L'Expédition à Arzawa

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Reznor
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Dim 21 Avr 2013 - 18:58
La barge avait glissé sur le fleuve, avançant contre le courant à la force de bras des rameurs installés dans les cales et grâce au vent qui par bonheur, avait soufflé dans la bonne direction. Par bonheur car la barge n'était pas une de ces galères marchandes équipée de rangées et rangées de rameurs, non ce n'était là qu'un mode de propulsion d'appoint, pour parer aux coups durs, et avec tous les prisonniers qui avaient été réassignés à d'autres tâches, il n'en restait pas des masses pour se contenter de faire marcher les rames. Ces derniers étaient évidemment les plus à plaindre, ils allaient rester ainsi enchaînés pour ainsi dire tout le temps. Pas que ceux qui aient été choisis pour figurer de Gondoriens ne soient pas attachés eux aussi. Ils allaient cependant jouir d'une plus grande liberté de mouvement, pour faire genre, une fois arrivés à Arzawa. Tout le monde avait été transféré, trois jours plus tôt, du navire où ils avaient été entassés comme prisonniers jusqu'à un autre navire pris à Methir, les cales remplies de précieuses marchandises de toutes sortes, mais à provenance principalement du Nord. Le transfert ne s'était pas effectué sans problèmes, avec ce temps de chien. Les deux navires avaient eu beau se coller autant qu'ils le puissent, ça n'avait pas empêché deux prisonniers de finir à la mer. Un avait été repêché avec une corde, l'autre avait disparu immédiatement. Et ce, uniquement depuis le bateau sur lequel se trouvait Jakov. Le Capitaine avait manifestement opéré une sélection similaire sur le deuxième bateau de prisonniers, c'était du moins ce qu'ils avaient du constater quand d'autres prisonniers à la peau pâlotte eurent été transféré de la même façon. Là aussi, ils furent deux à manquer leur coup et pas de chance pour eux, la mer fut la plus prompte à récupérer ses victimes. Trois hommes en moins en tout, cela n'avait eut de n'émouvoir ni Reznor, ni Vedraï. Sans doute avaient-ils bien songé que ça risquait d'arriver, et un quota devait être prévu. Cela permettait d'ailleurs de limiter la présence des prisonniers à bord. Les pirates, eux, étaient tout arrivés sans soucis sur le bateau de l'expédition.

Le bateau qui avait d'abord remonté l'Anduin, chose qui n'aurait pas manquée d'être risquée si il n'affichait pas des couleurs gondoriennes. Mais c'était le cas, donc il n'y avait pas grand chose à craindre. Ce serait plus tendu lorsque les pirates devraient remonter le fleuve. Cela signifiait longer les côtes de la Principauté de Dol Amroth sur plusieurs lieues ce qui voulait dire qu'il y avait de fortes chances de se faire repérer. Il faudrait profiter du temps et de la nuit,ce qui serait tout aussi périlleux. L'Anduin était mal connu de la plupart des Capitaines, ce qui n'était pas sans surprises vu que la dernière attaque d'Umbar sur le Gondor avait vu la flotte de faire désagréger. Mais le Poros se révélerait bien plus dangereux. La rivière était loin de la largeur de l'Anduin et ses rives rocailleuses, ses nombreux bancs de sable rendaient la navigation hasardeuse, même pour une barge de commerce, et même en plein jour comme se pouvait se le permettre le navire marchand à présent baptisé Aigle de Pelargir. Or les navires pirates n'avaient pas le luxe d'être tous équipés de fonds plats, et de plus, ils devraient faire leur approche finale de nuit, d'après les plans du Capitaine. Cela rendrait la navigation nettement moins aisée, terriblement périlleuse même, surtout que la rivière formait de nombreux méandres avant d'arriver à Arzawa.

Ce n'avait pas empêché l'Aigle de Pelargir, lui, d'atteindre la ville sans encombre, et de se présenter au port sans avoir à subir davantage de contrôles que ce qui était de tradition. C'était déjà une bonne nouvelle en soi, pour les pirates. Cela signifiait vraisemblablement que l'on avait pas encore eu vent ici de la capture de Methir et de la prise de certains des bateaux mouillant là. La navire, avait avoir passé les systèmes de défenses du port, était amarré à quai. L'équipage constata des fortins qui, paradoxalement, offraient une meilleure protection que ce qui avait été rencontré à Methir, alors qu'Arzawa était sensée être moins exposée d'une attaque navale. Ce n'était pas pour leur faire plaisir, mais leur expédition avait pour but de remédier à ces problèmes justement.


Vedraï était restée à bord tandis que celui qui avait été désigné comme capitaine du navire traitait avec la douane. C'était le second d'un capitaine fiable engagé par Reznor, Gondorien de souche, il serait crédible pour ce poste, tout comme Vedraï faisait crédible comme sa bourgeoise de fille l'accompagnant pour avoir du pays et se former quelque peu en négoces, toute fille qu'elle soit. C'était justement étrange de sa rappeler que fille elle était. Accoutrée comme elle était dans une robe et des fourrures soyeuses, on ne reconnaissait pas vraiment la pirate qu'elle était. Cela ne l'empêchait pas d'être la véritable chef des opérations, et comme c'était le faux capitaine qui était chargé de tous les tracas administratifs, les gérants du port tenant quand même à tenir, leur comptes, elle avait tout le temps de préparer le véritable but de l'expédition. En attendant l'approbation des douanes, les marchandises étaient bloquées à bord. Cela n'était en aucun cas un problème, comme rien n'interdisait les allées et venues des marins dans le port. Il était bien normal qu'il en profitent de retrouver la terre ferme, et il y avait assez à faire pour tous ceux que Vedraï avait envoyé débarquer.

