RPG SEIGNEUR DES ANNEAUX - LE JEU DE RÔLE SEIGNEUR DES ANNEAUX N°1 !
 
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 Prévenir le Vice-Roi

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Théomer
Cavalier du Rohan
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MessageSujet: Prévenir le Vice-Roi   Dim 23 Oct 2016 - 16:59

Infirmerie de Méduseld.

Des vitraux colorés des fenêtres, fines et élancées, une myriade de rayons colorés éclairent la vaste pièce d’une lumière apaisante. Les murs filtrent les bruits extérieurs en un fin bourdonnement d’ou ressort quelquefois le martèlement plus précis d’un marteau de forgeron ou le tintement de quelques armes en exercice.



Plusieurs lits sont alignés en rang le long des murs, parfois séparés par quelques teintures ou draps, ou bien une armoire remplie de linges. L’infirmerie est une des pièces les plus anciennes du château d’or, et le bois de ses portes, murs et poutres est tout aussi richement décoré que celui du hall principal, comprenant de multiples nervures dorées qui ont valu son nom et sa réputation à la demeure des seigneurs du Rohan.
La pièce sert tout autant d’apothicairerie royale que d’hospice pour la population et les jeunes dames de la cour qui en ont la charge prennent en charge autant les vieillards et souffrants d’Edoras, que les soldats blessés, ou les nobles malades.

Ce matin, l’infirmerie est calme, seuls deux septuagénaire souffreteux et un benjamin maladroit de l’armée s’étant blessé à l’entraînement du matin, requièrent les soins des dames de l’hospice. Bien qu’en réalité, il y ait un autre blessé qui occupe un lit dans un coin de la pièce. Les teintures sont tirées autour du malade, dont le torse et le bras gauche sont pansés, et la face ornée de plusieurs hématomes, et deux gardes en arme semblent veiller sur lui, ou bien le surveiller, plutôt que vouloir le protéger d’un quelconque risque.
L'homme a été retrouvé la veille, inconscient, allongé à côté d’une monture à bout de souffle, qui récupère actuellement aux écuries d’Edoras. Il portait une armure rohirrime, mas également une cape de la Garde Royale, et ce alors même qu’aucun membre de la Garde présent à Edoras n’a été capable de l’identifier. Ont également été retrouvé un cor, probablement celui qui lui a permis de lancer son appel de détresse avant que de perdre connaissance, de facture rohirrime, tout comme ses armes, et dans les replis de sa tunique, deux bouts de parchemin qui ont continué à entretenir le flou sur le personnage. Le premier est ce qui semble être une lettre de recommandation pour un dénommé Théomer, de la part de son père, adressé à un ancien compagnon d’armes, l’ancien Maréchal. Le second s’apparente fort à un contrat de mercenariat liant un certain Brodien à un employeur du nom d’Ignus, sans que rien de l’affaire ne soit mentionné sur le-dit contrat.


Qui est l’homme retrouvé inconscient, le soldat Théomer ou le mercenaire Brodien ? Quelles épreuves a-t-il traversé pour se retrouver aussi malmené ? Ou-a-t-il récupéré une cape de la garde rapprochée du roi ?
Ses multiples plaies ont été pansées, et depuis, ordres ont été donnés de surveiller son chevet jusqu’à ce qu’il reprenne connaissance et que l’affaire puisse être tirée au clair. Aucune plaie mortelle n’a été détecté par les hommes de science qui ont néanmoins du remboiter une épaule luxée, mais la multitude de ses lésions laissent présager d’un affrontement violent.  Depuis, les questions et paris s’enchaînent parmi les gardes qui se relaient auprès du suspect. Les uns tablent sur un mercenaire ayant eu maille avec un éored et s’étant emparé de la cap comme un trophée, les plus réfléchis arguent que le mystérieux cavalier semblant faire route vers Edoras et ayant soufflé du cor pour réclamer de l’aide, cette hypothèse est peu vraisemblable. Le doute demeure, mais les Gardes Royaux au courant de l’affaire regardent d’un mauvais œil cet inconnu ayant arboré leurs couleurs mais inconnu au sein de leur corps d’élite. Chez eux aussi les langues s’agitent et des hypothèses sont élaborées. On parle notamment beaucoup du capitaine Eofend parti il y a presque une semaine en mission, et dont on est resté sans nouvelles depuis.

Une infirmière se rapprochent et les gardes la laissent s’approcher du patient. Avec délicatesse, du revers de sa main, elle recherche une fièvre au front du patient, puis s’enquiert de l’état des pansements. Avec un sourire de satisfaction à l’attention des deux gardes, puis les pommettes rosissant sous l’action des deux regards qui lui sont renvoyés, elle repart.
Un des gardes en a profité pour admirer de plus près les armes retrouvées sur le blessé. Il y a notamment une hache dont la facture exotique a intrigué beaucoup de ses congénères. L’avis demandé à l’armurier de la cours a tranché pour une arme de facture naine, exceptionnellement bien équilibrée et tranchante. Une épée, de facture rohirrime plus classique a été retrouvée. L’arme quoique plus de première jeunesse, a néanmoins quelque noblesse, notamment dans ses quillons en acier paré d’argent, ouvragés et décorés en forme de buste de chevaux tandis que la fusée et le pommeau sont incrustés et décorés par des tresses teintées de rouge.
Rejoint dans son inspection par son compère, la tâche étant bien ennuyante il faut l’avouer, les deux gardes ne remarquent par de suite que l’homme commence à remuer dans son lit.


