité ? Elle avait secoué la tête et dit que cela n'avait pas d'importance, mais qu'elle ne devait pas s'inquiéter. Elle ferma les yeux, s'enivrant des vapeurs de jasmin, d'écorce d'orange et de violette. Tout cela était si agréable qu'elle se laissa presque tenter de rester ici. Mais si elle ne rentrait pas, Rokh pourrait venir lui même pour la trouver.

Elle se dirigea alors vers l'armoire afin de s'habiller et faillit s'étouffer en voyant toutes les magnifiques tenues qui descendaient le long de cintres en fer. De longues robes, de toutes les couleurs, avec de la dentelle ou des motifs. Des chaussures, de jolies ballerines, des capes. Elle choisit une robe bleu ciel, avec de longues manches, au tissu léger et très doux. Elle l'enfila et la laissa glisser le long de son corps, se sentant déjà bien mieux. Elle décida d'enfiler une paire de bottes qui seraient plus adapté pour affronter la neige. La jeune femme releva ses cheveux et les attacha en une longue queue de cheval qu'elle laissa retomber sur ses épaules. Elle se présenta ensuite à Farma afin de savoir si cette dernière était satisfaite et elle partit.
Le garde qui l'avait frappé la mena à la cuisine où elle récupéra un petit baluchon plein de vivres puis il lui fit signe de le suivre. La dame de compagnie imprima son visage et lui indiqua avec un regard mauvais qu'elle pouvait se débrouiller seule. Et elle s'élança ainsi dans la nuit pour rejoindre sa maisonnée.

Une fois devant la maison, elle ouvrit la porte à la volée, soulagée d'avoir fait le chemin sans encombre. Elle espérait que rien de grave ne s'était passé ici durant son absence et héla Rokh et Snow tout en rangeant tout ce qui se trouvait dans son baluchon. La demoiselle se sentait bien mieux et elle avait le sourire aux lèvres, chantonnant un air joyeux tout en travaillant. Elle entendit du bruit derrière elle et parla sans même se retourner. Qui cela pouvait bien être à part Rokh après tout ?
Quand au chien il accourut vers elle en jappant, balançant la tête de tout côté. Elle rit tout en lui lançant un morceau de viande de boeuf séché. Elle lâcha avec douceur :

“Vous avez trois jours de repos. Pas un de plus. Trois et je dois ... vous ... m'assurer que vous vous portiez bien avant de rentrer auprès de Farma”.

Elle n'osa pas utiliser le mot surveiller, car il n'aurait certainement pas apprécié. Mais c'était bien ce qu'on lui avait demandé. Il fallait garder un oeil sur lui afin qu'il ne s'échappe pas. Mais elle savait qu'il n'en ferait rien car sa fierté était trop grande. Elle le connaissait encore très peu, mais elle était certaine de cela. La jeune femme prépara un repas complet qu'elle servit à table avec entrain et avant de s'installer elle se tourna vers Rokh. Elle passa la langue sur ses lèvres, ressentant un picotement désagréable et osa lui poser la question qui la torturait et lui brûlait les entrailles.

“J'ai une question. Pendant la bataille d'Aldburg, auriez-vous par hasard aperçu un homme très grand, des cheveux moins blonds que ses congénères, de beaux yeux bleus et une petite cicatrice sur la joue droite ? Je ... c'est important pour moi de savoir si vous l'auriez aperçu. Il est un des hommes du Maréchal et il combat incroyablement bien. Un excellent chevalier”

Elle tourna vers lui des petits yeux suppliants, espérant au fond d'elle qu'il lui dise au choix qu'il ne l'avait pas vu ou qu'il l'avait combattu brièvement avant de passer à autre chose. Mieux encore, elle aurait aimé qu'il lui dise que c'était un des hommes qui l'avaient torturé. Au moins de cette façon, elle savait qu'il serait sein et sauf, mais si cela n'était pas le genre de son frère. Car c'était bien Oemir qu'elle avait décrit là.
Elle aurait aimé avoir une indication, n'importe laquelle qui puisse lui donner à nouveau espoir qu'il était vivant et ne pas lui donner à nouveau la tentation de dégainer Varvad...
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyVen 13 Sep 2013 - 3:10
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En observant Eliah descendre l'escalier, Rokh ne devina pas immédiatement qu'elle était de mauvaise humeur. Le guerrier, aussi adroit avec une lame que maladroit avec les gens, ne devina pas les signes extérieurs qui auraient dû le mettre sur la voix. Après tout, elle avait les sourcils froncés, un pli contrarié au coin de la bouche, elle avait probablement passé une nuit horrible, éreintée après avoir dû s'occuper de lui jusqu'à une heure tardive. Il était impensable de songer qu'elle allait lui offrir un sourire, surtout pas après la conversation étrange qu'ils avaient eu la veille au soir, même s'il ne se doutait pas des conséquences de ses paroles sur l'esprit de la jeune femme. En fait, il lui semblait ne plus rien comprendre du tout. Etait-ce dû à sa fatigue, ou bien ce pays était-il réellement un pays de fous ?

Dans l'esprit du combattant, il n'avait rien à se reprocher. Parfois, les gens étaient amis, et parfois ennemis. Parfois ils combattaient côte à côte, et parfois ils combattaient les uns contre les autres. En l'occurrence, il avait pris les armes contre la cité du Rohan, et avait ôté la vie à un grand nombre d'ennemis. Mais il avait agi conformément aux ordres qu'on lui avait donnés : il avait été un soldat exemplaire, de courage et de détermination, allant même jusqu'à défier et blesser le Maréchal, qui avait été un adversaire formidable. Pour lui, les choses s'arrêtaient là. Ennemi, devenu prisonnier, puis finalement garde du corps de Farma, il ne comprenait pas qu'on pût lui reprocher son attitude passée. Certes, il avait chevauché dans les rangs de ceux qui allaient perdre la bataille, mais cela faisait-il de lui un être plus mauvais que ceux d'en face ? Combien de leurs frères les archers postés sur les toits avaient-ils abattus ? Combien de têtes blondes le Maréchal avait-il fait tomber dans la boue et la neige, au cours de cet affrontement ? Trop au regard de son attachement envers son peuple, mais suffisamment pour protéger sa femme, pour protéger tous ceux qui s'étaient recroquevillés derrière les murs de cette forteresse. S'il avait perdu, l'histoire aurait méprisé ses actes, et on aurait craché sur son nom : le renégat qui avait tué tant des siens. Mais aujourd'hui, dans la forteresse, son nom était associé à un grand prestige... Simplement parce qu'il était dans le camp des vainqueurs. C'était une conception que Rokh ne pouvait pas saisir.

Pour lui, la valeur d'un homme ne se décidait pas à l'aulne du camp qu'il choisissait, mais à l'aulne de son courage et de ses triomphes. Même si la bataille avait été perdue par les troupes loyales au Roi, le cavalier sombre considérait avoir fait montre de tout son talent, et il avait combattu bravement contre le Maréchal, dans un duel au sommet qu'il aurait pu remporter. C'était la seule chose qui comptait. Il s'était bien comporté, il avait fait honneur à son clan, à son père, à sa nation et à ses supérieurs. Beaucoup des Pies avaient fui lâchement le combat : ceux qui n'étaient pas tombés, comme Aaron, pour être exact. Ils devaient servir les intérêts de l'Ordre ailleurs, là où on avait besoin d'eux. Mais ils porteraient toujours en eux la marque cuisante de la défaite au pied des remparts d'Alldebourg, la cité qui avait tenu en échec une armée pourtant bien supérieure en nombre.

C'était cette différence de mode de pensée qui perturbait Rokh. Il existait comme une barrière mentale entre lui et tous les gens d'ici. Une barrière qui lui donnait un affreux sentiment de solitude, d'isolement. Il n'était pas particulièrement sociable, et avait déjà été longtemps sans voir son pays. Mais se retrouver auprès de personnes qui ne comprenaient même pas la nature même du combat, de la guerre, et la beauté intrinsèque de cette cérémonie... cela ne lui était jamais arrivé auparavant. C'était comme si les mots qui sortaient de sa bouche n'avaient pas la même signification chez ses interlocuteurs, comme si toutes les phrases que ses proches considéraient comme élogieuses étaient insultantes, comme si tout ce qui le rendait fier était ici symbole de honte... Il se sentait affreux, comme difforme. On le traitait de chien, on le méprisait, on le condamnait. Ce n'était pas ses actes, qu'on n'approuvait pas. C'était sa nature même. Et à sa nature, il n'y pouvait rien changer. Ainsi donc ce pays continuerait de le haïr, et jamais personne ne le comprendrait. Ainsi pensait-il.

Il ruminait ces sombres pensées quand Eliah, sans lui adresser un seul mot, s'occupa d'abord de sortir le chien. La petite boule de poil qu'elle avait ramassée la veille dans la rue, et qui semblait contente de pouvoir profiter d'un peu de chaleur, mais qui de toute évidence avait envie d'aller gambader dehors. Le guerrier, suivit la petite créature du regard, admirant la fougue et la liberté qui se dégageaient de ses mouvements. C'était ainsi qu'il aurait dû être. Mais au lieu de fougue, il se déplaçait avec lenteur, précaution, handicapé par sa blessure. Et au lieu de la liberté, il était entravé par des chaînes invisibles, mais dont il sentait cruellement le poids sur tout son corps. Il lui semblait avancer vers sa mort, conspué par l'assemblée, qui le soumettait à toutes les tortures possibles et imaginables, l'humiliant et le réduisant à néant, avant de le conduire à l'échafaud. Il ne voyait pas encore le bout de cet affreux tunnel, mais il espérait que l'issue viendrait vite. Et si elle devait venir, il pria pour que ce fût de la main du Maréchal en personne.

Eliah ferma la porte, avec un geste qui trahissait une pointe d'agacement, et se retourna vers le Rhûnadan. Au bruit que fit son ventre, elle devait être affamée, mais de toute évidence ce n'était pas cela qui la contrariait le plus. Répondant sèchement à ce que lui avait dit l'homme un moment auparavant, elle le réprimanda sans douceur, lui reprochant de ne pas avoir écouté ses consignes, une fois de plus. Il demeura perplexe devant non pas ses paroles, mais le ton qu'elle employa. Elle semblait presque en colère, mais il était incapable de savoir pourquoi. Répondant tout aussi sèchement, il lança :

- Ignorez-vous donc que dans mon pays, les hommes sont plus forts et plus résistants ? Nous guérissons plus vite, et nous supportons mieux la douleur.

Il n'avait aucune preuve de ce qu'il avançait, mais c'était pour lui aussi vrai que de dire que l'eau coulait de l'amont vers l'aval. Il avait eu l'occasion de pas mal voyager, et il avait constaté que les gens de l'Ouest, notamment les soldats, étaient des petites natures. Des gens motivés par de nobles idéaux, de doux rêveurs, qui ne savaient pas souffrir, et qui ne savaient guère serrer les dents pour supporter les pire maux. Peut-être qu'un jour, le Gondor et le Rohan avaient infligé des défaites militaires aux hommes du Rhûn, mais ces hommes appartenaient à un passé désormais révolu. Jadis, un officier du Rohan aurait tué sur-le-champ un prisonnier de l'Est, plutôt que d'en faire le garde du corps de son épouse. C'était pour lui une preuve suffisante de la couardise des gens d'ici. La fierté qui se lisait dans son regard était à la hauteur de l'arrogance qui se dégageait de son ton et de son attitude, quand bien même il était blessé sévèrement.

Alors qu'Eliah continuait à s'affairer dans les maisons, visiblement sans autre but que celui d'essayer de penser à autre chose, les hommes de Farma pénétrèrent à l'intérieur de la maison sans y avoir été invités, usant en cela de l'autorité que leur conférait la femme du Maréchal. Ils avaient ordre de ramener l'homme de l'Est, le seule de la cité, et de s'assurer que durant son absence à son poste, il n'avait pas tenté de déserter, ou de commettre un quelconque forfait. De toute évidence, ils étaient nerveux, et s'ils étaient venus à quatre, c'était probablement parce qu'il avait déjà prouvé que deux hommes n'étaient pas suffisants pour le contraindre à quoi que ce fut. Le chef de leur groupe, s'adressa à Eliah avec l'autorité que lui conférait à la fois son grade et son uniforme, mais la petite brune ne se laissa pas intimider par la carrure et les galons de cet homme, qui venait après tout de pénétrer chez elle comme un vulgaire voleur. Probablement contrariée par tout un tas de choses, à commencer par Rokh, elle s'adressa à lui de manière acide, sous-estimant l'affront qu'elle était en train de commettre. Grand mal lui en prit.

Le Rhûnadan se leva lorsque l'homme lui adressa une gifle magistrale, qui claqua dans l'air, et manqua arracher décrocher la tête de la jeune femme de ses épaules. Cependant, les trois autres gardes dégainèrent instantanément leurs armes, et les pointèrent sur vers lui. Ils ne plaisantaient pas du tout, et s'ils ne s'étaient pas rapprochés, ils se trouvaient à moins de deux mètres. Ce qui signifiait qu'en deux pas, ils étaient lui, et qu'ils pouvaient le tuer sans difficulté aucune. Ah... S'il avait eu Varvad ! Résigné à garder les mâchoires serrées, malgré la fureur qui irradiait de tout son corps tendu comme la corde d'un arc, et de ses yeux qui semblaient vouloir tuer l'officier d'un simple regard. L'homme, qui rendait bien une tête à Eliah la toisa avec un mépris souverain, mais l'écouta néanmoins lorsqu'elle reprit la parole, plus calmement et plus respectueusement, cette fois. De toute évidence, elle avait compris la leçon. Elle se permit tout de même de les menacer à mots couverts, et Rokh craignit qu'elle ne subît une nouvelle correction, mais de toute évidence les paroles avaient fait mouche, et le rohirrim s'était laissé convaincre... pour l'instant. Il jeta un regard circulaire à la pièce, faisant quelques pas à l'intérieur pour déposer à dessein un peu plus de la boue qu'il avait sur les bottes sur le plancher. Ce fut alors que le Rhûnadan lui demanda d'une voix sans âme :

- Votre nom ?

L'intéressé ne lui accorda pas une seule seconde de son attention, et ne prit même pas la peine de répondre.

- Je vous ai demandé votre nom, répéta Rokh avec fermeté.

L'homme cette fois s'arrêta, et marcha d'un pas décidé vers le cavalier sombre, arrêtant son visage à quelques centimètres seulement du sien. La tension était palpable, dans ce duel stupidement viril qui ne pouvait se régler que d'une seule manière. Le rohirrim était à peu près aussi grand que l'homme de l'Est, mais il était plus massif, et l'effet était encore accentué par sa cuirasse et sa cotte de mailles. Il répondit avec un sourire narquois :

- Mais pour qui tu te prends, toi ? Tu crois qu'être le chien de Dame Farma t'autorise à me parler ? Tu ferais mieux de retourner camper devant sa porte, et surtout baisse les yeux la prochaine fois que tu me croiseras...

Sur ces mots, il cracha au visage du Rhûnadan, tourna les talons et quitta la maison, suivi par ses hommes et par Eliah - qui ne manqua pas de lui confier des tâches ménagères avant de partir -, qui n'avaient rien perdu de l'échange. Le guerrier demeura seul, dans une maison devenue brutalement silencieuse. Il se sentait incroyablement mal, et avait l'impression que sa tête allait exploser. Une boule s'était formée au creux de son ventre, et il avait comme la nausée tant ce qui venait de se produire le révulsait. S'essuyant prestement afin de chasser les traces de l'humiliation supplémentaire qu'il venait de subir, il s'empressa de trouver une chaise pour s'asseoir, enfouissant la tête dans ses mains pour contrôler les tremblements nerveux de son corps. En cet instant, Rokh était jeune. Très jeune. Privé de son épée, loin de son pays et de ses proches, il se sentait comme noyé dans un univers qu'il ne connaissait pas, et cela lui donnait envie de pleurer, littéralement. Il sentait une énorme boule d'angoisse naître en lui, alors qu'il imaginait devoir vivre le restant de ses jours sous la domination cruelle de ces hommes de l'Ouest, qui n'auraient de cesse de le voir ramper à leurs pieds parce qu'ils l'auraient voulu, ramper dans la boue parce qu'ils l'auraient voulu, se laisser cracher au visage parce qu'ils l'auraient voulu ainsi. Hier encore, il aurait étranglé cet homme de ses propres mains, et à Melkor les conséquences. Aujourd'hui, il s'était laissé humilier sans broncher. Demain, que ferait-il ? L'injustice et l'impuissance glissèrent en perles salines le long de son visage juvénile, et coulèrent sur la table où elles demeurèrent ainsi. Elles ne pénétrèrent même pas le bois, et restèrent à sa surface, comme si même les meubles ne souhaitaient pas accepter les marques de sa tristesse. Dans sa propre langue, il supplia :

++ Ancêtres... Quoi que j'aie pu faire pour mériter ça, je vous demande humblement pardon, et je vous implore de m'accorder une mort honorable. ++

Le guerrier joignit les mains, et pria pendant une longue minute, avant de se lever et de regagner la chambre dans laquelle il avait passé la nuit. Et sur la table, ses larmes étaient toujours visibles.


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La nuit était tombée quand Eliah rentra précipitamment. Rokh sortit de ses rêveries en entendant la porte s'ouvrir. Il était installé sur son lit depuis Melkor seul savait quand, Varvad posée en travers de ses genoux, nue. La lame pesait étonnamment lourd entre ses mains affaiblies. Affaiblies à tel point qu'il n'avait pas trouvé la force de mettre fin lui-même à ses jours, alors qu'il y avait songé des heures durant. Etait-ce un manque de courage ? Il ne le croyait pas. Plutôt que ce n'était pas une mort honorable. Il souhaitait qu'on se souvînt de lui pour quelque chose. Or mourir ici, dans cette chambre, c'était se condamner à l'anonymat pour l'éternité. Etait-ce ainsi qu'il voulait rejoindre ses ancêtres ? Il entendit la voix guillerette de la jeune femme qui l'appelait, lui et le chien... ou plutôt qui appelait ses deux chiens. Résigné, il rengaina son arme, et descendit avec lassitude. Son visage n'était plus aussi jeune et innocent qu'après le départ des hommes, mais il était de toute évidence mal à l'aise. Ses traits étaient tirés, et il semblait anormalement épuisé, en comparaison de l'apparence qu'il donnait au matin.

Eliah, qui s'affairait à nourrir Snow, lui annonça sans se retourner qu'il avait le droit à trois jours de repos. C'était généreux de la part de Farma, et la jeune femme avait dû batailler ferme pour obtenir un tel cadeau. Elle avait probablement dû faire preuve de toute son imagination pour convaincre la femme du Maréchal d'accepter, et la convaincre qu'il ne représentait pas une menace en dehors de la forteresse. Rokh enregistra l'information, mais ne répondit rien, ce qui n'était guère dans ses habitudes. Il se contenta simplement d'aller s'asseoir. Il constata que le sol avait été nettoyé, et fut très surpris lorsqu'il comprit que c'était de son fait. Il n'en avait aucun souvenir. De toute évidence, les idées noires avaient accaparé toute son attention au point qu'il avait agi machinalement, sans même réfléchir. Et après avoir servi de domestique, comment pouvait-il encore dire qu'il était un soldat ? Il avait tellement honte...

Il demeura planté là, comme un piquet, un peu perdu face à l'entrain d'Eliah qui s'affairait dans la cuisine, cherchant là les ingrédients, là les ustensiles, là les plats, pour cuisiner le repas du soir. Ils n'échangèrent pas un mot durant ce laps de temps. Puis elle l'invita à s'asseoir, et il mit quelques secondes à réagir, comme s'il émergeait d'un monde à part où son esprit s'était réfugié. Il finit par venir s'asseoir, pour constater que la table avait été nettoyée, et que ses larmes avaient disparues. Il avait bien vu que la jeune femme nettoyait la table, mais il se demanda si elle avait compris à quoi correspondaient ces minuscules gouttelettes qui constellaient la place où il était installé le matin même. Revenant à la réalité, il constata qu'Eliah avait meilleure mine : elle avait changé de tenue, et passé des vêtements plus luxueux. Sa lèvre était gonflée à cause de l'altercation de la matinée, et on voyait nettement la coupure qui l'avait faite saigner, mais elle avait l'air pleine de joie de vivre, et pleine d'énergie... contrairement à son interlocuteur qui sentait poindre un mal de tête atroce. Il s'assit, et repoussa presque immédiatement le repas, sans même y avoir touché :

- Je n'ai pas très faim... pardon.