"Jakov" fit la jeune femme. Elle n'avait pas manqué de remarquer que le garçon, ou la jeune fille plutôt, portait quelques traces de coups. Elle lui avait pourtant donné de quoi ce défendre. C'était toute autre chose que de savoir s'en servir. Il lui faudrait lui demander ce qui s'était passé, lorsqu'elle aurait l'occasion. Mais depuis qu'ils avaient embarqué, impossible de s'isoler avec qui que ce soit, ni même vraiment d'avoir du temps pour ça.
Elle lui présenta un jeune garçon, un mousse sur un des bateaux secondaires de Reznor. Moins âgé, qu'elle, mais appartenant au camps des pirates, lui. Ils étaient les deux plus jeunes du navires, les deux seuls qui soient encore des adolescents, et elle comptait s'en servir.

"Voici Lim. Vous allez débarquer, vous balader un peu dans la foule, vous faire oublier. Vous ne serez rien que des garçons de docks qui traînent... et puis vous irez faire un tour près des fortifications à l'entrée du port. Ayez l'air innocemment de vagabonder. Inutile d'essayer de faire discret, vous n'en seriez que plus repérables. Ayez l'air naturels, vous verrez bien quelque chose qui justifiera votre présence là-bas."

Après avoir donné quelques précisions de plus, elle les laissa aller.
Lim devait avoir quinze ans tout en plus, voire moins, selon son visage juvénile. Légèrement plus petit que Jakov, il paraissait aussi moins maigrichon, sans doute à cause de son meilleur traitement et du fait qu'il bossait dur, sur un navire. Et il était aussi nettement plus curieux, comme il s'en aperçut dès qu'ils eurent débarqué.

"Alors tu t'es fait choper à Methir, c'est ça ? Pas d'bol... Enfin, ça dépend, tu f'sais quoi là-bas ? C'est co marrant la vie de pirate, tu sais... L'aventure et tout..."

Ils prenaient le temps de flâner dans les ruelles, se fondre à la population, s'enfoncer dans les rues, tout ça dans le but de se faire oublier avant d'aller vers les guetteurs.

"C'est les pirates qui t'ont arrangé comme ça ? Tu t'es rebellé ou quoi qu'ils te foutent une rosse comme ça ?"
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Ryad Assad
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Ven 3 Mai 2013 - 12:13
HRP : Sorry pour le retard
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Arzawa.

Ils étaient enfin arrivés à destination. Le navire marchand capturé lors de l'attaque de Methir avait navigué à bonne allure, profitant sans nul doute des vents favorables bien que froids pour se glisser silencieusement jusqu'à cette ville portuaire fortifiée. Celle-ci, située relativement loin dans les terres, abritait une population relativement importante, mais surtout elle jouissait d'une tranquillité qui s'observait à chaque coin de rue. Certes, les gardes avaient effectué leurs contrôles avec sérieux, mais il s'agissait davantage de zèle que de véritable méfiance. Pour preuve, ils avaient laissé le navire avancer sans remarquer les armes cachées à bord, sans noter les regards suppliants de certains membres d'équipage un peu moins en forme que les autres. En effet, pirates et prisonniers s'étaient mélangés pour former un groupe hétéroclite qu'il serait compliqué de gérer. Le transfert des troupes avait posé quelques problèmes, et les captifs les moins habiles avaient fini par le fond, noyés ou broyés entre les deux navires qui s'étaient collés l'un à l'autre pour échanger hommes et marchandises. Mais grâce au savoir-faire des marins de métier, la barge ressemblait à s'y méprendre à un navire pacifique, et c'était désormais au cœur même d'Arzawa qu'il attendait, tel un serpent tapi dans l'ombre d'une maison attendant patiemment l'occasion parfaite pour frapper.

Jakov, à bord, s'affairait comme il le pouvait. Il ne connaissait rien à la navigation, mais il avait reçu l'ordre de ne pas le montrer, et il était depuis une bonne demi-heure occupé à récurer méticuleusement le pont du navire. Au moins, il n'était pas affecté aux manœuvres complexes, comme d'autres hommes d'équipage qui avaient les mains couvertes d'ampoules éclatées, à cause des frictions avec les cordes. Les pirates, eux, avaient l'habitude de ce genre de travaux, mais les artisans, les commerçants qui avaient été mis aux fers n'étaient pas familier de ce genre de tâches. Jakov, qui passait derrière eux, essayait de ne pas penser à l'horreur de la situation tandis qu'il s'efforçait de faire partir le sang avant qu'il ne s'incrustât dans le bois.