Tu te sens bien.
Paisible et détendu. Il te semble être allongé dans le plus moelleux des matelas, et sur ta peau tu crois ressentir les plus doux des draps. Un oasis de douceur et de tranquilité que tu as enfin trouvé et que tu ne voudrais pour rien au monde quitter.
Que tu as enfin trouvé…
Que s’est il passé réellement en fait ? Tu as traversé des épreuves mais quoi ? Tu peines à t’en souvenir, tes pensées sont toutes embrumées, et tu te sens si bien, comme si tu avais enfin pu te reposer après une trop longue et trop rude lutte. Comme si tu avais enfin eu le temps.
Le temps.
Depuis combien de temps es-tu dans cet état de léthargie ? Une doute s’instille en toi puis comme une bouffée de panique. En un instant, tous tes souvenirs te reviennent et t’agressent violemment alors que tu revis les moments d’horreur passés.

Tu te réveilles brusquement.

‘’NIVAFEL!EOFEND !’’

Tu es à moitié assis dans ton lit, en sueurs, alors que tu te rends alors compte de ce qui t’entoure, les murs richement décorés de la vaste pièce, les dams en robe qui accourent vers toi et les deux hommes en armes, surpris, et qui te dévisagent encore effrayés avant de reprendre contenance.
‘’Qu’est ce que je...’’

Tu ne connais pas l’endroit, même si il dégage quelque chose de vaguement familier. Un peu paniqué d’être au centre de l’attention des personnes autour de toi, tu cherches à te rappeler tes derniers souvenirs.
Oui… tu revois Edoras, tu étais tombé, et tu avais sonné du cor.
Edoras, les murs couverts de dorures.
Tu es arrivé à bon port.

‘’Va prévenir les autres, il est bien réveillé là je crois’’.

Un des soldats se rapproche de toi tandis que l’autre part à reculons. Pourquoi sont ils armés ? Les dames arrivent et te demandent de te rallonger, et tu constates alors seulement tes multiples pansements. Oui l’affrontement, le feu, les morts.
Le message. Edoras.

‘’ Je.. Attendez, je dois porter un message.’’
‘’Du calme mon gars, va falloir te ménager et répondre à certaines questions je crois.’’


Le message. Le soldat s’est donné un ton ferme, mais il n’est pas encore menacant, et l’épée est encore au fourreau. Une des infimières pousse un cri dépité et tu constates une auréole rouge qui est apparu sur un des pansements. On te rallonge presque de force.

‘’Je dois parler.. au Vice-Roi.’’

Le soldat te regarde plus gravement.
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Ryad Assad
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MessageSujet: Re: Prévenir le Vice-Roi   Lun 24 Oct 2016 - 16:33

L'infirmerie de Meduseld était peut-être encore le dernier havre de paix d'Edoras. La matinée était bien avancée, et les rayons d'un soleil qui n'avait pas encore atteint son zénith venaient transpercer les fenêtres pour dispenser une douce lumière à l'intérieur. Chacun s'affairait à son travail dans un silence religieux, et bien qu'il n'y eut personne ou presque sur les nombreux lits que les guérisseurs et guérisseuses tenaient prêts, rares étaient les mots échangés. Les gardes discutaient à voix basse, respectant la quiétude des lieux. Ils échangeaient quelques commentaires sur l'homme qu'ils devaient surveiller, et qui avait reçu tant d'attentions depuis son arrivée. Une des guérisseuses avait été assignée à son chevet, et c'était elle qui s'occupait de lui depuis qu'un jeune Capitaine de la Garde l'avait retrouvé. Elle était là par pur hasard quand les portes s'étaient ouvertes en grand, et qu'une demi-douzaine de soldats en armures étaient entrés avec fracas dans la pièce, brisant le silence en même temps qu'ils appelaient à l'aide. Elle avait lâché ce qu'elle faisait, et les avait rejoints prestement.

« Installez-le ici ! Attention, attention ! » Avait-elle ordonné avec une assurance conférée par l'angoisse.

L'homme qu'on lui amenait, indubitablement Rohirrim à en juger par ses traits et son armure, était en bien piteux état. Elle ignorait ce qu'il avait traversé, mais le résultat était aussi terrifiant que malsain. Ses blessures nombreuses suggéraient qu'il avait été engagé dans une bataille âpre, mais il y avait autre chose. Malheureusement, la guérisseuse avait eu son lot de blessés, et elle savait à quoi ressemblaient les entailles faites au combat. Une blessure, parfois deux, souvent suffisantes pour jeter un homme à terre et l'y laisser jusqu'à la fin des hostilités. Mais là… il était si couvert de bleus et d'entailles qu'elle aurait dit qu'il avait été méticuleusement passé à tabac. Son armure était encrassée, sa tunique roussie et noircie par endroits… Ses yeux affûtés avaient capté tout cela en une fraction de seconde, et elle avait accompagné les militaires alors qu'ils déposaient ce pauvre hère sur un lit propre. Elle avait été obligée de les pousser pour se frayer un chemin jusqu'au patient, qui semblait souffrir en outre de déshydratation.

