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Théomer
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Dim 23 Oct 2016 - 15:59
Infirmerie de Méduseld.

Des vitraux colorés des fenêtres, fines et élancées, une myriade de rayons colorés éclairent la vaste pièce d’une lumière apaisante. Les murs filtrent les bruits extérieurs en un fin bourdonnement d’ou ressort quelquefois le martèlement plus précis d’un marteau de forgeron ou le tintement de quelques armes en exercice.



Plusieurs lits sont alignés en rang le long des murs, parfois séparés par quelques teintures ou draps, ou bien une armoire remplie de linges. L’infirmerie est une des pièces les plus anciennes du château d’or, et le bois de ses portes, murs et poutres est tout aussi richement décoré que celui du hall principal, comprenant de multiples nervures dorées qui ont valu son nom et sa réputation à la demeure des seigneurs du Rohan.
La pièce sert tout autant d’apothicairerie royale que d’hospice pour la population et les jeunes dames de la cour qui en ont la charge prennent en charge autant les vieillards et souffrants d’Edoras, que les soldats blessés, ou les nobles malades.

Ce matin, l’infirmerie est calme, seuls deux septuagénaire souffreteux et un benjamin maladroit de l’armée s’étant blessé à l’entraînement du matin, requièrent les soins des dames de l’hospice. Bien qu’en réalité, il y ait un autre blessé qui occupe un lit dans un coin de la pièce. Les teintures sont tirées autour du malade, dont le torse et le bras gauche sont pansés, et la face ornée de plusieurs hématomes, et deux gardes en arme semblent veiller sur lui, ou bien le surveiller, plutôt que vouloir le protéger d’un quelconque risque.
L'homme a été retrouvé la veille, inconscient, allongé à côté d’une monture à bout de souffle, qui récupère actuellement aux écuries d’Edoras. Il portait une armure rohirrime, mas également une cape de la Garde Royale, et ce alors même qu’aucun membre de la Garde présent à Edoras n’a été capable de l’identifier. Ont également été retrouvé un cor, probablement celui qui lui a permis de lancer son appel de détresse avant que de perdre connaissance, de facture rohirrime, tout comme ses armes, et dans les replis de sa tunique, deux bouts de parchemin qui ont continué à entretenir le flou sur le personnage. Le premier est ce qui semble être une lettre de recommandation pour un dénommé Théomer, de la part de son père, adressé à un ancien compagnon d’armes, l’ancien Maréchal. Le second s’apparente fort à un contrat de mercenariat liant un certain Brodien à un employeur du nom d’Ignus, sans que rien de l’affaire ne soit mentionné sur le-dit contrat.


Qui est l’homme retrouvé inconscient, le soldat Théomer ou le mercenaire Brodien ? Quelles épreuves a-t-il traversé pour se retrouver aussi malmené ? Ou-a-t-il récupéré une cape de la garde rapprochée du roi ?
Ses multiples plaies ont été pansées, et depuis, ordres ont été donnés de surveiller son chevet jusqu’à ce qu’il reprenne connaissance et que l’affaire puisse être tirée au clair. Aucune plaie mortelle n’a été détecté par les hommes de science qui ont néanmoins du remboiter une épaule luxée, mais la multitude de ses lésions laissent présager d’un affrontement violent.  Depuis, les questions et paris s’enchaînent parmi les gardes qui se relaient auprès du suspect. Les uns tablent sur un mercenaire ayant eu maille avec un éored et s’étant emparé de la cap comme un trophée, les plus réfléchis arguent que le mystérieux cavalier semblant faire route vers Edoras et ayant soufflé du cor pour réclamer de l’aide, cette hypothèse est peu vraisemblable. Le doute demeure, mais les Gardes Royaux au courant de l’affaire regardent d’un mauvais œil cet inconnu ayant arboré leurs couleurs mais inconnu au sein de leur corps d’élite. Chez eux aussi les langues s’agitent et des hypothèses sont élaborées. On parle notamment beaucoup du capitaine Eofend parti il y a presque une semaine en mission, et dont on est resté sans nouvelles depuis.

Une infirmière se rapprochent et les gardes la laissent s’approcher du patient. Avec délicatesse, du revers de sa main, elle recherche une fièvre au front du patient, puis s’enquiert de l’état des pansements. Avec un sourire de satisfaction à l’attention des deux gardes, puis les pommettes rosissant sous l’action des deux regards qui lui sont renvoyés, elle repart.
Un des gardes en a profité pour admirer de plus près les armes retrouvées sur le blessé. Il y a notamment une hache dont la facture exotique a intrigué beaucoup de ses congénères. L’avis demandé à l’armurier de la cours a tranché pour une arme de facture naine, exceptionnellement bien équilibrée et tranchante. Une épée, de facture rohirrime plus classique a été retrouvée. L’arme quoique plus de première jeunesse, a néanmoins quelque noblesse, notamment dans ses quillons en acier paré d’argent, ouvragés et décorés en forme de buste de chevaux tandis que la fusée et le pommeau sont incrustés et décorés par des tresses teintées de rouge.
Rejoint dans son inspection par son compère, la tâche étant bien ennuyante il faut l’avouer, les deux gardes ne remarquent par de suite que l’homme commence à remuer dans son lit.


Tu te sens bien.
Paisible et détendu. Il te semble être allongé dans le plus moelleux des matelas, et sur ta peau tu crois ressentir les plus doux des draps. Un oasis de douceur et de tranquilité que tu as enfin trouvé et que tu ne voudrais pour rien au monde quitter.
Que tu as enfin trouvé…
Que s’est il passé réellement en fait ? Tu as traversé des épreuves mais quoi ? Tu peines à t’en souvenir, tes pensées sont toutes embrumées, et tu te sens si bien, comme si tu avais enfin pu te reposer après une trop longue et trop rude lutte. Comme si tu avais enfin eu le temps.
Le temps.
Depuis combien de temps es-tu dans cet état de léthargie ? Une doute s’instille en toi puis comme une bouffée de panique. En un instant, tous tes souvenirs te reviennent et t’agressent violemment alors que tu revis les moments d’horreur passés.

Tu te réveilles brusquement.

‘’NIVAFEL!EOFEND !’’

Tu es à moitié assis dans ton lit, en sueurs, alors que tu te rends alors compte de ce qui t’entoure, les murs richement décorés de la vaste pièce, les dams en robe qui accourent vers toi et les deux hommes en armes, surpris, et qui te dévisagent encore effrayés avant de reprendre contenance.
‘’Qu’est ce que je...’’

Tu ne connais pas l’endroit, même si il dégage quelque chose de vaguement familier. Un peu paniqué d’être au centre de l’attention des personnes autour de toi, tu cherches à te rappeler tes derniers souvenirs.
Oui… tu revois Edoras, tu étais tombé, et tu avais sonné du cor.
Edoras, les murs couverts de dorures.
Tu es arrivé à bon port.

‘’Va prévenir les autres, il est bien réveillé là je crois’’.

Un des soldats se rapproche de toi tandis que l’autre part à reculons. Pourquoi sont ils armés ? Les dames arrivent et te demandent de te rallonger, et tu constates alors seulement tes multiples pansements. Oui l’affrontement, le feu, les morts.
Le message. Edoras.

‘’ Je.. Attendez, je dois porter un message.’’
‘’Du calme mon gars, va falloir te ménager et répondre à certaines questions je crois.’’


Le message. Le soldat s’est donné un ton ferme, mais il n’est pas encore menacant, et l’épée est encore au fourreau. Une des infimières pousse un cri dépité et tu constates une auréole rouge qui est apparu sur un des pansements. On te rallonge presque de force.

‘’Je dois parler.. au Vice-Roi.’’

Le soldat te regarde plus gravement.
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Ryad Assad
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Lun 24 Oct 2016 - 15:33
L'infirmerie de Meduseld était peut-être encore le dernier havre de paix d'Edoras. La matinée était bien avancée, et les rayons d'un soleil qui n'avait pas encore atteint son zénith venaient transpercer les fenêtres pour dispenser une douce lumière à l'intérieur. Chacun s'affairait à son travail dans un silence religieux, et bien qu'il n'y eut personne ou presque sur les nombreux lits que les guérisseurs et guérisseuses tenaient prêts, rares étaient les mots échangés. Les gardes discutaient à voix basse, respectant la quiétude des lieux. Ils échangeaient quelques commentaires sur l'homme qu'ils devaient surveiller, et qui avait reçu tant d'attentions depuis son arrivée. Une des guérisseuses avait été assignée à son chevet, et c'était elle qui s'occupait de lui depuis qu'un jeune Capitaine de la Garde l'avait retrouvé. Elle était là par pur hasard quand les portes s'étaient ouvertes en grand, et qu'une demi-douzaine de soldats en armures étaient entrés avec fracas dans la pièce, brisant le silence en même temps qu'ils appelaient à l'aide. Elle avait lâché ce qu'elle faisait, et les avait rejoints prestement.

« Installez-le ici ! Attention, attention ! » Avait-elle ordonné avec une assurance conférée par l'angoisse.

L'homme qu'on lui amenait, indubitablement Rohirrim à en juger par ses traits et son armure, était en bien piteux état. Elle ignorait ce qu'il avait traversé, mais le résultat était aussi terrifiant que malsain. Ses blessures nombreuses suggéraient qu'il avait été engagé dans une bataille âpre, mais il y avait autre chose. Malheureusement, la guérisseuse avait eu son lot de blessés, et elle savait à quoi ressemblaient les entailles faites au combat. Une blessure, parfois deux, souvent suffisantes pour jeter un homme à terre et l'y laisser jusqu'à la fin des hostilités. Mais là… il était si couvert de bleus et d'entailles qu'elle aurait dit qu'il avait été méticuleusement passé à tabac. Son armure était encrassée, sa tunique roussie et noircie par endroits… Ses yeux affûtés avaient capté tout cela en une fraction de seconde, et elle avait accompagné les militaires alors qu'ils déposaient ce pauvre hère sur un lit propre. Elle avait été obligée de les pousser pour se frayer un chemin jusqu'au patient, qui semblait souffrir en outre de déshydratation.

« Je vais avoir besoin d'espace, s'il-vous-plaît. »

Ils lui obéirent sans rechigner. D'ordinaire, les hommes se montraient toujours un peu récalcitrants à écouter les directives d'une femme – jeune de surcroît – sauf quand cette femme tenait la vie d'un des leurs entre leurs mains. Alors, ils rentraient dans les rangs, et se montraient incroyablement disciplinés. Une voix ferme retentit, ordonnant aux soldats de quitter les lieux. La guérisseuse leva la tête un instant, et posa son regard sur un homme qu'elle avait déjà eu l'occasion de voir assez souvent traîner ici. Il ne devait pas savoir qui elle était, mais son séjour prolongé dans l'infirmerie avait fait parler, et elle n'ignorait pas qui était Learamn. Nul doute possible, c'était forcément lui. Les mêmes yeux volontaires malgré la douleur, et ces béquilles qui ne trompaient personne. Il avait l'air fatigué, épuisé même… probablement à cause des rumeurs qui couraient dans le Château d'Or, et que le Vice-Roi travaillait à calmer. Et puis il y avait cette femme étrange, l'Orientale, qui le suivait en permanence sans dire un mot. A son sujet aussi, on racontait beaucoup de choses. Rien d'agréable. On disait qu'elle était une espionne, une tueuse, ou encore une sorcière. Le simple fait de savoir qu'elle était là glaçait le sang de la jeune Rohirrim, qui revint bientôt à son patient.

Ses mains toujours fraîches glissèrent sur le cou du guerrier, sur sa nuque, à la recherche de blessures cachées qui n'auraient pas été décelables à l'œil nu. Elle poursuivit son examen en observant la cotte de mailles qu'il portait, cherchant un point d'enfoncement qui aurait trahi la présence d'une flèche. Elle voulait être prudente, car trop d'empressement pouvait conduire à faire des erreurs. Si elle touchait par erreur une blessure que ses nombreuses protections gardaient fermée, il pouvait se vider de son sang en quelques minutes, avant qu'elle eût localisé la plaie. Tout en procédant à son examen méticuleux, elle demanda au Capitaine Learamn s'il connaissait le patient.

Elle n'eût qu'un « non » pour réponse.

« Je vois », renvoya-t-elle laconiquement.

Pourtant, il portait aussi une cape d'officier de la Garde. N'étaient-ils pas censés se connaître ? Elle ravala sa question, se rappelant sa place, et continua son examen. Si elle avait demandé cela, c'était surtout parce qu'elle considérait que parler à ses patients et les appeler par leur prénom était une chose positive. Elle avait toujours cru que cela les aidait à aller mieux que d'entendre, dans leur profond sommeil, une voix douce les inviter à revenir dans le monde des vivants. La vérité, elle l'avait apprise durant la guerre civile, était qu'elle avait besoin de savoir leur nom pour ne pas cesser de ressentir de la compassion. Elle avait vu tant de blessés, tant de gens voués à mourir, qu'elle aurait pu devenir insensible et fermée, refusant de s'ouvrir et de ressentir la douleur et la tristesse de chaque perte. Elle avait fait en sorte que non… même si cela devait la faire regretter amèrement la mort de chaque âme que les ancêtres plaçaient entre ses mains.

Learamn l'avait observée un instant soigner les plaies, avant de lui donner des directives très claires et très précises. Premièrement, il voulait qu'elle l'appelât sitôt que le prisonnier se réveillerait : il voulait lui parler personnellement. Deuxièmement, il avait insisté pour que, sauf ordre contraire du Vice-Roi lui-même, le blessé ne fût autorisé à quitter les lieux. Il avait d'ailleurs décidé de la nommer responsable de son état de santé. Enfin, troisièmement, il lui avait fait savoir qu'il enverrait deux hommes se relayer pour être au chevet du blessé jour et nuit. Il n'avait pas précisé pourquoi, mais sur ses traits elle avait lu que quelque chose n'allait pas. Pourquoi surveiller un compagnon blessé ? Quelqu'un lui voulait-il encore du mal ? Ou bien était-ce lui le danger ? Elle se mordit l'intérieur des joues pour ne rien dire, et se contenta de hocher la tête, laissant le Capitaine et sa curieuse assistante quitter les lieux.

Au moment où il allait franchir les portes, cependant, elle ne put s'empêcher de l'appeler :

« Capitaine ! Transmettez nos vœux de rétablissement à Dame Aelyn. Si elle veut venir se reposer ici, elle sera la bienvenue. »

Sa phrase jeta un froid, puis Learamn quitta la pièce sans rien ajouter.

Tout cela s'était passé deux jours auparavant, et maintenant voilà que le prisonnier émergeait violemment de son sommeil, apparemment perdu et inquiet de sa situation. La guérisseuse n'était pas immédiatement à côté de lui, mais elle entendit ses cris. Elle lâcha les serviettes qu'elle était en train de suspendre à sécher, et accourut aussi vite qu'elle le pouvait au chevet du blessé. Trois novices étaient là, en train d'essayer de le maintenir en place, tandis que l'un des deux hommes de garde battait déjà en retraite. La Rohirrim l'attrapa pas le bras au passage, et lui souffla :

- Allez chercher le Capitaine Learamn, il a demandé à être prévenu immédiatement.

Il hocha la tête, et elle l'entendit courir dans les couloirs. Rapidement, elle reporta son attention sur le blessé, qui gesticulait en essayant toujours de quitter son couchage. Elle intervint en écartant le militaire qui lui parlait, puis les novices qui parlaient toutes en même temps pour tenter de le convaincre de rester tranquille. La guérisseuse, dont les yeux acérés ne manquaient jamais rien, remarqua immédiatement qu'il avait ré-ouvert une de ses blessures :

- Poussez-vous, poussez-vous, fit-elle aux plus jeunes qui s'écartèrent.