En nage, il souleva légèrement son bonnet pour s'essuyer le front, et ses yeux se posèrent sur la silhouette de Vedraï. La femme pirate avait troqué sa tenue habituelle contre une longue robe de très bonne facture qu'elle portait très bien, il fallait le dire. Elle se promenait avec une lenteur affectée, probablement pour ne pas abîmer ses précieux atours, et quiconque serait monté à bord l'aurait prise pour la fille du capitaine qu'elle prétendait être. Pourtant, de minuscules signes trahissaient qu'elle était véritablement à la tête de cette mission de première importance. Lorsque les autorités portuaires s'étaient approchées, et étaient montées à bord, c'était le capitaine officiel qui les avait reçues, mais tous les hommes de bord s'étaient tournés vers elle. En cas de dérapage, c'était sur son ordre uniquement que tous révéleraient leur véritable nature, et vendraient chèrement leur peau. En outre, lorsqu'elle marchait sur le navire, on n'entendait nul commentaire grivois ou mesquin comme il s'en fait d'ordinaire à bord des bateaux en présence d'une femme. Ici, non. Bien qu'habillée d'une luxueuse toilette, elle n'en demeurait pas moins seconde de Reznor, et elle avait visiblement gagné le respect de ses hommes à un point tel qu'aucun d'eux ne se risquait à plaisanter.

De tels détails n'avaient en soi pas grande importance, mais Jakov ne pouvait pas s'empêcher de les absorber, en se disant qu'ils pourraient peut-être s'avérer utiles par la suite. Il avait décidé d'obtempérer dans la mesure du possible, mais dès qu'il aurait une véritable occasion de s'échapper, il n'y manquerait pas, c'était certain. Son plan commençait déjà à se dessiner dans sa tête, et il attendait avec une certaine impatience que les hostilités commençassent. Dans le chaos de la bataille, il aurait très certainement l'espace nécessaire pour s'échapper.

Alors qu'il réfléchissait, la voix tranchante de Vedraï le tira de ses pensées. Bien malgré lui, il sursauta, et se releva immédiatement. Il approcha en baissant la tête, pour dissimuler les bleus qu'il portait depuis la veille. Il n'avait pas eu l'occasion de mettre la main sur un miroir pour les observer de plus près, mais il lui suffisait de passer ses doigts sur sa peau pour sentir une douleur lancinante. Fort heureusement, l'essentiel des marques se répandait sur son corps davantage que sur son visage. Cela lui faisait mal, mais il avait l'habitude de surmonter pire douleur, aussi n'en faisait-il pas grand cas. Jakov s'arrêta devant la femme pirate, qui lui montra du doigt un autre moussaillon, guère plus âgé que lui.

Il s'appelait Lim, et il n'avait pas l'air particulièrement méchant. Elle expliqua que leur mission allait consister à se renseigner discrètement sur les défenses de la ville, sans se faire repérer. Après tout, deux adolescents qui traînaient dans les rues n'avaient rien d'exceptionnel. Jakov ne connaissait pas une seule ville qui n'en comptât pas. Les temps étaient durs, et voir des gens errer n'avait plus rien d'inhabituel. Encore moins lorsqu'il s'agissait d'enfants. Les deux jeunes garçons hochèrent la tête simultanément, se fendant d'un "oui, madame", parfaitement synchronisé, et ils s'éloignèrent en direction des quais. Lim semblait être assez jeune, et il paraissait étonnant de le voir à bord d'un navire pirate non pas en tant que prisonnier, mais en tant que membre à part entière de l'équipage. Jakov se dit que sa vie n'avait pas dû être de tout repos, pour qu'il finît ainsi.

Quoi qu'il en fût, son rôle officieux était de surveiller Jakov, de l'empêcher de s'échapper dans les rues ou de prévenir les habitants que des pirates s'apprêtaient à les attaquer. Pour cela, il était prêt à parier que son camarade était armé, prêt à le tuer sans le moindre état d'âme au moindre signe suspect. Nul besoin de tenter le destin, donc. Jakov n'était pas prêt à risquer sa vie inutilement, surtout qu'il se retrouverait bien embêté, avec nulle part et personne où aller. Et puis défaire quelqu'un d'armé à mains nues nécessitait des compétences très particulières qu'un comédien ne possédait pas. Il risquait de se blesser, et cela n'arrangerait en rien ses affaires. Non. Il valait mieux jouer le jeu pour l'instant, et attendre le bon moment.

Jakov jeta un regard en coin au petit pirate tandis que celui-ci commençait à parler. Il avait l'air joyeux et de bonne humeur. Probablement que cette vie lui convenait. Un gosse en manque d'aventure, prêt à tout pour de l'or et de la gloire. Une gloire de pirate, certes, mais une gloire quand même. Il semblait tellement innocent qu'il était tentant de se laisser aller à une conversation libre, agréable, tranquille. En vérité, il était difficile de résister à son côté enfantin qui prenait le dessus sur sa condition de pirate. On avait presque envie de lui confier ses plans d'évasion, de tenter de le mettre dans sa poche pour obtenir un peu d'aide par après. Et pourtant... Jakov avait appris à se méfier des apparences. Il savait mieux que personne que les individus cachaient leur véritable personnalité derrière un masque. Et paradoxalement, c'était souvent les plus innocents qui en dissimulaient le plus. Conscient qu'il marchait sur des œufs, il prit une voix neutre et répondit à son collègue :

- J'essayais de gagner un peu d'argent à Methir. Je suis...j'étais comédien. Je faisais rire les enfants dans les rues. On me donnait quelques pièces. C'était pas facile tous les jours, mais au moins j'étais libre...