« Je vais avoir besoin d'espace, s'il-vous-plaît. »

Ils lui obéirent sans rechigner. D'ordinaire, les hommes se montraient toujours un peu récalcitrants à écouter les directives d'une femme – jeune de surcroît – sauf quand cette femme tenait la vie d'un des leurs entre leurs mains. Alors, ils rentraient dans les rangs, et se montraient incroyablement disciplinés. Une voix ferme retentit, ordonnant aux soldats de quitter les lieux. La guérisseuse leva la tête un instant, et posa son regard sur un homme qu'elle avait déjà eu l'occasion de voir assez souvent traîner ici. Il ne devait pas savoir qui elle était, mais son séjour prolongé dans l'infirmerie avait fait parler, et elle n'ignorait pas qui était Learamn. Nul doute possible, c'était forcément lui. Les mêmes yeux volontaires malgré la douleur, et ces béquilles qui ne trompaient personne. Il avait l'air fatigué, épuisé même… probablement à cause des rumeurs qui couraient dans le Château d'Or, et que le Vice-Roi travaillait à calmer. Et puis il y avait cette femme étrange, l'Orientale, qui le suivait en permanence sans dire un mot. A son sujet aussi, on racontait beaucoup de choses. Rien d'agréable. On disait qu'elle était une espionne, une tueuse, ou encore une sorcière. Le simple fait de savoir qu'elle était là glaçait le sang de la jeune Rohirrim, qui revint bientôt à son patient.

Ses mains toujours fraîches glissèrent sur le cou du guerrier, sur sa nuque, à la recherche de blessures cachées qui n'auraient pas été décelables à l'œil nu. Elle poursuivit son examen en observant la cotte de mailles qu'il portait, cherchant un point d'enfoncement qui aurait trahi la présence d'une flèche. Elle voulait être prudente, car trop d'empressement pouvait conduire à faire des erreurs. Si elle touchait par erreur une blessure que ses nombreuses protections gardaient fermée, il pouvait se vider de son sang en quelques minutes, avant qu'elle eût localisé la plaie. Tout en procédant à son examen méticuleux, elle demanda au Capitaine Learamn s'il connaissait le patient.

Elle n'eût qu'un « non » pour réponse.

« Je vois », renvoya-t-elle laconiquement.

Pourtant, il portait aussi une cape d'officier de la Garde. N'étaient-ils pas censés se connaître ? Elle ravala sa question, se rappelant sa place, et continua son examen. Si elle avait demandé cela, c'était surtout parce qu'elle considérait que parler à ses patients et les appeler par leur prénom était une chose positive. Elle avait toujours cru que cela les aidait à aller mieux que d'entendre, dans leur profond sommeil, une voix douce les inviter à revenir dans le monde des vivants. La vérité, elle l'avait apprise durant la guerre civile, était qu'elle avait besoin de savoir leur nom pour ne pas cesser de ressentir de la compassion. Elle avait vu tant de blessés, tant de gens voués à mourir, qu'elle aurait pu devenir insensible et fermée, refusant de s'ouvrir et de ressentir la douleur et la tristesse de chaque perte. Elle avait fait en sorte que non… même si cela devait la faire regretter amèrement la mort de chaque âme que les ancêtres plaçaient entre ses mains.

Learamn l'avait observée un instant soigner les plaies, avant de lui donner des directives très claires et très précises. Premièrement, il voulait qu'elle l'appelât sitôt que le prisonnier se réveillerait : il voulait lui parler personnellement. Deuxièmement, il avait insisté pour que, sauf ordre contraire du Vice-Roi lui-même, le blessé ne fût autorisé à quitter les lieux. Il avait d'ailleurs décidé de la nommer responsable de son état de santé. Enfin, troisièmement, il lui avait fait savoir qu'il enverrait deux hommes se relayer pour être au chevet du blessé jour et nuit. Il n'avait pas précisé pourquoi, mais sur ses traits elle avait lu que quelque chose n'allait pas. Pourquoi surveiller un compagnon blessé ? Quelqu'un lui voulait-il encore du mal ? Ou bien était-ce lui le danger ? Elle se mordit l'intérieur des joues pour ne rien dire, et se contenta de hocher la tête, laissant le Capitaine et sa curieuse assistante quitter les lieux.

Au moment où il allait franchir les portes, cependant, elle ne put s'empêcher de l'appeler :

« Capitaine ! Transmettez nos vœux de rétablissement à Dame Aelyn. Si elle veut venir se reposer ici, elle sera la bienvenue. »

Sa phrase jeta un froid, puis Learamn quitta la pièce sans rien ajouter.