Elle arriva au chevet du guerrier, et plaqua sa main sur le pansement. Effet garanti. Premièrement, cela permettrait peut-être de limiter le saignement si la réouverture était minime. Une pression suffisamment forte et longue devrait suffire. Secondement, la douleur qui transperça le cavalier le jeta immédiatement sur le dos avec un grognement. Elle fit une moue, désolée de devoir employer ce petit stratagème pour parvenir à le contrôler, mais elle n'avait pas vraiment le choix. Pendant qu'il retrouvait son souffle, les yeux fermés pour endiguer la souffrance, elle donna ses ordres :

- Je m'occupe de lui, tout ira bien. Retournez à vos tâches. Quant à vous (lança-t-elle à l'attention du soldat), je vais avoir besoin d'espace. Il n'ira nulle part dans son état, et vous pouvez aussi bien le surveiller depuis là-bas.

Il plissa le nez, visiblement mécontent d'être écarté ainsi, mais s'exécuta tout de même. Quand une guérisseuse donnait des ordres concernant la sécurité d'un patient, même le Roi du Rohan se pliait à ses directives. Et il n'était pas le Roi. Le jeune guerrier recommençait à bouger sous ses doigts qui n'avaient pas quitté son torse puissant, et elle l'examina rapidement. Pas de fièvre, mais il avait le visage chaud. Son pouls était rapide, certes, mais pas irrégulier. Il était inquiet, paniqué peut-être, mais pas au point de mourir entre ses mains. Elle posa un doigt sur ses lèvres au moment où il s'apprêtait à reprendre la parole :

- Shh-shh-shh, fit-elle pour le calmer. Tout va bien. Tout va bien.


Elle lui adressa un sourire rassurant, et serra sa main pour lui transmettre un peu de courage. Le pauvre devait avoir traversé bien des malheurs pour en arriver là, et elle ne comprenait pas pourquoi il devait être placé sous surveillance. N'en avait-on pas assez des soupçons et de la méfiance dans le pays de Rohan ? Les plaines n'avaient-elles pas assez vu de fratricides ? Le monde avait-il changé au point que la crainte de l'autre devait l'emporter sur la compassion la plus naturelle ? Un homme était blessé, et qu'avait-il en retour, sinon des gardes et des questions ? Elle voulait au moins qu'il se réveillât auprès d'une personne qui ne l'ensevelirait pas sous une avalanche de questions. Voir un visage amical, et s'accrocher à la vie… voilà ce qu'elle souhaitait pour le blessé, quelle que fût son identité.

- Dites-moi votre nom.

Elle murmurait, à la fois pour inciter le soldat à l'apaisement, mais aussi pour qu'il se sentît dans une conversation privée, malgré la présence d'un soldat dans le dos de la jeune femme. Elle s'était placée stratégiquement, de sorte qu'il ne fût pas en mesure de voir autre chose que l’infirmerie de Méduseld sur sa droite, et le visage de la jeune femme sur sa gauche. Elle le fixait de ses immenses yeux bleus, avec une intensité qu'il était difficile de décrire. Cela ne l'empêchait pas de s'affairer, car même si elle continuait à observer son visage, ses mains étaient loin d'être inactives. Elle avait relâché légèrement la pression sur le pansement, et avait laissé ses doigts posés autour en quête d'un saignement. Rien. C'était bon signe.

- Tenez, buvez un peu. Vous devez être assoiffé.

Elle aida le blessé à se désaltérer, consciente que ce n'était que la toute première étape vers sa rémission, et qu'il ne pourrait pas vraiment être considéré comme « rétabli » tant qu'il n'aurait pas pris davantage de repos et mangé quelque chose de solide. Toutefois, les autorités militaires ne l'entendaient pas de cette oreille, et bientôt le soldat qu'elle avait envoyé revint avec sur les talons Learamn et l'Orientale qui décida d'attendre devant l'entrée. Le Capitaine avait la mine grave, mais la jeune femme ne se découragea pas et fit quelques pas dans sa direction pour lui parler en privé :

- Capitaine, je sais que je ne peux pas vous empêcher de lui parler, mais vous devez être consciente de la situation. Il vient à peine d'émerger, et il est encore très fragile. Je vous ai fait appeler, comme vous l'aviez demandé, mais il faut éviter de le brusquer. J'ai bien peur que son discours ne soit confus, et qu'il ne veuille parler qu'au Vice-Roi en personne.

Elle s'écarta de la route du jeune officier, bien sombre, et croisa les bras alors qu'il s'approchait. Elle espérait simplement qu'il se montrerait raisonnable. Hélas, bien des choses pesaient sur l'atmosphère de Méduseld en ce moment, et bien qu'elle ne fût pas au courant des affaires d'État, elle pouvait ressentir la tension et le malaise chez tous les hauts-gradés. Fatiguée d'être restée debout si longtemps, elle s'assit sur une chaise, entièrement focalisée sur la conversation qui allait suivre.

Sans savoir pourquoi, elle éprouvait une pointe d'angoisse.


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"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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Learamn
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Dim 30 Oct 2016 - 14:35
La vie suivait son cours à Meduseld et dans toute la capitale; le matin les citoyens se rendaient comme toujours au travail sans se douter qu’une des personnalités les plus influentes de leur royaume venait d’être enlevée dans son propre palais. Les gardes gardaient, les commerçant commerçaient, les serveurs servaient et les gérants géraient ; en somme chacun était à sa place comme il se devait. Tous? Vraiment? Employer ce terme reviendrait pourtant à faire une imprécision car il y avait bien une personne qui savait qu’elle n’était pas où elle devrait l’être. Jeune guerrier ayant rapidement fait ses preuves sous les drapeaux et propulsé au prestigieux poste de Capitaine de la Garde Royale , Learamn apparaissait comme un modèle de réussite aux yeux de nombreux hommes de troupe. Cependant l’officier traînait depuis des semaines les séquelles de sa dernière mission qui le condamnaient à l’immobilisation et à l'oisiveté. Écarté des opérations pour retrouver Dame Aelyn, il avait décidé, en passant outre les ordres, de mener sa propre en quête avec l’aide d’Iran, une guerrière orientale résidant temporairement au palais pour enquêter sur le meurtre de Rokh, son ami, sauvagement assassiné.  Le séjour de cette étrangère à Meduseld avait révélé la xénophobie et le racisme destructeur d’une frange de la population rohirrim ; certains avaient même osé passer à l’acte en tentant de noyer la jeune femme , sauvée in extremis par le capitaine.


Ce matin-là il était installé dans ses appartements , Iran était avec lui et encore une fois ils échangeaient à propos de l’investigation en cours.Plus le temps avançait plus Learamn s’agaçait; l’enquête avançait peu à peu mais c’était bien trop lent à son goût. Qui sait ce que les ravisseurs avaient déjà eu le temps de faire à Aelyn? Il valait mieux ne pas y penser mais les images montrant celle qui l’avait soigné et sauvé maltraitée alors même qu’elle était enceinte revenait sans cesse dans son esprit. Il devait tout mettre en oeuvre pour voler à son secours le plus vite possible; il lui devait bien cela.


On frappa alors à la porte; le capitaine autorisa l’entrée et un Garde Royal se présenta à eux.


“Mon capitaine l’infirmerie affirme qu’ils viennent de prendre en charge un garde royal grièvement blessé.
-Ont-ils donné un nom?
-Non mon capitaine.”



L’officier fronça les sourcils, il était très rare qu’un garde royal se retrouve assez exposé pour subir d’importantes blessures. Assignés à la protection du palais et du Vice-Roi les membres de la Garde Royale ne se retrouvaient que très rarement dans des situations critiques et l’infirmerie ne faisait pas partie des lieux où ils avaient leurs habitudes. Si un Garde était présentement blessé cela voulait dire qu’il faisait partie de l’escouade envoyé à la recherche des artefacts volés dans les Caves d’Or du Bourgeois. Et Learamn commençait à se demander si les choses n’avaient pas tourné au vinaigre. Il ne manquait plus que ça. Il se saisit de ses “compagnons” de marche et boita jusqu’à l’infirmerie ; Iran le suivant comme une ombre ou plutôt comme son ombre.


Naturellement on lui ouvrit les portes sans broncher et on le conduisit jusqu’au blessé en question. Le pauvre bougre était en piteux état et Learamn se doutait que son était devait être pire lors de son arrivée ici. Allongé et couvert de pansement et bandages le guerrier était plongé dans un profond sommeil. Sous sa barbe naissante on pouvait reconnaître de très jeunes traits: le soldat devait avoir la vingtaine à peine dépassée. Une autre jeune âme brisée trop tôt...Seulement voilà, Learamn était à peu près certain qu’il ne s’agissait pas d’un membre de la Garde Royale; il connaissait tous ses hommes et celui-ci n’en faisait pas partie.  La jeune infirmière qui s’occupait du blessé ne connaissait pas non plus son identité et comptait sur l’officier pour la savoir ; bien entendu cela eut été trop simple.


Si Learamn ne reconnut pas l’homme qu’il avait en face de lui, il ne tarda pas pour autant à remarquer la cape suspendue non lui qui semblait lui appartenir. Cette cape il la connaissait puisqu’il en portait une similaire en de nombreux points : c’était celle des officiers de la garde.( Même si en tant que Capitaine la sienne différait légèrement des autres)  Et les lettres d’or brodés ne laissaient aucune place au doute sur l’identité de son possesseur : elle appartenait à Eofend, parti quelques jours plus tôt sur son ordre pour monter une équipe et faire la chasse  à une bande de voleurs bien particuliers.
Au vu de ce qu’il avait devant lui, il n’avait pas besoin d’être un génie pour comprendre que les choses avaient mal tournées.  Et dire qu’il pensait qu’il ne s’agirait que d’une simple mission de routine...Eofend avait-il envoyé ce jeune cavalier chercher du renfort ou délivrer des informations ? Ou alors était-il le seul survivant d’une troupe complètement décimée? L’affaire était grave et Learamn devait prendre ses dispositions pour bien gérer la suite.


“A partir de maintenant vous serez responsable de ce blessé, indiqua-t-il à la guérisseuse à la longue et belle chevelure rousse , quoique vous dise vos supérieurs hiérarchique vous disposez de droits exceptionnels. Ne vous considérez plus comme une de leur subordonnée lorsqu’il s’agit de son cas, vous répondez directement de moi et du Vice-Roi. Prévenez moi dès qu’il se réveille, dans la minute. Interdisez lui de quitter les lieux sauf ordre du Vice-Roi Mortensen en personne, il doit rester ici dans cette pièce. Enfin je vais ordonner à ce que deux gardes se relaient pour rester à son chevet. Est- ce clair Ma Dame?”


Il avait donné ces ordres sur un ton loin d’être méchant mais loin d’être tendre pour autant ; s’il avait su s’imposer à un tel poste malgré son jeune âge c’était en partie à cause de son professionnalisme à toute épreuve. Il se permit tout de même de parler à l’infirmière sur un ton plus doux avant de sortir de la pièce.


“Prenez bien soin de lui, il a l’air d’en avoir besoin.”



L’officier éclopé claudiqua jusqu’à la sortie.  Avant qu’il n’eut franchi les portes la guérisseuse lui demanda de transmettre ses vœux de rétablissement à Dame Aelyn. Éprouvant un pincement au cœur Learamn s’arrêta, resta immobile quelques secondes, tournant toujours le dos à son interlocutrice puis sortit sans rien lui répondre.

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Il se passa deux jours sans qu’il n’eut aucune nouvelle de cet intrigant blessé, mais pris par l’enquête il ne s’était pas vraiment ennuyé. Le jeune homme ne savait pas combien d’heures il avait passé sur cette enquête au côté d’Iran ces derniers temps mais leurs réflexions et discussions pouvaient s’éterniser. Malgré les circonstances tragiques Learamn se sentait quelque peu revivre; il sortait enfin de l’oisiveté à laquelle il était condamné dans son lit avec son blessure; il se sentait à nouveau utile.  Néanmoins l’arrivée pour le moins inattendue de ce blessé avait quelque peu perturbé le capitaine qui trépignait d’impatience et n’attendait que son réveil pour le bombarder de milles questions.
Alors quand un garde vint lui annoncer que le cavalier sortait du coma, Learamn se saisit immédiatement de ses béquille et toujours flanqué de sa “partenaire” Orientale il prit le chemin de l’infirmerie.


Arrivé à l’entrée de la vaste pièce où des dizaines d’anges gardiennes aux doigts de fées préservaient la vie de soldats meurtris. Iran , ne se sentant sûrement pas à sa place ici , lui indiqua qu’elle l’attendrait à l’extérieur.  Il pénétra donc seul à l’intérieur et n’eut pas le temps de faire trois mètres que l’infirmière rousse qu’il avait nommé responsable du blessé vint subitement à sa rencontre. D’une voix presque implorante elle intima l’officier à ne pas brusquer le jeune blessé qui selon ses dires était encore dans un état fragile.


Elle prenait donc sa tâche très a coeur, la jeune guérisseuse n’avait jamais parlé au nouvel arrivant mais elle s’y était déjà attaché et son ton suppliant semblait on ne pouvait plus sincère.
Pourtant Learamn ne pouvait se résoudre à ménager le revenant, il avait besoin de réponses et vite.


“Le Vice-Roi a d’autres affaires   à gérer et n’a clairement pas le temps de s’occuper de cela. Et si vraiment cet homme portait l’uniforme des Gardes Royaux alors c’est à moi qu’il doit rendre des comptes.”



Sans attendre de nouvelles protestations de la jeune femme il avança jusqu’au lit de l’intrigant guerrier arrivé deux jours plus tôt. Les médecins de Meduseld avaient fait un travail remarquable mais le pauvre bougre ne semblait tout de même pas au meilleur de sa forme. Le corps recouvert de bandages et pansements, c’était surtout son expression qui se révélait inquiétante. Son visage était profondément marqué et son regard vitreux semblait se perdre dans le vide. En entendant arriver le capitaine il tourna la tête vers son supérieur à peine plus âgé que lui. Lorsque leurs regards se croisèrent, le Capitaine fut traversé d’un frisson ; il lui semblait que le soldat avait vu un démon ou même la Mort. Encore une autre âme jeune et vigoureuse à qui la violence humaine avait ôté sa dernière part d’insouciance.


“Soldat. fit-il sur un ton qui se voulait doux tout en restant hiérarchique. Qui êtes vous? Faites vous partie de la troupe d’Eofend? Si oui que vous est-il arrivé et…”



Il s’arrêta un instant , comme pris d’effroi par l'éventualité qui se dessinait dans son esprit.


“Et où sont les autres?”



Avec appréhension le capitaine attendit des réponses et son petit doigt lui disait que celles ci n’allaient pas lui plaire.



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Théomer
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Mar 20 Déc 2016 - 23:21
Tu peines à reprendre ton souffle et tes esprits qui te semblent noyés sous une vaste couche de brumes. Rallongé de force sur le lit, tu ressens comme des dizaines de poignards fichés dans ton corps, les blessures se réveillant à ton souvenir, et certaines semblant rouvertes de par ton affolement initial. Dans la lutte pour te recoucher ton poignet droit a été maîtrise, et une douloureuse fulgurance t'est remontée jusqu'à l'épaule, tandis que ton flanc gauche te fait souffrir à chaque respiration. Tout le reste de ton corps n'est que meurtrissures et douleur.
Tu tentes de te calmer, et de vaincre la fièvre qui agite ton esprit. Les ors d'Edoras sont d'eux-même une consolation, mais progressivement, ton attention se fixe sur autre chose de tout aussi apaisant.



L’esprit encore embrumé dans les derniers instants de ton coma et ton affolement initial, tes sens se focalisent progressivement sur la douce personne qui s’affaire au dessus de toi, et tente manifestement d’attirer ton attention. Ta vision encore troublée, tu distingues peu à peu les détails de son visage, les lèvres fines entrouvertes en un fin sourire consolateur, la chevelure rousse et bouclée. Sa voix t'apaise et agit comme un phare au milieu du brouillard de ton esprit, tu l'entends et tente de te détendre peu à peu, plaçant instinctivement ta confiance en elle.