Ses excuses arrivèrent comme un cheveu dans la soupe. Lui qui était plutôt du genre à faire les choses sans regrets, cela pouvait paraître étrange pour ne pas dire choquant de le voir demander pardon pour ce qui, après tout, n'était pas si important que ça. Il leva les yeux vers Eliah, mais contrairement à Snow, toute la fougue et toute la liberté qu'il avait en lui s'étaient évanouies, et il semblait vide, éreinté et désabusé. La jeune femme, qui avait attaqué son repas, lui posa alors une question assez précise. Une question à laquelle il ne pouvait pas vraiment répondre, d'ailleurs. Après tout, il avait tué un grand nombre d'ennemis durant l'engagement, et il ne se souvenait pas de tous les visages, ni de tous les détails. Qui faisait la distinction entre deux fourmis qu'il écrasait ? Qui pouvait reconnaître un moustique qu'il venait de tuer, et le différencier d'un autre, tout aussi mort ? Pour le Rhûnadan, les choses étaient à peu près identiques, toutes proportions gardées, et il aurait très certainement fourni cette explication à la jeune femme s'il avait été aussi arrogant que d'ordinaire. Au lieu de quoi - et il en fut le premier étonné -, il se mit à bafouiller :

- Eh bien... euh... je...

Il se sentait ridicule.

- Je l'ai peut-être croisé... Les choses sont floues...

Il réfléchissait sincèrement, mais c'était comme si son cerveau était empêtré dans un inextricable imbroglio, et qu'il était incapable d'en tirer la moindre information valable. Les souvenirs se mélangeaient, les visages défilaient devant ses yeux sans qu'il pût les identifier avec certitude. Il avait compris le but de la question d'Eliah. Elle cherchait un proche : un ami, un conjoint, ou peut-être même un membre de sa famille. Et lorsqu'il fermait les yeux, ce n'était pas qu'il ne voyait pas le visage de celui-ci... au contraire ! Il lui semblait que tous les gens qu'il avait tués avaient ces mêmes caractéristiques. Grand, les cheveux moins blonds, les yeux bleus, la cicatrice, tout ! C'était comme si son cerveau essayait de le convaincre qu'il avait bel et bien tué l'homme qu'elle recherchait. Mais n'était-ce pas cela qu'elle voulait entendre ? Ne voulait-elle pas entendre des aveux, de sorte à pouvoir le détester à jamais avec une bonne raison ? Ils cherchaient tous une raison valable de le haïr, de l'humilier encore un peu plus, de se venger de quelque chose qu'il n'avait pas commis.

Rokh se leva brutalement, trébuchant presque tant son changement de position avait été rapide. Il s'empara de sa chaise, et la jeta violemment contre un mur, où elle alla se disloquer avec fracas. Snow, qui s'était allongé non loin, glapit et détala en courant se cacher sous l'escalier. Le cavalier sombre, qui semblait au bord de la folie en cet instant, parla dans sa propre langue :

++ Qu'ai-je fait ? Mais qu'ai-je fait pour mériter un tel sort ? Dites le moi, Ancêtres ! ++

Désarçonné par ses mouvements brusques qui avaient réveillé sa douleur sans, fort heureusement, rouvrir sa blessure, il voyait des points lumineux danser devant ses yeux. Avant de comprendre, il se retrouva appuyé contre le mur. Alors qu'il enregistrait cette première information, il était déjà assis par terre, adossé à un meuble qui devait être une commode, sa tête affreusement douloureuse plongée dans sa main. Toutefois, ses instincts de guerriers étaient très développés, et il sentit qu'Eliah s'était levée, et avait fait un pas dans sa direction. Il l'arrêta immédiatement :

++ Non ! ++. Puis il reprit en commun : Restez où vous êtes, je n'ai pas besoin de vous... Je n'ai pas besoin de vous... Laissez-moi tranquille...

Sa voix avait perdu en force, et il semblait de plus en plus vulnérable. Oui. Vulnérable. C'était un mot qui ne lui allait pas vraiment. Pas à lui. Mais il semblait que la guerre, ses blessures, la torture, les humiliations et les critiques, l'isolation et l'impression d'être perdu avaient enfin, après des jours et des jours, réussi à ouvrir une faille dans l'armure jadis impénétrable qui protégeait son âme. Et en cet instant, prostré dans un coin, il ressemblait plus que jamais au petit garçon qu'il n'avait jamais été.


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Eliah Tandoril
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Eliah Tandoril

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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyLun 16 Sep 2013 - 15:36
Eliah s'était affairée à préparer un repas digne de ce nom, bien que léger, il paraissait copieux. Elle avait très faim mais il n'était pas non plus question de gaspiller ses vivres dès le premier soir. Elle devait tenir trois jours sans avoir à aller en chercher de nouveau au château ou dans les rues auprès des marchands. Trois jours où elle avait promis de le garder à l'oeil à chaque instant. Il n'était donc pas possible pour elle de sortir, du moins pas toute seule. Il valait alors mieux éviter de se mettre dans des situations délicates où elle aurait du expliquer à Rokh qu'elle devait en fait le surveiller. Elle en mettrait sa main au feu qu'il n'apprécierait pas et c'était compréhensible. Lorsqu'on vous privait de votre liberté, lorsqu'on ne vous faisait pas confiance, la situation devait être difficile à vivre. Pendant l'après-midi, Farma n'eut de cesse de lui répéter que Rokh était un bon à rien et qu'il était dangereux, qu'elle devait se méfier. Que les étrangers n'étaient bons à rien. La jeune femme aurait voulu lui demander, pourquoi alors le garder auprès d'elle. Mais elle s'était tut. Posant ses yeux sur l'homme elle se demanda ce qui était la vérité dans tout cela. Son esprit avait été embrouillé par les mots de Farma, même si elle n'arrivait pas totalement à y croire.

La brune avait préparé de la soupe avec des morceaux de viande séchée, le tout servit avec du bon pain frais. Elle avait même récupéré un peu de vin au cas où il aurait aimé en avoir à son repas. Elle disposa le repas sur la table en faisant attention à ne rien renverser. Elle était si concentrée, qu'elle  ne voyait et ne se souciait guère réellement de ce qui se passait autour d'elle. La jeune femme voyait Rokh sans se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Elle était de trop bonne humeur pour capter les ondes négatives et la bonne odeur qui se dégageait de sa peau lui mettait du baume au coeur, malgré les pensées horribles qui pouvaient lui passer par la tête par moment. Au fur et à mesure qu'elle mettait les plats et les verres sur la petite table de bois, elle repensait sans cesse au regard du guerrier alors qu'il lui parlait du combat d'Aldburg et son coeur se serrait.

D'ailleurs elle n'avait pas vraiment réfléchit en posant ses questions à Rokh et elle se rendit vite compte à quel point cela pouvait la mettre mal à l'aise et fébrile. Après tout, ce n'était pas une question à laquelle elle aurait aimé avoir une réponse sincère. Oui, l'annonce de la mort d'Oemir pourrait la briser à jamais. C'était parfois une manie de vouloir poser des questions dont on ne voulait pas la réponse. Du moins pas la réponse que l'on redoutait. Les mots pouvaient soigner autant qu'ils pouvaient tuer et garder espoir aidait peut-être à vivre finalement. Alors pourquoi s'acharnait-on à poser ce genre de questions ?
Eliah ne le savait pas, mais le mal était fait à présent et son visage s'était soudain assombrit, suppliant silencieusement du regard le brun afin qu'il lui donne une réponse. LA réponse.
Elle venait de penser à la possibilité que l'homme à sa table lui avoue sans plus de cérémonie qu'il avait tué cet homme blond dont elle parlait. Et puis en quoi cela pouvait bien l'émouvoir, lui après tout ...

Avec un peu de recul, elle pouvait comprendre. Il était peut-être parfois des situations où l'on avait pas le choix. C'était tuer ou se faire tuer. Mais il s'agissait de son frère et elle ne savait pas si elle pouvait gérer cette situation. Tout les membres de la jeune femme s'étaient tendus et elle ressentit de nouveau les douleurs qui s'étaient évanouies avec le bain. Elle décida donc de s'assoir afin de se relaxer un peu, se détendre, ne pas se crisper, surtout pas. Ce soir elle allait manger puis elle irait se coucher après s'être assurée que Rokh avait fait de même. Une soirée normale et une nuit amplement méritée au vue de toutes les aventures qu'elle avait du vivre. Une vraie nuit, sans cauchemar ni douleur. Du moins elle l'espérait.

La demoiselle se sentait extrêmement coupable de devoir garder Rokh enfermé dans sa demeure à présent, sans même qu'il soit au courant. Ce qui était une sécurité pour lui au départ, était à présent devenu une corvée et une sorte de punition. Le simple ordre de Farma avait suffit à tout gâcher, à rendre la situation détestable. Mais elle ne devait pas se laisser ainsi influencer par cette femme, elle le savait, car ce n'est pas Farma qui avait eu cette idée, mais bien Eliah et elle l'avait fait dans l'intérêt de Rokh. Il devait rester ici et ne pas bouger afin de guérir plus vite et rien de plus. Et après tout, Farma ne le saurait pas si elle désobéissait et qu'ils allaient se balader un peu plus loin. Eliah continuait à croire qu'elle n'avait aucun pouvoir sur elle. Pourtant, quelque chose l'empêcha d'aller à la fenêtre afin de regarder au dehors. Elle avait peur d'y trouver des soldats en fonction devant sa porte.

Mais alors qu'elle accordait un sourire douloureux à l'homme, il repoussa son plat en prétextant ne pas avoir faim. Le sang d'Eliah ne fit alors qu'un tour et le rouge lui monta aux oreilles. Un vague de chaleur parcourut son corps alors que la colère commençait doucement à bouillonner au fond de son ventre. Elle resta bouche bée devant ce manque de tact et tant d'impolitesse et réussit péniblement à se calmer. Il avait un toupet incroyable de refuser ainsi le repas que la jeune femme avait mis tant de soin à préparer, surtout après la journée qu'ils avaient passé. Surtout après tout ce qu'elle avait du endurer pour le mettre hors de cause auprès de Farma. C'était bien la première fois qu'elle faisait à manger pour un étranger, elle s'était donné du mal et il refusait même d'y goûter, pire d'y jeter un oeil !

Elle faillit tomber de sa chaise tant elle était irritée. Elle avait bien noté son “pardon”, certes, mais elle n'y croyait pas une seule seconde. La fierté de la jeune femme en prit un coup et elle se renfrogna. Elle était bien trop vexée pour dire quoi que ce soit, mais elle n'en pensait pas moins. Il croyait peut-être que tout cela n'était pas assez bien pour lui ...
Quoi qu'il en soit, elle ruminait ses pensées et mordit dans un morceau de pain à contrecœur. Elle non plus n'avait plus très faim à présent. Trop concentrée sur ses humeurs, elle ne s'était toujours pas aperçut que son invité se portait mal. Si elle avait un instant porté attention à son regard à ses traits tirés, elle aurait vu.

Mais en plus de refuser son plat, il ne daignait pas répondre à la question qu'elle lui avait posé et qui avait tant d'importance à ses yeux. Et quand enfin il répondit, sa réponse était si évasive que cela aurait été la même chose s'il n'avait pas donné de réponse. Que le guerrier ai pu, peut-être, croiser Oemir n'était pas vraiment la réponse qu'elle attendait. Cela ne lui donnait aucune précision sur ce qui avait bien pu arriver à son frère. Si Rokh s'était acharné sur sur lui pendant le combat ou si Oemir avait été assez intelligent pour ne pas se frotter à cet homme venu d'un pays lointain.

Une pointe d'arrogance pointa dans le regard d'Eliah alors qu'elle commençait à penser que son frère pourrait finalement venir à bout de cet homme mal élevé et sans sentiments. Oui il était fort et il se battait avec son coeur, avec son âme. Il ne se laisserait pas tuer ainsi de la sorte, elle en était persuadée. Du moins c'est ce qu'elle essayait de se faire croire pour se rassurer. La respiration saccadée, elle observait intensément Rokh sans même le voir. Son comportement la révulsait et l'irritait au plus haut point. Mais c'était surtout l'idée de la mort de son frère qui lui donnait des nausées. Ses sentiments se mélangeant, sa fierté mise à mal, l'idée de la mort de son frère, les paroles de Farma, tout cela embrouilla son esprit et elle finit par exploser malgré elle. Elle se releva brusquement, renversant sa chaise par la même occasion et prit le ton le plus hautain possible pour s'adresser au brun.

“Lorsqu'une femme prend le temps de cuisiner, la moindre des choses est de dire merci ! Et de goûter. Vous pensez peut-être que tout cela n'est pas assez bien pour vous, que notre pays est moins important que le vôtre ! Que nos guerriers sont plus incompétents ? Que les femmes d'ici sont sans intérêts ? Et bien vous vous trompez ! Mon frère était un grand chevalier et je suis certaine qui vous ne lui arrivez pas à la cheville ! Sinon vous ne vous seriez pas fait prendre ainsi comme un gamin par le Maréchal et ses hommes ! Et je ne suis pas votre boniche !”

Elle lui cracha son venin au visage et voulait empoisonner l'âme de sa victime, comme si faire sortir les mots pouvaient la soulager. Le soldat de ce matin avait peut-être raison finalement. Elle était une vipère. Elle se tenait droite comme un piquet, les poings serrés, les larmes aux yeux. Elle avait utilisé le passé pour parler de son frère et son coeur fut prit dans un étau. Il menaçait d'exploser et elle de perdre tout contrôle. Rokh quant à lui ne devait pas comprendre grand chose au discours de la jeune femme, puisqu'il n'avait aucune idée de qui pouvait bien être son frère.

Dire, qu'ils auraient pu passer une bonne soirée semblait être une hérésie et en cet instant celle-ci ne pourrait pas être pire. Perdue dans ses pensées, elle se rendit compte trop tard que le guerrier en face d'elle avait totalement disparu, pour laisser place à un jeune homme totalement perdu et désemparé. La tristesse pouvait se lire dans ses yeux et pourtant elle n'avait rien vu. Sa colère se calma un peu et alors qu'elle se demandait si elle n'était pas allée un peu trop loin dans ses propos, Rokh se leva lui aussi brusquement, comme en proie à un propre combat intérieur et il envoya sa chaise valser à travers la pièce dans un fracas épouvantable, obligeant Snow à aller se réfugier sous l'escalier. Quant à Eliah, elle recula et alla s'agripper à l'évier un peu plus loin, le coeur battant, choquée par son geste. Elle regrettait déjà ses paroles, mais elle n'arrivait pas à savoir si c'était vraiment celles-ci qui l'avaient mis hors de lui où s'il était déjà mal en point avant cela et qu'elle n'avait fait qu'aggraver les choses.

Elle avait été aveuglée par ses propres soucis et n'avait pas prit le temps de se pencher sur la personne pourtant assise en face d'elle. La brune l'écouta parler dans une langue qu'elle ne comprenait pas et ne connaissait pas et elle eut peur. A vrai dire, les Hommes avaient peur de l'inconnu, de ce qui était étranger, de ce qu'ils ne pouvaient contrôler. Et en cet instant, Rokh était tout cela à la fois. Un étranger qui lui était inconnu et qu'elle ne pouvait pas contrôler. Elle le vit alors reculer et percuter le mur plus ou moins violemment et s’effondrer par terre. La jeune femme fit un pas vers lui par réflexe mais il lui ordonna de rester où elle se trouvait. Son cerveau qui s'était mis sur pause se remit de nouveau à fonctionner et elle évalua rapidement la situation. Il était blessé certes, c'était d'ailleurs très certainement la raison pour laquelle il paraissait si mal en ce moment. Mais il avait encore toutes ses capacités physique. La chaise en petit morceaux éparpillés sur le sol le prouvait bien. Elle fit un pas en avant, deux en arrière, hésita, paniqua puis poussa un petit cri de rage et jura comme un tavernier. Au diable la prudence !

Relevant sa robe pour arriver plus vite, elle courut vers Rokh et se laissa tomber par terre devant lui. Elle n'était pas certaine de pouvoir se protéger s'il décidait d'en finir avec son impertinence, mais elle finit par voir l'évidence. Elle s'en moquait bien. Elle ne pouvait pas aller à l'encontre de ses convictions et elle ne pouvait pas le laisser ainsi, c'était plus fort qu'elle. Visiblement, il se sentait mal et elle s'en voulut de ne pas l'avoir vu plus tôt. Des tonnes de raisons pouvaient être la cause de son mal être, mais la cause n'était pas importante pour le moment. C'était le résultat. Si elle voulait pouvoir l'aider à la source, il fallait déjà agir sur le moment. Et ses propos ne devaient qu'avoir aggravé les choses. Et puis s'il décidait de s'en prendre à elle, elle encaisserait comme elle l'avait fait le matin. Elle savait que c'était une possibilité, elle en prenait la responsabilité.

Le jeune homme se tenait la tête comme si elle allait exploser. Eliah hésita, ne sachant que faire, ne sachant si elle pouvait faire quelque chose. Puis elle finit par trouver le courage et la volonté au plus profond d'elle-même. Elle n'y pouvait rien s'il avait tué des milliers de personnes, s'il avait tué son frère, bien qu'elle pouvait encore en douter. Sa mère lui répétait souvent qu'il ne fallait pas juger les gens sur leur passé. Elle croyait pertinemment que tous le monde pouvait changer, que de petits détails pouvaient transformer des hommes cruels en de bons pères de famille. Eliah savait à présent qu'elle avait certainement raison bien qu'elle ne puisse l'expliquer.

Eliah prit une grand respiration et posa d'abord délicatement sa main sur le bras de Rokh afin de lui indiquer sa présence, bien qu'elle ne doutait pas qu'il l'ai déjà sentit dès qu'elle s'était rapprochée. Il paraissait si fragile en cet instant, c'était étrange. Il paraissait presque vulnérable...
La colère de la jeune femme s'était évanouie comme elle était venu et elle avait oublié même la raison de son précédent état. Elle ressentait juste une extrême culpabilité de lui avoir dit ces horreurs qu'elle ne pensait pas, juste pour le blesser et lui faire du mal. Elle tira délicatement sur les mains de Rokh pour qu'il les baisse et posa les siennes de chaque côté du visage de l'homme pour l'obliger à relever la tête. Elle agissait avec une extrême lenteur et une extrême douceur comme s'il avait été un animal blessé et apeuré qu'elle devait sauver. Une larme coula sur la joue d'Eliah dont les émotions se mélangeaient et amplifiaient au fur et à mesure et elle plongea son regard dans celui de Rokh.

“Je suis désolée. Vraiment je suis navrée je ne voulais pas... je... je ne le pensais pas.”

Et avant d'avoir eu une réponse, sans crier gare, elle l'attira contre elle et le prit dans ses bras, le berçant doucement comme pour le rassurer, comme un enfant qui avait du chagrin. Elle pouvait sentir la chaleur qui se dégageait de son corps et les battements de son coeur. Elle resserra un peu son étreinte, assurant sa prise et resta là un moment avec Rokh dans ses bras. Il lui avait pourtant dit qu'il ne voulait pas qu'elle s'approche, qu'il n'avait pas besoin d'elle. Mais elle n'en croyait pas le moindre mot.
S'il avait envie de s'extirper, il lui suffirait de la repousser. Elle était en équilibre précaire et ne pourrait l'obliger à rien. Mais pour le moment elle voulait qu'il comprenne qu'il n'était pas seul. Que même s'il n'était pas du Rohan, il pouvait compter sur elle pour l'aider. Après tout, elle avait été là jusqu'à maintenant. Elle lui murmura alors :

“Les gens du Rohan sont très accueillants en temps normal. C'est juste qu'en ce moment avec la guerre, ils deviennent plus agressifs. Bien sur il y a des exceptions comme cet ignoble soldat de ce matin” elle fit une pause, grimaçant au souvenir de la giffle et du sang. Puis elle reprit calmement. “Et moi je suis juste totalement perdue dans ce monde qui n'est pas le mien. Je suis comme vous ici. Une étrangère. Alors je peux comprendre vous savez.”

Elle hésita un instant, puis finit par lui avouer.

“Je suis venue ici pour retrouver mon frère aîné. Il est l'un des hommes du Maréchal et quand vous m'avez raconté la tuerie hier soir j'ai ... j'ai eu peur qu'il ne soit mort. Mais je ne pense pas qu'Oemir soit assez fou pour se battre contre vous. Il aurait vu que vous étiez un adversaire dangereux qu'il fallait garder pour plus tard. Oui je garde espoir.”

Elle avait fait beaucoup de choses en une seule phrase. Elle s'était redonnée un peu espoir, avait accordé sa confiance à Rokh et avait également fait son éloge. Elle ne comprenait pas vraiment à quel point tout cela était important, mais en ce moment précis, elle n'en avait cure. Elle se sentait seule et perdue et elle retrouvait dans les yeux de Rokh le même sentiment. Alors même s'ils étaient si différents, si tout semblait les séparer, au fond ils avaient un point commun et rien alors, ne pouvait les empêcher de s'entendre. Il valait mieux être deux dans un monde hostile que seul. C'était son humble avis et il pouvait peut-être ne pas le partager. Du moins pour le moment !
Car s'il ne pensait pas pareil, elle comptait bien le faire changer d'avis. Après tout ils étaient amenés à travailler ensemble pour Farma pendant un moment.