Il ne portait guère de chaînes en ce moment, mais il présenta ses deux mains collées ensembles, situation dans laquelle il se retrouverait dès que sauver les apparences ne serait plus nécessaire. Il s'était efforcé de prendre un regard un peu contrarié, sans cacher son ressentiment vis-à-vis des pirates. Si ce petit était chargé de faire remonter toutes les informations à Vedraï, autant ne pas paraître suspect en épousant la cause des pirates sans broncher. Il était évident que tous les prisonniers auraient préféré être libres. Cela allait de soi. Le dissimuler n'aurait servi à rien.

Ils continuaient à marcher tranquillement, échangeant quelques mots sans tenir une véritable conversation. C'était davantage le pirate qui posait les questions, et Jakov s'efforçait d'y répondre. Ils étaient en réalité concentrés sur la foule, observant leurs réactions. Ils vérifiaient que personne ne les suivait, en s'arrêtant de temps à autre pour observer les marchands, ou pour demander un renseignement. Mais leur véritable objectif demeurait bel et bien les défenses de la ville, desquelles ils ne tarderaient pas à se rapprocher.

Alors qu'ils se rapprochaient après être passés en plein cœur d'une foule très dense, Lim interrogea Jakov sur les marques qu'il avait sur le visage. Instinctivement, presque par pudeur, le jeune prisonnier les dissimula derrière sa main. Sa gêne était perceptible, mais il savait également qu'il devait fournir une réponse, sans quoi les choses paraîtraient suspectes. Dire que les pirates étaient responsables de cela était un mensonge qui risquait de se retourner contre lui après, si Vedraï en avait vent. Dire la vérité, ou tout du moins une partie, présentait de nombreux avantages : instaurer le doute au sein de l'équipage, arroser la graine de la trahison déjà plantée la veille au soir. Il répondit timidement :

- Non...C'étaient pas des pirates. Des prisonniers s'en sont pris à moi hier soir. Mais il faisait trop sombre, et j'ai pas vu qui c'était...

Il aurait pu s'arrêter là, mais il choisit de se tourner brutalement vers Lim. Dans ses yeux bleus suppliants, il y avait une lueur terrorisée qu'il imitait à merveille. Il attrapa le bras du garçon :

- Je t'en prie, ne dis rien à personne ! Si ça se sait, ils risquent de me tuer la prochaine fois !

Jakov avait fait preuve de beaucoup de talent dans son imitation, et il savait qu'il plaçait Lim dans une situation où il était tiraillé entre la volonté de l'aider, et son devoir envers Vedraï. Mais pour le prisonnier, les choses étaient assez proches. Qu'il lui révélât tout ou qu'il prît le parti de ne rien dire, cela arrangerait les affaires de Jakov. Dans le premier cas, il s'amuserait à voir la femme pirate s'inquiéter de savoir qu'une arme circulait parmi les captifs. Dans l'autre cas, il aurait réussi à créer un lien avec Lim, avec l'espoir de l'utiliser plus tard pour s'échapper. Mais en attendant, il devait faire très attention : il était toujours prisonnier, toujours sous la menace d'une sanction létale. Le moindre faux-pas signifiait la mort.

Un jeu très excitant.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Mar 21 Mai 2013 - 22:03
Lim avait du mal à cerner le jeune homme qui l'accompagnait. Il avait quand même l'air vachement soucieux, pour quelqu'un qui se baladait librement dans Arzawa. Bon, librement, oui, d'une certaine façon, mais le garçon pirate devait bien reconnaître que son collègue n'avait pas tort lorsqu'il regrettait ne pas être libre. Lim était après tout chargé lui-même de le surveiller, et d'agir si besoin était, parce que Vedraï craignait quand même bien naturellement que le jeune Jakov ne profite de l'escale pour leur fausser compagnie. Mais quand même, Lim trouvait qu'au final il n'avait pas été le plus mal lotis. Après tout, il avait quand même pu échapper aux cales et au pain sec pour se retrouver dans la mission principale de cette expédition pour prendre Arzawa. Un rôle important qui ne manquerait pas d'être récompensé au final, avec sans doute même pour Jakov la possibilité de retrouver la liberté. Mais pour faire quoi, Lim, se le demandait bien. Comme s'il y avait vraiment quelque chose d'intéressant dans la vie d'un comédien de rue. Il en avait vu souvent, lorsque, orphelin, il mendiait dans les rues de Pelargir. Les marins ricanaient devant une de leur farce ou s'esclaffaient d'une autre bouffonnerie, mais parfois seulement ils leur lançaient une pièce, mais rarement. Au moins eux cela leur arrivait de temps en temps, pas comme ces marchands locaux qui s'estimaient bien au-dessus de ça, et qui ne ne souciaient ni des saltimbanques, ni de mendiants. Pas qu'il y ait une si grande différence que ça au final, ceux qui vivaient de leur art n'avaient pas souvent plus de piécettes que lui à la fin de leur journée. C'était différent, bien sûr, maintenant, il était un pirate, plus un mendiant. Il avait vu d'autres comédiens de rue, à Umbar, et c'était un genre bien différent qu'à Pelargir. Les pièces étaient plus ripaudes, l'humour graveleux et sordibes et les scènes entrecoupées de chansons paillardes. On y riait de sexe et de tromperies, de pillages, de ruses et ça finissait toujours par une scène de beuverie, d'abord théâtrale, mais qui devenait bien vite réelle. Et souvent le succès était plus franc. Les comédiens étaient abreuvés de toutes parts et repartaient souvent avec un joli pactole, si ils gardaient suffisamment d'esprit que pour ne pas le rendre en tournées généreuses. S'il voulait reprendre son vieux "métier", Umbar était l'endroit où aller, songea Lim, et il se dit qu'il faudrait le conseiller à Jakov. Mais au final, il ne doutait pas que le garçon préférerait l'aventure. C'est vrai quoi, il menait la belle vie depuis que Reznor l'avait recueilli. Le travail pouvait être dur parfois, mais il pouvait difficilement être plus libre et c'était l'aventure... L'aventure ! Lim était convaincu que quelques jours de piraterie ne pouvaient manquer de laisser à n'importe qui l'impression qu'il n'y avait pas de meilleur métier au monde.