‘’Thé..omer’’

Ta voix est encore éraillée, ta bouche trop sèche et tes cordes vocales blessées par tes premières clameurs. Elle te tend alors un bol et tu te surprends toi même à constater combien tu trembles. L’émotion doit jouer certes, mais cette faiblesse, cette lassitude.. depuis combien de temps es-tu inconscient ? Tu arrives maladroitement à boire quelques gorgées. Des filets d’eau coulent à chaque commissure de tes lèvres et se perdent dans ta barbe. L’eau fraîche est presque douloureuse à déglutir un premier temps, mais tu avales avec plaisir le fond du récipient, le liquide te donnant l’impression de rajeunir. Reposant le récipient, fatigué par ce simple effort, tu tentes maladroitement de te redresser mais l’énigmatique infirmière t’en empêche d’un doigt posé sur le torse et d’un simple froncement de sourcil. T’avouant vaincu, tu t’affaisses dans les draps alors qu’elle s’en va poser le bol. Tu avises alors le soldat toujours présent et qu’elle masquait jusque-là, dont le regard affronte le tien avant que de le fuir devant ton insistance. Son équipier semble avoir disparu mais sa présence te renvoie soudainement au malaise qui t’a initialement envahi. Que fait-il donc là ?

‘’Merci douce dame’’

Ton ange gardien est revenu et s’assied à côté de toi.

‘’Ecoutez-moi, je ne peux pas rester ici, il faut absolument... que je puisse parler au Vice-Roi.’’

Son regard devient plus grave, comme arborant un sujet interdit. Mais elle n’a pas le temps de s’étendre sur le sujet ou expliquer sa réputation, les portes de l’infirmerie s’ouvrent précipitamment. Elle se lève, et s’éloigne vivement. Sa silhouette te masque les nouveaux arrivants alors qu’elle semble s’entretenir avec eux. Tu fermes brièvement les yeux.
Lorsque tu les rouvres, une autre personne est à ton chevet, debout, te dominant de toute sa hauteur. C’est un homme à peine plus âgée que moi, dont la position supérieure qu’il a sur toi est quelque peu atténuée par les deux attelles qui le soutiennent de chaque côté. Son visage ne te dit rien, mais son unifore et sa cape, similaires à ceux d’Eofend, te renseignent beaucoup plus.

‘’Théomer, fils de Gamelin, de l’Eastfold, Capitaine.’’

Profitant que ton ange gardien est restée quelque peu à l’écart par égard pour le nouvel arrivant, tu te redresses péniblement sur tes coudes, ce simple effort te faisant gémir de douleur.

‘’Je.. j’ai en effet servi sous les ordres du capitaine Eofend. Nous avions pour mission de rattraper .. rattraper un groupe d’individus.’’

Tu te sens horriblement honteux alors que tu sens frémir au fond de toi une vague d’émotions. Un bref instants, tu revois tous leurs visages.

‘’Nous sommes tombés dans… dans une embuscade capitaine. Notre troupe ainsi qu’une patrouille du Riddermark… Nous avons été...’’

Les flammes, les cris, les combats.
Les morts.
Les larmes te montent aux yeux.

‘’Ca a été un… un massacre.’’

Tu sens deux filets couler le long de tes joues mais malgré la situation, tu n’en as cure.

‘’Le capitaine Eofend.. il est reparti.. vers l’Isengard. Avec des blessés.. trop.. trop graves. Il faut les aider Capitaine, ils n’y arriveront… pas. Envoyez quelqu’un..  Je vous prie.’’

Tu retombes dans ton lit.
Fixant le plafond, les larmes coulant silencieusement.
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Learamn
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Jeu 29 Déc 2016 - 12:39
La première intuition de Learamn avait été la bonne , cet homme meurtri faisait bien partie de la mission commandée par Eofend ou du moins “avait fait partie” de ce groupe.  Le cavalier, dénommé Théomer, lui exposa brièvement et sans ambages ce qui leur était arrivé : une embuscade , un combat à mort et un véritable carnage. Leur groupe ainsi qu’une patrouille de Riddermark qui avait dû se rallier à eux  durant le périple avaient été, selon ses dires, complètement décimés. Plus que les intuitions , c’étaient les pires craintes du jeune capitaine qui se réalisaient. Les paroles du jeune soldat éprouvé étaient plutôt confuses, on sentait qu’il allait devoir prendre le temps de se remettre de ce qui ressemblait bien à un traumatisme ; mais ces derniers jours  le temps avait tendance à manquer et Learamn ne le savait que trop bien.  Il ajouta qu’Eofend avait conduit les blessés en Isengard et qu’il lui fallait de l’aide.

“ Sa Majesté le Roi Fendor et toute sa suite se trouve actuellement en Isengard, s’ils y parviennent ils seront entre de très bonnes mains ; j’enverrai tout de même  une équipe de guérisseurs des infirmeries d’ici pour mettre toutes les chances de notre côté.”


Le jeune officier observa silencieusement Théomer pendant quelques secondes, allongé sur son lit, le regard vide et humide tourné vers le plafond.  Pour ce cavalier le choc qu’il venait de subir devait être du même ordre qu’avait été le charnier de Pelargir pour le capitaine ; une ruine ayant perdue toute once d’humanité qui venait brutalement détruire une jeune carrière pleine de promesses.  Ils étaient des survivants, ce genre de survivants qui se retrouvaient condamné à vivre avec ces souvenirs , boulets de bagnards qu’ils traîneraient derrière eux jusqu’à ce qu’une libératrice portant la faux ne les en libère. Learamn et Théomer ne se connaissait pas -ou si peu- mais partageaient déjà beaucoup, beaucoup trop.

“Vous avez fait votre devoir avec bravoure soldat , fit Learamn d’un ton solennel, le Rohan vous en sera à jamais reconnaissant. Cela peut vous paraître dérisoire comme consolation aujourd’hui mais croyez moi cela devient bien vite notre seule satisfaction après quelques temps car rien ni personne ne pourra vous l’enlever.”


Les belles paroles pour le réconfort des blessés étaient nécessaires mais elles ne régleraient  assurément pas le nouveau problème de taille qui se posait à eux : un groupe énigmatique ayant réussi à mettre en déroute toute une compagnie de cavaliers lancés à leur trousse et dont les survivants étaient désormais dans la nature, des artefacts puissants en leur possession. Le Rohan et sa Trouée  était la dernière barrière qui aurait pu les intercepter avant qu’ils ne se dispersent aux quatres coins de la Terre du Milieu , mais ils avaient échoué et ces brigands avaient désormais la voie libre. Il était  à présent bien vain de se lancer à nouveau à leur poursuite ; il n’y avait plus qu’à panser les plaies et attendre les conséquences de cet échec qui pouvait aussi bien arriver dans quelques jours que dans plusieurs décennies.
De toute manière il n’y avait pas grand chose de plus à faire.  D’autant plus que les autorités du royaume et en particulier le Vice-Roi avaient d’autres chats à fouetter : la nouvelle de l’enlèvement de Dame Aelyn avait été plutôt bien étouffée par les personnes dans le secret mais des bruits de couloirs concernant l’absence de celle-ci d’ordinaire très active et en vue commençaient à circuler.  

“Prenez du repos Théomer , vous êtes entre de bonnes mains. Ne laissez pas vos démons vous rongez”


La phrase s'adressait autant au jeune cavalier présent devant lui qu’à lui même qui sentait jour après jour ses angoisses prendre le dessus et lui faire perdre un sang-froid pourtant indissociable de sa fonction. Quand on voit tous ses camarades se faire massacrer sans ménagement et que soi -même l’on se met à abattre de la manière la plus sauvage qui soit , on se met de plus en plus à douter de la frontière qui sépare l’ennemi de l’ami , comme si cette séparation pourtant si clair dans la jeunesse devenait plus trouble , plus nuancé. SI l’on  hait cet horrible individu qui a tué son compagnon  comment ne pas comprendre la détestation de l’ennemi s’il a vu son frère d’arme être sauvagement assassiné. Que la guerre soit sale , ce n’était pas vraiment une nouveauté même si certains novices l’imaginaient encore glorieuse et honorable ,  mais elle était aussi addictive. Un vice qui s’emparait de vous en prenant des apparences séduisantes : rentrer dans l’armée pour devenir un preux et noble chevalier au service de son royaume quel adolescent n’en  a jamais rêvé ? Mais une fois dans le feu infernal de cette action sanglante , une fois que toute trace de noblesse avait disparu dans la boue et les cris , la spirale infinie se mettait en place autour du guerrier qui se retrouvait prisonnier de sa condition. Car un soldat aura beau avoir perdu toutes ses illusions il restera avant tout un soldat et ce qu’il sait faire restera la guerre: si l’étude est l’affaire des sages et la terre le domaine des paysans alors la violence et la mort sont les propriétés du soldat qui ne pourra jamais s’en détacher.  Théomer comme Learamn se trouvaient à présent dans cette situation : nul ne pouvait se targuer de connaître mieux qu’eux les affres et malheurs de la guerre mais paradoxalement ils continueraient dans cette voie si leur corps le leur permettaient comme si malgré les larmes du lendemain , ils y avaient pris goût.

A l’aide de ses béquilles Learamn se redressa tant bien que mal et se tourna vers la jeune et douce infirmière qui s’occupait du pauvre hère.

“ Prévenez moi quand il sera sur pied et apte  à sortir de cet endroit. Je voudrais le revoir.  Si jamais il lui prend à nouveau l’envie  de parler au Vice-Roi , passez par moi encore une fois pour votre bien.”


Il marqua une pause durant laquelle son regard grave s’attarda sur Théomer, il ressentit un douloureux pincement au coeur : la jeunesse dorée du Rohan était elle condamnée à époumoner son mal dans les lits d’hôpital et répandre son spleen dans les maisons de guérison? Un avenir viable était-il sérieusement envisageable dans ce pays qui avait certes chassé le roi félon mais dont la gloire d’antan semblait bien s’être évaporée à jamais.

“Ce qu’il a traversé, il n’y a peut-être rien de pire pour un soldat  ; il en souffrira , terriblement.
La vengeance et la colère le rongeront à juste titre; il se montrera impatient, borné et obstiné. Montrez vous à la fois ferme et patiente avec lui ; l’avenir aussi bien physique que psychologique de cet homme dépend de vous .”


En disant ces mots il ne put s’empêcher au traitement que lui avait administré Aelyn, la compagne du Vice-Roi l’avait très certainement empêché de sombrer. Mais il devait y avoir là-haut, près des Valars,un mauvais esprit qui prenait un malin plaisir à torturer un jeune cavalier du Rohan : lui donnant des cours instants de bonheur et de réconfort pour pouvoir les enlever cruellement après coup et continuer de faire souffrir sa cible favorite. Et si Iran n’était pas tombé du ciel pour canaliser le fougueux officier celui-ci aurait très bien pu partir en roue libre avec les derniers événements. Théomer pouvait-il être sauvé? Physiquement c’était certain mais ce qui était tout aussi sûr c’est qu’il ne serait plus jamais le même et il devrait vivre avec.

Comme il était venu l’estropié claudiqua jusqu’à la sortie : il n’avait plus de temps à dépenser ici , une enquête qui prenait des airs de mission de vendetta personnelle l’attendait et malgré sa situation il comptait bien être au rendez-vous.



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Ryad Assad
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Jeu 29 Déc 2016 - 17:21

L'arrivée de Learamn, bien plus tôt que la jeune femme l'avait espéré, n'avait apporté qu'un peu plus de confusion dans l'infirmerie de Meduseld. Théomer, puisque c'était son nom, venait à peine de se réveiller et il était encore très diminué. Son état de santé était toujours préoccupant, et les guérisseurs qui s'étaient penchés sur son cas avaient préconisé beaucoup de repos pour lui permettre de se rétablir. Ils étaient confiants quant à sa capacité à survivre à cette épreuve, mais la moindre rechute pouvait lui être fatale. La fatigue et la souffrance avaient durement tiré sur son organisme, et s'ils n'avaient pas été aussi jeune et aussi vigoureux au départ, il n'aurait sans doute pas réussi à tenir aussi longtemps. Certains parmi les érudits initiés aux arts de soigner avaient même qualifié leur nouveau patient de « force de la nature ». La jeune femme penchée sur lui jusqu'à son réveil, et qui refusait maintenant de quitter son chevet, n'aurait certainement pas dit le contraire.

Elle avait tenté d'établir une relation de confiance avec lui, et il n'avait pas hésité le moins du monde à lui confier son nom. Elle en avait fait de même, et avait répondu d'une voix qu'elle voulait aussi apaisante que possible :

- Je m'appelle Leda. Je vais prendre soin de vous.

Ses mots, son ton, son regard, son sourire… Elle faisait de son mieux pour se montrer rassurante, et lui épargner de devoir céder à l'inquiétude. Il était en terre amie, et même si les raisons de sa présence ici restaient à confirmer, elle ne laisserait pas un preux Rohirrim mourir sous sa garde. A dire vrai, elle ne laisserait personne succomber si elle pouvait l'empêcher. La vie était trop précieuse, et elle avait trop souvent été menacée par le passé pour que l'on pût décemment la laisser s'évanouir de nouveau dans les ténèbres. Fort heureusement pour Théomer, le Capitaine Learamn ne semblait pas animé d'intentions hostiles. Si son désir de découvrir la vérité était drapé des atours de l'autorité et saupoudré d'une touche d'impatience inquiète, il n'était pas un homme mauvais et il ne ferait pas de mal inutilement à un blessé pour obtenir des réponses. De surcroît, il était lui-même convalescent, et il éprouvait sans doute davantage de pitié vis-à-vis de son interlocuteur que bien des officiers en pleine possession de leurs moyens.

Alors, croisant les bras et prenant place non loin, Leda ferma les yeux et écouta la conversation avec une grande attention. Elle percevait chaque bruit avec une intensité décuplée, et elle entendit distinctement le froissement des draps alors que le blessé se redressait maladroitement. Ses sourcils fins se froncèrent, mais elle ne fit aucun commentaire, se contentant d'espérer silencieusement qu'il ne rouvrirait pas une plaie difficilement refermée par le travail des guérisseurs. De toute façon, le cas échéant, il lancerait un gémissement suffisamment audible et reconnaissable pour qu'elle n'eût pas le moindre doute. Laissant son inquiétude de côté pour un temps, elle essaya de comprendre les tenants et les aboutissants de son périple jusqu'ici. Elle n'éprouva pas la moindre surprise lorsqu'il avoua être parti en mission : les rares cavaliers qui fréquentaient l'infirmerie et qui n'étaient pas partis en mission étaient les infortunés qui donnaient leur vie pour empêcher une lame empoisonnée de mettre fin aux jours des plus hauts dignitaires du royaume. Les malheureux étaient étendus sur un lit, comme Théomer, à la seule différence que leur corps finissait habituellement recouvert d'un drap immaculé. Le poison ne tuait pas toujours rapidement, mais il était en général incurable. Et alors, Leda les maudissait d'être si vigoureux et si forts, car cela ne faisait que rallonger leurs souffrances.

La jeune femme, comptant uniquement sur son ouïe, sentit s'ouvrir une des blessures du guerrier. Pas une blessure physique, non. Celles-là, il était possible de les refermer avec du fil et une aiguille, avec des cataplasmes et des pansements. Il suffisait d'un peu de bonne volonté, de beaucoup de temps, et les chairs pouvaient se refermer. Il garderait certainement une cicatrice pour chaque endroit où l'acier avait griffé sa peau, mais il y survivrait. A l'inverse, la blessure que Leda perçut n'était pas prête de se refermer, et aucun fil et aucune aiguille ne pouvaient rien y faire. Dans sa voix, elle ressentit la fracture nette et douloureuse que son esprit ne pouvait pas supporter. Dans ses silences, elle devinait les souvenirs qu'il ne parvenait pas à refouler, les images qu'il gardait en mémoire malgré lui. Un frémissement la saisit, et elle sentit son visage se crisper face à l'horreur à laquelle, pourtant, elle n'avait pas assisté. Et puis il lâcha le mot, comme une flèche vrombissante tirée à travers la plaine.