Eliah ferma les yeux et pendant une fraction de seconde, l'odeur du guerrier la frappa étrangement et elle se sentit bien près de lui. Elle recula légèrement et tenta de sourire. Elle ne savait plus où elle en était. Elle aurait aimé pouvoir le détester et se méfier de lui et pourtant elle n'arrivait à faire ni l'un, ni l'autre. La jeune femme ne pouvait que changer d'humeur et se révolter avant de lui sourire tendrement. Elle se disait que cet homme était emplit de mystères, de secrets et qu'il devait renfermer en lui quelque chose, un passé qui faisait de lui ce qu'il était. Et si comme Eliah, il manquait juste d'expérience ?
Cette pensée l'interpella et elle comprit qu'elle pouvait voir juste. Il n'était peut-être jamais parti loin de son pays, peut-être était-ce la première fois qu'il se trouvait ainsi dans un endroit inconnu, malmené par des étrangers qui le méprisaient et le traitaient... comme un chien.

[color=bleu]“Vous n'êtes pas un chien.” Lâcha t-elle abruptement. “Quoi qu'en dise Farma. Elle se trompe et sa haine pour les gens qui l'entourent l'aveugle. Rokh j'espère que vous me pardonnerez mes paroles de tout à l'heure, c'était vraiment déplacé. Je me suis énervé. J'avais mis beaucoup de joie à préparer le repas, j'aurai au moins aimé que vous goutiez. Mais je comprends que vous soyez fatigué. Je le suis aussi. Nous devrions aller nous coucher.”

Elle s'éloigna de lui et se releva, lui tendant la main afin de l'aider à se relever. Elle n'était pas certaine qu'il prenne ce geste pour ce qu'il était, un geste de paix et d'amitié mais plutôt comme un affront. Elle avait compris qu'il était un homme fier et qu'il avait ses propres convictions. Les traditions, les coutumes pouvaient changer d'un peuple à l'autre elle le savait. Et si découvrir le monde avec d'autres yeux était finalement l'aventure qu'elle était venu chercher dans ce vaste monde ? Commencer avec le regard de Rokh était peut-être un bon début. Elle sourit à l'homme pour l'encourager. Elle n'avait plus faim et le repas frugale pourrait très bien être consommé le lendemain. Cela n'avait plus d'importance. Elle rajouta tout de même une dernière chose.

“Si vous me racontez comment est votre pays natale, je vous raconterai comment est le mien. Loin d'Edoras et des grandes villes comme Aldburg, la vie n'est pas du tout la même”.

Alors qu'elle tournait les talons et s’apprêtait à ranger la cuisine, quelqu'un frappa à la porte. La jeune femme sursauta, étonnée. Qui pouvait bien venir leur rendre visite à cette heure ? Elle hésita quelques secondes, puis finit par aller ouvrir. C'était la grande femme qui lui avait donné le remède la veille et qu'elle avait oublié d'aller donner des nouvelles. Elle était venu voir si tout allait bien. Eliah ne se souvenait pas avoir indiqué l'endroit où elle vivait, mais elle était si épuisée cette nuit là qu'elle aurait pu le faire sans se rendre compte. Elle invita la femme qui s'appelait Elyne à entrer mais elle refusa.

“Je ne fais que passer avant de rentrer. Je voulais savoir si votre mari allait mieux. Je n'ai pas eu votre visite, je me suis inquiétée. Je sais à quel point les hommes peuvent être fragiles quand ils sont malades.”

Eliah lui fit un beau sourire et lui répondit calmement.

“Je suis navrée de ne pas être passée, j'avais tant de chose à faire. Et je vous remercie d'être passé pour prendre des nouvelles. Mon euh ... mari va beaucoup mieux grâce à votre remède merci. Mais il a besoin d'un peu de repos je pense, il est encore faible”.

Eliah avait prononcé le mot le plus faiblement possible. Rokh était encore dans la pièce et il entendait très certainement tout ce que les femmes étaient en train de dire. La jeune femme se demandait s'il ferait le lien avec lui ou s'il allait croire qu'elle ne vivait pas seule dans cette maison. Après tout il ne savait rien de la petite brunette, ou presque. Mais soudain, Elyne poussa un grand cri de stupeur et fronça les sourcils, tirant Eliah de ses pensées. Elle pointa du doigt le visage de la jeune femme en tempêtant :

“Mais qu'est ce que c'est que cette vilaine coupure ? Quelqu'un vous a fait du mal ? Est ce que c'est lui ? Si un homme pause la main sur vous il faut pas vous laisser faire vous savez ?”

Paniquée par l'idée qu'elle puisse attirer l'attention sur elle et sa maison par ses cris, elle mit fin à la discussion rapidement.

“Non non je vous assure ! Je ... c'est une longue histoire et cela met en cause des gardes mais rien avoir avec lui ! Ne vous en faites pas pour moi. Je sais me défendre je vous le promets. Je passerai vous voir en fin de semaine pour vous expliquer cela !”

La femme acquiesça, sourit et la quitta en promettant de lui ramener du pain de viande le lendemain. Elle remercia chaleureusement la femme et ferma la porte rapidement, tournant le loquet. Son coeur battait la chamade et elle s'adossa à la porte fermant un moment les yeux. Quand elle les rouvrit, elle vit le visage de Rokh qui semblait la dévisager et il la fixait d'un regard interrogateur. Elle fit un petit sourire et pour détourner l'attention, alla ranger la table espérant ainsi brouiller les pistes d'une discussion qui pouvait s'annoncer gênante.
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptySam 21 Sep 2013 - 16:13
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Colère. Souffrance. Inquiétude.

Autant de réactions que Rokh avait l'habitude de lire dans le regard des gens qui l'entouraient, des gens qu'il côtoyait. Parfois, c'était seulement une ou deux d'entre elles. Souvent, les trois combinées. Et à chaque fois, c'était dirigé contre lui ou l'uniforme qu'il portait. Caché derrière son heaume sans émotions, retranché derrière l'acier de son armure, il était davantage un symbole qu'un Homme. Pour beaucoup, il apparaissait tel la mort lancée à toute vitesse, fauchant la vie sans distinction, sans afficher un seul instant d'hésitation, de crainte ou de doute. Et lorsque certains avaient le courage de se dresser face à lui, que voyaient-ils sinon une montagne d'acier indestructible ? Un être que toute la rage, toute la haine du monde ne pouvaient ébranler. Alors ils frappaient, frappaient et frappaient encore, abattant les coups sur lui comme des fous s'acharnant sur un rocher millénaire. Et lorsqu'enfin, la fatigue et la lassitude les gagnaient, ils plongeaient leur regard dans ce heaume sombre derrière lequel, semblait-il, ne se cachait qu'un être de ténèbres, dont l'âme - s'il en avait une ! - était noire et corrompue, rongée de l'intérieur. Et lui, qui les observait par la mince fente de son casque, voyait en eux le triangle de leurs émotions.

Colère car ils le haïssaient sincèrement, au plus profond de leur cœur.

Souffrance car ils avaient épuisé leur corps et leur esprit à tenter de l'abattre.

Inquiétude car après leur mort, ils savaient que le cavalier sombre tuerait encore et encore, à jamais.

Lorsqu'Eliah s'emporta après lui après qu'il eût refusé de toucher à son plat, il demeura donc de marbre, parfaitement calme car absorbé dans ses propres pensées. Elle parlait, et il comprenait ses mots, mais il ne faisait même pas l'effort d'en chercher le sens précis. Il analysait davantage la situation en termes imagés, et avait l'impression qu'elle s'escrimait à lui planter une lame acérée en plein cœur, frappant à en perdre la raison, jusqu'à enfin être certaine d'avoir tué la créature de cauchemar qui se dressait devant elle. Sauf qu'en cet instant précis, Rokh n'avait rien d'une créature de cauchemar. Il n'était qu'un Homme comme les autres, et il semblait que toutes ses armures étaient tombées, désormais. A force de viser au même endroit, inlassablement, les gens de l'Ouest avaient fini par enfoncer la gangue d'acier qui protégeait son esprit. Et c'était par cette minuscule fissure que se déversait le poison de la femme du Rohan, dévorant son sanctuaire, foulant au pied le jardin qu'il avait mis des années à construire. Un jardin qui n'était peut-être pas superbe, qui n'avait rien de beau, mais qui était au moins équilibré. Elle venait de rompre cet équilibre, et ses mots déracinaient les fondations de sa conscience. Des fondations qu'il avait toujours crues solides et éternelles. Désormais, à la lumière vacillante des bougies qui éclairaient péniblement la pièce, elles lui paraissaient branlantes, fragiles... ridicules. C'était comme s'il était parti à la guerre avec un bouclier en soie, et qu'il s'étonnait de ne pas le voir arrêter de flèches.

Fut-ce pour cette raison qu'il s'emporta ? Pas uniquement. Dans son esprit, des milliers de pensées contradictoires fusaient de toutes parts, sans qu'il trouvât quelle était la conduite à tenir dans cette situation. Il avait toujours su comment réagir, car il avait été formé à ça. On lui avait enfoncé dans le crâne les cases dans lesquelles les gens rentraient, et on lui avait appris à distinguer le sens véritable de leurs paroles. Menace, flatterie, provocation, supplication... Son classement n'était pas étendu, et il devait avoir tout au plus une dizaine de variantes. Mais en cet instant, il ne comprenait pas comment réagir. Les paroles d'Eliah, douloureuses et brutales, étaient à mi-chemin entre la provocation et la menace, ce qui aurait dû le conduire à s'énerver en retour pour la faire taire. Toutefois, elles recelaient aussi quelque chose qu'il ne connaissait pas, et qui lui donnait envie de baisser la tête, et de demander pardon. Des reproches auxquels, pour une fois, il n'avait rien à opposer. Non pas qu'ils fussent plus justifiés que d'ordinaire, mais simplement il ne savait pas quoi répondre. Et cela le frustrait comme jamais.

Avant de comprendre, il se retrouva assis, vaincu par son propre corps qui le trahissait une nouvelle fois, au moment inopportun. Sa tête le faisait souffrir atrocement, et il se massait les tempes en tremblant, essayant de canaliser les ondes de douleur qui affluaient jusqu'à son cerveau, et qui réduisaient considérablement le champ de ses perceptions. C'était comme si l'univers autour de lui rétrécissait à vue d'œil, comme si autour de lui-même, les ténèbres engloutissaient tout, gagnaient du terrain, l'isolant lui et sa peine pour les laisser se battre dans un duel à mort, duquel il doutait sincèrement de pouvoir sortir vainqueur. Il se sentait affreusement seul, perdu dans le néant, et cruellement désarmé. S'il avait au moins pu avoir son épée, il aurait retrouvé le courage de se battre. Mais ainsi diminué, il était trop faible pour endiguer la progression inexorable du poison d'Eliah qui se répandait dans son organisme, dévastant tout sur son passage.

Et pourtant, au moment où il croyait la défaite arrivée, il sentit une main fraîche se poser sur son bras. Une main qui se voulait amie, et qui pourtant le glaçait de l'intérieur. Il sentait une vague de froid glisser jusqu'aux tréfonds de son âme, comme pour venir en douceur à bout de sa résistance futile. Il tenta de se dégager, mais ses gestes étaient lents, imprécis. Les mains froides s'emparèrent des siennes, brûlantes, et les forcèrent à battre en retraite. La dernière chose qui le soulageait un tant soit peu venait d'être retirée sans violence. Il était désormais parfaitement exposé. Exposé au coup de grâce qu'Eliah - car qui d'autre pouvait se trouver là ? - allait sans doute lui porter. Son regard se leva sous l'influence de ces mains de givre, et il posa les yeux sur la jeune femme. Dans ses pupilles, on pouvait voir à quel point il était déterminé, et même dans cette situation critique, il affronterait la fin avec courage. Un courage indéniable, qui n'en demeurait pas moins, quelque part, enfantin. Ridiculement puéril. Parfaitement vain.

Vain, car elle ne souhaitait pas lui porter l'estocade. Au lieu de quoi, elle lui déclara qu'elle était désolée. Ce fut comme si, sous son commandement, le poison qui progressait au sein de l'esprit du guerrier avait cessé sa conquête, et qu'il battait désormais en retraite. Il sentit un apaisement certain le gagner, bien qu'il demeurât profondément meurtri, et avant d'avoir compris il fut attiré dans les bras de cette jeune femme décidément bien étonnante. Rokh demeura coi, incapable de rien dire ou de rien faire. Il ne trouva même pas la force de lui rendre son étreinte. Au lieu de quoi, il resta là, à apprécier la simplicité de ce geste pourtant tellement réconfortant. Un geste qui lui paraissait totalement inconnu, et dont il ne maîtrisait ni les règles ni les codes. Elle le berçait doucement, et il se laissa apaiser par ce mouvement régulier qui lui rappelait des souvenirs enfouis très loin dans son passé. Des souvenirs qui avaient toujours été flous, et qui s'étaient précisés comme jamais ces derniers jours. Tandis qu'il retrouvait une certaine sérénité, elle se mit à lui parler. Elle alignait les mots comme autant de baumes apaisants qui faisaient peu à peu disparaître la douleur, sans pour autant résorber les blessures. Et pourtant, même s'il était conscient qu'elle était en partie responsable de sa souffrance, il ne pouvait que la remercier de l'apaiser alors qu'elle aurait pu - dû ? - aller au bout de son idée première, et le briser quand elle en avait le pouvoir. Et cela lui rappela quelqu'un qu'il avait connu dans sa jeunesse... Quelqu'un qui l'avait aimé, et qui avait toujours été là pour le soutenir. La seule autre personne qui avait fait son possible pour apaiser ses souffrances. Il murmura pour lui-même :

- Ava...

Mais elle était bien loin, désormais... Loin à l'Est, et loin dans le passé. Guère plus qu'un nom et qu'une impression qui n'avait même plus de visage. Et c'était Eliah qui le tenait dans ses bras fins, malgré qu'elle fût une femme du Rohan et lui un homme de l'Est. Il y avait un monde qui les séparait, mais cela ne paraissait pas l'effrayer. Au lieu de quoi, elle semblait vouloir se rapprocher de lui : elle lui confia qu'elle aussi se sentait comme une étrangère en ces lieux. Elle y voyait là un point commun que lui avait du mal à saisir. Comment, en tant que femme du Rohan, pouvait-elle se sentir étrangère à son propre pays ? Mais en fait, s'il avait du mal à voir où elle voulait en venir, c'était parce qu'il ne le comprenait en réalité que trop bien. Il éprouvait la même chose, non seulement à l'égard de cette maudite forteresse, mais également vis-à-vis de sa chère patrie le Rhûn. Peut-être qu'au fond de lui-même, il se rendait compte que là-bas non plus, personne ne l'attendait. Ou presque. Eliah, en revanche, avait de la famille à qui elle tenait, et pour qui elle était prête à tout. Elle lui expliqua, non sans laisser apparaître malgré elle l'émotion qui la tiraillait, qu'elle était à la recherche de son frère qui avait peut-être combattu ici. Ainsi c'était à cause de lui qu'elle s'était emportée. Elle avait souhaité obtenir des informations sur un homme, mais Rokh n'avait pas compris de qui il s'agissait réellement. En fait d'un banal ami, c'était un membre de sa famille qu'elle désespérait de retrouver après une bataille chaotique. Mais malgré la douleur, cela lui conférait une bonne raison d'avancer et de se relever. Une raison que le Rhûnadan n'avait plus :

- Nous sommes différents, lâcha-t-il d'une voix désabusée. Sur ces terres, vous êtes une reine et moi un chien...

Elle le coupa immédiatement, contestant avec virulence ses derniers mots. Cette fois encore, elle le surprit. De toutes les personnes qu'il avait rencontrées dans cet endroit maudit, elle était la seule qui eût explicitement l'envie de le voir comme autre chose qu'un chien. Farma le considérait comme tel, parce qu'elle ne voyait en lui qu'un guerrier déchu ayant perdu toute raison d'exister. Les soldats le considéraient comme tel car ils ne comprenaient pas que son éducation le poussait à exécuter avec zèle n'importe quel ordre qu'on lui donnait. Les habitants le considéraient comme tel car ils voyaient en lui un être qu'ils considéraient comme inférieur, sans âme qui ne méritait que d'être abattu à vue s'il n'était pas muselé. Mais Eliah paraissait désireuse de le voir comme un être humain à part. Mais parviendrait-elle à comprendre ? En était-elle capable ? Etait-ce seulement possible ? Les peuples de l'Est et de l'Ouest se battaient depuis si longtemps qu'il semblait utopique de croire que l'un pût comprendre l'autre réellement. Et pourtant... elle lui donnait envie d'y croire, et d'essayer. Peut-être parviendrait-il à lui montrer que le Rhûn n'était pas la terre maléfique que les Occidentaux croyaient connaître.

Elle voulut l'aider à se relever, mais il refusa sa main tendue. Non pas parce qu'il voulait se montrer impoli, mais simplement parce qu'il était trop fier pour admettre sa faiblesse. Sa blessure le laissait déjà dans un état pathétique, et il ne souhaitait pas en plus donner l'impression qu'il était incapable de se débrouiller par lui-même. Il finit par se remettre en station verticale, précisément au moment où on frappait à la porte. Le regard qu'il échangea avec Eliah le poussa à s'inquiéter, et alors que la jeune femme allait ouvrir, il se dépêcha de grimper chercher son sabre. Il garda l'arme au fourreau, mais il savait pouvoir la dégainer rapidement en cas de besoin. Il descendait l'escalier lorsqu'il entendit la voix de la jeune femme, qui parlait visiblement à une autre femme. Elles échangeaient à propos de remèdes que la seconde aurait apportés à la première. Et étrangement, Eliah venait de parler de son "mari" pour décrire une personne qui ne pouvait être nulle autre que Rokh, selon toute vraisemblance. L'homme haussa un sourcil interrogateur, tout en achevant de descendre, en prenant soin de rester caché à la vue de leur visiteuse. Il ne tenait pas à l'effrayer en lui faisait comprendre que le fameux "mari" était en réalité le Chien de Farma, le guerrier oriental prisonnier. Elle n'aurait pas compris, et elle aurait pu leur causer des ennuis. Eliah finit par se débarrasser d'elle, et referma la porte avec un certain soulagement. L'homme du Rhûn regarda par la fenêtre, pour s'assurer qu'elle rentrait bien chez elle. Une fois satisfait, il se tourna vers la dame de compagnie, il lui lança :

- Votre "mari" ? Il faudra que vous me le présentiez un jour...

Il était difficile de lire des émotions sur le visage redevenu sérieux du guerrier, mais il était évident qu'il plaisantait, et un très léger sourire avait même éclairé un instant son visage, avant de disparaître de nouveau. Il se dirigea d'un pas un peu raide vers la table de la cuisine, et tira une autre chaise pour s'asseoir face au plat qu'il avait délaissé :

- J'ai faim, tout compte fait.

Puis, sans attendre, il prit sa cuillère, et engloutit une première bouchée. Le repas était froid, et beaucoup l'auraient trouvé immangeable pour cette raison. Mais pour le guerrier, habitué à voyager et à se satisfaire de rien, c'était un véritable luxe. De fait, il était parfaitement sincère lorsqu'il lança :

- C'est délicieux, merci.

Il ne songea même pas que ses paroles pouvaient passer pour de l'ironie, incapable de faire preuve d'une telle subtilité, et continua à se remplir l'estomac. Il invita du geste Eliah à prendre place face à lui, et attendit qu'elle fût installée pour s'exprimer :

- Vous avez dit que vous souhaitiez en apprendre plus sur mon pays... Est-ce que c'est toujours le cas ?

Dans sa question, il y avait une pointe de défi parfaitement perceptible. Un peu comme s'il lui disait : "est-ce que vous vous sentez suffisamment ouverte pour accepter ce que vous allez entendre ?". Il ne souhaitait pas vraiment l'effrayer, mais il y avait des choses tellement différentes entre chez lui et ici qu'il ne doutait pas qu'elle trouvât l'Est étrange, voire incompréhensible. Ainsi, il la prévenait de cette éventualité qui était presque une certitude, et lui demandait si elle serait prête à faire des efforts pour essayer d'accepter ce monde si exotique. Il mangeait toujours avec appétit, mais ne la quittait pas des yeux, sondant son esprit à la recherche des doutes qui pouvaient l'habiter, cherchant à savoir si elle avait dit vouloir le comprendre simplement pour le réconforter, ou s'il s'agissait d'une requête parfaitement sincère. La laissant réfléchir, il ajouta :

- Et dites-moi également par où vous voulez commencer... Je ne suis pas un homme de lettres, mais je peux vous éclairer sur d'autres sujets si vous le désirez...