Tout cela s'était passé deux jours auparavant, et maintenant voilà que le prisonnier émergeait violemment de son sommeil, apparemment perdu et inquiet de sa situation. La guérisseuse n'était pas immédiatement à côté de lui, mais elle entendit ses cris. Elle lâcha les serviettes qu'elle était en train de suspendre à sécher, et accourut aussi vite qu'elle le pouvait au chevet du blessé. Trois novices étaient là, en train d'essayer de le maintenir en place, tandis que l'un des deux hommes de garde battait déjà en retraite. La Rohirrim l'attrapa pas le bras au passage, et lui souffla :

- Allez chercher le Capitaine Learamn, il a demandé à être prévenu immédiatement.

Il hocha la tête, et elle l'entendit courir dans les couloirs. Rapidement, elle reporta son attention sur le blessé, qui gesticulait en essayant toujours de quitter son couchage. Elle intervint en écartant le militaire qui lui parlait, puis les novices qui parlaient toutes en même temps pour tenter de le convaincre de rester tranquille. La guérisseuse, dont les yeux acérés ne manquaient jamais rien, remarqua immédiatement qu'il avait ré-ouvert une de ses blessures :

- Poussez-vous, poussez-vous, fit-elle aux plus jeunes qui s'écartèrent.

Elle arriva au chevet du guerrier, et plaqua sa main sur le pansement. Effet garanti. Premièrement, cela permettrait peut-être de limiter le saignement si la réouverture était minime. Une pression suffisamment forte et longue devrait suffire. Secondement, la douleur qui transperça le cavalier le jeta immédiatement sur le dos avec un grognement. Elle fit une moue, désolée de devoir employer ce petit stratagème pour parvenir à le contrôler, mais elle n'avait pas vraiment le choix. Pendant qu'il retrouvait son souffle, les yeux fermés pour endiguer la souffrance, elle donna ses ordres :

- Je m'occupe de lui, tout ira bien. Retournez à vos tâches. Quant à vous (lança-t-elle à l'attention du soldat), je vais avoir besoin d'espace. Il n'ira nulle part dans son état, et vous pouvez aussi bien le surveiller depuis là-bas.

Il plissa le nez, visiblement mécontent d'être écarté ainsi, mais s'exécuta tout de même. Quand une guérisseuse donnait des ordres concernant la sécurité d'un patient, même le Roi du Rohan se pliait à ses directives. Et il n'était pas le Roi. Le jeune guerrier recommençait à bouger sous ses doigts qui n'avaient pas quitté son torse puissant, et elle l'examina rapidement. Pas de fièvre, mais il avait le visage chaud. Son pouls était rapide, certes, mais pas irrégulier. Il était inquiet, paniqué peut-être, mais pas au point de mourir entre ses mains. Elle posa un doigt sur ses lèvres au moment où il s'apprêtait à reprendre la parole :

- Shh-shh-shh, fit-elle pour le calmer. Tout va bien. Tout va bien.


Elle lui adressa un sourire rassurant, et serra sa main pour lui transmettre un peu de courage. Le pauvre devait avoir traversé bien des malheurs pour en arriver là, et elle ne comprenait pas pourquoi il devait être placé sous surveillance. N'en avait-on pas assez des soupçons et de la méfiance dans le pays de Rohan ? Les plaines n'avaient-elles pas assez vu de fratricides ? Le monde avait-il changé au point que la crainte de l'autre devait l'emporter sur la compassion la plus naturelle ? Un homme était blessé, et qu'avait-il en retour, sinon des gardes et des questions ? Elle voulait au moins qu'il se réveillât auprès d'une personne qui ne l'ensevelirait pas sous une avalanche de questions. Voir un visage amical, et s'accrocher à la vie… voilà ce qu'elle souhaitait pour le blessé, quelle que fût son identité.

- Dites-moi votre nom.

Elle murmurait, à la fois pour inciter le soldat à l'apaisement, mais aussi pour qu'il se sentît dans une conversation privée, malgré la présence d'un soldat dans le dos de la jeune femme. Elle s'était placée stratégiquement, de sorte qu'il ne fût pas en mesure de voir autre chose que l’infirmerie de Méduseld sur sa droite, et le visage de la jeune femme sur sa gauche. Elle le fixait de ses immenses yeux bleus, avec une intensité qu'il était difficile de décrire. Cela ne l'empêchait pas de s'affairer, car même si elle continuait à observer son visage, ses mains étaient loin d'être inactives. Elle avait relâché légèrement la pression sur le pansement, et avait laissé ses doigts posés autour en quête d'un saignement. Rien. C'était bon signe.

- Tenez, buvez un peu. Vous devez être assoiffé.

Elle aida le blessé à se désaltérer, consciente que ce n'était que la toute première étape vers sa rémission, et qu'il ne pourrait pas vraiment être considéré comme « rétabli » tant qu'il n'aurait pas pris davantage de repos et mangé quelque chose de solide. Toutefois, les autorités militaires ne l'entendaient pas de cette oreille, et bientôt le soldat qu'elle avait envoyé revint avec sur les talons Learamn et l'Orientale qui décida d'attendre devant l'entrée. Le Capitaine avait la mine grave, mais la jeune femme ne se découragea pas et fit quelques pas dans sa direction pour lui parler en privé :

- Capitaine, je sais que je ne peux pas vous empêcher de lui parler, mais vous devez être consciente de la situation. Il vient à peine d'émerger, et il est encore très fragile. Je vous ai fait appeler, comme vous l'aviez demandé, mais il faut éviter de le brusquer. J'ai bien peur que son discours ne soit confus, et qu'il ne veuille parler qu'au Vice-Roi en personne.