Un massacre.

Il y avait tant à comprendre derrière ces quelques paroles. Un massacre… La guerre civile n'était pas loin, et tous se rappelaient des exactions atroces commises par les hommes de l'Usurpateur. La Nuit des Lances Noires, la grande purge d'Edoras, avait fait trop de victimes pour que quiconque pût ignorer le sens de ce mot. Un massacre… Il y avait tant de violence contenue, d'injustice, et de perte de sens derrière cette description pourtant succincte. Il n'avait pas parlé de combat, il n'avait pas parlé d'affrontement épique : il leur décrivait les contours d'un carnage sans nom duquel il n'avait réchappé que par miracle. Était-il réellement besoin, dans ces conditions, de demander ce qu'il était advenu des autres membres de la compagnie ? Était-il nécessaire de vouloir creuser la question, au risque d'exhumer des réponses aussi déplaisantes qu'édifiantes ?

Leda avait son opinion sur la question, et mais elle n'eut pas le temps de se lever pour interrompre Learamn. Fort heureusement, le Capitaine avait compris que l'état de santé de Théomer ne lui permettait pas de poursuivre plus longtemps cet entretien, et qu'il était pour l'heure important de le laisser se reposer. Son identité avait été confirmée, ses dires n'avaient donc pas besoin d'être vérifiés ou mis en doute plus longtemps. Ce qui importait pour le moment, c'était de prêter assistance aux éventuels autres survivants de l'attaque, que le rescapé disait être en grand danger. Il fallait simplement espérer qu'il n'était pas déjà trop tard pour eux. Le Garde Royal, prenant acte de la nécessité d'aller vite, se leva et entreprit de quitter les lieux non sans donner ses dernières consignes à Leda :

- Je ferai comme il vous plaira, Sire.

Son ton était peut-être un peu plus sec que nécessaire, mais il s'agissait surtout d'une réaction bien involontaire à ce que Learamn venait de dire. « Pour son bien » ? Elle avait perçu une once de menace, qui curieusement n'était pas émise par le soldat. Il lui parlait comme s'il entendait la protéger de quelque chose de sombre et de tapi qui pourrait lui faire du mal si elle essayait d'outrepasser la chaîne de commandement. Ses paroles étaient effrayantes, car elles insinuaient que tout danger n'avait pas disparu des plaines du Riddermark. Même ici, au cœur de la capitale du Rohan, il semblait sur ses gardes, à l'affût, incapable de se relaxer. La jeune femme ne souhaitait pas voir la guerre revenir, pour rien au monde, mais la nervosité contenue de l'officier lui donna le sentiment que les combats pouvaient reprendre dès demain, comme s'ils n'avaient jamais cessé… Elle se rendit compte qu'elle avait toujours les yeux fermés, et elle les ouvrit en plongeant son regard dans celui de l'officier de la garde royale, consciente qu'il avait virtuellement toute autorité sur elle concernant le blessé :

- Je ferai ce qu'il faut, ne vous inquiétez pas pour moi. Les gros caractères ne m'impressionnent pas. Oh, et avant que vous partiez…

Elle ne s'était pas interposée physiquement, mais elle avait saisi Learamn par le bras sans y penser. Quand elle se rendit compte que son geste pouvait paraître déplacé, elle assuma sa position et ne recula pas. Il penserait ce qu'il voulait d'elle, il la réprimanderait s'il le souhaitait, mais elle n'avait en tête que le bien-être de son patient. Le reste n'avait aucune importance pour le moment.

- Peut-être pourriez-vous dire à vos gardes de nous laisser. Voir des gens en armes me met mal à l'aise, et je suis persuadée que cela n'aidera pas notre patient à se remettre. Ne lui donnez pas l'impression qu'il est ici au milieu de ses ennemis…

En revenant à Théomer, elle constata que des larmes s'étaient mises à couler le long des joues du guerrier. Elle eut une moue désolée, en le voyant, tandis que son cœur se brisait. Elle avait beau avoir vu la peine dans le regard de bien des hommes auparavant, elle n'était toujours pas devenue insensible à la vision d'un combattant jeté à terre par la vie. Il lui était donc difficile de se tenir entre deux de ses compatriotes, sans savoir si l'un des deux retrouverait un jour ce qu'ils avaient perdu.

Learamn s'en alla comme il était venu, accompagné par ses fidèles béquilles et par l'Orientale sur ses talons. Ils disparurent, accompagnés des gardes que le jeune Capitaine avait fait rappeler également. Elle nota qu'il ne les avait congédiés purement et simplement, mais qu'il leur avait demandé de monter la garde à l'extérieur. Une précaution bien inutile selon Leda, mais elle n'était pas là pour juger, et elle estimait avoir déjà fait un grand pas en avant. Cependant qu'elle observait le départ de l'officier, ses mains s'étaient affairées à parcourir les blessures de Théomer, pour voir si dans son émoi il n'avait pas eu le malheur d'en rouvrir une. Par chance, les coutures avaient tenu le choc, et il n'y avait aucun épanchement perceptible au toucher. Elle tourna la tête vers son patient, et lui sourit doucement :

- Vous allez vous remettre, souffla-t-elle.

Du pouce, elle essuya délicatement une larme qui avait coulé sur sa joue, avant d'écarter une mèche de cheveux pour prendre sa température. Ses doigts frais sur son front chaud devaient lui faire prendre conscience qu'il était encore brûlant de fièvre. Elle alla chercher un peu d'eau et un linge propre, qu'elle humidifia pour rafraîchir Théomer. Elle commença par son visage, avant de descendre sur son cou, ses épaules, puis de revenir déposer le tissu à la racine de ses cheveux. Elle agissait avec simplicité, sans que ses yeux parussent suivre ses mouvements : elle savait instinctivement où trouver quoi, et ses doigts animés d'une vive propre semblaient identifier à leur forme et leur texture tout ce qu'ils touchaient.

- Vous devez mourir de faim, est-ce que vous souhaitez manger quelque chose ? Une bonne soupe, pour vous donner des forces ? Je… Dites-moi ce qui vous ferait plaisir.


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Spoiler:
 


Dernière édition par Ryad Assad le Dim 5 Fév 2017 - 0:21, édité 1 fois
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Nathanael
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Mer 11 Jan 2017 - 16:14

Sale nuit. Sale journée. Le sommeil le fuyait, gibier nocturne et farouche qu’il était incapable d’attraper. Une chasse perdue d’avance. Il le savait. Le royaume. L’elfe. Aelyn. Les jumeaux. Les finances. La missive. La Grande Estive. Diantre ! Cette liste ne finirait-elle dont jamais ? Il fut un temps où loyauté et honneur seuls peuplaient son esprit. Aujourd’hui il n’arrivait plus à compter le nombre de sujets auxquels il devait réfléchir, le nombre de conseils et de discussions qu’on lui imposait, le nombre de signatures, de seaux, de parchemins qu’il avait ratifié, le nombre d’ordres qu’il devait dicter. Il se massa les tempes. Son bureau était encombré par des vélins, de la cire, des encriers et une bougie éteinte. Il s’était endormi en relisant un traité commercial avec les carriers du Gondor. Certaines pierres du château d’or, usées par le temps et des milliers de cavaliers, devaient être changées. Les escaliers étaient seuls à se souvenir qu’autrefois les Rohirrims furent des combattants et non des scribes. Troquer l’épée contre la plume. Quelle idée il avait eue ! Le jeune roi et ses conseillers avaient su tirer sur les bonnes ficelles. Gallen avait quelques fois l’impression de n’être qu’un pantin enfermé dans une boîte. Il manquait d’air. Une bonne bataille, voilà ce dont il avait le plus besoin. Cogner, écraser un nez, briser un poignet ou des doigts, entendre le craquement de l’os qui se rompt, le hurlement de douleur de l’adversaire défait, voir le sang gicler sur son uniforme. La nuit, il en rêvait. Il avait souffert. Son corps portait le souvenir de toutes ses blessures. Mais bon sang, comme il se sentait vivant alors ! Que Melkor emporte les femmes et leurs bons sentiments. Il regretta aussitôt cette pensée. Aelyn lui manquait. Il se rongeait les sangs à son propos. Où était-elle et quel sort lui faisait-on subir ? Et la question, qui le tourmentait le plus, la reverrait-il un jour ? Une vie entière qui lui avait appris à ne plus se faire de faux espoirs. Et pourtant, il en aurait eu besoin. Juste un peu. Pour tenir.

Est-ce qu’il avait rêvé ? Ses pensées traversaient ses songes, le poursuivaient nuit et jour. Un moment, il s’était encore assoupi. Un coup contre la porte le réveilla à peu près.

– Sieur Mortensen ?
– Qu’y a-t-il ?

La porte s’ouvrit sur la carrure étroite d’un jeune cavalier. Son heaume sous le bras, il fit un signe de tête pour saluer son supérieur et bégaya ce qu’il avait à dire.

– Feold, fils de Garm et cavalier du Rohan dit qu’il a un message important à vous transmettre. Il revient de l’infirmerie. Il dit que…
– Fais-le entrer, il me le dira lui-même.


Un garde tout ce qu’il y avait de plus banal. Il avait dû le croiser ici ou là lors de ses nombreuses allées et venues au sein de Meduseld. Il avait la mâchoire si anguleuse qu’elle semblait taillée au burin. Un bon soldat sans doute, mais Gallen ne put s’empêcher de penser qu’il avait une gueule de con. Un de ceux qui déclenchaient les bagarres dans les tavernes, pour le seul loisir de mettre quelques soûlards sous les écrous pour se faire bien voir. Il n’avait aucune raison de se trouver là si ce n’était pour se faire bien voir.

– Parle Feold, fils de Garm.
– Un blessé, mon seigneur, dans l’infirmerie, qui a demandé à vous voir et à vous parler. Il aurait un message à vous transmettre. Et le capitaine Learamn a dit que vous aviez d’autres choses plus importantes et qu’il fallait pas vous déranger pour si peu.
- Alors, pourquoi me déranges-tu ?
dit Gallen, dont l’intérêt venait pourtant d’être piqué au vif.
– Avant que je parte, il a parlé de la compagnie du sergent Eofend et d’une embuscade qui a tourné à leur désavantage. Il avait des documents sur lui. Moi, je les ai pas lus, mais paraîtrait qu’y en a un qui parle de vous.

Un silence pesant s’installa entre les deux hommes. Les prunelles de Gallen s’étaient embrasées et dardant son regard sur Féold, il lui fit signe de sortir. Un autre problème à rajouter à sa liste. Il était plus facile de mener une bataille que de diriger un royaume. Bon sang, mais que trouverait-il dans l’infirmerie ? La curiosité qui l’aiguillonnait ne parvint pourtant pas à lui faire allonger l’allure. Il était trop las de nuits sans sommeil. Trop abattu par le chagrin. Trop rongé par l’anxiété et harassé de toutes ces problématiques royales. « Mon royaume pour un cheval », pensa-t-il, amer.

Sur le sol de l’infirmerie, des rayons d’or et de pourpre caressaient la pierre noire du château. Régnait un silence que brisa le bruit de ses bottes. Il eut droit à quelques courbettes et signes de tête. Ici, encore plus qu’ailleurs, l’absence d’Aelyn lui devenait palpable. Il prit une longue inspiration, tandis qu’il marchait, pour éviter à sa gorge de se serrer trop étroitement. Une respiration, encore, pour retenir toute la tristesse qui lui montait aux yeux. Si bien qu’il parvint au chevet de Theomer comme un homme qui vient d’affronter un grand combat et qui en sort vidé et épuisé. Ce qui leur faisait au moins un point commun.

– Est-ce bien l’homme qui s’est battu au côté du sergent Eofend, demanda-t-il ?

Une respiration, encore, pour ne pas laisser la colère s’insinuer dans son cœur et détruire la digue fragile qui retenait sa fureur. Combien de soldats ? Combien de soldats du Riddermark reviendraient ici blessés, malmenés, étripés et couverts de blessures ? Touchait-on les cheveux d’or d’un seul des cavaliers du royaume et c’était tout le Rohan qui saignait. Il en avait toujours été ainsi pour Gallen Mortensen.


Dernière édition par Nathanael le Mar 14 Mar 2017 - 18:24, édité 1 fois
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Théomer
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Mer 1 Fév 2017 - 22:34
Le jeune officier dont tu ignores encore le nom semble donner quelques dernières et discrètes consignes avant de se retirer. Tu sens les sillons humides sur chacune de tes joues allant se perdre dans ta barbe. Fermant les yeux, tu songes avec amertume à ses paroles.
La reconnaissance du Rohan. Cela semble bien creux, après les horreurs rencontrées. Et bien vain finalement. Toute cette aventures, tous ces morts.
La reconnaissance du Rohan, vraiment? Toute l'expédition avait été un échec, un véritable fiasco. Être parvenu jusqu'à Edoras changera-t-il vraiment la moindre chose? Brièvement apaisé, tu te dis en réfléchissant à Eofend, que si tes paroles peuvent garantir la moindre chance supplémentaire de s'en tirer, ma foi, ta chevauchée furieuse n'aura pas été si inutile.
Le Rohan devait il être reconnaissant? Il ferait peut être mieux que de panser ces dernières plaies et songer à honorer ses morts.

Un peu penaud, tu te rends alors compte n'avoir rien mentionné des maigres miettes collectées au cours de l'expédition. Ni même avoir tenté de préciser grossièrement la localisation de l'affrontement pour que soit envisagé de pouvoir envoyer quelques fossoyeurs sur place. Mais lorsque tu rouvres les yeux, le capitaine est déjà parti.  Disparu également la sentinelle qui semblait veiller d'un peu trop près sur toi à ton goût.

Mais Elle est toujours là. Leda puisque c'est ainsi qu'elle s'est présentée. Incarnation de la douceur et de la bonté alors qu'elle te dévisage avec tendresse. C'est seulement à ce moment que tu ressens quelque honte, malgré le naturel de la chose, d'avoir laissé s'échapper quelques larmes. Ses doigts te palpent rapidement, te laissant tressaillir brièvement devant la légèreté du contact. Elle semble rechercher quelque impact négatif de ton agitation précédente mais te rassure rapidement de sa voix tranquille.

'' Vous allez vous remettre. ''

Un doigt discret s'en va essuyer la dernière larme qui perle sur ta barbe, avant qu'elle ne se détourne un bref instant pour se saisir de quelques lignes et les humidifier dans une bassine.
Tu la crois. Car en fait, il FAUT que tu te remettes, et le plus rapidement possible, sur pied. Pour ensuite remonter à cheval. Et combattre. Eofend et toi vous êtes fait un serment sur le lieu du massacre. La mort de vos compagnons d'armes ne saurait rester impunie. Et si tu n'as aucune idée de quand et comment vous pourrez reprendre cette quête, il t'apparait déjà indispensable que de récupérer au plus vite.
Remonter à cheval. Une vague de tristesse t'envahit, et tu repenses à ta vaillante monture. Nivafel, tombé au champ d'honneur. Car de l'honneur et de la bravoure il y avait dans le geste de ton brave compagnon sacrifié.

Leda est de retour vers toi et toujours avec son regard rassurant, t'appose le tissu humide à différents endroits, te rafraichissant agréablement.

''Vous devez mourir de faim, est-ce que vous souhaitez manger quelque chose ? Une bonne soupe, pour vous donner des forces ? Je… Dites-moi ce qui vous ferait plaisir.''

Tu te rends brutalement compte que oui, en effet, tu meurs de faim. Les premières émotions retombant, ton corps semble réclamer à grand cris une quelconque pitance.

'' Com.. Combien de temps suis-je.. ? Je.. Oui, je meurs de faim, en effet. Je ne dirai pas non à cette soupe. Euh... avec un morceau de pain si possible? Ce serait l'idéal. ''

Quand tu étais plus jeune, c'est tout ce que t'autorisait à manger ta mère. De la soupe et du pain, rien de plus consistant. Il faut croire que la formule est répandue.
Elle se lève avec un sourire. Tu la suis du regard alors qu'elle s'éloigne. Puis ferme les yeux.