_______

HRP : Sorry pour le retard, j'espère pouvoir répondre plus rapidement, mais avec la rentrée ça reste à voir...


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Eliah Tandoril
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Eliah Tandoril

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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMar 1 Oct 2013 - 16:25
Après tout les évènements passés, il n'était pas facile pour Eliah de ne pas croire que son destin était désormais voué à des difficultés certaines. Mais ce qu'elle y trouverait au bout du chemin serait peut-être de bonne augure. Après tout, son départ des prairies avait crée énormément de soucis, mais elle avait rencontré tant de personnes différentes. Tant de personnes agréables ! Et ce soir ne faisait pas exception. Elle pensait toujours que Rokh était un homme étrange, mais elle comprenait aisément que tout ceci était normal étant donné ses coutumes si différentes des siennes. Mais elle finissait par le trouver fort sympathique et commençait à penser qu'ils pourraient être des amis. Au moins elle pouvait espérer ne pas se trouver trop seule durant son séjour à Aldburg qui promettait d'être éprouvant. Mais en attendant, comme prévu, elle devait patienter trois jours avant de rejoindre Farma.

Cette perspective la troublait et la satisfaisait à la fois. D'un côté, leur relation pouvait être tout autant tumultueuse que calme. La brusque colère de la jeune femme, suivit de la perte de contrôle du guerrier le montrait bien. Ils semblaient tout les deux être quelque peu instables, perdus dans un univers qu'ils comprenaient mal. Chacun pour des raisons différentes, chacun à sa façon, mais c'était un fait. Ils étaient tout les deux seuls dans cette grande ville qu'ils ne connaissaient pas et ils devaient rester au service d'une femme qui n'était guère très agréable. Eliah se laissa aller à penser aux jours qui suivraient, à son devoir envers Dame Farma et à ce qu'elle devrait faire. Elle n'avait jamais été la dame de compagnie de quiconque et ses manières n'étaient pas celles d'une grande dame. Elle avait peur de ne pas réussir dans cette tâche et la crainte lui nouait le ventre. Mais elle avait encore trois jours pour y penser. Trois jours qui seraient à la fois très longs, et très courts.

Comme la jeune femme s'y attendait, le guerrier n'avait pas accepté sa poignée de main afin qu'elle l'aide à se relever. Mais ce n'était pas important, puisqu'elle avait à présent un peu mieux compris comment il fonctionnait. Il avait une fierté inébranlable en toute situation et il avait un moral d'acier. Sa perte de contrôle de ce soir elle le savait, était le seul moment de faiblesse qu'elle verrait de lui. Mais ce moment même s'il fut bref lui permit de se rendre compte que derrière l'armure, se tenait un homme comme les autres. A la différence qu'il était juste un peu mieux battit.
Elle espérait que la soirée serait moins agitée et plus douce à présent que la tempête s'était calmé des deux côtés. La pression, la fatigue et la tristesse avait eu raison des deux jeunes gens l'espace d'un instant. Mais c'était du passé.

Quand Eliah eut terminé de parler avec sa visiteuse, elle rejoignit la cuisine et s'y afféra du mieux qu'elle pouvait. Elle était occupée à ranger mécaniquement tout ce qui se trouvait sur le plan de travail quand Rokh lui dit qu'il voudrait bien rencontrer un jour son mari. Elle ne comprit pas s'il plaisantait ou s'il était sérieux, mais quoi qu'il en soit la demoiselle se mit à rougir telle une pivoine avant de frotter plus énergiquement une tâche imaginaire sur la table de la cuisine. Comme elle le craignait il avait entendue la voisine parler de son mensonge. Elle n'avait aucune idée de comment expliquer cela. Lui dire la vérité ou le laisser croire qu'elle était réellement mariée. Du moins s'il le croyait. Elle bafouilla alors quelques mots inutiles.

“Non... je ... c'est un mal entendu. Je n'ai pas ... jamais ...”

Devant cet échec flagrant de prise de parole, elle se tut et continua à astiquer la cuisine déjà propre. Elle entreprit de laver les quelques rares pièces de vaisselles sales qui trainaient pour s'occuper l'esprit, mais surtout pour avoir une excuse pour tourner le dos à son invité. Elle ne voulait pas qu'il la voit ainsi, les joues en feu et le coeur palpitant. Cela pouvait paraître ridicule, mais elle n'était pas très à l'aise avec ces choses là. Mais très vite, son embarras laissa place à la surprise. Derrière son dos, elle entendit la chaise crisser sur le sol et le guerrier se rassit, récupérant par la même occasion son assiette qu'il engloutit avec appétit sous les yeux ébahit de la cuisinière précédemment vexée.

Eliah fut si étonnée qu'elle tomba assise sur sa chaise et le regarda manger sans plus toucher à sa propre assiette. Elle ne savait pas très bien si elle avait faim ou non. Si elle devait manger ou pas. Elle ne faisait pas de bruit, n'osait même plus respirer, comme si un souffle de vent ferait s'envoler la douce chaleur, le bel équilibre qui avait enveloppé la pièce. Quand le jeune homme eu terminé, elle lui sourit et relâcha un peu la pression. Elle s'empara également de son assiette et se mit à picorer plus qu'à manger. Il avait dit que son repas était délicieux. La brune ne put s'empêcher de sentir une pointe de fierté faire son apparition dans son coeur. Au moins elle avait réussi cela ! Même si le début du repas n'avait pas été une réussite. Pas une seule seconde elle ne se posa la question de savoir s'il était sincère ou pas. Après tout il avait avalé l'assiette sans rechigner.

Une fois terminé, Rokh lui demanda si elle était certaine de vouloir connaître un peu de son histoire. Son ton mystérieux semblait présager des histoires terribles, mais la belle adorait les contes et elle n'avait pas peur. Bien a l'abri dans sa maisonnée, que pouvait-il bien arriver ?
Elle ne lâcha pas son hôte du regard pendant tout le temps ou il parla. Il se décidait finalement à lui accorder un peu de confiance et semblait vouloir lui en apprendre un peu plus. Elle avait une curiosité naturelle qui l'empêcherait de dire non, elle acquiesça donc d'un signe de tête timide pendant qu'elle mordait dans un morceau de pain. Comprendre ses coutumes et son caractères, en apprendre plus sur le monde qui s'étendait au delà du Rohan, tout cela l'intéressait inexorablement. Jusqu'ici, elle n'avait pensé qu'à découvrir la grande et belle Edoras, mais elle se rendait compte que le vaste monde devait être tout aussi intéressant et plein de mystère. Elle se prépara donc à entendre le récit et s'assit bien droit sur sa chaise. Le chien qui se rendait compte que la tempête était passée, vint se lover aux pieds d'Eliah, évitant soigneusement de se rapprocher de Rokh qu'il craignait à présent.

La brune réfléchit longuement à la question de l'homme. Par ou voulait-elle commencer ? Quelle question étrange ! Elle n'en avait strictement aucune idée. Elle n'avait pas idée de ce que pouvait être le monde au dehors, s'il était vert, jaune ou bleu, si les monts s'étendaient à l'ouest ou si la mer remontait à l'est. Elle ne connaissait qu'un peu de géographie approximative issue des contes que ses frères et ses parents voulaient bien lui conter. Mais elle n'avait pas le droit de parler du dehors. À chaque fois qu'elle avait essayé, elle se faisait gronder et sa mère se refermait sur elle même, impassible et incompréhensible. A vrai dire, Eliah avait vécu dans un cocon, pour ne pas dire une cage dorée durant toute son enfance et son adolescence. Alors elle voulait tout savoir ! Mais par où commencer ?

“Je ne sais pas. Je ne sais même pas où se trouve le Rhûn, de quelque couleur est la terre ? Y a t-il des montagnes ? Cela est-il loin du Rohan ? Comment y sont les gens, la vie, les coutumes ! Tout a l'air si différent d'ici. Je ne sais rien du monde du dehors. Pour tout vous avouer, c'est la première fois que je me risque au dehors des murs de ma douillette maisonnée de paysanne et... je suis effrayée. Je ne pensais pas le monde aussi hostile ! Je le voyais beau, plein de découverte mais je me rends compte que tout est bien plus compliqué. Si compliqué... alors je veux savoir tout ce que vous pourrez me dire. Tout les hommes chez vous son aussi rugueux ?”

Elle s'était exprimé de manière libre et pleine de confiance. Elle lui avait confié une part de ses secrets et espérait qu'il ferait de même en lui contant un peu de sa propre histoire. La brune voulait vraiment en apprendre un peu plus sur ce coeur vaillant qu'elle avait vu exploser quelques secondes auparavant. Néanmoins elle s'était permise de le qualifier de “rugueux”. Elle espéra qu'il ne lui tiendrait pas rigueur de cela. Alors attentive, elle attendit le récit de l'étranger avec impatiente. Son regard le détailla attentivement, se demandant si son physique si spécial était commun aux autres gens du Rhûn ou s'il était unique en ce sens. Après tout, elle ne pouvait pas s'imaginer que tout les étrangers soient aussi forts, grands et intimidant.

“Les autres soldats sont-ils aussi fort que toi ?”

Les mots s'échappaient seuls de sa bouche comme si elle avait été touchée par un mauvais sort. Elle devait apprendre à se taire avant de dire une sottise qu'elle regretterait réellement !
Elle lui accorda un sourire timide avant de reprendre.

“Je t'en prie, je t'écoute. Après tout, un récit avant de s'endormir, c'est toujours agréable non ?”

Elle s'était exprimé sur un ton enjoué, réellement heureuse à l'idée de pouvoir entendre un récit étranger, issues de terres lointaines. Mais est-ce que la jeune femme pourrait faire face à chacune des révélations de son compagnon ? Rien n'était moins sur ...
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMar 8 Oct 2013 - 16:19
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La douleur qui s'était installée dans le corps du guerrier semblait ne pas vouloir disparaître, mais elle était redevenue supportable. C'était au moins ça. Sans doute, d'ailleurs, que le fait d'avoir quelque chose dans le ventre l'aidait à récupérer progressivement. Pour un combattant aussi endurci que Rokh, le repas qu'il venait d'avaler était véritablement luxueux, et un tel changement dans son alimentation allait lui rendre des forces rapidement. A dire vrai, il ne se souvenait pas avoir jamais mangé repas aussi copieux... jamais. Lorsque son estomac lui signifia qu'il était satisfait, le Rhûnien se laissa aller à un soupir d'aise. Il se relaxa un peu sur sa chaise, ce qui vu de l'extérieur ne changeait pas beaucoup de d'habitude. Il était toujours aussi raide, le dos parfaitement droit comme s'il se tenait en selle.

Ses paroles semblaient avoir intrigué la jeune femme du Rohan, et dans le regard de cette dernière, on voyait qu'elle était à la fois curieuse et effrayée. Quelles histoires avait-elle déjà entendues à propos de cette contrée étrange et lointaine ? Quelles horreurs racontait-on sur l'Est mystérieux, plein de dangers et d'Hommes cruels. Tant de légendes circulaient... Rokh en avait entendu quelques unes, et il se délectait toujours de voir comment les gens d'ici déformaient voire inventaient les réalités. Et pour ne rien arranger, le guerrier oriental jouait souvent avec l'imagination débordante des occidentaux, sans même avoir besoin de forcer. Après tout, qu'y avait-il de plus effrayant qu'un cavalier entièrement recouvert d'une armure sombre, insensible à la douleur et apparemment invulnérable ?

Le sourire du guerrier s'élargit légèrement alors qu'il observait les réactions de la jeune femme. Plongée dans ses réflexions, elle paraissait ne pas savoir quelle question poser en premier. Effectivement, il y avait énormément de choses à découvrir, car tout était très différent. L'air n'avait pas la même odeur, l'eau pas le même goût. En parcourant les longues plaines de ce pays de sauvages, Rokh ne pouvait pas s'empêcher de faire la comparaison avec sa terre natale. Des comparaisons qui en général étaient peu flatteuses pour les têtes blondes. Alors, Eliah ouvrit la bouche non sans prendre une grande inspiration. Et avec un empressement qui trahissait l'étendue de sa curiosité, elle commença à l'interroger à la volée, sans même lui laisser le temps d'en placer une. Il leva la main pour couper court à son flot ininterrompu, et répondit d'une voix posée :

- Vous ignorez où se trouve le Rhûn ? Commençons par le commencement alors...

Le guerrier s'installa confortablement, car il savait qu'il y avait beaucoup de choses à dire. Il reprit, agrémentant son discours de gestes mesurés de la main, qui semblaient illustrer son discours, donner vie à ses propos, mettre en musique les mots qui sortaient de sa bouche, portés par la mélodie de son accent exotique :

- Le royaume du Rhûn, comme vous l'appelez, se trouve à l'Est d'ici. Loin à l'Est. Si vous quittez le Rohan, et que vous marchez pendant de longues journées, vous arriverez au Mordor, terre sombre et maudite. Encore au-delà de ses pics acérés, se trouvent de vastes territoires vides de gens. Des plaines immenses, plus grande que votre royaume tout entier. Si vous survivez aux dangers de cet endroit, si vous marchez jusqu'au bout de vos cartes, vous arriverez alors aux frontières du Rhûn.

Le guerrier marqua une pause. Il avait l'habitude de voyager, et toutes ces notions de distance ne lui semblaient pas particulièrement étranges. Mais pour une jeune femme n'ayant pas eu l'occasion de voyager, n'ayant peut-être jamais quitté son pays, peut-être tout cela était-il prodigieux. Il voulait lui laisser le temps de mesurer à quelle distance se trouvait sa terre natale. Une fois qu'il eût lu dans ses yeux qu'elle avait pris la mesure des lieues qui séparaient les deux royaumes, il reprit :

- Le Rhûn, comme vous l'appelez, est une terre magnifique... Multiple. Si vous allez à l'Est, la première chose que vous verrez, ce seront probablement les grandes plaines de l'Ouest, là où nous cultivons le meilleur vin qui soit. Celui que même vos rois convoitent. Puis vous découvrirez nos montagnes, belles et élégantes. Et au sommet de celles-ci, vous pourrez voir la grande mer. C'est là que j'ai grandi...

L'homme s'interrompit. Il ne souhaitait pas véritablement ennuyer Eliah avec des histoires sur son enfance. D'autant que récemment, des souvenirs étranges étaient remontés à la surface, et qu'il n'avait pas envie d'en parler vraiment. Son trouble se lut sur son visage instant, avant qu'il ne reprît la maîtrise de ses émotions, et qu'il ne poursuivit son récit :

- Et les gens... Ah... Comment vous décrire la multitude de peuples différents qui cohabitent en paix ? Des dizaines voire des centaines de tribus, qui se sont alliés pour former un grand royaume. J'ai été dans notre grande capitale, Blankânimad, et j'ai vu les hommes les plus nobles qui soient. De grands guerriers et de grands artistes, des poètes et des penseurs, des architectes et des orfèvres. J'ai vu mille merveilles sur les étals, venues de toutes les régions de l'Est lointain. Et j'ai vu les femmes les plus admirables qui soient : des guerrières fières et farouches, des femmes du peuple plus belles que des reines, des princesses cent fois plus raffinées que les monarques d'ici. Je ne peux vous décrire toutes les merveilles que j'ai eu l'occasion de voir...

Il inspira profondément. Cela faisait longtemps qu'il n'était pas allé à Blankânimad, et il était certain que l'image qu'il en avait été très idéalisée. Le pays qu'il connaissait était certainement bien moins superbe que celui qu'il décrivait en se basant sur ses souvenirs. Mais son discours était si enflammé qu'il était difficile de ne pas le croire. D'autant qu'il n'était pas en train de mentir. Dans la glorieuse capitale du Rhûn, on trouvait effectivement les représentants des familles les plus puissantes, des clans les plus riches qui servaient loyalement la Reine. L'éducation des jeunes de ces bonnes familles était bien plus complète que celle que Rokh avait pu recevoir. Autant lui était un guerrier talentueux, autant il n'avait jamais eu l'opportunité d'apprendre, de maîtriser la musique, les lettres, et toutes ces choses qui lui paraissaient désormais étranges. Et comme il l'expliquait à Eliah, les femmes de l'Est étaient très différentes d'ici. Elles n'avaient pas peur de prendre la parole, de s'opposer, de combattre si elles les désiraient. Elles n'avaient rien de faible et de fragile. Mais comment pouvait-elle comprendre ce qu'il voulait dire sans l'avoir jamais vu ?

Un sourire fleurit sur les lèvres du guerrier lorsque la jeune femme lui demanda si les gens chez lui étaient "rugueux". Tout du moins, autant que lui. Il trouvait le qualificatif un peu dur, mais pas si inadapté. Et cela l'amusait :

- Rugueux vous dites ? Je ne pense pas... Les peuples de l'Est sont courageux et très orgueilleux, mais même aux yeux des miens, je suis... dur. Mais au Rhûn, les étrangers sont mal vus. Nous n'aimons pas les occidentaux, en règle générale. Vous ne trouveriez que peu de sympathie de notre part... mais la réciproque est vraie.

Le cynisme dont il savait faire preuve parfois avait de quoi faire froid dans le dos. Il n'en avait pas parlé à Eliah, mais il se souvenait parfaitement de sa séance de torture, et des coups qu'il avait reçus. Les rohirrim l'avaient battu, humilié, et avaient tenté de le briser totalement. Ils n'avaient eu aucune pitié envers lui, et quoi qu'il se passât, il se rappellerait de leur cruauté à son égard. Une cruauté qu'il ne pouvait pas comprendre, et encore moins accepter. Il revint à la réalité lorsqu'Eliah lui parla des autres soldats de Rhûn. Là, le visage de l'oriental se para d'une fierté immense, alors qu'il ouvrait la bouche :

- Aussi forts que moi ? Je suis lieutenant des Cataphractes, voyons...

Il attendit de voir dans ses yeux un signe de compréhension, avant de se rendre compte que pour elle, cela ne signifiait rien. Il reprit donc :

- Au Rhûn, les Cataphractes composent l'élite de l'armée : les meilleurs cavaliers et les guerriers les plus redoutables. A cela, il faut ajouter que mon père, et son père avant lui, sont des guerriers extrêmement talentueux. J'ai passé ma vie à apprendre à leurs côtés. A l'âge où vous jouiez encore dans les champs, je tuais déjà mon premier homme. Mais ne croyez pas que les guerriers de mon peuple soient faibles. Nous cultivons la discipline, la loyauté, le sacrifice. Nous ne craignons pas la mort, et en cela nous sommes supérieurs aux hommes d'ici.

Le Rhûnadan sentait une bouffée de patriotisme l'envahir, contrebalancée par sa propre situation. Il adorait son pays, il le vénérait presque, mais il n'en faisait plus vraiment partie. Après avoir été recruté par l'Ordre, c'était comme s'il avait renoncé à défendre sa terre, pour s'engager auprès d'un autre maître. Il avait toujours agi avec la conviction qu'il rendait service aux siens mieux qu'en demeurant sous les drapeaux. Mais maintenant qu'il était prisonnier sur une terre lointaine, loin de tout ce qu'il connaissait, il ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il avait peut-être fait une erreur. Il espérait simplement qu'un jour, il pourrait de nouveau se présenter en Rhûn, à Blankânimad, et qu'on lui offrirait une seconde chance. Après avoir vécu tout ce qu'il avait vécu, il savait s'être calmé, et il avait appris la patience et la tolérance - un tout petit peu. Il voulait croire qu'il pouvait encore être réintégré... sans quoi il ignorait ce qu'il ferait de sa vie...


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Eliah Tandoril
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyDim 27 Oct 2013 - 11:33
Eliah était penchée en avant, le buste surplombant la table de la cuisine, la main droite sous le menton et les yeux vifs, marquant la concentration et l'attention qu'elle accordait à son visiteur. Elle n'avait pas bougé depuis le début du récit de Rokh, essayant de capter dans ses paroles, la moindre parcelle d'émotion, le moindre fil qui lui permettrait de s'y rattacher afin de se peindre un portrait un peu plus complet de cet homme qu'elle ne l'avait déjà. La jeune femme avait du passer pour une idiote ou une ignorante et dans un sens, il était vrai qu'elle n'était pas au goût du jour pour de nombreuses choses. Volontairement, ses parents avaient privé la petite fille qu'elle était alors jadis du maximum d'information possible sur le monde extérieur afin que celle-ci ne se préoccupe pas de celui-ci. Ainsi son avenir était tout dressé, elle devait apprendre à être une bonne femme, à faire cuisine, ménage et apprendre à s'occuper des hommes. Elle se serait ensuite mariée à un homme de son choix de la région et ils vivraient dans un petit cottage près de ceux de ses parents.