Ce n'est qu'après que Jakov ait répondu à sa question sur les traces de coup qui marquaient son visage que Lim comprit un peu mieux la situation. Il avait attendu un peu avant de mentionner ce sujet, il hésitait, c'était peut-être quelque brusquerie pirate qui rendait son collègue si mal à l'aise. La vérité n'en était rien, et elle était plus préoccupante, dans un sens. Parce que ça pouvait signifier des sacrés ennuis en perspective.

"Oh! Mais.. mais pourquoi y ont fait ça ? Z'êtes tous dans la même galère, ça sert à quoi de vous taper entre vous ? Et surtout toi, t'es l'plus jeune, qu'est-ce qui te voulaient ?"

Malgré le malaise évident que créait cette conversation, Lim ne pouvait s'empêcher de vouloir en savoir plus, de satisfaire sa curiosité. Il ne s'était pas vraiment imaginé que les prisonniers agissent comme ça, surtout ceux qui avaient l'opportunité de passer dans le bon cas. Et il fut tout également surpris lorsque Jakov le supplia de taire ce secret.

"Mais... ça peut pas continuer comme ça... écoute... d'accord, tant qu'on sait pas qui c'est on fait rien, mais si ça se reproduit, faut que tu sois sur tes gardes, faut que te reconnaisses qui c'est là et là tu devras plus avoir peur de tout raconter, c'est eux qui vont passer un sale quart d'heure..."

Quand même, les prisonniers qui se cognaient entre eux. Lim se demandait s'il ne devrait pas en parler directement à Vedraï quand même. La seconde ne ferait de toute façon rien sans savoir qui étaient fautifs, de toute façon, et c'était quand même mieux qu'elle sache qu'il y avait des troubles.
Mais parler de tout cela ne faisait pas vraiment avancer leur mission et ils arrivaient près du corps de garde.

"Bon écoute, y faut qu'on trouve combien y a de guetteurs, comment y font pour communiquer les alertes, voir si y a des trucs pour bloquer l'entrée du port ou quoi, combien y a de types sur les défenses et si y a moyen de les enfermer dans un fortin ou quoi..."

Le poste de garde adossée aux murailles à l'entrée du port était manifestement le bâtiment principal des guetteurs, la tour se trouvant en face, de l'autre côté du bras d'eau, n'étant manifestement qu'un édifice secondaire, isolé et sans comparaison avec le premier.

"Ecoute, t'es comédien, moi je sais pas mentir... vaut ptet mieux que c'est toi qui va le plus près comme ça tu peux inventer une excuse, moi j'inspecte de dehors... mais je reste tout près de toi hein !"

***

La ville avait beau avoir été perdue et reprise une fois, rien n'avait vraiment changé au final, même si une partie de la ville avait été passée par le feu. Tout avait été reconstruit en suivant les plans originaux et, si on voyait par ci par là que les pierres et les boiseries étaient nouvelles, Vedraï arrivait encore à se retrouver dans la ville comme si elle ne l'avait quittée qu'hier. C'était étrange d'être de retour ici après tout ce temps, encore plus étrange de s'y retrouver ainsi parée de beau atours et avec deux gardes du corps la suivant à la trace, pour maintenir les apparences. Bien sûr, à l'époque, son père n'avait jamais toléré qu'elle se promène seule dans la ville, mais cela ne l'avait jamais empêché d'en faire qu'à sa tête, comme on pouvait s'en douter. Ces ruelles elle les avait arpentées tant de fois, de jour de nuit, par tous les temps, si bien qu'elle n'eût aucun mal à retrouver le but de son escapade.
Seulement, son chemin la menait Place des Oliviers, et elle redoutait ce qu'elle allait trouver là. Aussi sa surprise fut grande lorsqu'elle constata que la villa Gelin était pour ainsi dire intacte. C'était quelque chose que de revoir cette maison où elle avait vécu, c'était encore plus saisissant de la revoir quasi inchangée. Certes, les portes et clôtures avaient du être changés, sans doute avaient-ils été défoncés dans l'attaque, certes quelques murs avaient du être réparés, mais c'était si peu. Ce qui était encore plus saisissant encore étaient les deux personnes qui en sortaient. Elle les aurait reconnu entre milles. Svarn, le cuisinier, c'était à lui qu'elle avait volé des vêtements pour sa fugue. Ses cheveux commençaient à être clairsemés de gris mais il n'avait pas changé. Et la vieille Sonia, les cheveux tout blancs, eux. Elle s'arrêta net en les voyant, et son coeur fit de même un instant. Etait-il possible qu'il la reconnaisse comme elle les avait reconnus ? Elle se rassura, elle avait bien changé. Ils la connaissaient comme une jeune fille bien habillée et maquillée, pas comme une pirate. Oui, mais n'était-elle pas justement coiffée élégamment, toute coquette dans ses beaux atours ? Son coeur se remit à battre à toute vitesse lorsqu'elle remarqua qu'ils allaient vers elle. Ils allaient passer à côté... Ils ne la remarquaient pas cependant, ils était en pleine discussion, Eru soit loué.