Elle s'écarta de la route du jeune officier, bien sombre, et croisa les bras alors qu'il s'approchait. Elle espérait simplement qu'il se montrerait raisonnable. Hélas, bien des choses pesaient sur l'atmosphère de Méduseld en ce moment, et bien qu'elle ne fût pas au courant des affaires d'État, elle pouvait ressentir la tension et le malaise chez tous les hauts-gradés. Fatiguée d'être restée debout si longtemps, elle s'assit sur une chaise, entièrement focalisée sur la conversation qui allait suivre.

Sans savoir pourquoi, elle éprouvait une pointe d'angoisse.

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Learamn
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MessageSujet: Re: Prévenir le Vice-Roi   Dim 30 Oct 2016 - 16:35

La vie suivait son cours à Meduseld et dans toute la capitale; le matin les citoyens se rendaient comme toujours au travail sans se douter qu’une des personnalités les plus influentes de leur royaume venait d’être enlevée dans son propre palais. Les gardes gardaient, les commerçant commerçaient, les serveurs servaient et les gérants géraient ; en somme chacun était à sa place comme il se devait. Tous? Vraiment? Employer ce terme reviendrait pourtant à faire une imprécision car il y avait bien une personne qui savait qu’elle n’était pas où elle devrait l’être. Jeune guerrier ayant rapidement fait ses preuves sous les drapeaux et propulsé au prestigieux poste de Capitaine de la Garde Royale , Learamn apparaissait comme un modèle de réussite aux yeux de nombreux hommes de troupe. Cependant l’officier traînait depuis des semaines les séquelles de sa dernière mission qui le condamnaient à l’immobilisation et à l'oisiveté. Écarté des opérations pour retrouver Dame Aelyn, il avait décidé, en passant outre les ordres, de mener sa propre en quête avec l’aide d’Iran, une guerrière orientale résidant temporairement au palais pour enquêter sur le meurtre de Rokh, son ami, sauvagement assassiné.  Le séjour de cette étrangère à Meduseld avait révélé la xénophobie et le racisme destructeur d’une frange de la population rohirrim ; certains avaient même osé passer à l’acte en tentant de noyer la jeune femme , sauvée in extremis par le capitaine.


Ce matin-là il était installé dans ses appartements , Iran était avec lui et encore une fois ils échangeaient à propos de l’investigation en cours.Plus le temps avançait plus Learamn s’agaçait; l’enquête avançait peu à peu mais c’était bien trop lent à son goût. Qui sait ce que les ravisseurs avaient déjà eu le temps de faire à Aelyn? Il valait mieux ne pas y penser mais les images montrant celle qui l’avait soigné et sauvé maltraitée alors même qu’elle était enceinte revenait sans cesse dans son esprit. Il devait tout mettre en oeuvre pour voler à son secours le plus vite possible; il lui devait bien cela.


On frappa alors à la porte; le capitaine autorisa l’entrée et un Garde Royal se présenta à eux.


“Mon capitaine l’infirmerie affirme qu’ils viennent de prendre en charge un garde royal grièvement blessé.
-Ont-ils donné un nom?
-Non mon capitaine.”



L’officier fronça les sourcils, il était très rare qu’un garde royal se retrouve assez exposé pour subir d’importantes blessures. Assignés à la protection du palais et du Vice-Roi les membres de la Garde Royale ne se retrouvaient que très rarement dans des situations critiques et l’infirmerie ne faisait pas partie des lieux où ils avaient leurs habitudes. Si un Garde était présentement blessé cela voulait dire qu’il faisait partie de l’escouade envoyé à la recherche des artefacts volés dans les Caves d’Or du Bourgeois. Et Learamn commençait à se demander si les choses n’avaient pas tourné au vinaigre. Il ne manquait plus que ça. Il se saisit de ses “compagnons” de marche et boita jusqu’à l’infirmerie ; Iran le suivant comme une ombre ou plutôt comme son ombre.


Naturellement on lui ouvrit les portes sans broncher et on le conduisit jusqu’au blessé en question. Le pauvre bougre était en piteux état et Learamn se doutait que son était devait être pire lors de son arrivée ici. Allongé et couvert de pansement et bandages le guerrier était plongé dans un profond sommeil. Sous sa barbe naissante on pouvait reconnaître de très jeunes traits: le soldat devait avoir la vingtaine à peine dépassée. Une autre jeune âme brisée trop tôt...Seulement voilà, Learamn était à peu près certain qu’il ne s’agissait pas d’un membre de la Garde Royale; il connaissait tous ses hommes et celui-ci n’en faisait pas partie.  La jeune infirmière qui s’occupait du blessé ne connaissait pas non plus son identité et comptait sur l’officier pour la savoir ; bien entendu cela eut été trop simple.