Elle aurait certes été heureuse, mais quelque chose en elle la poussait à aller au-delà. L'ignorance délibérée de ses parents avaient eu le résultat contraire et elle s'était mise à rêver de liberté bien plus que n'importe qui d'autre. Si elle avait été un homme, elle se serait engagée en tant que chevalier. Mais elle n'était qu'une femme et on lui avait suffisamment répétée que là n'était pas sa place. Pourtant au fond d'elle, elle sentait que sa place était ailleurs. Un autre mystère l'avait toujours tourmenté, c'était la couleur peu commune de ses cheveux sombres dans ce pays de têtes blondes. Mais à cela elle ne pouvait donner explication. Sa mère lui disait toujours que certains mystères de la nature étaient inexplicable.
Aussi, elle appréciait la franchise de Rokh dans son récit. Il n'avait pas peur de la choquer ou de dire quelque chose qui pourrait la blesser. Il était lui même, il était sincère et ne connaissait pas ces sentiments ambigus qui vous mener à douter de vous même. Elle se demanda si un jour elle pourrait  découvrir ce monde incroyable ! Loin à l'est, très loin à l'est. Ça faisait combien de jour de cheval ca, loin ?

Rokh parla du Mordor et un frisson glacé lui parcourut le dos. Celui là, elle ne le connaissait que trop bien, car les personnages qui avaient jadis hanté le pays étaient présents dans toutes les histoires destinés à faire peur aux enfants. Mais elle avait souvent remarqué que même les adultes se laisser à faire une grimace au prononcé de ce nom. Il poursuivit sur les merveilles de son pays, la grandeur des bâtiments mais aussi des personnes qui vivaient là-bas. Ainsi elle pu en déduire qu'il était bel et bien un homme hors du commun et qu'aucun autre ne pouvait l'égaler. Il était lieutenant des Cataphractes disait-il ? Qu'était une Cataphracte ? Elle n'en avait strictement aucune idée mais ne comptait pas lui poser la question. Elle avait déjà paru assez bête comme ça !
Mais comme pour répondre à sa question silencieuse, le jeune homme se lança dans des explications sur la Cataphracte. Elle en fut grandement soulagée et esquissa un joli sourire sans même s'en rendre compte. Ainsi était-ce une armée d'élite. Il faisait parti de l'élite. Et il se croyait supérieur. Mais que faisait-elle là avec lui ?
La brune se redressa doucement sur sa chaise, s'étira et laissa échapper un bâillement. Elle plongea son regard dans celui de Rokh.

“Je ne pense pas qu'un homme puisse être supérieur à un autre. Plus beau, plus fort, plus intelligent peut-être, mais pas supérieur. Parce que si par votre stature et votre physique vous êtes imbattable, d'autres choses peuvent vous terrasser.”

Elle se trouva sur l'instant bien impertinente à son égard, mais cette présomption ne lui sciait point. On lui avait apprit à ne pas se sentir supérieur aux autres, car même une personne à l'aspect inoffensif pouvait par des moyens incroyables vous donner des difficultés. Les animaux illustraient parfaitement cela. Un scorpion, ou encore une fourmi pouvait se révéler un adversaire bien plus dangereux qu'on ne pouvait le croire. Pourtant ils étaient si minuscules !
Eliah se leva, elle avait besoin de se dégourdir les jambes. Son dos la faisait toujours souffrir. Snow dormait sur le parquet, oubliant les peurs de la soirée et elle se dit intérieurement qu'elle aurait aimé pouvoir faire cela. Se rouler en boule sur le parquet, sombrer dans un profond sommeil et oublier les difficultés et les horribles pensées qui lui assaillaient le crâne. Au diable la culpabilité et la conscience ! Ne pouvaient-ils pas la laisser en paix !
Elle se tourna de nouveau vers Rokh, comme en proie à une flamme étrange.

“Vous êtes un homme. Et un homme à des faiblesses. Ne vous blâmez pas pour cela, pour vos erreurs. Il arrive à tous le monde d'en faire, même aux meilleurs. Je suis désolée, je sais à quel point cela doit être difficile d'être loin des siens, mais pourquoi ne pas reprendre un nouveau départ ?”

Elle se rapprocha et vint se poster à ses côtés, assez proche pour qu'il soit obligé de lever les yeux vers elle.

“Qu'est ce qui vous pousse à rester un guerrier sanguinaire ? Peut-être que si vous montrez un peu plus d'humanité, Farma vous laisserait partir ? A quoi bon vouloir risquer votre vie inutilement face au Maréchal alors que vous avez la possibilité de la vivre et d'être heureux ?”

Elle se laissa aller contre la table et y posa ses mains, sa tête se rejetant en arrière afin d'observer le plafond grossièrement décoré par un lustre vieux de plusieurs décennies. Elle parlait et semblait se retrouver dans ses propres paroles. Oui il était temps qu'elle oublie le passé et qu'elle s'en rappelle seulement comme étant une expérience et une leçon. Elle devait aussi aller de l'avant. La jeune femme savait qu'elle ne pourrait pas rester longtemps auprès de Farma, car si elle aimait travailler, la discipline intensive, n'était pas ce qu'elle préférait.
Elle se perdit un moment dans ses pensées, se demandant bien où elle pourrait se rendre après avoir quitté Aldburg. Retrouver Oemir dans le pays sans indication revenait à chercher une aiguille dans une botte de foin. Puis elle soupira et un sourire espiègle apparut sur ses lèvres. Elle tourna alors son visage vers Rokh.

“Il nous reste encore trois jours et deux nuits avant de retourner auprès de Farma. Pourquoi ne pas nous enfuir la seconde nuit ? Nous pourrions voyager, découvrir de nouvelles choses et peut-être pourriez-vous me faire un jour connaître le Rhûn ? Et moi mon village ?
Qu'avons-nous vraiment à gagner en restant ici comme des esclaves ?”


Elle se rendait compte qu'elle était injuste envers sa nouvelle maîtresse, mais elle n'arrivait pas à se faire à l'idée de devoir rester ici comme servante toute sa vie. Farma devait être agréable et gentille au fond. Il lui manquait un peu de compagnie ou d'affection. Mais cela elle pouvait le trouver en n'importe qui. Elle avait prit Eliah à son chevet par pitié et Rokh par obligation. Ils étaient sans aucun doute des poids pour elle.
La brune ne savait pas si la maison était surveillée ou s'ils pourraient quitter la ville sans se faire repérer, mais après tout que coûtait-il d'essayer ?
Évidemment, la réponse de Rokh y serait pour beaucoup dans sa décision finale. Oui elle avait dit ça sur un coup de tête sans vraiment réfléchir à ce que tout cela représentait, mais si Rokh acceptait ?

Elle se retrouverait seule avec lui, partant à l'aventure avec pour seuls compagnons leurs chevaux respectifs. La belle s'empourpra à l'idée qu'ils seraient obligés malgré eux de faire plus amples connaissances et de s'apprécier. D'un bond de faon apeuré, elle s'éloigna de l'homme et alla jusqu'aux escaliers. Elle lui sourit avant de prendre la direction de sa chambre.

“Je crois qu'il est temps d'aller se coucher. Je suis épuisée ! Et vous avez besoin de repos Rokh... vos blessures ne sont pas encore gueries et vous avez besoin de reprendre des force. Bonne nuit.”

Puis elle se retira aussi vite que si une troupe d'Ork était à ses trousses. Elle comptait passer une bonne nuit de sommeil, se reposer, dormir tout son saoule afin de pouvoir réfléchir correctement sur toute cette situation un peu plus tard. oui elle avait besoin de se reposer l'esprit. Ses pensées semblaient s'emmêler comme des lianes prises par le vent. Elle s'entortillaient et paraissaient former un mur. Elle avait besoin de repos, de recul, d'un peu de temps pour réfléchir.
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyVen 1 Nov 2013 - 0:34
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Rokh était parfaitement conscient qu'il était en train de parler à Eliah de choses dont elle ignorait tout. Ils appartenaient à deux mondes différents, contrairement à ce qu'elle essayait de lui faire croire, et il ne semblait pas aisé de créer des ponts de compréhension entre eux deux. Ce qui pour lui tombait sous le coup de la logique la plus élémentaire semblait parfaitement étranger à la jeune femme. Elevée dans une culture différente, elle n'avait pas les mêmes standards, et elle ne semblait pas concevoir le monde de la même façon. Plusieurs fois, Rokh avait cherché à analyser cela, sans toutefois parvenir à en tirer des conclusions satisfaisantes. Malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas à voir en quoi sa logique était faillible, et il ne comprenait pourquoi c'était forcément lui qui devait avoir tort. Par exemple, quand elle lui lança qu'il ne pouvait pas se considérer comme supérieur à un autre homme, il fronça les sourcils d'incompréhension. Il ne voyait tout bonnement pas où elle voulait en venir.

S'il était lui-même le vainqueur d'un duel à mort, qu'il écrasait son adversaire dans un combat honorable, alors ne pouvait-il pas se considérer comme supérieur ? Si les hommes de son peuple étaient mieux formés à la guerre, mieux armés pour se défendre, plus combatifs, plus déterminés et prêts à se sacrifier, ne pouvait-il pas considérer les siens comme supérieurs aux gens de l'Ouest ? Certes, il reconnaissait aux peuples d'ici des qualités. Certainement qu'ils en avaient, oui, même s'il ne parvenait à en trouver a priori. Toutefois, qu'y avait-il de plus décisif que le pouvoir de protéger sa vie, et celui de l'ôter à autrui. On pouvait être le meilleur artiste, le meilleur architecte, le meilleur dresseur de chevaux, on n'en demeurait pas moins vulnérable face à celui qui maniait mieux l'épée. C'était la seule chose qui, selon Rokh, différenciait vraiment deux hommes. La capacité - que l'on pouvait améliorer, naturellement -, qui faisait qu'un individu survivait et qu'un autre mourait. A quoi pouvait bien servir la connaissance, le talent artistique, quand on était pas assez fort pour l'exprimer ?

C'était la raison pour laquelle les nobles du royaume du Rhûn, hommes ou femmes, suivaient une formation martiale aussi bien qu'artistique. Ils étaient autant des guerriers que des érudits, des penseurs et des sages. Et en cela ils avaient le droit de commander à ceux qui se soumettaient à leur volonté. Ils pouvaient mener des armées au combat, car ils étaient eux-mêmes des combattants ; ils pouvaient mener un pays à la gloire, car ils étaient eux-mêmes des dirigeants. Les hommes d'ici, bien qu'ils subissent un entraînement de base, étaient souvent bien plus concernés par les intrigue de cour que par la pérennité de leurs talents martiaux. C'était en cela que Rokh considérait les siens comme supérieurs. Un homme pouvait bien se cacher derrière tous les gardes du corps qu'il voulait, il n'en demeurait pas moins que sa meilleure défense était en lui, au fin fond de ses muscles, de son esprit formé à endurer la souffrance, de ses mains capables de protéger sa vie. Mais il ne pourrait jamais convaincre Eliah du contraire, c'était certain. Elle vivait dans un autre monde : un monde où les gens qui se côtoyaient vivaient en bonne intelligence, étaient trop couards pour oser s'opposer fermement les uns aux autres. Ils se soumettaient naturellement à ce qu'ils auraient pu combattre avec un peu de volonté.

Alors qu'il était plongé dans ses réflexions, un petit sourire avait fleuri au coin de ses lèvres. Un sourire indulgent devant ce qu'il considérait lui-même comme de la fermeture d'esprit. Avec un calme désarmant, il dégaina Varvad. Sa lame, toujours aussi superbe, glissa hors de son fourreau avec un chuintement délicat. Elle semblait animé d'une vie propre, à moins que ce ne fussent les mains expertes de Rokh qui en donnaient l'illusion. Après avoir ondulé pendant une seconde, accrochant la lumière émise par les flammes qui s'agitaient dans l'âtre, le guerrier la déposa sur la table, très exactement entre lui et Eliah. Son sourire avait disparu, désormais, laissant la place à l'expression de sa froide neutralité, peut-être plus effrayante encore que la colère que l'on pouvait parfois lire dans son regard :

- Vous avez déjà eu l'occasion de voir Varvad, n'est-ce pas ? Vous l'avez tenue entre vos mains... Vous avez eu l'occasion de me tuer sous le coup de la colère. Si vous aviez frappé, à l'heure qu'il est je serais mort. Mais vous en avez décidé autrement.

Il marqua une pause, cherchant à voir si elle comprenait où il voulait en venir, avant de reprendre :

- Regardez-moi dans les yeux, et dites-moi que vous n'avez pas goûté à la puissance à cet instant précis. Dites-moi que vous n'avez pas trouvé plaisant de tenir ma vie à la pointe de cette épée. D'un simple mouvement du poignet, vous pouviez décider de mon sort... et vous l'avez d'ailleurs fait. Au bout de votre main, vous teniez un fragment du pouvoir des dieux que vous vénérez, et vous ne vous êtes pas privée pour juger que je méritais de vivre.

Il frappa brusquement sur la table, de manière si soudaine et si brutale que Varvad décolla de quelques centimètres avant de retomber avec fracas là où elle était posée. Il savait avoir gagné son attention, en brisant le silence de manière aussi étrange, et il poursuivit :

- Qui vous a permis de juger de moi ? Qui vous a donné le droit de décider que je devais vivre un jour de plus ? Qui vous a donné le droit de me soigner ? C'est le pouvoir, ma chère. Et quand on y a goûté, on ne peut plus se satisfaire de rien d'autre. Je vous prédis un avenir rouge, si vous continuez à vous mentir. Je suis presque certain qu'un jour, vous donnerez la mort. Et derrière la honte que vous affecterez, vous éprouverez ni plus ni moins qu'une intense satisfaction. Quand ce jour arrivera, essayez de vous souvenir de ça. Ca vous aidera peut-être à surmonter votre trouble.

Pour l'heure, c'était Rokh qui éprouvait de la satisfaction. Il savait que ses mots durs feraient réfléchir la jeune femme, et il en était profondément ravi. Non pas parce qu'il espérait la choquer, ou parce qu'il désirait la voir en proie au trouble. Non. Il était simplement content car il savait qu'elle allait considérer ses propos honnêtement, et qu'elle allait essayer de le comprendre, quand bien même c'était impossible. Il existait trop de différences entre eux, que quelques conversations amicales ne pouvaient pas faire disparaître. Il existait un monde, un univers qui s'ouvrait entre eux, et aucun n'était prêt à renoncer à tout ce qu'il connaissait pour épouser la vision de l'autre. Une vision qui semblait parfaitement opposée. Un guerrier sanguinaire, c'était ainsi qu'elle le voyait ? Il ne se serait pas qualifié de la sorte si on lui avait laissé le choix. Il aurait plutôt opté pour "honorable combattant", ou "guerrier implacable". Quelque chose d'un peu moins brutal. En fait, dans ses propos, il découvrait la vision qu'elle avait de lui, et qu'elle n'osait pas formuler. Elle le considérait comme un monstre, et lui suggérait à demi mot de redevenir humain, si c'était encore possible. Rokh, qui ne sentait pas du tout inhumain, n'avait pas envie d'abandonner son identité pour incarner ce qu'il considérait comme le summum de la faiblesse. Voilà dans quelle impasse ils se trouvaient.

Et pourtant, malgré tout, ils avaient bien quelques petites choses en commun. Premièrement, ils étaient tous deux soumis à Farma. Rokh, qui n'appréciait pas particulièrement la femme du maréchal, mais qui la respectait énormément, était son serviteur. Il avait la charge de la protéger contre tous les dangers qui pouvaient survenir, et ce jusqu'au retour de son mari. Eliah était sa dame de compagnie : elle devait donc l'assister, la seconder, répondre à tous ses désirs sans discuter. Il était évident que la maîtresse n'était pas appréciée par sa servante, mais il était conscient que c'était parce que celle-ci n'était pas au courant de tous les éléments. Si elle avait su tous les malheurs qui lui étaient arrivés, elle aurait probablement compris sa réaction. Qui ne l'aurait pas fait ?

Toutefois, la réponse qu'apportait Eliah à ce problème était extrêmement intéressante. Elle lui demandait carrément de déserter, de fuir avec elle, et de parcourir le monde. A dire vrai, la proposition était tentante. Après tout, qu'était Rokh ici sinon un esclave ? Il avait officiellement le statut de garde du corps, mais au fond il n'était qu'un vulgaire prisonnier, qui pouvait être mis à mort immédiatement, si Farma le désirait, ou si Morgenstern le désirait. Le seul espoir du Rhûnadan était de tenir le choc jusqu'au retour de ce dernier. Ensuite, Varvad déciderait de son sort. Ou il survivait, et il pouvait continuer son chemin, ou tout s'arrêtait là, et il n'aurait plus à se poser de questions. La situation était claire, et facile à appréhender. C'était exactement ce dont il avait besoin.

Mais s'enfuir ? Etait-ce vraiment une chose possible ? Comment rentrerait-il chez lui s'il devait fuir ses responsabilités, fuir son destin ? Et en même temps, qui s'en soucierait ? Pour sa famille, il n'existait presque déjà plus. Il était celui qui avait échoué, celui qui avait été mis à l'écart. Sa décision de servir l'Ordre avait été motivée par le désir de prouver qu'il pouvait faire quelque chose de grand dans son existence. Mais même à cela, il avait échoué. Et pourtant, il demeurait satisfait de cette aventure. Il s'était assagi, avait appris à obéir, et surtout avait réussi à être un soldat respectable. Désormais, il était certain qu'il pouvait prétendre à rentrer de nouveau dans l'armée, porter l'uniforme qui l'avait rendu si heureux, et qui avait fait la fierté de son père.

Il en était là dans ses réflexions quand Eliah décida de partir. Il n'avait pas anticipé ce mouvement de retraite de sa part, et il en fut presque surpris. Il n'essaya pas de la retenir, car il n'avait rien à répondre à sa proposition. Il savait vouloir reprendre le cours de sa vie, avant l'Ordre, avant ses folies de jeunesse, mais il savait aussi que pour y arriver, il devait commencer par se respecter lui-même. Elle s'éloigna donc, et lui souhaita bonne nuit avec une gêne perceptible, ce à quoi il répondit par un signe de la main élégant, sans jamais abandonner le masque dénué d'émotions qu'il avait adopté.


----


Le jour était levé sur la cité d'Eomer, et Rokh émergea de son sommeil réparateur. Il se glissa hors des draps, goûtant à la fraîcheur de l'air sur son torse nu. Il faisait frais, mais il n'était pas particulièrement gêné par les conditions climatiques. Au contraire, il trouvait presque luxueux de pouvoir avoir un toit au-dessus de la tête. Il était assez tard dans la matinée, car l'homme de l'Est avait veillé jusque tard après avoir gagné sa chambre. Il s'était allongé, mais avait médité longuement sur la proposition d'Eliah. Il n'avait pas été en mesure de trouver une réponse acceptable, et bien que plusieurs heures se fussent écoulées, il n'avait pas l'impression d'avoir fait davantage de progrès dans sa quête d'une solution qui lui parût satisfaisante. Bien au contraire, il lui semblait que tout était confus en lui, et il ne savait pas vraiment laquelle de ses petites voix intérieures il devait écouter.

N'étant pas d'un naturel à se tourmenter pour des broutilles, il commença sa journée par une vérification de son propre état de santé. Ses bandages semblaient tenir, et la douleur semblait refluer jour après jour. Il avait toujours été solide, et même si la blessure infligée par le maréchal était grave, il savait pouvoir s'en remettre plus rapidement que la normale. C'était comme si Melkor lui-même le protégeait, et en avait fait son champion indestructible. Une pensée que certains pouvaient qualifier de blasphématoire, mais il s'en fichait un peu, car il croyait surtout dans la force de son bras, plutôt que dans l'action d'un dieu qui ne lui avait jamais soufflé le moindre conseil au combat.

Après avoir constaté avec un certain soulagement qu'il gagnait en souplesse, et qu'il retrouvait un peu de vigueur, il descendit dans la pièce principale où, bien entendu, ne se trouvait personne. Eliah devait avoir gagné son poste de dame de compagnie depuis longtemps déjà, et il devait se débrouiller seul pour ce qui était de se nourrir. Il ouvrit quelques placards, attrapa quelques provisions en vrac, et commença à manger sans réfléchir. Un peu de pain, quelques légumes crus... c'était déjà bien plus que ce qu'il avait eu certains jours. Bien que son repas fût frugal, il avait décidé de s'asseoir pour en profiter. Quand il avait arpenté la Terre du Milieu, c'était le seul moment de détente qu'il avait dans sa journée, et aucun des hommes du groupe n'aurait songé à manger debout. Pouvoir se délasser les muscles tout en grignotant quelque chose était le plus grand des bonheurs pour quiconque avait passé toute une journée en selle par un temps exécrable.