Tu te réveilles presque en sursaut, réveillé par le martèlement des bottes sur le sol. Tu t'es assoupi un instant. Devant toi, posé sur un tabouet, le bol fume encore. Ta protectrice est debout, face à un nouveau venu. Tu peines un instant à entrouvrir complètement les paupières, encore abruti par le sommeil qui t'a brutalement assomé. Tu ne saisis pas véritablement la conversation mais devine que l'on parle de toi au regard insistant posé sur ta personne.
Tu connais cet homme. Il est impossible à quiconque ayant combattu pendant la guerre civile de ne pas le connaitre. Et il était le principal motif de ta venue initiale sur Edoras.

Tu bondis presque dans ton lit, parfaitement réveillé, mais douloureusement rattrapé par tes blessures. Grimacant, tu tentes de conserver un semblant de dignité et de respect pour le Vice-Roi.

''Sieur Mortensen. Je me nomme Théomer, fils de Gamelin.
Je..Le capitaine Eofend m'a donné comme ordre de vous informer de .. de l'échec de notre mission.
Notre compagnie est.. tombée dans une embuscade. Le capitaine Eofend... il est reparti vers l'Isengard avec les ... avec ceux qui n'étaient pas...''


Comment qualifier les misérables compagnons de voyage d'Eofend alors que tu les voyais encore, grossièrement attachés tous ensemble sur une seule monture, leurs blessures et meurtrissures ignobles. Des survivants? Des morts en sursis?
Si les larmes ne coulent pas à nouveau, il te faut quelques instants pour te ressaisir.

Alors, tu arrives à donner une estimation grossière de la zone de l'embuscade. Si quelqu'un estime que certaines choses doivent être faites pour assurer une séuplture décente aux Rohririms tombés, cela devrait faciliter les choses. TU espères que ce quelqu'un sera Mortensen.

''Il y a ... autre chose.''

Tu désignes tes affaires éparpillées sur une commode.

''Je ne sais si cela sera.. d'une quelconque utilité. Sur le corps d'un des bandits que nous poursuivions, nous avons trouvé... un contrat de mercenariat, le liant.... à un certain Ignus.''

Un éclair, et tu revoiston dernier affrontement, l'homme en tenue carmin, la figure hautaine. Tu sais, instinctivement, que cet homme était la tête pensante de cette expédition, cet Ignus, que ceci soit sa véritable identité, ou un pseudonyme.

'' Il y a aussi... cette hache... et puis .. ce symbole...''

Le cachet de bois est présent au milieu de toutes tes affaires. Mystérieux et intriguant.


Tu te tais. Parler est encore douloureux, et tu retombes sur tes oreillers. Attendant une réaction.
Au moins, tu auras pu transmettre des informations plus exhaustives. Et directement à la bonne personne.
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Ryad Assad
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Mar 7 Fév 2017 - 12:44

Le pauvre guerrier semblait totalement désorienté, et la visite du Capitaine Learamn ne l'avait visiblement pas aidé à se remettre de ses émotions. Bien des choses n'allaient pas bien au Rohan, et hélas pour Théomer, il lui fallait assimiler que ses blessures n'étaient pas les seules que le royaume devait traiter. Il fallait panser les plaies d'un peuple meurtri par la guerre civile, apaiser les tensions avec des seigneurs devenus méfiants, conforter les alliances avec des voisins puissants, et surtout s'occuper de nourrir un peuple qui menaçait de mourir de faim. Tant de choses pesaient sur les épaules du Roi, du Vice-Roi et de tous les hommes qui l'entouraient que Leda s'estimait chanceuse de n'avoir que sa simple tâche de guérisseuse à accomplir.

- Sh-sh-sh, souffla-t-elle au guerrier qui s'agitait. Restez tranquille… Vous êtes arrivé il y a deux jours de cela, très affaibli. Je suis même surprise que vous soyez déjà réveillé. Attendez-moi ici, je vais vous chercher quelque chose.

La jeune femme lui adressa un sourire tranquille, avant de se retourner vers le lit le plus proche. Elle s'empara d'un objet fin qui y était accroché, hésita un instant, avant de revenir à Théomer pour voir ce qu'il penserait de tout cela. La légère inquiétude qui s'était peinte sur son visage s'évanouit aussi vite quand elle nota que le Rohirrim s'était endormi. Ses yeux clos et sa respiration redevenue profonde et régulière ne trompaient pas. Elle s'approcha de lui, et lui caressa doucement le front. Le sourire qu'elle emporta avec elle la soutint presque autant que la canne sur laquelle elle s'appuyait désormais, et qu'elle n'avait pas voulu que le militaire vît. En se dirigeant vers les cuisines – qui se trouvaient en sous-sol –, la jeune femme croisa une de ses collègues qui l'interpella :

- Leda, où vas-tu comme ça ?

- Aux cuisines : notre nouveau patient est réveillé, et il meurt de faim.

- Laisse-moi t'aider. Les escaliers sont glissants, tu sais.

La jeune femme baissa la tête, à la fois en signe d'acceptation mais aussi de honte. Elle aurait tellement voulu pouvoir effectuer ces gestes simples sans avoir besoin de l'aide d'autrui. Qu'il était dur d'inspirer la pitié au premier coup d'œil. Toute sa vie avait été ainsi, et elle avait compris à la dure que c'était toujours quand on avait perdu quelque chose que l'on se rendait compte à quel point elle avait de la valeur. Il n'était pas toujours facile de regarder ce que l'on avait, et d'oublier ce que l'on n'avait plus. Pendant un instant, Leda baissa la tête vers sa canne. Un simple morceau de bois, rendu lisse par la main de son père qui l'avait taillé et poli pour elle. Rendu lisse également par le passage du temps et d'une main gracile qui s'était saisie tant et tant de fois de son manche.

Elle avait envie de le jeter au loin, et de courir.

Courir.

Ravalant sa tristesse, elle accrocha un sourire étoilé au ciel de son visage, et emboîta le pas de l'autre guérisseuse qui, agile sur ses deux jambes pleinement valides, la conduisit vers les marches qui descendaient dans les profondeurs du Château d'Or. Des cuisines remontait une odeur agréable, bien que l'heure traditionnelle du repas ne fût pas encore arrivée. On y maintenait toujours quelque repas chaud pour les cavaliers qui rentraient éreintés d'une longue chevauchée et réclamaient une pitance à la hauteur de leur fatigue. Les deux femmes savaient qu'elles trouveraient leur bonheur là-bas, et elles furent accueillies par les cuisinières qui les connaissaient très bien. Hélas pour Leda, qui espérait pouvoir revenir rapidement auprès de son patient, elle dut souscrire aux formalités habituelles qui exigeaient de donner des nouvelles de tout ce qu'il se passait dans le Château d'Or. Les femmes d'ici désiraient tout savoir sur les intrigues de cour, sur les rumeurs de lit, et sur les ragots et potins concernant tout le monde, du plus humble des servant au Vice-Roi lui-même.

- Vous connaissez le Capitaine Learamn ? Mais si, vous savez, le jeune officier qui est revenu blessé d'une mission pour le Vice-Roi. Eh bien on raconte qu'il s'entend très bien avec la femme de l'Est qui le suit partout, si vous voyez ce que je veux dire. Il paraît qu'ils passent tout leur temps ensemble, même à des heures indues. J'ai bien l'impression qu'elle lui a mis le grappin dessus, et j'ai peur qu'elle lui fasse quelque tour de sorcière.

Elles hochèrent la tête de concert, avant d'enchaîner vers d'autres sujets guère plus légers :

- Mon neveu est parti pour cette mission secrète dont personne ne nous dit rien. Des centaines de jeunes valeureux qui ont soudainement disparu. Les parents commencent à s'inquiéter, et le mari de ma sœur est allé parler aux officiers de la Garde pour en savoir plus. Apparemment, ils se battent aux côtés des Nains, mais personne n'a de nouvelles ni ne sait exactement ce qu'il se trame. Je commence à m'inquiéter…

Il y avait effectivement de plus en plus d'interrogations au sujet de cette mission, car aucune nouvelle ne revenait du front où les hommes étaient censés se battre. Le Rohan avait souffert de la guerre civile, et bien des familles avaient déjà perdu un des leurs dans les combats, tué ou grièvement blessé lors d'une bataille fratricide. Les hommes et les femmes du royaume avaient cru que le retour à l'ordre allait aussi signifier le retour à la paix, et ils ne se satisfaisaient pas de savoir que, à des lieues de là et pour une cause qui ne les concernait pas, leur sang était en train de couler et leur chair de mourir.

- Et puis ce n'est pas tout, renchérit l'une des deux. J'ai un cousin qui est revenu de l'Est du royaume tout paniqué, avec de mauvaises nouvelles. Il m'a dit que le Gondor avait été attaqué, et qu'il avait lui-même échappé de peu à la mort. D'après lui, Minas Tirith serait peut-être déjà tombée sous les coups des Orientaux… Je lui ai dit que c'était impossible, mais il était formel. Une marée de guerriers venue de l'Est, ravageant tout sur son passage… Vous imaginez ?

Les femmes imaginaient très bien. Le monde n'avait plus connu la paix depuis trop longtemps, et des armées battant la campagne en semant la mort n'étaient hélas pas une vision inconnue. Il fallait seulement espérer que les armées du Gondor trouveraient à repousser ces envahisseurs venus de loin. Il fallut un bon moment pour trouver une échappatoire, mais Leda finit par s'arracher à l'emprise des cuisinières, et par tirer le bras de l'autre guérisseuse. D'ordinaire elle appréciait ces moments de convivialité partagés dans les couloirs de Méduseld, et elle s'était surprise plus souvent qu'elle osait l'avouer à ouvrir des yeux ronds en entendant les rumeurs que l'on racontait sur telle ou telle personne. Mais aujourd'hui, elle avait une mission de la plus haute importance qui ne pouvait pas attendre.

- Ma chérie, reviens vite nous voir ! Tu as l'air d'avoir des choses à raconter !

Elle sourit :

- Bientôt, bientôt. Mais je dois vraiment filer aujourd'hui. Promis, je reviendrai vous voir dès que possible.

- Attends, fit sa compagne, laisse-moi prendre le plateau.

Leda la laissa faire, avant de lui emboîter le pas dans l'escalier. Elle s'échappèrent des sous-sols, savourant un silence bien mérité tandis qu'elles revenaient vers le terrain familier que constituait l'infirmerie. En approchant des portes, celle qui s'appuyait sur une canne fit signe à sa compagne qu'elle allait continuer seule. L'intéressée lui jeta un regard malicieux :

- Je te le laisse, tu as l'air de tenir à lui.

- Comme à tous mes patients, Freda. Mais je crois surtout qu'il ne veut pas être vu dans cet état. Je m'occupe de lui.

Sa justification était crédible, et elle récupéra le plateau tout en basculant son poids sur sa jambe valide pour ne pas perdre l'équilibre. Puis, ignorant le regard légèrement apitoyé que lui jeta Freda, elle avala les derniers mètres qui la séparaient de l'infirmerie… pour constater que la porte était légèrement entrouverte. Elle se glissa à l'intérieur, et constata qu'un homme se trouvait là, de dos, en train d'observer le prisonnier. La jeune femme, incapable de se montrer particulièrement discrète à cause de sa canne, déposa le plateau sur une table proche, et s'avança vers l'inconnu qui finit par se retourner vers elle.

Son cœur se figea sur-le-champ, et elle se félicita d'avoir pensé à se délester de son fardeau, sans quoi le bol de soupe et le quignon de pain se seraient écrasés par terre dans un le plus grand désordre.

Le Vice-Roi du Rohan en personne ! Leda n'en croyait pas ses yeux, et elle s'inclina profondément, essayant de se faire aussi petite que possible. On racontait tant de choses au sujet de Mortensen qu'elle ressentait une admiration pleine de crainte pour lui. L'homme était un héros de guerre, un héros du Rohan, et on disait de lui que son nom était craint même par-delà les frontières du royaume. Toutefois, il y avait aussi une part sombre chez ce personnage. La guerre civile avait rendu, disait-on, le personnage sombre et austère. Des rumeurs couraient comme quoi il aurait largement abandonné le code d'honneur et la morale qu'il s'était pourtant toujours évertué à suivre. Dans l'armée, particulièrement chez les hommes qui avaient soutenu à un moment donné l'Usurpateur, on se méfiait de ses coups de colère et de la rage vengeresse qui pouvait parfois s'emparer de lui. Sa disparition, peu avant le couronnement du Roi Fendor, avait contribué à lui créer une aura de mystère, et si quelqu'un savait où l'actuel Vice-Roi s'était caché, personne n'en faisait mention. C'était un secret bien gardé. Certains disaient qu'il était parti pour une mission de la plus haute importance – ce qui collait assez bien avec l'image chevaleresque du noble personnage –, tandis que les autres se demandaient quelles avaient pu être les raisons qui l'avaient poussé à abandonner sa femme dans de pareilles circonstances. Les détails de la condition de Dame Farma, personnalité admirée à Aldburg et notoirement connue dans tout le Rohan, n'avaient pas été rendus publics. Toutefois, le tragique épisode qui avait vu la feue épouse du Vice-Roi à se défenestrer avait fait le tour du royaume.

Leda ne pouvait pas croire un seul instant qu'un homme sain d’esprit pût sortir indemne d'une telle épreuve. Était-ce pour cette raison qu'il officiait désormais à Edoras, loin de la cité qu'il avait habitée pendant si longtemps, laquelle devait lui rappeler douloureusement l'absence de son épouse ? La jeune guérisseuse ne voulait pas se mêler de politique, et encore moins se montrer intrusive vis-à-vis d'un homme qui n'était pas réputé pour sa grande patience. Aussi fit-elle en sorte de ne pas se mettre sur son chemin. Tout au plus se contenta-t-elle de souffler un « Monseigneur », avant de disparaître comme tous les servants du Palais face aux hommes de pouvoir qui arpentaient ces murs. Elle accrocha la canne à sa place habituelle, et prit place dans un fauteuil pour soulager sa jambe.

- C'est bien lui, monseigneur.

Elle avait répondu presque en chuchotant, contrastant avec la façon dont elle s'était adressée aux soldats plus tôt, et même au Capitaine de la Garde. Face au Vice-Roi, même elle ne se laissait pas aller à faire preuve d'esprit.

- Il a parlé au Capitaine Learamn peu avant, souffla-t-elle. Il était très faible, mais je soupçonne qu'il se réveillera bientôt.

Elle ignorait hélas que, pour des raisons obscures, Learamn n'avait pas informé Mortensen de la situation. Dans son esprit, la chaîne de commandement était une ligne qui ne se brisait jamais, et elle rendait des comptes au Vice-Roi sans se douter que son subalterne pouvait ne pas lui avoir fait son rapport. Elle interpréta donc maladroitement le regard que lui lança l'homme de guerre, et se recroquevilla dans son siège, convaincue qu'elle avait outrepassé ses prérogatives en lui parlant aussi librement. Fort heureusement, ce fut ce moment que choisit Théomer pour émerger de son sommeil. Il s'agita légèrement, revenant à lui du fait de la conversation et, très certainement, du fumet qui se dégageait de son futur repas. Mais avant de pouvoir en profiter, il devrait répondre aux interrogations de l'homme le plus puissant d'Edoras.

Leda, soudainement jetée hors de la conversation, en profita pour ouvrir ses grands yeux et observer attentivement Gallen Mortensen, champion et Vice-Roi du Rohan. Sans savoir pourquoi, elle avait la conviction que les mots qui seraient prononcés au cours de cette conversation apporteraient avec eux leur lot de malheur, comme les sombres nuages qui flottaient dans le ciel amenaient sous leurs ailes de coton les promesses de pluies diluviennes.

Elle passa la main sur sa hanche machinalement.

Attentive.