"C'est pas que ça me gêne de tenir pépère la villa, mais voir un des maîtres revenir ici de temps en temps, ça me donnerait moins l'impression d'avoir été oublié ici, quand même... Et si c'est vrai les nouvelles là de Linhir, ça risque pas de changer..." faisait Svarn

"Ah ça" répondit Sonia "pour sûr, si c'est pas juste des rumeurs.. Quand même, ce serait quelqu'chose, qui aurait imaginé maître Alcide un jour succéder à..."

Ouf, ils étaient passés. Tant mieux. Le coeur de Vedraï avait encore fait un bond lorsqu'ils avaient mentionné son oncle. Mais heureusement, tout semblait laisser entendre dans leur conversation que personne de sa famille n'était sur place. Elle n'osait imaginer comment elle aurait réagi si une de ses soeurs occupait la villa pour le moment... Les domestiques poseraient problèmes aussi, évidemment, mais c'était moins grave. Elle pouvait maintenant continuer sa route.
La caserne principale n'avait pas bougé. Le puits qui alimentait celle-ci non plus. Quelle sottise de ne pas avoir bâti la cour autours plutôt que d'utiliser ce point d'eau également à la disposition de la rue. Cela signifiait que des habitants allaient être empoisonnés aussi. Vedraï ne s'en émut pas. Des civils mourraient de toute façon dans l'attaque de la ville. Et diluer comme ça, le poison ne serait de toute façon pas mortel. Juste assez pour que la plupart des soldats se sentent extrêmement mal le jour de l'assaut. Qui était imminent. Vedräi versa discrètement le flacon, fit semblant de flâner un peu, puis s'en fut vers la place du marché.
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Ryad Assad
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Mer 22 Mai 2013 - 20:44
Une odeur de petit pain flottait dans l'air, non loin des quais. C'était l'odeur caractéristique de la paix, de la tranquillité d'esprit et non celle de l'inquiétude, de l'attente de la bataille. Comment penser à faire des petits pains alors que les pirates attaquaient ? C'était un signe qui ne trompait pas, d'ordinaire : quand la guerre s'apprêtait à déchirer un endroit, l'heure n'était plus à la cuisine. Partout, les gens semblaient discuter comme si de rien n'était, comme s'ils n'étaient pas au courant qu'une flotte ennemie, menée par un des Neufs en personne, attendait de fondre sur eux dès que leurs défenses seraient neutralisées. Les gardes qui déambulaient dans les rues paraissaient peut-être plus anxieux que la plupart des civils, mais ils ne présentaient pas l'inquiétude caractéristique de ceux qui se doutent de quelque chose. Ils étaient là, comme des victimes sacrificielles encore inconscientes de leur statut, et qui ne tentaient rien pour se sauver ou pour sauver leurs proches. Si Jakov avait été moins attentif aux expressions que prenait son visage, il se serait laissé aller à sourire devant ce spectacle. Les pirates étaient déjà infiltrés au cœur de la ville, alors que les défenseurs n'avaient toujours pas le moindre soupçon. Les deux garçons s'écartèrent prestement du passage d'un groupe de soldats qui fendait la foule en jetant des regards peu amènes autour d'eux. Les deux derniers, moins professionnels que les autres, discutaient à haute voix de leurs soucis personnels. "Mes gosses me manquent un peu", disait le premier. "A moi aussi, Val'. Mais il y a plus de boulot à Dur'Zork qu'ici, c'est clair", lui répondait le second. Le prisonnier n'eut pas le temps de capter la fin de cette conversations, les hommes étaient déjà happés par la foule. Cette distraction lui rappela que Lim, le jeune garçon chargé de l'accompagner, était toujours en train de parler.

Jakov avait écouté d'une oreille distraite, mais il avait capté l'essentiel, et ce que lui suggérait son compagnon de mission ne lui paraissait pas insensé. S'il avait vraiment désiré s'inclure dans l'équipage pirate, il se serait effectivement empressé d'aller voir Vedraï pour lui signifier qu'un des prisonniers était désormais armé. Mais la femme pirate n'aurait jamais dû confier une arme à une de leurs prises, et elle risquait d'avoir du mal à justifier son acte auprès de ses hommes, et il serait plus amusant d'attendre que les pirates découvrissent un des leurs égorgé avant de lui confier la vérité. Cela n'en serait que plus drôle encore. S'arrachant à ces pensées qui le distrayaient de sa mission, Jakov se tourna vers Lim, et lui répondit :

- Oublions cette histoire... je veux pas me faire tuer pour avoir parlé, moi. A moins de me sortir de la cale où dorment les prisonniers, je vois pas comment je pourrais être en sécurité sur ce bateau, alors autant me taire. Peut-être qu'ils ne reviendront pas.