Si Learamn ne reconnut pas l’homme qu’il avait en face de lui, il ne tarda pas pour autant à remarquer la cape suspendue non lui qui semblait lui appartenir. Cette cape il la connaissait puisqu’il en portait une similaire en de nombreux points : c’était celle des officiers de la garde.( Même si en tant que Capitaine la sienne différait légèrement des autres)  Et les lettres d’or brodés ne laissaient aucune place au doute sur l’identité de son possesseur : elle appartenait à Eofend, parti quelques jours plus tôt sur son ordre pour monter une équipe et faire la chasse  à une bande de voleurs bien particuliers.
Au vu de ce qu’il avait devant lui, il n’avait pas besoin d’être un génie pour comprendre que les choses avaient mal tournées.  Et dire qu’il pensait qu’il ne s’agirait que d’une simple mission de routine...Eofend avait-il envoyé ce jeune cavalier chercher du renfort ou délivrer des informations ? Ou alors était-il le seul survivant d’une troupe complètement décimée? L’affaire était grave et Learamn devait prendre ses dispositions pour bien gérer la suite.


“A partir de maintenant vous serez responsable de ce blessé, indiqua-t-il à la guérisseuse à la longue et belle chevelure rousse , quoique vous dise vos supérieurs hiérarchique vous disposez de droits exceptionnels. Ne vous considérez plus comme une de leur subordonnée lorsqu’il s’agit de son cas, vous répondez directement de moi et du Vice-Roi. Prévenez moi dès qu’il se réveille, dans la minute. Interdisez lui de quitter les lieux sauf ordre du Vice-Roi Mortensen en personne, il doit rester ici dans cette pièce. Enfin je vais ordonner à ce que deux gardes se relaient pour rester à son chevet. Est- ce clair Ma Dame?”


Il avait donné ces ordres sur un ton loin d’être méchant mais loin d’être tendre pour autant ; s’il avait su s’imposer à un tel poste malgré son jeune âge c’était en partie à cause de son professionnalisme à toute épreuve. Il se permit tout de même de parler à l’infirmière sur un ton plus doux avant de sortir de la pièce.


“Prenez bien soin de lui, il a l’air d’en avoir besoin.”



L’officier éclopé claudiqua jusqu’à la sortie.  Avant qu’il n’eut franchi les portes la guérisseuse lui demanda de transmettre ses vœux de rétablissement à Dame Aelyn. Éprouvant un pincement au cœur Learamn s’arrêta, resta immobile quelques secondes, tournant toujours le dos à son interlocutrice puis sortit sans rien lui répondre.

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Il se passa deux jours sans qu’il n’eut aucune nouvelle de cet intrigant blessé, mais pris par l’enquête il ne s’était pas vraiment ennuyé. Le jeune homme ne savait pas combien d’heures il avait passé sur cette enquête au côté d’Iran ces derniers temps mais leurs réflexions et discussions pouvaient s’éterniser. Malgré les circonstances tragiques Learamn se sentait quelque peu revivre; il sortait enfin de l’oisiveté à laquelle il était condamné dans son lit avec son blessure; il se sentait à nouveau utile.  Néanmoins l’arrivée pour le moins inattendue de ce blessé avait quelque peu perturbé le capitaine qui trépignait d’impatience et n’attendait que son réveil pour le bombarder de milles questions.
Alors quand un garde vint lui annoncer que le cavalier sortait du coma, Learamn se saisit immédiatement de ses béquille et toujours flanqué de sa “partenaire” Orientale il prit le chemin de l’infirmerie.


Arrivé à l’entrée de la vaste pièce où des dizaines d’anges gardiennes aux doigts de fées préservaient la vie de soldats meurtris. Iran , ne se sentant sûrement pas à sa place ici , lui indiqua qu’elle l’attendrait à l’extérieur.  Il pénétra donc seul à l’intérieur et n’eut pas le temps de faire trois mètres que l’infirmière rousse qu’il avait nommé responsable du blessé vint subitement à sa rencontre. D’une voix presque implorante elle intima l’officier à ne pas brusquer le jeune blessé qui selon ses dires était encore dans un état fragile.


Elle prenait donc sa tâche très a coeur, la jeune guérisseuse n’avait jamais parlé au nouvel arrivant mais elle s’y était déjà attaché et son ton suppliant semblait on ne pouvait plus sincère.
Pourtant Learamn ne pouvait se résoudre à ménager le revenant, il avait besoin de réponses et vite.


“Le Vice-Roi a d’autres affaires   à gérer et n’a clairement pas le temps de s’occuper de cela. Et si vraiment cet homme portait l’uniforme des Gardes Royaux alors c’est à moi qu’il doit rendre des comptes.”