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Nathanael
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Mar 14 Mar 2017 - 19:05

Il perçut l’odeur du bol de soupe posé sur la table de chevet du blessé. Un fumet délicat de viande mêlé aux arômes plus fins de légumes estivaux et d’aromates issus d’un des potagers d’Edoras. La faim qui lui tenaillait les tripes s’éveilla soudain et sans lui demander son avis, son estomac gronda comme un roulement de tambours fracassant au milieu de l’infirmerie tandis que la jeune guérisseuse lui adressait la parole. Il fit un bref signe de tête, la nuque roide de ses longues nuits passées dans le fauteuil de son bureau. Qu’Eorl le pardonne, depuis combien de temps n’avait-il pas monté à cheval ? Il se passa la main sur le visage. Un geste récurent quand il cherchait à se défaire de la fatigue. Milles pensées tournoyaient encore aux frontières de son esprit et il dut faire un effort supplémentaire pour ramener sa concentration sur le soldat alité. Gallen avait vu la cape d’officier posé non loin du blessé, les cheveux ébouriffés et brûlés et les blessures. Il avait su, d’un coup d’oeil, que le Rohan avait encore perdu une bataille sur ses propres terres. Et, un moment, il se sentit désemparé. Un moment, une lueur disparut dans ses yeux emportant le Maréchal dans les profondeurs du désespoir et de la honte. Un moment, seulement, car le parchemin que tenait le dénommé Theomer, la hache et le symbole étrange ranimèrent l’intérêt du Vice-Roi. Il tendit la main et lut les cursives sans mot dire.

- Ignus …, murmura Mortensen.

Il cherchait dans les tréfonds de sa mémoire un écho. Rien. Ignus résonnait comme un son inconnu parmi ses souvenirs. Pourtant, ce devait être important, il en était certain.

- Vous apparteniez à la compagnie du sergent Eofend n’est-ce pas ?

Gallen Mortensen se souvenait des ordres transmis à la Garde Royale. Des guerriers fidèles au Rohan qu’il avait pour la plupart trié sur le volet afin d’assurer sa sécurité. Quelle ironie, des hommes pour le défendre, lui, le Maréchal Gallen Mortensen ! Le sergent Eofend avait été envoyé à la poursuite de voleurs qui s’étaient attaqués aux Caves d’Or. Le Bourgeois leur avait fait part des artefacts volés dans ses propres bâtiments. Quelle probabilité pour que, parmi ces artefacts, se trouvent ceux qu’évoquait la missive des Erudits ? Alors, doucement, mais sûrement, les rouages de son esprit se mirent à tourner. Cette lettre, il l’avait tant lue et relue qu’il la connaissait à présent par coeur. Polias avait cherché à le détourner de cette obsession, mais il avait toujours été certain, lui, que cette missive n’était pas issu des délires d’intellectuels à l’esprit ravagé par quelques vapeurs enivrantes.

- Des armes puissantes ont été volées dans les caves d’Or …, laissa-t-il échapper. Les secrets de la Grande Bibliothèque de Minas Tirith ont été violés …

Il leva les yeux vers Theomer.

- … et des âmes innocentes ont été sacrifiées lors du pillage du sanctuaire Arnorien…

Ces derniers mots moururent sur ses lèvres. Il n’en fallait pas plus pour ancrer une certitude dans le coeur du Vice-Roi. Ignus, ou celui qui se faisait appeler ainsi avait la volonté belliqueuse de s’emparer du pouvoir pour semer la terreur en Terres du Milieu. Alors le désespoir céda à la colère, à la rage et une résolution sans borne qui s’étira dans ses veines comme un venin.

- Theomer, fils de Gamelin, Eorl, le Rohan et le roi te remercient.

Malgré son envie bouillonnante de partir immédiatement battre la campagne à la poursuite d’Ignus, il eut un coup d’oeil pour la jeune guérisseuse.

- Remettez-vous de vos plaies cavalier du Riddermark. Aussi vite qu’il vous est possible de le faire. Et si tôt que vous serez capable de tenir sur vos deux jambes sans trembler, vous viendrez au rapport dans mon bureau.

Il se tourna vers la jeune femme qui se tenait au chevet de Theomer et il rajouta d’un ton péremptoire.

- Le plus vite sera le mieux.

Tenant la hache d’une main, le parchemin de l’autre et l’étrange symbole dans le creux de sa main, il fit de nouveau claquer ses bottes sur les dalles sombres des maisons de soins. Il tenait, enfin et pour la première fois, une piste. Si le Rohan parvenait le premier à trouver ces artefacts …
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Théomer
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Jeu 27 Avr 2017 - 23:35
La visite du Vice-Roi ou ses dernières paroles t’avait galvanisé.  Ses dernières paroles avaient sonné à tes oreilles autant comme un ordre qu’une promesse de convalescence rapide.

‘’Remettez-vous de vos plaies cavalier du Riddermark. Aussi vite qu’il vous est possible de le faire.’’

Bien entendu, tes plaies, brulures, contusions et luxations t’avaient quelque peu freiné. Mais plus que tout, il y avait Leda. La jeune guérisseuse, si elle faisait preuve d’un instinct quasi-maternel à ton égard, en avait également adopté l’attitude ferme et déterminée, te faisant parfois ressentir l’impression de revenir dans ton enfance lorsqu’elle t’intimait de tenir le lit ou qu’elle t’amenait ton repas.
Ainsi, si dès le lendemain, tu avais insisté pour te lever et refaire quelques pas, elle avait ensuite durement négocié pour que tu te reposes sur ta couche et t’avait refusé de quitter l’infirmerie, t’intimant d’y aller par étape. Tu brûlais d’envie de montrer que tu pouvais faire plus, faire mieux, mais d’un côté ton corps se rappelait douloureusement à ton bon souvenir, t’empêchant de te mentir à toi-même et de l’autre côté… tu n’avais guère envie de contrarier ta jeune protectrice.

Tu as ouvert les yeux tôt ce matin, une douleur brutale t’ayant réveillé alors que tu tentais de te retourner dans ta couche. Il te semble pouvoir reconnaitre le moindre détail de chaque poutre qui te surplombe, même si tu n’es là que depuis deux jours. Le jour se lève paresseusement à travers les fenêtres de l’infirmerie. Nulle présence des guérisseurs. Seule une quinte de toux perce le silence t’informant que le vieux Wilfried, caché par quelques tentures, est probablement réveillé lui aussi. Un sourire en coin, tu décides de profiter de l’absence de Leda. Tu tentes de te lever le moins douloureusement possible, ton corps engourdi par le sommeil se réveillant tout aussi douloureusement que toi.
Dans une commode t’attendent des habits. « Lorsque vous irez mieux » avait-elle dit avec une magnifique sourire. Tu n’as guère envie d’écouter la petite voix pernicieuse en toi qui te dit que tu es encore convalescent pour quelques jours, et tu n’as guère envie de rester dans la chemise délavée que tu arbores encore. Tu marches en boitant à peine - si peu - et ouvre le placard. A priori le quiproquo se prolonge, les habits qui y sont préparés sont ceux d’un membre de la garde Royale, et maintes fois plus seyants que ce que tu portes encore. Les étalons d’Edoras, brodés de fil teintés d’argent ornent le torse d’un splendide pourpoint vert, des chausses beiges et une ceinture à boucle argentée complète la tenue. Tu te saisis de la tenue et fait demi-tour vers ta couche, t’y rasseyant avec une grimace douloureuse. La partie la plus douloureuse reste à venir, lorsque tu entames de te dévêtir. Ta épaule gauche – qu’on a dû remettre en place t’a-t-on dit – se rappelle à ton bon souvenir tout comme tes moultes contusions et hématomes.
Tes nouvelles chausses sont enfilées, la ceinture bouclée, tu et essaies maintenant d’enfiler le moins douloureusement possible la chemise lorsque tu te figes. Derrière toi, tu as entendu le bruit sourd d’une canne tapant le sol, et qui vient de s’interrompre dans ton dos. Tu t’es arrêté en plein mouvement, la chemise à moitié passée autour du cou.

‘’Je voulais vous faire une surprise.’’

Pas de réponse. Elle doit poser sa canne. Tu n’as pour l’instant pas mentionné la chose, devant l’effort qu’elle semble faire pour la dissimuler, mais tu n’as pu manquer de remarquer son ‘accessoire’ lorsqu’elle a quitté l’infirmerie la veille.

Elle est maintenant devant toi, un demi-sourire aux lèvres auquel tu réponds. Sans mot dire elle t’aide à finir d’enfiler ton habit, vos visages un instant si proches l'un de l'autre. Alors sagement, tu te rallonges dans le lit.

‘’Vous comprenez qu’en tant que membre de la garde, je suis tenu à arborer une tenue impeccable. Je ne voudrai offusquer une dame de la cour.’’

Elle est la seule dame à te fréquenter depuis ton arrivée et elle le sait fort bien. De même que la facon dont tu tournes en dérision le quiproquo sur la position sociale qui t'a été attribuée.

‘’Comment allez-vous aujourd’hui Leda ? Je me sens… en pleine forme.’’

Bien sûr...
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Ryad Assad
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Lun 15 Mai 2017 - 13:57
HRP : Désolé du retard ! /HRP

_________



Depuis qu'il s'était réveillé, Théomer ne cessait d'interloquer la jeune guérisseuse qui avait été chargée de veiller à son bien-être. Elle avait à son sujet une infinité de questions dont bien peu trouvaient des réponses, et l'infirmerie de Méduseld – où des oreilles indiscrètes pouvaient toujours traîner, elle le savait très bien – n'était pas le lieu idoine pour tenir une conversation personnelle. Par ailleurs, elle associait trop l'endroit à sa profession et à tout ce qu'elle avait pu y voir. Malgré le calme qui y régnait désormais, elle ne pouvait pas s'empêcher de s'y sentir encore un peu mal à l'aise. Quelques années auparavant, elle avait considéré ce temple de la guérison comme l'endroit le plus sûr dans lequel elle avait jamais mis les pieds, mais après avoir vu les ravages de la guerre, avoir vu mourir tant et tant de jeunes hommes vaillants dans la guerre civile, elle ne pouvait plus vraiment dissocier l'image de ces murs chaleureux de celle des cadavres glacés qu'elle avait dû regarder dans les yeux au moment où elle refermait leurs paupières pour la dernière fois.

Son regard revint à Théomer, et elle cligna des yeux légèrement. Une « surprise » ? Encore une fois, il l'interloquait, et elle ne pouvait pas nier que surprise, elle l'était. Que faisait-il là, à moitié habillé, sans paraître se soucier des blessures qu'elle passait un temps fou à surveiller pour s'assurer qu'elles se résorberaient le plus rapidement possible ? Machinalement, son regard passa sur les cicatrices qui couraient encore sur ce dos aux muscles dessinés. Du moins, celles qui ne nécessitaient plus d'être couvertes par des bandages qu'il fallait changer quotidiennement. Cette peau qui jadis avait été celle d'un bébé, d'une douceur incomparable, porterait à jamais les stigmates du feu et de l'acier. Quelle tragédie. Leda ne se fendit d'aucun commentaire, et les reproches mi-sérieux mi-amusés qu'elle aurait pu lui lancer restèrent bloqués derrière ses lèvres étirées en un sourire léger. Elle se contenta d'aider le soldat à enfiler sa tunique, et à avoir l'air présentable.

Encore une fois, il était frappant d'observer la précision de ses gestes. Elle tira sur ses manches pour dissiper les plis irréguliers, arrangea son col pour lui donner fière allure, et s'arrangea même pour écarter les mèches de cheveux indociles de devant ce visage aux traits forgés par la guerre. Ce dernier mouvement dépassait peut-être ses obligations professionnelles, et elle marqua un très bref temps d'arrêt, sentant le rouge lui monter aux joues. Ce n'était pas approprié. Ce n'était pas approprié, et ils le savaient tous les deux. Lui la dévisageait avec une intensité telle qu'elle se trouvait obligée de détourner les yeux, prétextant de devoir observer une blessure située le plus loin possible de son visage. Elle se laissait aller à des marques de tendresse qu'elle ne s'expliquait pas, et qui la poussaient à se morigéner silencieusement. Il y avait des choses auxquelles elle ne pouvait pas aspirer, et elle avait depuis bien longtemps écarté du spectre des possibles l'idée d'épouser un homme.

De surcroît un militaire.

Elle n'aurait même pas su dire qui il était réellement, d'ailleurs. Elle avait cru comprendre qu'il n'appartenait pas à la Garde Royale, et son arrivée drapé des atours de ce corps d'élite avait fait grand bruit parmi les hommes d'armes de la capitale. On parlait d'usurpation, on parlait de trahison… il avait fallu toute l'autorité du Vice-Roi et du Capitaine Learamn pour remettre de l'ordre, et convaincre la troupe d'attendre l'avancée d'une enquête approfondie sur la question. Théomer arborait pourtant sans complexe l'uniforme de la Garde, et ce fut avec un sourire parfaitement détendu qu'il se fendit d'un commentaire de gentilhomme. Elle n'était pas du genre à se laisser impressionner facilement, et répondit sur le même ton espiègle pour le mettre mal à l'aise :

- Sire, croyez bien que je vous ai vu dans tenue plus légère, vous n'avez plus aucun secret pour moi.

Elle laissa son allusion planer un moment dans l'air, se délectant de l'éclair de surprise qu'elle vit glisser dans son regard, avant d'enfoncer un doigt dans son flanc, juste au-dessus d'un bel hématome qu'il avait contracté. Comme prévu, cela lui tira une grimace de douleur, et elle s'excusa rapidement :

- Vous vous remettez bien, les cataplasmes semblent faire effet. Mais ne forcez pas trop tout de même. Vous n'êtes pas tout à fait en pleine forme.

Elle poursuivit son examen rapidement, en répondant à sa question sur un ton mondain. Elle avait rapidement compris que lorsqu'il l'interrogeait pour savoir comment elle allait, il attendait davantage qu'une phrase laconique. Il lui demandait en réalité de lui raconter quelques épisodes intéressants de ce que l'on faisait ou disait dans la capitale, et au Rohan en général. Être à l'infirmerie de Méduseld signifiait être coupé du monde extérieur, et en tant que sa guérisseuse attitrée, elle était son seul lien avec le reste de la Terre du Milieu.

- La vie suit son cours, Sire.

Elle aimait bien l'appeler « Sire », pour le renvoyer à son uniforme et mettre entre eux une pseudo-distance sociale qui compensait bien maladroitement leur grande proximité physique. Un peu surprise au début par un caractère taquin qu'elle n'avait pas anticipé, elle avait très vite décidé de jouer le jeu en voyant que ces échanges participaient à la guérison de son patient… et qu'elle-même prenait un certain plaisir à ces petits enfantillages sans conséquences.

- Pour l'heure, il y a un certain émoi autour de l'Orientale ramenée par le Vice-Roi, celle dont s'occupe personnellement le Capitaine Learamn. Mais il y a plus de rumeurs que d'informations fiables, et je ne saurais vous dire ce dont il retourne. On parle de meurtre, on parle d'incendie, on parle de complot…

Elle laissa sa phrase suspendue pendant une poignée de secondes, comme si elle réfléchissait à la chose. Elle n'imaginait pas une femme seule s'en prendre à toute la ville d'Edoras, et parvenir à frapper durement le Rohan. Mais on racontait qu'elle était une sorcière, qu'elle avait ensorcelée le jeune Capitaine de la Garde, alors… c'était peut-être possible après tout ? Leda changea brusquement de sujet, et poursuivit :

- Le Vice-Roi a également envoyé des cavaliers remonter vos traces. Ils n'arriveront pas en Isengard avant long, mais je suis sûre qu'ils y trouveront vos amis.

Ses derniers mots étaient empreints d'une compassion débordante, et elle posa machinalement la main sur le bras de Théomer pour l'assurer de son soutien. Ce n'était rien, simplement un signe qu'elle était là pour lui. Pour le réconforter et l'aider à guérir aussi bien physiquement que mentalement. Elle retira ses doigts rapidement, pour s'affairer à vérifier un autre bandage. Presser légèrement sur celui-ci tira un léger gémissement à son patient, et elle fit une moue désolée avant de poursuivre son examen. Les sutures semblaient toujours en place, la compresse n'était pas imbibée, et elle tiendrait sans doute la journée s'il ne forçait pas trop dessus.