Après avoir avalé quelque chose, il se dirigea vers un baquet d'eau qu'il ne prit même pas le temps de faire chauffer avant de l'utiliser pour se laver. La fraîcheur de l'eau sur sa peau avait un effet revigorant, et contribuerait très certainement à le réveiller, alors que le confort d'un bain chaud tendrait davantage à le tirer vers le sommeil, chose qu'il voulait à tout prix éviter. Rokh était en manque d'action, et malgré ses récents accrochages avec la garde, il savait qu'il n'était pas en mesure de rivaliser avec ce qui pouvait menacer Farma. Si d'aventure quelqu'un voulait la tuer, on enverrait un assassin chevronné pour s'occuper du travail. Et pour le neutraliser, il devait être au maximum de ses capacités, sans quoi la tâche risquait de se révéler impossible, même pour lui.

Il entreprit donc de pratiquer quelques exercices après son bain : les mêmes qu'il pratiquait avec son père quand il était plus jeune. Il quitta sa tunique, pour se retrouver torse nu, s'empara de son épée, et après avoir salué un adversaire factice, il commença à bouger. Mais contrairement à ce qu'il accomplissait en combat réel, il ne cherchait pas à mettre de la vitesse dans ses mouvements et dans ses déplacements. Bien au contraire. Il cherchait à être aussi lent que possible. Sa respiration devait être parfaitement calme, le battement de son coeur régulier, et il devait maîtriser autant que possible son corps sans laisser l'illusion de la vitesse dissimuler ses erreurs. Lorsqu'on faisait les choses lentement, on voyait beaucoup plus facilement les petits défauts, et on pouvait plus facilement les corriger. C'était ainsi qu'il avait appris, et ainsi qu'il travaillait. Sa lame, véritable extension de son bras, bougeait avec la grâce d'un serpent. Elle se tortillait pour bloquer une lame invisible, se heurtait au rempart d'un bouclier, puis venait glisser dans une gorge généreusement offerte à sa morsure. L'autre main, qui ne restait pas immobile, servait à équilibrer. Elle effectuait le travail de l'ombre, et participait parfois à l'assaut quand sa présence était requise. Elle bloquait un poignet trop avancé, tirait sur un bouclier dérangeant, ou poussait un adversaire trop proche pour mieux le frapper par la suite. Les pieds de Rokh n'étaient pas en reste. Ils se déplaçaient en glissant sur le sol, se rapprochant et s'éloignant selon un rythme régulier. Parfois, l'un d'entre eux se tendait pour soutenir une offensive. Parfois, les deux s'esquivaient pour assurer la défense. Ils faisaient partie d'un tout, et agissaient de concert avec la tête bien droite qui gardait l'oeil rivé sur l'adversaire, le bras agile qui bloquait et ripostait, le coeur battant qui tempérait les ardeurs d'une âme désireuse de laisser éclater la fureur et la violence d'un véritable duel.

Rokh para habilement une attaque d'estoc, d'un geste latéral parfaitement maîtrisé, avant de se lancer en avant pour trancher dans la chair au niveau du torse. Sa lame parut presque rencontrer une résistance, tant l'âme du guerrier était habituée à exécuter ce geste en situation réelle, et elle ressortit de cet ennemi imaginaire avec une grâce peu commune. Une attaque venant de derrière, le Rhûnadan se décala en pivotant pour éviter la frappe d'estoc, tout en lançant son bras en avant dans l'intention de pourfendre immédiatement son opposant. Mais il interrompit son geste au dernier moment, laissant toute liberté au guerrier généré par son cerveau de l'achever. Mais Rokh s'en fichait totalement, et il laissa son bras retomber, abandonnant sa position de combat du même coup.

- Eliah ? Vous voilà déjà ?

Un bref regard au dehors lui fit prendre conscience que la nuit était déjà tombée. Avec l'hiver atroce qui habillait le ciel de la Terre du Milieu, il n'était pas facile de savoir quelle heure il était, mais certainement qu'il avait dû s'entraîner pendant de longues heures sans même s'en rendre compte. Pour preuve, son corps était luisant de sueur, et son souffle était très légèrement irrégulier. Mais cela le confortait dans l'idée qu'il était sur la voie du rétablissement. Probablement qu'en ayant pratiqué à vitesse réelle, il aurait ouvert de nouveau sa blessure, mais en se cantonnant à une simulation lente, il avait pu retrouver quelques sensations qui lui faisaient plaisir. Ses muscles trop longtemps sevrés de bataille étaient gonflés d'adrénaline, et un sourire ravi s'était malgré lui fait une place sur son visage enfantin.

Il rengaina son arme, et s'excusa auprès d'Eliah d'avoir manqué son arrivée. D'ailleurs, il était si absorbé par son combat qu'il n'aurait su dire depuis combien de temps elle était là. Cela faisait-il quelques secondes à peine, ou bien plusieurs minutes ? Impossible de savoir. Il s'excusa à nouveau, quant à sa mise débraillée cette fois, et il passa rapidement quelque chose de plus décent pour accueillir une dame. Une fois présentable, il se servit un verre d'eau fraîche qui lui fit prendre conscience à quel point il avait chaud, et il s'installa sur la chaise la plus proche. Il lança alors à Eliah, comme si sa communion avec Varvad lui avait apporté une réponse claire :

- J'ai bien réfléchi... par rapport à ce que vous disiez hier soir...

Il sentit qu'il l'intriguait, et il reprit sans tarder :

- Je ne peux pas abandonner Farma à son sort, je suis désolé. Même si ce n'est pas la personne la plus charmante que je connaisse, elle a besoin de moi... de nous... plus qu'elle ne le croit. Comme nous ne venons pas d'ici, nous sommes les seuls qui n'avons pas d'intérêt à la trahir. Par ailleurs, comme je vous l'ai dit, je suis lié par un serment qui m'engage. J'ai promis au maréchal qu'il ne lui arriverait rien, et j'entends bien tenir parole.

Il ne savait pas quel effet ses paroles auraient sur Eliah. Avait-elle fait la proposition de s'enfuir dans y penser vraiment, ou rêvait-elle de parcourir le monde, de découvrir des choses merveilleuses sans tarder ? Si elle espérait un oui de sa part pour partir à l'aventure, n'était-il pas en train de briser ses rêves ? Qui pouvait le dire ? Alors, mû par une intuition soudaine, il lâcha :

- Mais je peux vous faire une promesse, Eliah. Quand j'aurais respecté ma parole, si je survis à ma rencontre avec le maréchal, nous partirons voir votre village... et ensuite, si vous y tenez vraiment, je vous emmènerai dans l'Est.

Rokh porta la main à son coeur, puis la tendit ouverte à la jeune femme pour sceller cet accord. Il ne savait pas de quoi serait fait l'avenir, mais il lui semblait que la perspective d'en avoir un valait mieux que de se morfondre dans le présent.


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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyVen 17 Jan 2014 - 19:43
Le soleil perçait derrière la montagne et vint baigner ses doux rayons sur la prairie, laissant ainsi découvrir une étendue magnifique d'herbe soyeuse et d'arbustes fruitiers. Au fur et à mesure que le soleil montait, la lumière inonda le paysage et vint chatouiller les paupières de la jeunes femme qui dormait à l'ombre d'un grand arbre. Elle remua un instant, bailla, s'étira et finit par ouvrir les yeux en clignant des paupières pour pouvoir s'acclimater à la soudaine luminosité. La jeune femme brune se leva et comme un peu hébété se dirigea vers le petit ruisseau qui coulait non loin. Elle avait besoin de se débarbouiller et de reprendre ses idées. Son cerveau était endormi, engourdi et fort embrouillé. Ses idées se mélangeaient dans sa tête et elle ne cessait pourtant de les voir s'éloigner d'elle aussi rapidement que des papillons. C'était une sensation bizarre, elle contrôlait son corps et son esprit et en même temps, c'était comme si les deux lui échappaient. Elle se rapprocha doucement de l'eau douce et limpide et trempa ses doigts. L'eau glacé la fit frissonner mais ce n'était pas ce qui l'intriguait le plus c'était cette ombre noire au fonds de l'eau. Comme une ombre qui remontait doucement à la surface, un voile noir fait de soie  qui se mouvait et se déversait dans l'eau clair. Puis tout d'un coup Eliah fut happée par cette fumée opaque qui l'enveloppa et tenta de l'étouffer.

Des sueurs froides lui coulant le long du dos et des tempes, Eliah se redressa vivement dans son lit le coeur battant, réprimant de justesse une hurlement. Elle se raccrocha à ses doigts trempés alors qu'un frisson lui parcourait le corps. Le jour venait très certainement à peine de pointer le bout de son nez. Elle était toujours épuisée, mais il lui était à présent impossible de se rendormir. Elle quitta donc le lit douillet et alla prendre un long bain afin de rendre ses idées un peu plus claire. Quel drôle de rêve elle avait fait là. Tout était si réel... les évènements de la veille lui revinrent en tête et elle s’immergea complètement dans l'eau. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle allait faire de sa journée. Farma lui avait donné la permission de ne pas aller travailler à condition qu'elle surveille Rokh de près. Il lui était pourtant difficile de lui expliquer pourquoi elle resterait à la maison toute la journée. Ainsi décida t-elle de sortir afin de se dégourdir un peu les jambes. Puis elle reviendrait avec le repas du midi. Elle ne prit pas de petit déjeuner et pensa en prendre un en route. Elle grimpa sans bruit les escaliers afin de s'assurer que le guerrier dormait toujours dans sa chambre et elle constata que c'était bien le cas. Il semblait reposé, c'était une bonne nouvelle.
S'enveloppant de son manteau, elle s’apprêtait à sortir quand quelque chose heurta sa jambe elle sursauta et fit un bond avant de reconnaître Snow. Elle fut soulagé que ce ne fusse que lui et elle comprit qu'elle aurait un compagnon aujourd'hui.

La jeune femme se dit qu'elle allait profiter pour faire un peu le tour de la ville, se balader et découvrir Aldburg qu'elle n'avait pas pu voir au delà de la maisonnée. Et même le chemin qu'elle avait fait pour arriver lui semblait vague. Seul l'aller et retour entre sa maison et la demeure de Farma restait imprimé dans son esprit. Snow était heureux de se retrouver dehors et il courrait entre ses jambes manquant maintes fois de la faire tomber. Elle sacrifia quelques pièces afin de prendre une bonne miche de pain et du fromage à un marchand et une tranche de viande séchée pour Snow. L'animal sembla aux anges. Tout en s'enfonçant dans la ville, Eliah se remémora la discussion de la veille. L'histoire de Rokh, puis sa vision des choses qui était semblait-il tout à fait différente de celle de la jeune rohirrime. Il avait essayé de la convaincre, mais elle restait sur ses positions. Personne ne pouvait naître supérieur à un autre, fusse t-il un roi. C'était son opinion et elle la garderait. C'était le coeur et la bravoure qui faisait d'un homme ce qu'il était. Elle se souvint qu'il lui avait parlé de Varvad. Elle n'avait su que répondre sur le moment, se trouvant fort dépourvue d'argument. En effet, elle avait voulu un moment abattre la lame sur son cou. Mais si elle ne l'avait fait, c'était qu'elle ne l'avait pu. A cause d'une faiblesse ?

Elle s'avança d'un arbre dépourvu de feuille et poussa une petite exclamation de surprise quand elle aperçut une petite fleur blanche. Une fleur qui poussait en hiver devait avoir beaucoup de ressource. Elle était petite, mais forte. Eliah se rapprocha de la fleur, dans le but de la cueillir mais se ravisa. Elle s'adressa à elle comme elle s'adressait à une personne et fit une sorte de révérence fort exagérée. Elle éclata de rire et caressa les pétales blanche comme la neige, piquetée de minuscules points roses.

“Ce n'était pas de la faiblesse n'est ce pas ... ni de la supériorité d'ailleurs. Non, si je ne l'ai pas fait, c'est que je ne pouvais pas. Parce que justement je ne suis pas celle qui doit décider d'une vie ou d'une mort. Peut-être ai-je eu tord, peut-être pas ! L'avenir nous le dira”.

C'est ce qu'elle aurait aimé dire à Rokh la veille, mais elle s'était contenté de baisser les yeux et d'afficher un triste sourire. Tuer une personne, une immense satisfaction ? Il ne savait pas ce qu'il disait. Il avait peut-être tué des personnes, mais il s'agissait de guerre, de nécessité. Il était loin de se douter que par la faute d'Eliah, des personnes avaient péries et que cela l'affectait effectivement bien plus que cela ne l'aurait du. A vrai dire, elle avait presque oublié tout cela avant que le jeune homme ne le mentionne. Elle était revenu à la réalité et s'était rappelé pourquoi elle était arrivé à Aldburg. Elle chassa rapidement ses idées noires et continua à avancer jusqu'à un petit marché ou les gens se bousculaient. Elle avait l'impression qu'il y avait bien plus de monde dehors aujourd'hui. Le soleil brillait et il faisait plus chaud. Peut-être que les habitants étaient heureux d'avoir un peu de soleil en ces temps si tristes.

La jeune femme passa d'un étal à un autre, regardant avec avidité les produits qui n'étaient pas nombreux. Si elle voulait ramener quelque chose pour le déjeuner, elle devrait se dépêcher de choisir. Elle opta pour des choses qui devaient bien se conserver et qui ne coutaient pas trop cher. On lui avait remis quelques pièces pour les trois jours ou elle serait loin de la maison de Farma. Elle était peut-être un peu dur envers elle, mais c'était un peu sa façon de se rebeller. Elle commençait à se trouver elle-même, à oser des choses, à laisser exprimer sa personnalité et elle n'était pas au bout de ses surprises. Mais cela, elle le découvrirait bien plus tard ...
La jeune femme n'avait pas vu le temps passer et elle resta toute la matinée dehors à se balader. Lorsque le soleil fut haut dans le ciel, elle s'arrêta même un moment pour laisser les rayons du soleil caresser sa peau et la réchauffer.

Il était pourtant le moment de rentrer, elle avait un beau panier sur le bras, couvert d'une serviette et Snow trottait joyeusement à ses côtés. Son estomac commença a grogner et elle se dit que Rokh devait être réveillée depuis un moment et qu'il devait avoir faim lui aussi. Mais alors qu'elle s'apprêtait à rentrer, elle vit par la petite fenêtre qu'il y avait des mouvements dans la maison. Elle rapprocha son nez près de la fenêtre et se perdit un moment dans la contemplation de cet homme qui semblait se battre contre un adversaire de taille. Un moment, elle pensa à entrer et lui demander s'il n'était pas devenu fou de se comporter ainsi alors qu'il était blessé, mais elle remarqua vite que ses mouvements étaient calculés et mesurés. Elle recula, mit une main sur la poignée, mais elle resta là sur le pas de la porte, le nez vers ses chaussures. Rentrer maintenant n'était pas une bonne idée, il avait l'air d'avoir besoin de ce moment, pensant qu'Eliah ne devait pas revenir avant longtemps. Elle décida donc de repartir vers l'écurie ou Maveli devait se reposer. Elle décida de passer un moment avec son cheval qu'elle n'avait pas revu depuis un moment.

La brunette se remémora alors ce qu'elle avait proposé à Rokh la veille. Tout en brossant la crinière de la jument heureuse, elle réfléchissait à la possibilité de ses réponses. Elle savait qu'elle n'aurait jamais du lui proposer une telle chose. Et si elle ne pouvait pas lui faire confiance ? Il était blessé et ne voulait pas prendre de risque mais peut-être était il dangereux en temps normal ?
Le coeur de la jeune femme ne pouvait la convaincre de cela. Le considérer comme un dangereux criminel lui était difficile et pourtant elle le savait capable de tuer sans remords. Étranges étaient ses pensées. Son instinct ne l’incitait pas à se protéger de lui. Elle ne chercha plus à comprendre et réfléchit aux deux réponses qu'il pourrait lui donner. Oui ou non. Le choix n'était pas vraiment draconien et pourtant l'un et l'autre entrainerait des conséquences qu'elle ne soupçonnait même pas. Eliah avait posé son panier repas un peu plus loin et elle retira son manteau, releva ses manches et nettoya la pièce, retournant la paille et en mettant une propre. Sur sa gauche Snow courait autour de Maveli et il commençait sérieusement à l'agacer. Eliah sourit et héla le chien.

“Il suffit Snow ! Ou tu vas te prendre un bon coup de sabot. Et croit moi, tu n'as pas envie que cela se passe !”

Une fois qu'elle considérait que l'endroit était propre, elle alla se laver dans un baquet d'eau froide, étendit son manteau et attrapa deux pommes. Une quelle offrit au cheval et l'autre qu'elle croqua avec avidité. Elle accepta de donner au chien un des précieux beignets fourrés à la viande qu'elle avait acheté pour leurs futurs repas, puis elle s'allongea dans la paille tendre. Elle avait décidé de fermer les yeux pour faire un petit somme avant de rentrer à la maison. Juste un petit somme, de quelques minutes, ou peut-être un peu plus. Mais rien d'exagéré.

Eliah sentit quelque chose d'humide sur sa joue et ouvrit un oeil pour se retrouver face à face à une chose pleine de poil. Elle eut un mouvement de recul avant de comprendre qu'il s'agissait de Snow qui voulait certainement sortir. Elle se leva à contrecœur en marmonnant sur le manque d'autonomie des animaux avant de lui ouvrir la porte. Il s'élança à l'extérieur comme un fou et disparut au coin d'une rue. La demoiselle le regarda disparaître avant de se rendre compte qu'il faisait déjà nuit. Un petit vent froid se leva et vint s’immiscer sous ses vêtements, lui arrachant un petit cri de surprise. Elle récupéra en hâte son manteau et son panier. Elle fit ses adieux à son cheval et sortie. Le ciel était clair ce soir, aucune tempête en vue. Quelques étoiles piquetaient ci et là le ciel et il faisait bon être dehors au bon air. Mais pas trop longtemps, car le vent était trop frais pour pouvoir goûter à ce paysage magnifique sans attraper un mal. La lune se reflétait sur la neige moins épaisse à présent et tout paraissait blanc à outrance. Si beau, si pur...

C'est Snow qui la tira de ses rêveries en jappant et elle décida de rentrer aussitôt. Elle passa la porte sans s'annoncer, le corps un peu engourdit par son sommeil trop long, mais toute sa fatigue s'était envolée. La journée avait été agréable.
Elle posa un regard d'étonnement sur Rokh lorsqu'il fit allusion à sa présence. Lui non plus n'avait plus la notion du temps semblait-il. Il avait du s'entrainer pendant un bon moment de la journée. Elle ne fit aucune allusion sur ses affaires et agit comme-ci elle n'avait rien vu. Elle se mit à sourire.

“Eh bien il semblerait que vous voudriez que je rentre plus tard. J'y penserai pour demain dans ce cas. Je ne pensais pas prendre tant de place pourtant !” dit-elle en riant.

Elle déposa sur la table un à un les mets délicieux qu'elle avait dans son panier. Des beignets à la viande qui firent geindre Snow, des pommes, des haricots, du miel et un petit paquet bien emballé qu'elle ouvrit avec délicatesse. Elle avait réussit à dénicher des champignons et elle était très fière d'elle. Elle alla près du feu et fit bouillir de l'eau.

“Vous avez faim ? Moi je suis affamée !”

Alors qu'elle retirait son manteau, le posant sur l'une des chaises et qu'elle s'affairait à la cuisine, Rokh décida de parler de sa proposition. La jeune femme se raidit et continua à couper des morceaux de pains un peu rassis. Elle entendait, elle écoutait mais n'osait pas le regarder en face. Elle l'écouta refuser la proposition et amener ses arguments. Peu à peu ses muscles se détendirent et elle se surprit à être soulagé quelque part. Elle ferma les yeux un moment et tenta de reprendre contenance. Elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait pu faire une telle proposition !
Alors que la demoiselle pensait que Rokh avait terminé, il rajouta une chose. Il lui faisait une promesse, rien que ça ! Un petit sourire apparut sur ses lèvres. Aller vers l'est ... voilà une aventure qu'elle aurait aimé tenter. Après tout, qui pouvait savoir ce que le destin lui réservait et où cela se passerait ?
Eliah se retourna, déposant un plateau sur la table.

“Je comprends. C'est tout à fait normal. A vrai dire, je n'avais pas vraiment réfléchit à tout cela et ... Enfin...”

Elle fit une pause, laissant son regard courir sur le visage de son interlocuteur.

“Mais ce serait un plaisir de venir avec vous dans l'est. Un jour. Mais pour cela, il va falloir que vous tuiez cet homme n'est ce pas ? Le mari de Farma ? N'y a t-il pas un autre moyen ? Pourquoi faut-il une mort pour régler cela ? Car au fond, si vous gagnez cette bataille, vous trahirez Farma. En serez vous capable à ce moment là ?”