Sans attendre de nouvelles protestations de la jeune femme il avança jusqu’au lit de l’intrigant guerrier arrivé deux jours plus tôt. Les médecins de Meduseld avaient fait un travail remarquable mais le pauvre bougre ne semblait tout de même pas au meilleur de sa forme. Le corps recouvert de bandages et pansements, c’était surtout son expression qui se révélait inquiétante. Son visage était profondément marqué et son regard vitreux semblait se perdre dans le vide. En entendant arriver le capitaine il tourna la tête vers son supérieur à peine plus âgé que lui. Lorsque leurs regards se croisèrent, le Capitaine fut traversé d’un frisson ; il lui semblait que le soldat avait vu un démon ou même la Mort. Encore une autre âme jeune et vigoureuse à qui la violence humaine avait ôté sa dernière part d’insouciance.


“Soldat. fit-il sur un ton qui se voulait doux tout en restant hiérarchique. Qui êtes vous? Faites vous partie de la troupe d’Eofend? Si oui que vous est-il arrivé et…”



Il s’arrêta un instant , comme pris d’effroi par l'éventualité qui se dessinait dans son esprit.


“Et où sont les autres?”



Avec appréhension le capitaine attendit des réponses et son petit doigt lui disait que celles ci n’allaient pas lui plaire.

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Théomer
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MessageSujet: Re: Prévenir le Vice-Roi   Mer 21 Déc 2016 - 1:21

Tu peines à reprendre ton souffle et tes esprits qui te semblent noyés sous une vaste couche de brumes. Rallongé de force sur le lit, tu ressens comme des dizaines de poignards fichés dans ton corps, les blessures se réveillant à ton souvenir, et certaines semblant rouvertes de par ton affolement initial. Dans la lutte pour te recoucher ton poignet droit a été maîtrise, et une douloureuse fulgurance t'est remontée jusqu'à l'épaule, tandis que ton flanc gauche te fait souffrir à chaque respiration. Tout le reste de ton corps n'est que meurtrissures et douleur.
Tu tentes de te calmer, et de vaincre la fièvre qui agite ton esprit. Les ors d'Edoras sont d'eux-même une consolation, mais progressivement, ton attention se fixe sur autre chose de tout aussi apaisant.



L’esprit encore embrumé dans les derniers instants de ton coma et ton affolement initial, tes sens se focalisent progressivement sur la douce personne qui s’affaire au dessus de toi, et tente manifestement d’attirer ton attention. Ta vision encore troublée, tu distingues peu à peu les détails de son visage, les lèvres fines entrouvertes en un fin sourire consolateur, la chevelure rousse et bouclée. Sa voix t'apaise et agit comme un phare au milieu du brouillard de ton esprit, tu l'entends et tente de te détendre peu à peu, plaçant instinctivement ta confiance en elle.

‘’Thé..omer’’

Ta voix est encore éraillée, ta bouche trop sèche et tes cordes vocales blessées par tes premières clameurs. Elle te tend alors un bol et tu te surprends toi même à constater combien tu trembles. L’émotion doit jouer certes, mais cette faiblesse, cette lassitude.. depuis combien de temps es-tu inconscient ? Tu arrives maladroitement à boire quelques gorgées. Des filets d’eau coulent à chaque commissure de tes lèvres et se perdent dans ta barbe. L’eau fraîche est presque douloureuse à déglutir un premier temps, mais tu avales avec plaisir le fond du récipient, le liquide te donnant l’impression de rajeunir. Reposant le récipient, fatigué par ce simple effort, tu tentes maladroitement de te redresser mais l’énigmatique infirmière t’en empêche d’un doigt posé sur le torse et d’un simple froncement de sourcil. T’avouant vaincu, tu t’affaisses dans les draps alors qu’elle s’en va poser le bol. Tu avises alors le soldat toujours présent et qu’elle masquait jusque-là, dont le regard affronte le tien avant que de le fuir devant ton insistance. Son équipier semble avoir disparu mais sa présence te renvoie soudainement au malaise qui t’a initialement envahi. Que fait-il donc là ?

‘’Merci douce dame’’

Ton ange gardien est revenu et s’assied à côté de toi.

‘’Ecoutez-moi, je ne peux pas rester ici, il faut absolument... que je puisse parler au Vice-Roi.’’

Son regard devient plus grave, comme arborant un sujet interdit. Mais elle n’a pas le temps de s’étendre sur le sujet ou expliquer sa réputation, les portes de l’infirmerie s’ouvrent précipitamment. Elle se lève, et s’éloigne vivement. Sa silhouette te masque les nouveaux arrivants alors qu’elle semble s’entretenir avec eux. Tu fermes brièvement les yeux.
Lorsque tu les rouvres, une autre personne est à ton chevet, debout, te dominant de toute sa hauteur. C’est un homme à peine plus âgée que moi, dont la position supérieure qu’il a sur toi est quelque peu atténuée par les deux attelles qui le soutiennent de chaque côté. Son visage ne te dit rien, mais son unifore et sa cape, similaires à ceux d’Eofend, te renseignent beaucoup plus.

‘’Théomer, fils de Gamelin, de l’Eastfold, Capitaine.’’

Profitant que ton ange gardien est restée quelque peu à l’écart par égard pour le nouvel arrivant, tu te redresses péniblement sur tes coudes, ce simple effort te faisant gémir de douleur.

‘’Je.. j’ai en effet servi sous les ordres du capitaine Eofend. Nous avions pour mission de rattraper .. rattraper un groupe d’individus.’’