- Bon, vous vous sentez toujours en état de marcher ?

Elle se fendit d'un léger sourire, et tendit la main à Théomer. Il avait l'air suffisamment en forme pour s'autoriser quelques pas, et elle n'envisageait pas de lui faire faire le tour de la capitale. Un petit jardin où les guérisseurs faisaient pousser des simples jouxtait l'infirmerie, et elle était sûre que son patient trouverait agréable de sentir les rayons du soleil se poser sur sa peau. Le temps était magnifique au dehors, et rester enfermé plus longtemps n'aiderait certainement pas à sa guérison. Alors, sitôt qu'il eût pris sa main, elle l'aida à se stabiliser sur ses deux jambes. Il faisait de son mieux pour ne pas montrer qu'il souffrait, mais elle parvenait à voir à travers son masque… Elle avait vu ses blessures, et savait à quel point il devait faire un effort pour garder un visage neutre. En le dévisageant avec intensité, elle s'assura qu'il n'avait pas de vertige, et que sa respiration était toujours régulière. Une main sur le front, une main sur la gorge pour prendre rapidement son pouls, puis une sur son torse pour mesurer la vitesse de sa respiration. Il était beaucoup plus grand et plus large qu'elle, et elle ne voulait pas avoir à le traîner à l'intérieur à la seule force de ses petits bras s'il venait à s'évanouir.

- Allez, en route mauvaise troupe.

Elle le poussa en avant, et l'observa alors qu'il faisait quelques pas seul, en s'appuyant d'abord sur le mobilier qui passait à portée de ses mains. Ses pas étaient hésitants, mais il montrait déjà quelques signes encourageants. Cependant qu'il lui tournait le dos, et qu'il se concentrait sur les quelques mètres qu'il avait à faire, elle se dépêcha de récupérer la canne qu'elle avait posée, et de rejoindre son patient qui n'irait pas bien loin sans elle. Glissant à ses côtés, elle le laissa prendre appui sur son épaule, tandis qu'elle-même compensait en enfonçant solidement sa canne dans le sol. Le duo claudicant prit à petite vitesse la direction du jardin, mais ils n'étaient pas pressés ni l'un ni l'autre, et il était déjà très satisfaisant pour l'un comme pour l'autre de voir que Théomer semblait tenir le choc.

Habile, Leda leur ouvrit la porte qui se dressait entre eux et leur destination, et immédiatement une vague de chaleur bienvenue les cueillit. Les odeurs des plantes les enveloppèrent et semblèrent chasser en un instant la fragrance de la mort que les blessures du guerrier, tatouage odieux imposé par Ignus avant sa fuite, semblaient exhaler. La guérisseuse passa son bras autour du cavalier pour l'aider à descendre les quelques marches, puis le conduisit vers un banc où ils s'assirent lourdement, soupirant de soulagement :

- Nous y voilà, fit-elle en reprenant son souffle. Je vais nous chercher de l'eau, ne bougez pas.

Elle s'absenta quelques instants, laissant Théomer à ses pensées. L'endroit était propice à la contemplation, avec toute cette verdure qui semblait s'épanouir librement, loin des tourments du monde. Le ciel d'un bleu immaculé, seulement percé par les rayons flamboyants du soleil qui déversait sa chaude lumière sur eux, leur servirait de toit. Quelques oiseaux invisibles échangeaient joyeusement leurs trilles dans ce paradis méconnu dont les habitants d'Edoras ignoraient l'existence. « A quoi pouvait-il bien penser ? » se demanda Leda en revenant avec de quoi les désaltérer tous les deux. Il ne l'avait pas entendue revenir, et elle resta un instant à l'observer de dos, sentant un frisson étrange la parcourir.

La peur.

Elle avait peur.

Il lui fallut faire un effort de volonté pour faire disparaître les traces de l'inquiétude de son charmant visage, et pour y afficher à la place l'expression douce et rassurante qu'elle réservait à son patient. Elle espérait secrètement qu'il puiserait du courage dans ce qu'il croyait sans doute être une force de caractère, et elle faisait de son mieux pour l'aider à se remettre de blessures et de doutes qu'elle-même n'avait pas réussi à surmonter. Curieux paradoxe. Ses pas maladroits sur les graviers finirent par attirer l'attention du guerrier, et elle s'annonça d'une voix légère :

- Voici pour vous, tenez.

Elle lui confia un verre qu'elle venait de sortir de la poche de sa robe, et le remplit avec une cruche qu'elle tenait dans sa main. Théomer put noter qu'elle tenait sa canne derrière elle, comme si elle espérait encore la cacher maladroitement. Il remarqua peut-être aussi qu'elle faisait preuve d'une dextérité tout à fait hors du commun, et qu'elle était capable de manier verres et carafe en laissant son regard se perdre ailleurs, sans que ses mains montrassent la moindre hésitation. Une fois les verres servis, elle s'installa aux côtés du cavalier, et regarda autour d'elle de ses yeux perçants :

- Ce jardin est toujours vide, fit-elle. Personne ne semble avoir le temps de venir ici, sauf pour entretenir et cueillir les plantes que nous faisons pousser. Pourtant, il est agréable, n'est-ce pas ?

La question était purement rhétorique. Il était difficile de ne pas apprécier le calme et la beauté simple des lieux. On n'y trouvait nulle sculpture exquise comme on pouvait en voir chez les Elfes ou les hommes de Gondor fascinés par la pierre. Seulement quelques poutres épaisses et sans ornement qui jaillissaient de la palissade à laquelle étaient adossées les plantations, qui se perdaient désormais derrière le feuillage touffu qui s'était marié aux nœuds du bois. Le tout évoquait l'ambiance d'une ferme familiale, univers que Leda connaissait bien. Elle appréciait sans doute de s'installer ici car cela lui rappelait un univers familier. Elle en fit d'ailleurs la remarque à Théomer :

- Cet endroit me rappelle un peu ma jeunesse. Oh, ce n'était qu'un modeste village perdu dans nos campagnes, mais… on s'y sentait protégé, comme ici.

Sa description était teintée d'une certaine nostalgie qu'elle ne parvint pas à cacher. Se reprenant, elle se tourna vers son patient, et lui souffla :

- Y avait-il de tels jardins où vous avez grandi, Sire ?


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Jeu 15 Juin 2017 - 11:35
C’est avec plaisir que tu laisses les rayons solaires réchauffer ton corps meurtri par les récents efforts. Assis sur le banc, tu te laisses imprégner du calme des lieux, que seuls viennent perturber de temps à autres quelques stridulations d’un insecte caché dans les branchages ou les trilles d’unegrive invisible. Seul, Leda s’étant éclipsée un instant, les yeux clos, tu savoures ce moment.

Leda. Il serait bien pauvre de dire que tu apprécies sa présence. Au-delà d’être ta soigneuse et ton seul pont d’attache actuel avec le monde extérieur, tu ne peux nier que plusieurs choses te plaisent en elle. Ses manières douces et professionnelles, ses gestes précis. Son sourire toujours rassurant des fois mutin. Sa délicieuse habitude à rougir dans l’embarras. Ces moments de -hélas- fausse intimité lors des soins.

Tu souris, repensant à sa réponse à ta propre provocation ou elle t’a joliment renvoyé dans les filets. Pour un peu tu aurais rougi à ton tour mais tu t’es contenté d’un bref silence et de perdre transitoirement le contrôle des traits de ton visage, surpris de son audace, avant que de sourire nonchalamment à nouveau.

Tu continues à sourire sur ton banc au soleil, puis songe aux informations qu’elle t’a délivrée. Il est exact de dire que ce sont les seules auxquelles tu as accès pour le moment, ne recevant plus aucune visite depuis la dernière, aussi prestigieuse fut-elle. A ce sujet, tu t’es rendu compte la veille qu’à aucun moment, tu n’as pris la peine de faire informer ta famille de ta situation. Et à bien y réfléchir tu ne sais plus trop s’il le faudrait, tenaillé entre la volonté de les rassurer et le malaise et la sensation d’échec de te retrouver dans cet état après ta première aventure dans l’armée…

L’échec. Un instant la sensation de chaleur sur ta peau semble s’atténuer et les rayons du soleil s’affaiblir. Le Rohan semble toujours en trouble, même en marge de ta propre histoire, au vu de ce que raconte Leda. Tu n’as aucune information bien précise sur l’Orientale dont elle parle, hormis bien sûr le lien qui semble la relier au capitaine. Il te semble presque, mais tu ne sais pas trop si tu ne l’as pas imaginé, avoir deviné une silhouette fine aux traits étrangers, restée monter la garde sur le seuil de l’infirmerie lorsque celui-ci état venu te rendre ‘’visite’’. Mais Leda parle maintenant d’incendie, de meurtre, de… complot ? Ton malheur ne semble bien ne pas être le seul hélas et cette pensée t’attriste pour le Rohan, qui te semble désormais bien faible, bien fragile, et bien tardif à cicatriser de ses précédentes horreurs. Leda a aussi parlé d’Isengard et tu te surprends à adresser une brève pensée à Eofend et ses hommes horriblement mutilés, espérant sincèrement qu’ils auront pu… qu’ils auront..

Brutalement tu te sens bien impuissant et bien oisif à rester ainsi inactif au soleil alors que tant de choses semblent mal aller au dehors. Tu souhaiterais tellement pouvoir te lever, revêtir ton harnois et repartir, pouvoir te battre, pouvoir saisir une arme et prendre ta revanche enfourcher à nouveau un cheval, le sentir vibrer d’effort au galop…Comme une lame glacée, ses dernières pensées rappellent douloureusement à ton souvenir la perte de Nivafel, et ce moment de plaisir, assis sur ton banc à profiter du soleil semble complètement s’estomper. Tentant de te raisonner, tu te répètes que dans ton état il est illusoire de ne pouvoir ne serait ce que porter un harnois ou tenir fermement une arme mais cette dernière pensée achève de mettre un coup à ton moral.

C’est donc avec l’humeur plus sombre que tu entends Leda se rapprocher et cette diversion, mais cette diversion, ce simple bruit et cette présence féminine viennent mettre un peu de baume à ton cœur. Te recomposant un visage serein, ne voulant pas inquiéter ta douce infirmière, tu te retournes vers elle.


**Les deux l’ignorent, mais les voilà qui se projettent mutuellement l’un l’autre un visage de façade. Visage de circonstance, visage faux, mais réelle volonté que de ne pas inquiéter l’autre. Deux jeunes gens confrontés aux horreurs de la guerre et qui tentent d’en protéger celui qui est apparu brutalement dans leur vie et qui depuis rythme leur quotidien**


Tu prends le verre qu’elle te tend et encore à moitié noyé dans tes propres pensées, en oublie ta soif et le fait pensivement rouler entre tes paumes, laissant à nouveau ton regard voler autour de toi. Il est vrai que le lieu est apaisant, beau dans sa simplicité, et délicieusement calme, presque intime. Cette pensée fugace achève de te tirer de ta mélancolie, en soulignant un peu plus la proximité physique de celle qui s’est assise à côté de toi sur un banc à peine assez large pour deux personnes.

‘’Non nous n’avions pas de tels jardins. Mon village était.. est plus sec, nous y pratiquons surtout l’élevage. Peu d’arbre mais.. il y a un grand pommier dans la cour. Ma mère aime y coudre à son pied. Elle m’y racontait des histoires quand j’étais enfant.’’

Un sourire sincère et nostalgique illumine ta face. Ta décision se prend alors avec l’évocation de ta jeunesse et le souvenir du visage de ta mère, si prompte à s’inquiéter pour toi

‘’J’aimerai envoyer un message pour la rassurer. Vous pensez que ce serait possible ? Je me vois mal voyager en l’état et je.. je présume qu’il me faudra encore quelque temps.’’

Le ton est presque interrogateur , celui du patient qui demande l’air de rien pour combien de jours encore il est bloqué ici.
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Ryad Assad
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Jeu 6 Juil 2017 - 15:08
HRP : Je n'ai toujours pas fini mon mémoire - loin de là ^^ - mais je profite d'un moment de libre pour poster et faire un peu avancer les choses. C'est court mais c'est déjà ça Smile /HRP

_________



Le corps tremblant sans savoir trop pourquoi, Leda s'assit sur le banc aux côtés de Théomer. Ce n'était pas le froid qui la faisait frissonner, car une douce chaleur les embaumait tous les deux et leur procurait un réconfort temporaire. Alors quoi ? Elle croisa ses mains sur ses cuisses, observant les plantes qui serpentaient à l'assaut des murs. Lentement. Des images bien sombres s'imposèrent à l'esprit de la jeune femme, qui revit soudainement des flammes déchirer la nuit comme des milliers de lames orangées brandies par des poings serrés. Même dans le silence environnant, elle entendait le claquement des bottes, les hurlements… Elle se souvenait de la peur viscérale. De l'impuissance aussi. Avait-elle ouvert les yeux sur le monde pour n'en voir que les horreurs ?

Une brise légère chassa les nuages de son esprit et clarifia sa pensée. Non, elle n'était pas condamnée à voir le monde se ternir, les fleurs faner et les Hommes passer. Il y avait du beau ici, au Rohan, même là où la mort avait frappé. Il y avait du beau, et elle s'efforcerait de le chercher jusqu'à son dernier souffle, car sans cela elle ne voyait pas de raison de vivre. Même si son univers lui apparaissait comme une prison dont elle ne pouvait sortir. A sa façon, elle comprenait tellement Théomer. Prisonnier d'un corps blessé, incapable de se rendre là où son cœur lui commandait d'aller en toute hâte, incapable d'empoigner fermement le manche de la justice et de pourfendre ceux qui se complaisaient dans la désolation. Elle inspira profondément, et laissa un sourire émerger sur ses lèvres délicates. Ses cheveux blonds aux larges boucles s'agitèrent alors qu'elle tournait la tête pour observer le cavalier dans les yeux. Elle avait un regard d'une intensité rare, comme si elle faisait un effort permanent pour graver dans son esprit tout ce qu'elle voyait. Dans le moindre détail.

Un silence s'installa un instant entre eux, qu'elle rompit finalement en soufflant avec humilité :

- Je ne connais pas le secret des lettres moi-même, mais je ferai appeler un messager. Je… Votre mère sera rassurée rapidement, faites-moi confiance.

Elle avait posé la main sur son bras pour lui témoigner physiquement son soutien, et le sourire qu'elle entretenait s'élargit naturellement alors qu'elle sentait la tension retomber quelque peu. Quelque peu seulement, car Théomer était davantage préoccupé qu'il voulait le laisser paraître. Il s'inquiétait de savoir quand il pourrait repartir, et Leda perçut son impatience à travers le tissu qui séparait sa peau de pêche de celle, couturée de cicatrices, du guerrier. Il était tel un étalon piaffant et renâclant, impatient de galoper librement dès que les portes de l'enclos s'ouvriraient pour laisser passer sa majestueuse silhouette. La jeune femme se sentait presque coupable de devoir le retenir ici, car son devoir de l'accompagner partout se doublait de celui de le garder prisonnier. C'était pour son propre bien, se répétait-elle en permanence. Mais qu'adviendrait-il le jour où il serait suffisamment remis pour reprendre la route ? Elle ne pouvait pas le retenir, pas davantage au milieu des simples qui poussaient autour d'eux qu'elle ne pouvait retenir le temps qui passait inéluctablement. La guerre ne cesserait jamais de faire sonner son cor redoutable, et les âmes valeureuses ne cesseraient jamais d'y répondre tant qu'il resterait un souffle de bravoure dans leur noble poitrine.

Alors quoi ?