Elle attrapa un beignet dans lequel elle croqua machinalement. Puis elle enchaina :

“Et dites-moi, comment arrivez-vous à vous sentir bien après avoir tué tant de personnes ? Ne viennent-ils pas vous hanter parfois pendant votre sommeil ?”

La jeune femme comprenait qu'il soit loyal et cela la rassurait quelque part. Elle était certes déçue mais soulagée à la fois. C'était un étrange sentiment qu'elle n'arrivait pas à comprendre. A vrai dire, elle se sentait mal et bien à la fois mais son esprit semblait avoir quitté son corps pour voyager un peu plus loin, montant dans le ciel très haut près des étoiles. Elle écouta les réponses de Rokh avec politesse, puis n'y tenant plus, elle se leva tout d'un coup de sa chaise, récupéra son manteau et sortit de la maison en un coup de vent, sans donner plus d'explication. Elle avait besoin de quelque chose pour la rassurer et elle n'avait pas trouver mieux que la pâle lumière de la lune. Elle s'assit sur un banc non loin de la maison et leva son visage vers l'astre merveilleux. Eliah souhaita que son frère arrive bientôt et soit à ses côtés. Il était le seul à savoir la consoler lorsqu'elle était dans cet état. Comment se sentir mieux quand on ne savait pas soi-même ce qui n'allait pas ?
Elle rabattit la capuche sur ses longs cheveux et resta un moment dans la contemplation de la lune, perdue dans ses pensées.
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyDim 19 Jan 2014 - 10:21
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Le rythme cardiaque du guerrier reprenait un niveau normal, après avoir augmenté de manière significative durant son entraînement, qui l'avait laissé en nage. Il allait probablement prendre un bon bain pour se délasser une fois qu'il aurait avalé quelque chose. C'était Eliah, tout juste revenue d'une longue escapade à l'extérieur, qui s'affairait à le lui préparer. Dans cette scène pourtant tout à fait inédite chez lui, il sentait quelque chose de familier. Il avait l'impression de replonger dans son passé, quand sa mère s'occupait de préparer tout le nécessaire pour lui et son père, lorsqu'ils partaient s'entraîner toute la journée. Et le soir, quand on l'autorisait à venir s'asseoir à table, il observait sa mère qui cuisinait avec grand soin, qui mettait beaucoup d'attention dans de petits gestes du quotidien. Il était encore jeune à l'époque, mais il se souvenait parfaitement ce qu'il pensait d'elle à ce moment : il la trouvait faible. Faible et inutile, car incapable de se battre.

Sa vision des choses avait bien changé depuis... depuis peu, en réalité. Et il aurait bien aimé la voir, pour lui dire que toutes les horreurs qu'il avait pu penser à son sujet, il ne les considérait plus comme vraies désormais. Mais il avait bien peu de chances de la revoir, lui qui était considéré par les siens comme un paria, comme une honte sans nom. Il avait quitté le Rhûn déchu, et il avait pensé trouver la gloire et l'honneur sur les champs de bataille de l'Ouest. Au lieu de quoi, il avait rencontré la défaite et la captivité, l'humiliation. Involontairement, alors que ses souvenirs remontaient, ses sourcils se froncèrent, et son regard se fit lointain, comme s'il était soudainement préoccupé par un quelconque problème. Mais cela ne dura pas longtemps, et il leva ses yeux sombres vers Eliah, lorsqu'elle lui parla du Maréchal qu'il devait tuer.

Il y avait dans sa voix quelque chose d'étrange pour lui : elle était presque désolée, presque mal à l'aise. C'était comme si elle voyait dans le duel qui s'annonçait l'issue la plus terrible pour les deux. Rokh concevait cela comme une forme de sélection, la survie du plus fort, et la mort du plus faible. Au final, c'était simplement juste et naturel. Il aurait été bien plus triste, selon ses critères, de voir les deux hommes mourir sans avoir eu l'occasion de croiser le fer... Comment alors auraient-ils pu faire face à leurs ancêtres en tout honneur ? Ils auraient été moqués dans l'au-delà jusqu'à la fin des temps, ce qui était un sort que l'oriental ne souhaitait à personne. Mais il n'était pas certain que la jeune femme partageât ses convictions... les gens d'ici avaient de bien curieuses mœurs. Il la dévisagea longuement, et répondit d'une voix calme et posée, presque aussi dérangeante que ses accès de colère :

- Le Maréchal et moi sommes des combattants, Eliah. Nous appartenons à un monde différent du vôtre. Mes mains ne savent que tuer, et rien d'autre. Elles n'ont pas le pouvoir de sauver la vie, ou de créer de l'art. Elles ne savent pas non plus réconforter, ou se montrer amicales. Leur place est sur le manche d'une arme, sur la poignée d'un bouclier. J'ai été conçu et élevé dans l'unique objectif de devenir l'arme la plus parfaite qui existe : tout ce qu'on m'a appris servait cette ambition.

Il inspira profondément... Il n'était pas certain qu'elle comprenait vraiment à qui elle avait affaire :

- Mon existence est centrée autour de la victoire, de l'honneur, de la mort. Le Maréchal m'a pris ces trois choses, et je n'aurais eu aucune raison de continuer une existence misérable, s'il ne m'avait pas proposé ce marché. Et je suis convaincu au fond de moi-même que, s'il m'a offert cette revanche, ce n'est pas uniquement par pure nécessité. Je sais, je sens qu'il aime la guerre autant que moi, et qu'il brûle du désir de m'affronter. Où qu'il soit, il fera tout pour revenir parce qu'il sait que je l'attend. C'est un guerrier.

Son sourire carnassier faisait presque peur à voir, mais il semblait que parler de ce genre de choses était le moyen le plus simple de lui tirer une réaction proche de la joie, à défaut d'être rassurante. Il paraissait vibrer de l'intérieur, et si le Maréchal avait frappé à la porte pour lui dire que l'heure du combat avait sonné, il se serait précipité à sa suite avec l'empressement d'un enfant que son père appelle. Oui, un enfant que son père appelle. C'était ainsi que l'on pouvait définir Rokh. Un jeune garçon qui vivait dans l'ombre d'un modèle trop grand pour lui, et qui désespérait de faire un jour la fierté de la seule personne qu'il admirait, qu'il idolâtrait vraiment. Une personne qu'il ne reverrait peut-être jamais... Le regard de l'oriental devint songeur, triste, perdu, et il sembla qu'une larme était sur le point de couler sur son visage de marbre, mais il se reprit bien rapidement, et enchaîna :

- Quant à Farma... Je ne sais pas... Elle aura probablement l'impression d'avoir été trahie, mais je crois qu'elle sait au fond que nous ne sommes pas faits pour nous entendre. Je ne suis rien de plus que son chien de garde, dressé pour mordre quiconque approche. Et elle me commande, m'ordonne selon son bon plaisir. Mais au fond, nous sommes peut-être trop différents pour devenir réellement proches. Et pourtant, cela va probablement vous paraître étrange, j'ai eu pitié d'elle en la voyant. Pitié de sa situation difficile. J'ignore si un jour elle pourra éprouver ce sentiment en retour. Vous les occidentaux, vous avez une grande facilité à éprouver de la compassion pour les vôtres, pour ceux qui vous sont semblables. Mais les autres, ceux qui ne partagent pas vos opinions, vous les considérez comme des sauvages, des monstres que l'on peut tuer sans états d'âme.

Il haussa les épaules légèrement, comme si ce qu'il allait dire était une chose parfaitement normale et admise par tous. Mais en fait, il avait pu constater qu'Eliah semblait tout ignorer de l'Est, aussi jugea-t-il utile de préciser :

- Saviez-vous par exemple que mon peuple a été conquis par le Gondor, il y a de ça plusieurs siècles ? On nous raconte que les armées parées d'argent du Roi d'alors, un puissant chef qui a défait Sauron le Sombre, sont entrées en Rhûn, et ont dominé les nôtres pendant plusieurs années. Les miens ont été exploités, certains ont été tués parce qu'ils se sont rebellé. On parle de ce chef comme d'un homme sage, mais nous savons à l'Est qu'il n'y a pas qu'une seule face sur une pièce.

Il observa ses traits avec attention, cherchant à deviner ce qu'elle penserait de ses révélations. La plupart des gens de l'Ouest pensaient que le Rhûn avait toujours été l'ennemi héréditaire du Gondor, et que c'était toujours lui qui avait déclenché des invasions brutales et violentes. Il était vrai que, des siècles et des siècles auparavant, certaines tribus s'étaient lancées à l'attaque de leur voisin, et qu'elles avaient même failli l'emporter. Mais à la suite de la guerre contre Sauron le Sombre, l'invasion s'était produite dans l'autre sens, et la rancœur qui aurait pu disparaître entre les deux peuples, à la chute du seigneur de Mordor, continua d'être attisée par la volonté des hommes de l'Ouest, que certains historiens de l'Est tenaient pour seuls responsables de la perpétuation de la haine entre les deux peuples. Eliah, toute à ses réflexions, attrapa un beignet à la viande et le porta à sa bouche. Le guerrier en fit autant, écoutant avec attention sa question suivante. Une fois encore, un petit sourire se dessina sur son visage, et il reprit de sa voix où chantaient des accents exotiques :

- C'est de la viande dans ce... ce beignet, c'est ça ? (il hésitait parfois sur les mots qui n'avaient pas de rapport avec son quotidien). Cette viande vient d'un animal : une créature qui est née, a grandi, avait des parents, des frères, des sœurs. Une créature qui a été tuée par un être plus fort, et que celui-ci a utilisé pour se nourrir. Ne voyez-vous pas le lien ?

Il croqua dans le beignet, et huma son fumet agréable. Il reprit :

- Ne sentez-vous pas que c'est là ce qu'il vous faut pour vous sentir mieux ? Vous savez au fond de vous que c'est un meurtre qui vous a permis de vous nourrir, et le fait que vous ne l'ayez pas commis de vos propres mains ne change rien à cela. Pour moi, tuer un individu s'apparente à cela. Je combats et je prends des vies car telle est la nourriture à laquelle je suis habitué. La chair est mon pain, le sang mon eau, et sans eux je dépéris. La seule différence entre vous et moi, c'est que j'ai le courage de faire ce que vous préférez déléguer. Allez dans une boucherie, voyez la viande suspendue aux crochets, voyez le sang qui coule de ces cadavres empilés, et posez la question au propriétaire : demandez-lui si la mort vient le hanter, parfois.

Le guerrier eut un rire léger, surprenant car inattendu. Il ne riait pas souvent, et on sentait bien qu'il n'avait pas l'habitude. C'était presque un ricanement, sec et malsain. Pourtant, on ne décelait aucune malice dans son regard ou son attitude. Non, bien au contraire : on lisait en lui une franchise désarmante. Il ne cherchait pas à mentir, ou à cacher sa véritable nature. Pire, il la déroulait sous les yeux d'Eliah, dans ses détails les moins charmants, cherchant à ce qu'elle eût de lui non pas l'opinion la plus favorable, mais l'opinion la plus juste. Et en cela, il se différenciait de la plupart des gens, qu'ils fussent d'Est ou d'Ouest, qui cherchaient à déguiser leur nature, à cacher leurs faiblesses et leurs parts sombres. Soudainement, devant les yeux agrandis de surprise du cavalier, la jeune femme se leva et quitta la pièce. Etait-elle choquée au point de ne pouvoir supporter de rester à moins d'un mètre de lui ? Elle n'avait pas prononcé la moindre parole pouvant le mettre sur la voie, mais il se sentit obligé d'aller lui parler, au moins pour savoir si c'était de son fait... et aussi pour s'assurer qu'il ne lui arriverait rien. A cette heure-ci, c'était folie de sortir sans arme.

Il s'empressa de récupérer Varvad, de passer une tunique un peu plus chaude, puis de sortir à la suite de la jeune femme. Le contact de l'air glacé sur sa peau encore luisante de transpiration le transperça de douleur, et il ferma les yeux, franchement tenté de retourner en arrière. Mais il ne le pouvait pas et, serrant les dents, il s'élança à a suite. Il la trouva non loin, assise sur un banc, occupée à regarder la lumière de la Lune. Le guerrier vint s'asseoir à ses côtés, et pendant un moment, il ne dit rien. L'astre nocturne, au moins, était le même partout. Et de toute évidence, il suscitait la même fascination chez les hommes de l'Ouest et de l'Est. Preuve s'il en fallait une qu'ils appartenaient bien à la même race, et qu'au fond ils n'étaient pas si différents. Puis, rompant le silence étrange qui s'était installé en elle, il déclara à voix basse :

- Ce ne sont pas les morts qui me hantent, Eliah, mais les vivants... Vous ne pouvez pas le comprendre, car quoi que vous en pensiez, votre vie n'est pas un échec.

Sur ces paroles bien énigmatiques, et pleines de mélancolie, il se leva. Il ne lui laissa pas le temps de répondre, et s'éloigna de quelques pas seulement. Il s'adossa à une bâtisse de belle taille, abandonnée comme tant d'autres en ville, et resta là à surveiller la jeune femme et les environs. Pendant un moment, il avait presque paru éprouver des regrets, mais l'instant d'après il avait retrouvé sa posture rigide, son œil de faucon, et sa tension presque naturelle. Il attendrait le temps qu'il faudrait que la jeune femme rentrât saine et sauve dans la maison qu'elle occupait, dût-il passer la nuit dans le froid glacial qui le faisait frissonner. Il espérait simplement que nul brigand ne viendrait les importuner...


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Eliah Tandoril
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyMer 22 Jan 2014 - 16:15
Eliah avait le regard perdue dans le ciel. La lune l'inondait de sa lumière glacée et elle semblait comme hypnotisée. Quand les choses devenaient trop difficile, elle fuyait. C'était ce qu'elle avait l'habitude de faire sans toutefois se poser plus de questions. Un petit vent glacé vint lui fouetter le visage et ôta sa capuche laissant ses longs cheveux bruns ondoyait au rythme du vent, laissant échapper des éclats de dorés et de marrons chaud accentués par la lumière de la lune. La jeune femme se sentait perdue dans ce monde qui était pourtant le sien, comme si elle n'avait rien à faire ici, que sa place était ailleurs. Mais où ?
Toutes les paroles de Rokh lui avaient retourné non seulement l'estomac, mais aussi le coeur. Même si elle pouvait ne pas partager ses convictions et ses croyances, au fond, quelque part en y réfléchissant bien, il avait raison. Il était fort et elle était faible. Il pouvait survivre n'importe où, elle ne pouvait que tenter de s'adapter.

La brune laissa une larme glisser lentement sur sa joue et se cristalliser au coin de ses lèvres. Elle y passa la langue et la petite goutte repris son chemin. Oui il avait raison, mais elle ne comprenait pas. Quelque chose quelque part lui échappait et elle était las de chercher à mettre le doigt dessus. Snow tournait en rond à ses pieds, comme paniquait par le fait que sa nouvelle maîtresse soit en plein désarroi. Eliah se baissa et passa les doigts dans les poils froid de l'animal qui lui lécha la main en retour, lui témoignant son soutien. C'est ce moment que choisit Rokh pour venir s'asseoir près de la rohirrim. Mais ni l'un, ni l'autre ne pipa mot. C'était comme si le temps s'était soudainement arrêté au bon vouloir de l'astre lunaire qui exerçait une fascination évidente sur les jeunes gens. C'est le jeune homme qui le premier rompit le silence. Eliah tourna un regard brillant vers lui, étonnée de ce qu'il venait de lui dire.

“Si vous m'expliquiez, je pourrais être comprendre. Et vous vous trompez... Quand vous dites que ma vie n'est pas un échec. Toute ma vie j'ai aspiré à l'aventure et lorsque enfin j'en ai trouvé l'occasion, tout s'est mal passé” laissa échapper la jeune femme en soupirant.

Mais avant qu'elle n'ait pu continuer, il s'était déjà levé et éloigné vers la maison. Se mordant la lèvre inférieure, elle hésita un moment puis se leva du banc et se tourna vers lui.

“Racontez-moi Rokh. Pourquoi ? Qu'est ce qui vous a fait venir ici, pourquoi parlez-vous d'échec ?”

Elle pouvait sembler bien curieuse mais elle avait besoin de savoir, d'en savoir un peu plus sur lui bien que la raison lui échappa sur le moment. Elle avait l'impression que ses récits la rapprochaient un peu plus de la vérité qu'elle cherchait à atteindre. Bien qu'elle ne sut pas ce qu'elle fut. Mais quelque chose d'autre lui dévorait le coeur et l'esprit et elle laissa alors échapper sa plainte avec peu de retenue. Haussant le ton elle laissa déverser son flot d'incompréhension.

“Et pourquoi diable risqueriez vous votre vie contre le Maréchal ? Si c'est une question de fierté, elle est bien mal placé ! Vous ne vous rendez pas compte que d'autres personnes pourraient... et bien, vous regretter ?! C'est d'un égoïsme extrême ! Votre vie vaut plus que votre fierté ! Pensez à tout ce que vous n'avez pas encore vu, tout ce que vous avez encore à découvrir. Vous êtes jeune ... Oui vous devez avoir mon âge tout au plus et ... Mais enfin qu'est ce qui ne va pas chez vous ?!”

Une moue était apparue sur les lèvres de la jeune femme qui bouillonnait à présent. Elle fixait Rokh d'un regard brûlant et profond, comme si elle cherchait à lire dans ses pensées. Ses émotions remontaient à la surface très rapidement mais elle sentait déjà qu'ils ne tarderaient pas à se calmer. Elle poussa alors un profond soupire et se rapprocha de cet homme qu'elle devait surveiller. Son prisonnier en quelque sorte pour deux jours encore. Un petit sourire passa rapidement sur ses lèvres avant qu'elle ne chasse cette pensée et elle prit Rokh par le bras avec détermination et force si elle le pouvait. Elle le tira à sa suite en direction de la ville, dans le sens inverse de la demeure de Farma.

“Marchons un peu voulez-vous ? Je ne tiens pas à ce que nous finissions gelés. D'ailleurs vous devriez vous vêtir un peu mieux si vous ne voulez pas tomber malade. Et au fait... vous sentez-vous mieux à présent ?”

La jeune femme marchait en tirant sur le bras de Rokh, mais s'il avait voulu s'arrêter il lui suffisait de ne plus marcher et d'exercer un peu de résistance. La brune n'aurait pas plus de force de le tirer qu'elle n'en aurait de soulever un cheval. L'air était frais mais le froid était supportable et la lumière de la lune leur permettait de se promener sans danger puisque sa lumière irradiait chaque recoin des rues d'Aldburg. La rohirrim n'avait strictement aucune idée de l'endroit où elle se rendait, elle avait juste besoin de marcher, de parler et de se changer les idées. A vrai dire, elle avait besoin de dépenser son énergie, ce qu'elle n'avait pas fait depuis plusieurs jours. Rester sans rien faire l'épuisait, être épuisée l'épuisait et cela devenait un cercle vicieux. Alors ce soir elle comptait bien se fatiguer le corps avant d'aller se coucher. Peut-être que cette fois, elle ne ferait pas de cauchemar. Elle avait conscience qu'elle parlait beaucoup, que cela pouvait mettre mal à l'aise le jeune homme, mais peut-être parce qu'elle était mal à l'aise elle même, elle ne savait s'arrêter.

“Souhaiteriez vous faire quelque chose en particulier demain ? Je ... Farma m'a laissé ces trois jours pour m'occuper de vous. Et... parlez moi de Farma ! Vous avez l'air d'en savoir bien plus sur elle que vous ne le laissez paraître.”

Eliah leva les yeux pour tenter de trouver ceux de son interlocuteur. Il avait le visage dur et indéchiffrable, sa peau hâlé semblait scintiller de milles feux dans la lumière lunaire. La jeune femme fut un instant subjuguée devant cette force de la nature, devant cette force de caractère. Il imposait la crainte, le respect et pour Eliah, une sorte d'admiration. Toute à sa contemplation, elle stoppa nette sa marche sans même s'en rendre compte, pour un peu mieux le dévisager. Comment un tel homme pouvait songer à risquer sa vie, désirait risquer sa vie, préférait mourir plutôt que de profiter pleinement de tout ce qui lui était donné ?
Elle songea un moment que s'il s'y prenait bien, il pourrait dominer un royaume. Lorsqu'elle se rendit compte que le dévisager à ce point devenait totalement impoli, elle recula d'un pas, rougissant et bafouillant :

“Je... désolée... la lune... je... Snow ! Qu'est ce que tu as trouvé ?”
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Ryad Assad
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Au croisement on a toujours le choix [PV Eliah] EmptyVen 24 Jan 2014 - 19:44
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Comment faire comprendre à quelqu'un qu'on n'est pas ce qu'il paraît ?