Il avait lancé ça sur un ton parfaitement innocent, mais il espérait bien que le moussaillon allait entrapercevoir un début de solution. S'il avait l'obligeance de remonter l'information jusqu'à Vedraï, Jakov pouvait espérer dormir à l'abri les nuits suivantes. Cela le rapprocherait de la sortie, et lui fournirait ainsi davantage de chances de s'échapper du navire sur lequel il était coincé. Mais cela revenait à faire confiance à des pirates qui pouvaient tout aussi bien décider, pour le plaisir, de le laisser traîner avec ceux qui lui voulaient du mal. Et là, malgré toute l'assurance du jeune captif, les choses pouvaient déraper hors de tout contrôle. Afin d'éviter cela, il insista auprès du mousse :

- Tu ne diras rien, hein ? N'oublie pas que tu as promis !

Les deux jeunes s'arrêtèrent dans un endroit tranquille, et commencèrent à discuter de la suite des évènements. Leur mission était de se renseigner sur le système de défense de la ville, ce qui pouvait se révéler crucial pour la suite. Le succès de l'assaut des pirates pouvait dépendre de comment ils neutraliseraient les gardes de la ville. Jakov songea un instant à ramener délibérément de fausses informations, mais il se dit qu'il valait mieux se trouver du côté des vainqueurs plutôt que celui des vaincus. Les villageois risquaient d'avoir du mal à faire la différence entre pirates et prisonniers, et le jeune garçon n'avait pas particulièrement envie de finir pendu après avoir été jugé de manière expéditive par la foule déchaînée. Mieux valaient quelques centaines de morts supplémentaires plutôt que de risquer sa vie.

Lim n'était visiblement pas très confiant quant à cette mission, et il encouragea Jakov à s'avancer seul pour récupérer des informations. L'idée n'était pas mauvaise, car en se séparant, ils auraient probablement l'air moins louches, tous les deux. Deux gosses qui venaient poser des questions avaient naturellement de quoi éveiller les soupçons des gardes, même des moins sérieux d'entre eux. Cependant, il ne fallait pas y voir une porte de sortie, et Lim s'empressa de rappeler à son compagnon qu'il ne serait jamais loin, même s'il continuerait de flâner à l'extérieur. De toutes façons, il ne semblait pas y avoir d'autres portes qui sortaient du bâtiment des gardes, et il paraissait absurde de vouloir semer les pirates à la veille de leur attaque. Même si Jakov voulait avertir les défenseurs, il n'empêcherait pas le carnage, et il y avait de bonnes chances pour qu'il finît embroché par ceux qui actuellement lui promettaient la vie en échange d'informations. Il lança un sourire désabusé à Lim, qui en disait long sur ce qu'il pensait des méthodes des pirates :

- La confiance règne, je vois...Mais ne t'inquiète pas, je sais où est mon intérêt.

Sur ces mots, le jeune garçon s'éloigna. Il traversa la rue, se fondant dans la foule, pour arriver finalement de l'autre côté, le souffle court comme s'il avait été un nageur et la foule une rivière aux courants rapides. Il prit un instant pour retrouver une contenance, et s'avança d'un pas assuré vers le bâtiment des gardes. Il y avait un factionnaire à l'entrée, qui le considéra rapidement, avant de lui demander d'un ton sans douceur ce qu'il venait foutre dans le coin pardi.

- Je viens voir mon père, répondit Jakov d'une voix indéniablement féminine. Puis-je entrer ?

Le gardien haussa un sourcil, et s'écarta pour la laisser entrer, avant de lui emboîter le pas. La première étape était réalisée, mais il allait falloir jouer serré pour ne pas être expulsée sauvagement, ou pire : capturée et interrogée. Une fois à l'intérieur, elle retira son bonnet, libérant une cascade de cheveux noirs qui tombèrent en désordre sur ses épaules. Elle les arrangea sommairement, et répéta à l'attention du garde :

- Je viens voir mon père. Val'.

C'était la seule chose qu'elle avait perçu de la conversation des gardes qu'elle avait croisés un peu plus tôt, et il fallait espérer que le type en face d'elle n'était pas une lumière. Mais il ne semblait pas avoir jamais gagné un concours d'éloquence, et il répondit un peu gêné :

- Vous voulez voir Valerian ?

Les "v" lui avaient visiblement posé un problème, et il essuya les postillons qui avaient coulé sur son menton. Jakov fit comme si elle n'avait rien vu, et se contenta d'un hochement de tête sérieux.

- Vous êtes Marta, c'est ça ?

Elle confirma immédiatement, tout en se demandant si ce n'était pas un piège tendu par son interlocuteur. Peut-être qu'il la testait pour savoir si son histoire tenait la route. Peut-être connaissait-il la fille du soldat, et posait-il cette question pour la piéger. Mais elle se souvint de la bave, et un sourire étincelant vint illuminer son visage. Le garde se gratta l'arrière du crâne, et lui fit signe bien maladroitement de monter à l'étage où se trouvaient de toute évidence les couchages des soldats. Certains devaient avoir une maison en ville, mais il semblait logique qu'ils aient un lieu où se reposer entre deux patrouilles. Il y avait plusieurs lits, mais difficile de dire si tous n'étaient occupés que par un seul homme.

- N'y a-t-il donc que vingt gardes dans une si grande ville ? Demanda-t-elle après avoir compté les lits.