Cela servait-il à quelque chose de vouloir prolonger ces moments de partage, puisqu'ils étaient voués à s'achever de toute façon ? Y avait-il un sens à rester assis ici, alors qu'elle savait que leurs chemins prendraient des directions différentes ? Le sien la menait vers un horizon imprévu, tellement éloigné de ses rêves d'enfant qu'elle ne pouvait que se résigner à le vivre sans joie, mais à le vivre néanmoins. Dès lors, pourquoi entretenir volontairement l'illusion que l'instant qu'ils vivaient présentement pouvait durer l'éternité, quand elle était parfaitement consciente que tout pouvait basculer en une fraction de seconde ? Le monde pouvait de nouveau se soustraire à elle, emporté par un cavalier monté sur un destrier sombre, la laissant hébétée, dans les ténèbres pour l'éternité…

Avant qu'elle s'en rendît compte, une larme se mit à couler sur sa joue. Elle la chassa bien vite, mais trop tard sans doute. Se tournant vers Théomer en laissant échapper un rire triste derrière son sourire forcé, elle s'excusa :

- Pardon, c'est juste que…

Elle baissa la tête.

- Ce n'est rien. Une poussière. Dans mon œil.

Elle se sentit rougir jusqu'à la pointe des oreilles, ses joues devenant plus brûlantes qu'un brasier alors que son mensonge honteux en révélait bien plus qu'il n'en dissimulait. Jugeant plus prudent de changer de sujet, elle fut sauvée de manière tout à fait inattendue par une douce mélodie qui s'éleva tout à coup depuis le Château d'Or. Sans doute un musicien désœuvré qui s'était mis à l'ouvrage, les fenêtres ouvertes.

- Vous entendez ? Fit Leda avec un sourire.

C'était un flûtiste doué, qui semblait prendre du plaisir à faire chanter son instrument. Il commença doucement, comme pour permettre au bois de s'imprégner de la mélodie endiablée qu'il entendait lui faire jouer. Et puis sans prévenir, il s'embarqua dans une ballade aux accents dansants comme on n'en avait plus entendu depuis longtemps au Rohan. Le pays avait connu la tristesse, le malheur, mais il restait encore entre les murs épais de sa capitale des âmes qui se consacraient à l'art. Sans le savoir, ce musicien anonyme procurait aux deux jeunes âmes une distraction tout à fait bienvenue. Comment pouvaient-ils encore songer à leur quotidien difficile quand les notes jaillissaient de toutes parts comme des étincelles magiques les invitant à suivre le rythme de leurs explosions colorées ? Leda se surprit à battre la mesure du pied, et quand elle vit que Théomer ne pouvait s'empêcher de réagir lui aussi, elle se laissa guider par la musique en secouant la tête dans le même tempo.

Ni lui ni elle ne pouvaient vraiment danser, mais l'air chargé de sonorités festives les apaisait malgré tout, et était propice au rapprochement. Elle sentit avec peut-être plus de clarté qu'auparavant le contact de son épaule contre celle du cavalier. Pendant un instant, elle se demanda si tout cela était bien réel. Ce ne pouvait être qu'un rêve…

Un rêve qu'elle vivait les yeux ouverts.


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Mar 15 Aoû 2017 - 21:54
La larme bien que hâtivement effacée, a laissé comme un sillon sur sa joue, et ton regard revient régulièrement se poser sur ce doux visage et le sonder. Tenter de comprendre le trouble qui l’agite, le responsable de ce doux émoi qui la fait délicieusement rougir. Saisir son trouble pour sans doute mieux comprendre tes propres…

Tes quoi ? Sentiments ?

La mélodie s’éveille alors, douce et légère, pour ensuite devenir plus vive, plus rythmée, une musique propice à la dance, une musique aux accents chantants du Rohan.
Le sourire de Leda est réapparu, toute ragaillardie qu’elle semble par cet hymne musical, véritable bulle d’air, parenthèse bienvenue dans le trouble qui vous a envahi.

Tes sentiments, vraiment ?

Après tout.. ce serait normal. Naturel. Elle est responsable de toi depuis plusieurs jours, elle te soigne, elle est gentille, agréable douce à ton égard. Et il faut bien l’avouer, jolie et avenante. Quoi de plus normal que de ressentir des sentiments pour une telle personne ?
C’est à ton tour de sentir le rouge monter à tes joues. Heureusement qu’elle semble absorbée par la mélodie, la savourant les yeux fermés, rythmant la musique de ses pieds.
Son épaule fait-elle davantage pression sur la tienne, ou l’imagines-tu ? Te plairait-il qu’elle agisse ainsi ? Sans doute.
Trop de questions, bien simplettes, bien innocentes, mais qui changent agréablement de tes précédents tracas.
Tu prends le parti d’imiter Leda. De te laisser bercer par la musique. Battant la mesure.

Mais tout naturellement, ta main est venue se poser sur la sienne, et reste là.
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Ryad Assad
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Lun 18 Sep 2017 - 18:37

Les jours se suivaient et se ressemblaient pour Théomer, dont la rééducation se poursuivait inlassablement. Grâce aux bons soins de Leda, qui veillait sur lui avec bienveillance et patience, son corps se renforçait peu à peu, et il voyait se rapprocher le moment où il pourrait de nouveau monter en selle, brandir son épée, et partir à la guerre comme tout bon Rohirrim. Hélas, les sacrifices sur la route de la rémission n'étaient pas minces, et le guerrier connaissait son lot de découragements, de souffrances et de moments de solitude. La guérisseuse le voyait très bien, et elle s'efforçait de lui remonter le moral quotidiennement, en lui racontant des histoires simples, quelques commérages sur le château… Rien qui ne concernait la politique, les dangers du royaume, et les menaces qui planaient encore sur le Rohan. Combien de temps avait-il fallu à Théomer pour comprendre qu'elle le maintenait à dessein dans une bulle de quiétude factice ? Sans doute agissait-elle ainsi sur ordre direct du Vice-Roi, à en juger par la moue désolée qu'elle affichait parfois quand elle se laissait malencontreusement emmener vers une conversation qu'elle ne pouvait pas avoir. Leda s'en voulait de ne pas pouvoir parler librement au cavalier, qu'elle estimait mériter de savoir la vérité après tout ce qu'il avait traversé. Elle avait vu assez de vaillants hommes blessés pour savoir qu'il n'était pas toujours bon de les protéger. Le monde était impitoyable, et les empêcher de le voir ne les garderait pas de la mort et du danger qui rôdaient à l'extérieur des murs de la cité.

Et à l'intérieur…

Elle était d'autant plus frustrée de cette situation que ces derniers jours, elle et Théomer s'étaient rapprochés comme jamais elle n'aurait pu l'imaginer. Elle se souvenait avec une précision stupéfiante du moment où, seuls dans cette cour ombragée, il avait posé une main chaude sur la sienne. Son cœur s'était emballé en même temps que la mélodie qui résonnait autour d'eux, et elle avait su immédiatement que ses joues avaient pris une teinte écarlate. Les questions s'étaient mises à défiler dans son esprit, comme un régiment de la Marche en ordre de bataille. Au premier chef, elle s'interrogeait sur la nature de ce geste. Ou plutôt, sur le pourquoi. Elle n'était ni sotte ni simple, bien qu'elle n'eût pas reçu l'éducation des princes, et elle savait que Théomer lui démontrait son affection et, peut-être, lui émettait une proposition silencieuse. Elle le savait, et puisqu'elle savait ce que cela impliquait, elle avait retiré sa main en s'excusant, et s'était éclipsée sous un prétexte dont elle ne se souvenait pas, tant elle était étourdie par ce qui venait de se produire.

Sa réaction aurait pu être particulièrement offensante, et elle s'en voulait d'avoir laissé croire au cavalier qu'elle pouvait le craindre ou, pire, le rejeter car elle ne l'appréciait pas. Non. Si elle se comportait ainsi, c'était pour une raison qu'elle ne se sentait pas prête à expliquer. Mais la vie était ainsi faite que les explications venaient à vous quand vous refusiez de les offrir librement. Durant le reste de la journée, une gêne s'était installée entre le cavalier et la guérisseuse, qui avait fait de son mieux pour éviter de croiser son regard. Elle ne lui reprochait pas son intention – au contraire, elle était flattée que quelqu'un comme lui pût avoir, même pour une seconde, un peu d'affection pour quelqu'un comme elle – mais elle était confuse et elle ne voulait pas avoir à affronter les questions qui devaient le tourmenter. En dépit de tout cela, Leda tenait tout de même à s'occuper de lui personnellement, et elle s'était appliquée à le ramener jusqu'à son lit, et à afficher une mine apaisée pour ne pas lui faire ressentir trop douloureusement le poids de son audace. Au fond d'elle-même, elle savait que cela n'arrangeait pas la situation, et elle s'en voulait de ne pas avoir le courage de lui dire les choses directement et avec sincérité. Sombrant dans les occupations pour chasser les préoccupations, elle avait veillé jusque tard dans la nuit pour préparer les onguents et les pommades qui seraient appliqués le lendemain au cavalier. C'était une tâche simple, mais réconfortante, qui lui permettait de s'isoler et de focaliser ses pensées sur des gestes précis et méthodiques. Elle s'était tellement absorbée dans la tâche qu'elle en avait oublié ses autres obligations, lesquelles étaient venues à elle sous la forme d'un père outré.

- Leda ! Leda ! Criait-il dans les couloirs à une heure pas possible.

L'intéressée, qui s'était retranchée dans une annexe de la salle où se reposait Théomer, sortit au moment où son père entrait dans la pièce, les amenant elle, le cavalier surpris, et le chef de famille furieux, à se retrouver en un trio étrange au milieu de la nuit. Ce dernier n'avait pas manqué son entrée, manquant d'arracher la porte de ses gonds sans le faire exprès. Il fallait dire qu'il était taillé comme un tronc d'arbre, un homme de la terre de toute évidence, qui avait passé sa plus belle tenue ce soir, sans parvenir pourtant à approcher l'élégance de la noblesse ou des riches marchands que l'on voyait parfois dans la cité. Il serrait nerveusement ses mains l'une contre l'autre, ce qui donnait à sa silhouette trapue une allure presque comique. En croisant le regard de sa fille, la lueur inquiète qui s'était installée dans ses yeux et dans sa voix disparut soudainement, remplacée par une colère paternelle dénuée de toute violence.

- Aethelflaed ! Par Eorl, mais que fais-tu donc là à cette heure ? Dans cette tenue ! Alors que nous sommes attendus !

L'intéressée, les mains levées pour calmer la furie de son père qui avait le malheur de ne pas savoir baisser la voix, même quand la situation ne se prêtait guère à une scène, ne trouva pas l'espace de se justifier. Elle venait de se rappeler de ce à quoi il faisait référence, et l'obscurité de la pièce attestait de sa bévue. Elle avait totalement oublié. Ou plutôt, elle n'avait pas voulu se souvenir. Il reprit de plus belle :

- Des mois, des années que ta mère et moi attendons ce moment et tu… tu… mais qu'est-ce que tu faisais ?

Son regard glissa vers Théomer un instant, qui assistait à toute l'affaire. Leda profita de la légère hésitation de son père pour le tirer vers la sortie, en s'appuyant lourdement sur sa canne pour compenser l'effort que lui demandait de contraindre un homme dans la force de l'âge à faire demi-tour :

- Papa, si nous devons parler, parlons dehors !

Il ne l'écoutait qu'à moitié, et poursuivit :

- Mais tu te rends compte ? Que va dire sa famille en te voyant ainsi ? Et tes mains, qui sentent la cire ! Par tous les Mearas, qu'allons-nous faire de toi ?

Cependant qu'il parlait, il s'était tout de même laissé guider vers la sortie, et la porte s'était rapidement refermée derrière lui et Leda, laissant Théomer seul avec ses pensées et ses interrogations.

Leda n'avait pas reparlé de l'incident, mais quelque chose avait changé en elle depuis ce moment-là. Lorsqu'elle avait reparu le lendemain, elle s'était montrée à la fois plus distante et plus proche, plus secrète et plus ouverte. Il y eut un soir, particulièrement, durant lequel elle semblait encline à discuter, prenant de toute évidence plaisir à voir le moment se prolonger. Cela faisait longtemps qu'elle n'était pas restée aussi tardivement, mais les exercices de rééducation du cavalier s'intensifiaient, et exigeaient un examen attentif de ses blessures pour s'assurer qu'elles se remettaient toujours convenablement. La jeune femme exerçait des pressions appliquées sur ses muscles pour s'assurer qu'il ne ressentait aucune douleur anormale, et elle examinait avec soin les cicatrices pour prévenir tout risque d'infection. Beaucoup d'hommes mouraient hélas davantage des conséquences d'une blessure mal traitée que d'une lame. Elle s'assurait également que le corps du guerrier se développait de manière équilibrée, et qu'il ne compensait pas inutilement une faiblesse en sollicitant de manière déraisonnable une articulation ou un muscle. Il était déterminé à retrouver la forme, mais elle savait par expérience que c'était souvent là que commençaient les ennuis. Comme ces examens de routine prenaient un certain temps, et impliquaient une certaine intimité, elle se laissa envelopper par la discussion, et sembla tout à coup vouloir évoquer un sujet qui lui tenait à cœur. Les conversations entre elle et Théomer s'effectuaient désormais à bâtons rompus, et elle lui demanda sans ambages :

- Quand vous serez remis… vous repartirez en mission, n'est-ce pas ?

Quelque chose dans son ton indiquait que l'idée ne la réjouissait pas particulièrement, mais elle n'en laissa pas transparaître davantage, se contentant d'écouter avec attention la réponse du cavalier. Au fond, la question était rhétorique, mais elle voulait entendre ce que Théomer en pensait. Était-il véritablement impatient de retrouver les routes, le froid, la faim, et les combats ? Ne préférait-il pas rester à Edoras, où la vie était plus douce ? Ne préférait-il pas retourner chez ses parents, chez ses proches, serrer ses amis dans ses bras pour se rappeler d'où il venait ? Depuis le temps, il connaissait sa position vis-à-vis de la guerre, et savait qu'elle s'inquiétait du sort de ceux qui partaient au combat. Elle n'était pas, cependant, à la recherche d'un discours de réconfort. Elle cherchait la vérité, même si celle-ci lui déplaisait. Leda le laissa terminer, avant de rebondir :

- Est-ce que je peux vous demander quelque chose, Théomer ?

Son hésitation n'était pas habituelle, et elle sembla chercher les mots. Les mots justes, si jamais il y en avait, pour enfin verbaliser le malaise qui semblait ne pas l'avoir quittée depuis qu'elle avait senti la main du cavalier se poser sur la sienne. Depuis qu'elle avait senti son cœur s'emballer à l'idée qu'un homme preux pût la considérer comme autre chose que…

- Leda !

Une voix féminine, celle d'une jeune servante qui venait d'entrer dans la pièce. Elle n'avait pas vraiment levé la voix, respectant instinctivement le silence et l'harmonie des lieux, mais il y avait une forme d'urgence dans son ton. La guérisseuse se leva, pleine de cette énergie qui la caractérisait quand elle se sentait investie du devoir d'aider quelqu'un.

- Oui, Mira ? Que se passe-t-il ?

- Leda, « il » est là… Je… J'ai essayé de le faire patienter, mais il ne veut rien savoir. Il dit que tu dois venir avec lui, et…

- J'arrive, répondit-elle sans joie.

De là où il se trouvait, Théomer entendit chaque mot de l'échange, mais surtout il put voir ce qui passa dans les yeux de la jeune femme au moment où elle se retourna vers lui pour attraper sa canne, qui reposait contre la table de chevet de son unique patient, à quelques centimètres de la tête du Rohirrim. C'était quelque chose que le cavalier, durant tout le temps qu'il avait passé auprès de Leda, n'avait encore jamais observé dans ses prunelles innocentes. Quelque chose que nul ne voulait voir au fond des yeux doux d'une femme.

Le désespoir.


Membre des Orange Brothers aka The Bad Cop

"Il n'y a pas pire tyrannie que celle qui se cache sous l'étendard de la Justice"

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