Cette question tournait dans l'esprit du guerrier, inlassablement, et il était dévoré par elle, et par tout ce qu'elle impliquait. En réalité, il ne savait même pas s'il devait essayer de le lui faire comprendre. Après tout, elle était occidentale. Quand il la regardait, il voyait ce que son peuple haïssait depuis des générations, ce que son père et son grand-père avant lui avaient maudit de tout leur cœur. Mais il n'était pas en reste, car il avait lui aussi détesté ces pathétiques créatures vivant au-delà des frontières de Rhûn. Et il les détestait toujours, à dire vrai. Il les méprisait, les écrasait sous sa botte dès qu'il le pouvait, et il savait très bien que dès lors qu'il aurait tué le Maréchal, il s'empresserait de retourner au combat contre eux. Il n'oubliait pas son statut de prisonnier, ici à l'Ouest, quand bien même on l'avait privé de chaînes physiques. C'était comme s'il sentait leur poids à ses poignets et à ses chevilles, comme s'il sentait le fardeau du condamné sur ses épaules. Il était pleinement conscient de sa situation, et elle le révoltait.

Pourtant, d'un autre côté, quand il regardait Eliah, il voyait également une créature sensible, douée de pensées et de sentiments. S'ils lui paraissaient étranges, pour ne pas dire étrangers, il savait que les mêmes préoccupations traversaient certains des siens, même s'il se refusait à le lui dire. Il avait du mal à admettre, malgré ce que sa raison - partie terriblement infime de son esprit - lui hurlait, qu'elle pouvait être comme lui... que les Occidentaux et les Orientaux étaient identiques. Au-delà des différences physiques qui les caractérisaient, il les voyait comme une race à part, aussi différente de lui que le chien l'était du chat. Et pourtant, ils pensaient pareil, agissaient pareil, et semblaient avoir beaucoup en commun. C'était en tout cas la conviction d'Eliah, qui allait même plus loin en semblant croire qu'ils étaient identiques. Les seules différences proviendraient, d'après elles, de leur éducation. Il ne pouvait pas le concevoir. Ce n'était pas le même sang qui coulait dans leurs veines, pas la même fougue qui agitait leurs cœurs. Il tenait pour preuve le fait que, précisément, ils n'arrivaient pas à se comprendre quand bien même ils se tendaient l'un vers l'autre dans l'espoir d'arriver à une réponse satisfaisante.

Lui ne pouvait surmonter l'idée qu'ils étaient différents, elle ne pouvait pas admettre qu'ils n'étaient pas semblables. Partant de ces deux mondes opposés, il leur était extrêmement difficile de communiquer, d'échanger à un plan autre que celui de la pure information. Ils ne pouvaient se transmettre leurs émotions, expliquer ce qu'ils ressentaient, car ce qui pour l'un était banal et normal semblait horrible et extraordinaire à l'autre. Et pourtant, Eliah continuait inlassablement à le harceler de questions. Elle semblait croire qu'en cherchant minutieusement la réponse, elle parviendrait à le comprendre. Rokh, lui, avait depuis longtemps compris qu'elle ne verrait jamais les choses à sa manière, et il essayait de se faire une raison. C'était l'attitude d'un soldat, stoïque devant l'inévitable, concentrant ses forces sur ce qui était encore digne d'intérêt. Elle était une jeune femme idéaliste, portée à combattre même quand il n'y avait plus d'espoir, puisant d'immenses ressources quand elle était au pied du mur. Deux conceptions différentes, deux esprits différents, deux mondes différents. Il se décida toutefois à lui parler, au moins parce qu'ils le lui devait bien. Elle l'avait soigné alors qu'elle aurait pu le tuer, et il ne s'était pas montré très correct avec elle. S'il ne regrettait pas son comportement, il n'était pas un être mesquin, et il ne prenait pas plaisir à faire souffrir les gens. Même quand il combattait, il préférait donner la mort rapidement et proprement, sans fioritures.

- Ce qui m'a fait venir ici ? Demanda-t-il enfin. Une série d'erreurs, Eliah. Une série d'erreurs...

Il ne savait pas par où commencer. Il ne savait même pas s'il voulait commencer. Sa vie entière avait été jalonnée par des décisions hâtives, motivées par son caractère impétueux. On lui avait toujours dit qu'il devrait apprendre à le canaliser un jour. Il y était enfin parvenu, prisonnier des Occidentaux, après avoir remis en cause la raison même de son existence, ses propres capacités... tout ce qui était central dans sa vie. Mais il se rendait compte, également, qu'il était trop tard. Beaucoup trop tard. Eliah, devant son silence, enchaîna sur une autre volée de questions qui le ramenèrent brutalement à la réalité. Cette fois, il en sourit. Il ne pouvait pas faire autrement, car il voyait dans son attitude la résolution des plus grands guerriers, déterminés à aller au bout de leur quête. Il trouvait cela curieux de voir tant d'énergie consacrée à un objectif que lui-même considérait comme futile. A quoi bon essayer de comprendre l'autre quand c'est impossible ? Et pourtant elle essayait, presque désespérément, et il ne pouvait pas lui mettre de bâtons dans les roues :

- Vous ne comprenez pas, Eliah... Ce n'est pas une question de fierté, bien que je doive reconnaître que cette émotion occupe une place importante. C'est une question de destin. J'ai été élevé, entraîné, formé dans ce but. J'ai été créé pour servir, tuer sur un champ de bataille au nom de ma Reine. Rien de plus. Nos vies ne sont pas comparables. Et puis vous vous trompez... personne ne me regretterait...

Sur ce dernier point, il venait de mentir, et cela se vit sur son visage. Il était bien trop franc et honnête pour savoir habilement dissimuler ce genre de choses. Pourtant, c'était la première fois qu'il lui mentait consciemment, délibérément. Il avait ses propres raisons de le faire, mais il vit dans le regard d'Eliah qu'elle avait compris, et qu'elle réfléchissait à tout ce que cela pouvait impliquer. Mais comment revenir en arrière maintenant qu'il avait parlé. Il ne le pouvait pas. Il décida de changer de sujet, et de répondre à ses autres interrogations. Alors, il inspira profondément, pesant ses mots. Il cherchait comment lui faire entendre la situation sans trop la brusquer, mais il n'y avait pas mille façons de lui annoncer la vérité :

- Toute votre vie, vous avez aspiré à découvrir de nouvelles choses, et vous ne pouvez pas concevoir l'existence sans nouveauté. C'est ainsi. J'ai été élevé différemment, et j'ai toujours aspiré à mourir honorablement, l'arme à la main. Vous devez me trouver bien froid, et bien fataliste, et peut-être avez-vous raison. Même aux yeux des miens, je passe pour un être étrange. Mais quoi qu'il en soit, je m'estimerais chanceux si je vivais jusqu'à mes trente ans...

Il sentit que ces mots n'étaient pas les plus appropriés. Après tout, ne venait-elle pas de lui faire comprendre qu'il était jeune, et qu'il devait profiter d'une longue vie pour découvrir beaucoup de choses ? Comprendrait-elle s'il lui disait que dans son clan, moins d'un guerrier sur cinq dépassait quarante ans ? Non pas qu'ils fussent de mauvais combattants, bien au contraire, mais ils étaient élevés dans une tradition militaire rigoureuse, et ils étaient formés à rechercher la mort au combat. Sur le champ d'honneur, ils cherchaient toujours l'adversaire le plus fort, s'engageaient toujours contre autant d'ennemis que possible, et mouraient en essayant d'en emporter autant que possible. On racontait parmi les siens que Sênmurw dit Le Glorieux, son grand-père, avait un jour affronté cinquante adversaires en même temps. Et à chaque fois qu'il en tuait un, il exhortait les autres à lui porter un coup fatal. Il avait recherché la mort sans ciller, l'avait appelée avec tant de force, qu'elle avait pris peur et avait tourné les talons. Lorsque le cinquantième adversaire fut mort, et qu'il revint parmi les siens, on s'inclina devant lui, et il fut honoré par tous. Il vécut une longue vie heureuse, forma de nombreux guerriers - qu'ils fussent du clan ou non -, mais il déclara qu'il n'aurait de cesse d'avoir rencontré et tué la mort elle-même. A soixante-quatorze ans, il perdit la vie dans l'Est du Rhûn, tué dans une violente escarmouche. Quand on retrouva son corps, il était entouré de celui de dix adversaires, et il portait cinq blessures dont chacune aurait tué un homme. Cette histoire, dont certains disaient qu'il s'agissait d'une légende, avait bercé la jeunesse de Rokh, et avait forgé son caractère et ses ambitions. Il ne pouvait pas l'expliquer en détail à Eliah, car ce récit aurait été bien long et elle aurait eu peine à saisir l'essence martiale de celui-ci, aussi se contenta-t-il d'ajouter :

- Rappelez-vous simplement que je devrais être mort à l'heure actuelle. Le Maréchal m'a épargné, mais je devrais être mort...

Eliah paraissait avoir envie de s'éloigner, comme si marcher pouvait l'aider à réfléchir. Rokh était plutôt du genre à penser dans le calme et la solitude, mais au cours de son passage chez l'OCF, il avait vu des comportements très différents de ceux dont il avait l'habitude. Pour ainsi dire, parmi les Cataphractes de Rhûn, on ne réfléchissait pas beaucoup. Non pas que les hommes ne fussent pas intelligents, mais ils étaient sous l'autorité directe d'un supérieur hiérarchique souvent tyrannique, qui leur demandait en règle générale toujours la même chose : "chargez, et tuez tout sur votre passage". Un ordre clair, qui soulevait une vague de satisfaction chez les guerriers. Mais dans l'OCF, il avait été au contact d'officiers qui cherchaient des solutions compliquées à des problèmes pourtant simples. Et alors qu'ils réfléchissaient, ils occupaient l'espace en marchant de long en large, comme d'étranges marionnettes baladées de droite à gauche. Eliah semblait avoir besoin d'avancer pour penser, aussi le guerrier suivit-il sa route, acceptant de céder à sa traction dénuée de force mais non dénuée de volonté.

Il se cala à sa vitesse, pour qu'elle n'eût pas besoin de s'arracher l'épaule à essayer de le faire bouger, et il attendit patiemment qu'elle reprît la parole. Elle devait de toute évidence essayer de digérer ce qu'il venait de lui dire, et de modifier le tableau de la situation qu'elle peignait mentalement. Ils prirent la direction des remparts détruits d'Allgbourr, d'Albdourg... bref, de la cité, mais Eliah paraissait ne pas prêter grande attention à l'endroit où ses pas la menaient, et Rokh supposa qu'elle n'avait pas de but de précis. Le chien, visiblement joyeux de pouvoir aller se promener, leur emboîta le pas en gambadant, laissant de minuscules traces dans la neige avec ses pattes légères. Il prenait parfois la tête, puis revenait sur ses pas leur tourner autour, avant de s'arrêter pour renifler un coin de mur, avec la fougue de la jeunesse. Rokh, du coin de l'œil, suivait son manège en espérant que le quadrupède ne se perdrait pas. Eliah le tira de ces considérations bien indignes d'un guerrier de sa trempe, en lui demandant s'il se sentait mieux. L'habitude militaire le poussa à répondre d'une voix un peu plus sèche qu'il ne l'aurait voulue :

- Beaucoup mieux. La plaie s'est refermée, et je devrais pouvoir reprendre du service dans les temps.

Une vie de réponses stéréotypées, prononcées sur un ton martial, ne pouvait pas être gommée en si peu de temps. Il ne s'en voulut même pas une seule seconde, presque convaincu d'avoir répondu correctement. Après tout, qu'aurait-elle pu vouloir dire d'autre ? De toute évidence, Eliah avait un grand nombre de questions à lui poser, et à chaque fois qu'il répondait, il semblait l'orienter vers de nouveaux chemins de réflexion qui la poussaient à interroger encore et encore. Il se demandait si son acharnement allait finir par payer, et si elle allait entrevoir la logique de sa position, ou si elle se heurterait indéfiniment au mur que lui avait considéré comme infranchissable. Comme si elle essayait de le désarçonner en détournant son attention, elle lui posa une question sans rapport, qui lui fit hausser un sourcil. Il y répondit toutefois, curieux de voir ce qu'elle ferait de ce qu'il allait dire :

- Je pense continuer ma rééducation. Mon corps récupère vite, merci à Melkor, et j'ai l'impression que votre suture était de très bonne qualité. La seule chose que j'apprécierais serait d'aller voir un forgeron digne de ce nom. Mon armure, ma cotte et mon heaume ont été malmenés durant la bataille. Je pense qu'un artisan habile devrait pouvoir les réparer. Toutefois, ce sont des Nains qui les ont forgés, et je préférerais ne pas les confier à n'importe qui.

Il avait dit cela sur un ton parfaitement anodin, peut-être parce qu'il croyait que les Nains arpentaient les terres de l'Ouest comme les Haradrim les terres du Sud. Il n'en avait pas vu beaucoup là où il était passé, mais cela ne signifiait pas qu'il n'y en avait pas. Et puisqu'on avait rapporté qu'un contingent de Nains avait défendu la porte de la forteresse pendant la bataille, et il n'avait pas de raisons de douter. Toutefois, il ignorait certainement que les armures naines - réputées pour leur excellente qualité - étaient rares et chères, et qu'on n'en trouvait pas facilement dans les terres du Rohan. Mais Eliah semblait être passée à quelque chose de totalement différent, et elle enchaîna sur Farma. Un sujet qui le laissa un peu perplexe :

- Je ne la connais pas mieux que quiconque, lâcha-t-il. J'ai eu l'occasion de la voir, en privé et en public, et je pense avoir saisi l'essentiel. C'est une femme de caractère, fière et indépendante, comme les femmes de Rhûn. Mais elle souffre, et cela se voit : elle désespère de revoir son époux, cela se voit, et elle pleure la mort de son enfant, même si elle n'en laisse rien paraître.

Rokh parlait avec beaucoup de facilité désormais. Il n'était pas connu pour être particulièrement bavard, mais Eliah avait trouvé le moyen de le mettre à l'aise. Là dehors, il n'y avait personne pour les écouter, et elle avait progressivement réussi à le mettre en confiance, ce qui n'était pas un mince exploit. Toutefois, il lui parla de Farma sans se soucier de savoir ce dont la jeune femme était au courant au préalable. Avait-elle eu vent de la disparition du fils du Maréchal avant même sa naissance ? Savait-elle à quoi cette infirmité quasi-totale était due ? Il l'ignorait, et l'idée qu'elle pût n'être au courant de rien ne lui traversa même pas l'esprit. Il n'était pas du genre à réfléchir longtemps avant de parler, aussi poursuivit-il :

- Je crois aussi qu'elle ne m'aime pas, mais je ne peux pas lui en vouloir. Son mari est parti en me laissant comme garde du corps, et je dois probablement lui rappeler son absence. Je sens que c'est une femme forte... mais j'ai bien peur que cette épreuve ne soit trop dure à surmonter, pour elle.

Il parlait avec le cœur, car bien qu'il tînt en grande estime les gens de son propre peuple, et qu'il méprisât fortement les gens d'ici, il ne connaissait personne qui aurait été capable de survivre à ce qu'elle avait enduré : un empoisonnement, une guerre civile, la perte de son enfant, la disparition de son mari, la responsabilité d'une cité en ruines et les divisons autour d'elles. C'était beaucoup, même pour l'âme la plus vaillante. Eliah s'était arrêtée, et elle le regardait comme si elle ne le voyait pas vraiment lui, comme si elle regardait en lui. Elle le dévisageait avec une insistance peu commune, et il se sentit gêné lorsque, de longues secondes après avoir achevé sa phrase, elle n'avait toujours pas répondu ou montré un quelconque signe indiquant qu'elle pouvait avoir entendu. Il toussota, pour la ramener à la réalité, et elle sembla émerger de ses pensées comme on sort d'un très long sommeil, sans savoir où on est ni ce qu'on fait là. Elle lui sortit une excuse bien étrange, évoqua la Lune, et se mit à rougir.

Rokh, intrigué, se tourna vers la Lune qui trônait paisiblement dans le ciel, en se demandant ce qu'elle avait bien voulu dire par là. Etait-elle en train de la contempler pendant tout ce temps ? S'était-il trompé ? Il trouvait cela curieux, et se demandait pourquoi elle avait eu cette absence. La Lune ne lui paraissait pas une explication bien cohérente. Et puis soudain, alors qu'il avait toujours le nez en l'air, il eut un mauvais pressentiment. Vraiment mauvais. La voix d'Eliah lorsqu'elle demanda au chien ce qu'il avait trouvé, les aboiements de celui-ci, et puis le raclement de bottes de cuir sur la neige. Ils n'étaient pas seuls. L'Oriental se retourna vivement, et plaça une main sur le bras d'Eliah, l'effleurant à peine, tandis qu'il interposait son corps entre elle et la ruelle devant laquelle le chien aboyait de plus belle. Le guerrier n'avait pas encore dégainé son épée, mais il était évident que quelque chose clochait, quand bien même il n'avait pas encore identifié quoi. La jeune femme ne pouvait pas voir son visage crispé, mais il était évident qu'il était prêt au combat : son cœur battait plus vite, et sa respiration était plus profonde. Ses muscles étaient contractés, parés à se détendre pour réagir à la moindre menace. Toute son attention était focalisée sur la masse sombre en mouvement, ombre parmi les ombres. Quelqu'un s'était tenu assis là, et venait de se lever.

- Qui va là ? Cria le Rhûnadan.

Varvad quitta son fourreau en un clin d'œil, dans un superbe mouvement circulaire, avant d'aller faire face à l'inconnu. La silhouette, plus grande et plus massive que Rokh, commença à avancer tout doucement, se rapprochant de la zone de lumière. Dans trois pas, elle y serait, et ils pourraient alors voir de qui il s'agissait. Le guerrier ne connaissait pas grand monde qui aurait osé avancer ainsi face à un guerrier armé, et les options qu'il avait en tête ne lui plaisaient pas vraiment. En temps normal, il aurait apprécié le défi, et aurait provoqué en duel l'impudent, mais il ne savait pas pourquoi il se trouvait là, et préférait être prudent. Surtout que la jeune femme était toujours derrière lui - il sentait sa manche contre le bout de son doigt -, et qu'elle ne semblait pas avoir trouvé la force de bouger. L'homme était à deux pas, désormais :

- Halte !

La voix du guerrier semblait ne pas suffire à arrêter l'individu qui lui faisait face. A mesure qu'il se rapprochait, les détails de sa silhouette devenaient de plus en plus clairs. Le premier qui frappa l'Oriental fut ce reflet argenté, cette longue langue d'acier qui quittait sa main. Son épée avait accroché un rayon de lumière, et le reflétait cruellement. L'arme était baissée, pour l'instant, mais qui pouvait dire à quelle vitesse elle allait filer vers la gorge tendue de Rokh, si celui-ci baissait sa garde ? Impossible à dire. L'homme était à un pas, désormais.

Cette fois, Rokh n'ajouta rien. Aucune menace n'était plus nécessaire. Il ne remarqua même pas les détails de sa tenue, la moitié de Mearas que l'on voyait dépasser sous la cape usée qu'il portait. Son uniforme de soldat du Rohan, maculé de boue et de sang, était déchiré en plusieurs endroits. Sa cotte de mailles avait connu des jours meilleurs, et il paraissait avancer avec précaution, comme s'il était blessé... ou comme s'il s'apprêtait à leur sauter dessus. Le combat risquait alors d'être féroce, et le Rhûnadan se souvint qu'il n'était pas là pour s'amuser. Il devait avant tout protéger la vie d'Eliah, sans quoi les conséquences pour lui seraient désastreuses :

- Eliah. Appela-t-il sans se retourner, d'une voix tendue.

Il ne comprenait pas pourquoi elle était toujours derrière lui. Il ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas pris la fuite. Elle le connaissait pourtant, et savait qu'il pouvait gérer ce genre de situations sans problème. Pourquoi restait-elle obstinément là ? Avait-elle vu quelque chose d'autre ? Avait-elle remarqué un détail qu'il n'avait pas vu ? Il n'avait plus le temps, désormais, il allait bientôt faire un pas dans la lumière, et ils seraient tous fixés.

- Eliah ! Gronda Rokh, conscient qu'il ne pourrait pas nécessairement vaincre cet adversaire et lui sauver la vie.

Mais elle était toujours là, inexplicablement. Au même moment, l'inconnu sortit de l'ombre, leur révélant à tous les deux son visage. Rokh expira profondément. Le calme avant la tempête. Un geste, un micro-déplacement suspect, et il se jetterait comme un fauve déchaîné sur son malheureux adversaire et le taillerait en pièces impitoyablement. Au milieu de cette tension énorme, Snow aboya une seule fois, et ce fut comme si un coup de tonnerre avait explosé dans le ciel.


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