L'homme se tourna vers elle, un peu surpris par la question. Elle prit son visage le plus charmant, et ses joues s'empourprèrent. Quel sot ! Il se mit à bafouiller, visiblement très mal à l'aise devant une personne qui de toute évidence avait envie de faire la conversation. Ce ne devait pas être tous les jours qu'une femme désirait échanger plus de deux mots avec lui. Il répondit :

- N...Non madame. Il y en a plein d'autres qui sont en ville.

- Plein ?

- Au moins cent !

Elle prit une mine surprise et impressionnée, et le garde se rengorgea en relevant le menton. Le sourire satisfait qu'il affichait sur son visage était si insupportable qu'il fallait avoir passé des années à jouer la comédie pour ne pas laisser l'affliction se peindre, même momentanément, sur ses traits. Content de lui, le soldat passa parmi les quelques hommes qui se trouvaient là, et qui étaient occupés à se reposer, ou à jouer aux cartes. Il fit le tour, mais ne trouva pas Val'. Comme prévu. Pendant qu'il mettait un soin tout particulier à son inspection, attirant les regards interloqués de ses compagnons, Jakov en profita pour observer au dehors par une petite fenêtre qui laissait difficilement rentrer un peu de lumière à l'intérieur de ce qui ressemblait davantage à un grenier qu'à un dortoir. Ses yeux se posèrent sur la tour de garde qui se trouvait en face, de l'autre côté du fleuve. Elle nota quelque chose à son sommet, une sorte de machine compliquée, qui semblait viser l'entrée du port.

- C'est une baliste, lança une voix qui la fit sursauter. Depuis qu'on l'a installée, les pirates ne sont plus revenus. Ca fait BAM et ensuite CRAAAC, et j'peux vous dire que les navires qui reçoivent ça, i' flottent plus.

- Ah...euh...Impressionnant !

Elle s'était reculée d'un pas, alors que le garde s'était rapproché beaucoup plus qu'il ne l'aurait dû, et beaucoup plus qu'elle ne pouvait le supporter. Afin de faire diversion, elle lui demanda si "son père" était là, finalement. Elle eut la satisfaction de voir la peine s'afficher dans les yeux du factionnaire, lorsqu'il répondit, penaud, que non.

- Mais vous reviendrez, n'est-ce pas ?

Elle pencha la tête comme seule les femmes savent le faire, et lui adressa un sourire à la fois indulgent et aguicheur. Le rouge lui monta aux joues et aux oreilles, tandis qu'il apparaissait encore plus benêt qu'il ne l'était déjà, ce qui n'était pas un mince exploit. D'une voix suave et douce, elle lui glissa à l'oreille :

- Soyez patient...Nous nous reverrons plus vite que vous ne pouvez l'espérer.

Sur ces mots, elle l'abandonna en pivotant sur ses talons. La manœuvre souleva ses cheveux noirs, qui vinrent danser devant le visage du gardien, qui en fut tout ébloui. Il demeura planté là, comme un piquet, incapable de parler. Et lorsque ses compagnons vinrent lui demander ce qu'il faisait là, il se contenta d'un "Wouhaoh..." langoureux. Pendant ce temps, Jakov avait remis son bonnet sur sa tête, dissimulant soigneusement ses cheveux, et perdant plusieurs années du même coup.

Il était sorti du bâtiment des gardes, et s'était dirigé vers la foule, pour se fondre dans la masse. Un mouvement avait attiré son regard, et il s'était dirigé vers Lim, qui lui même venait à sa rencontre. De toute évidence, le jeune pirate ne tenait pas à perdre de vue un prisonnier qui aurait potentiellement pu les laisser tomber. Il avait l'air impatient de conter ses découvertes à Jakov, car dans le laps de temps qui avait été accordé au détenu pour soutirer des informations aux gardes, il avait très probablement noté le tocsin, gardé en permanence par trois hommes, qui servait à alerter la ville en cas d'alerte. La cloche n'était pas grosse, mais elle devait résonner dans toute la ville en cas d'alerte. Les hommes, perchés là où aucun archer ne pouvait les toucher, dominaient le port et pouvaient ainsi noter tout navire suspect à l'approche. Il avait également dû remarquer les murs sur lesquels des archers pouvaient se positionner pour cribler de flèches les éventuels assaillants. Flèches qui étaient stockées non loin, et qui étaient gardées par deux soldats qui auraient tout donné pour être ailleurs. Enfin, s'il avait eu le temps de faire le tour du propriétaire, il avait peut-être remarqué que la caserne ne comprenait qu'une seule porte, afin d'éviter que les gardes ne pussent être pris en tenaille par d'éventuels ennemis. Une sage précaution, mais qui pouvait transformer les lieux en un piège duquel il était difficile de sortir.

Les deux jeunes se retournèrent pour voir si personne ne les suivait et, constatant qu'ils avaient été suffisamment discrets pour ne pas attirer l'attention, ils retournèrent au navire pour rapporter à Vedraï ce qu'ils avaient vu. Jakov espérait être récompensé, et il espérait que Lim intercèderait en sa faveur auprès de la femme pirate, qui peut-être pourrait l'aider à sortir des cales. Tandis que le plan d'attaque des pirates se mettait en place, le plan d'évasion de Jakov commençait à prendre une tournure intéressante...


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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