Tu te sens horriblement honteux alors que tu sens frémir au fond de toi une vague d’émotions. Un bref instants, tu revois tous leurs visages.

‘’Nous sommes tombés dans… dans une embuscade capitaine. Notre troupe ainsi qu’une patrouille du Riddermark… Nous avons été...’’

Les flammes, les cris, les combats.
Les morts.
Les larmes te montent aux yeux.

‘’Ca a été un… un massacre.’’

Tu sens deux filets couler le long de tes joues mais malgré la situation, tu n’en as cure.

‘’Le capitaine Eofend.. il est reparti.. vers l’Isengard. Avec des blessés.. trop.. trop graves. Il faut les aider Capitaine, ils n’y arriveront… pas. Envoyez quelqu’un..  Je vous prie.’’

Tu retombes dans ton lit.
Fixant le plafond, les larmes coulant silencieusement.
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Learamn
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MessageSujet: Re: Prévenir le Vice-Roi   Jeu 29 Déc 2016 - 14:39

La première intuition de Learamn avait été la bonne , cet homme meurtri faisait bien partie de la mission commandée par Eofend ou du moins “avait fait partie” de ce groupe.  Le cavalier, dénommé Théomer, lui exposa brièvement et sans ambages ce qui leur était arrivé : une embuscade , un combat à mort et un véritable carnage. Leur groupe ainsi qu’une patrouille de Riddermark qui avait dû se rallier à eux  durant le périple avaient été, selon ses dires, complètement décimés. Plus que les intuitions , c’étaient les pires craintes du jeune capitaine qui se réalisaient. Les paroles du jeune soldat éprouvé étaient plutôt confuses, on sentait qu’il allait devoir prendre le temps de se remettre de ce qui ressemblait bien à un traumatisme ; mais ces derniers jours  le temps avait tendance à manquer et Learamn ne le savait que trop bien.  Il ajouta qu’Eofend avait conduit les blessés en Isengard et qu’il lui fallait de l’aide.

“ Sa Majesté le Roi Fendor et toute sa suite se trouve actuellement en Isengard, s’ils y parviennent ils seront entre de très bonnes mains ; j’enverrai tout de même  une équipe de guérisseurs des infirmeries d’ici pour mettre toutes les chances de notre côté.”


Le jeune officier observa silencieusement Théomer pendant quelques secondes, allongé sur son lit, le regard vide et humide tourné vers le plafond.  Pour ce cavalier le choc qu’il venait de subir devait être du même ordre qu’avait été le charnier de Pelargir pour le capitaine ; une ruine ayant perdue toute once d’humanité qui venait brutalement détruire une jeune carrière pleine de promesses.  Ils étaient des survivants, ce genre de survivants qui se retrouvaient condamné à vivre avec ces souvenirs , boulets de bagnards qu’ils traîneraient derrière eux jusqu’à ce qu’une libératrice portant la faux ne les en libère. Learamn et Théomer ne se connaissait pas -ou si peu- mais partageaient déjà beaucoup, beaucoup trop.

“Vous avez fait votre devoir avec bravoure soldat , fit Learamn d’un ton solennel, le Rohan vous en sera à jamais reconnaissant. Cela peut vous paraître dérisoire comme consolation aujourd’hui mais croyez moi cela devient bien vite notre seule satisfaction après quelques temps car rien ni personne ne pourra vous l’enlever.”


Les belles paroles pour le réconfort des blessés étaient nécessaires mais elles ne régleraient  assurément pas le nouveau problème de taille qui se posait à eux : un groupe énigmatique ayant réussi à mettre en déroute toute une compagnie de cavaliers lancés à leur trousse et dont les survivants étaient désormais dans la nature, des artefacts puissants en leur possession. Le Rohan et sa Trouée  était la dernière barrière qui aurait pu les intercepter avant qu’ils ne se dispersent aux quatres coins de la Terre du Milieu , mais ils avaient échoué et ces brigands avaient désormais la voie libre. Il était  à présent bien vain de se lancer à nouveau à leur poursuite ; il n’y avait plus qu’à panser les plaies et attendre les conséquences de cet échec qui pouvait aussi bien arriver dans quelques jours que dans plusieurs décennies.
De toute manière il n’y avait pas grand chose de plus à faire.  D’autant plus que les autorités du royaume et en particulier le Vice-Roi avaient d’autres chats à fouetter : la nouvelle de l’enlèvement de Dame Aelyn avait été plutôt bien étouffée par les personnes dans le secret mais des bruits de couloirs concernant l’absence de celle-ci d’ordinaire très active et en vue commençaient à circuler.  

“Prenez du repos Théomer , vous êtes entre de bonnes mains. Ne laissez pas vos démons vous rongez”


La phrase s'adressait autant au jeune cavalier présent devant lui qu’à lui même qui sentait jour après jour ses angoisses prendre le dessus et lui faire perdre un sang-froid pourtant indissociable de sa fonction. Quand on voit tous ses camarades se faire massacrer sans ménagement et que soi -même l’on se met à abattre de la manière la plus sauvage qui soit , on se met de plus en plus à douter de la frontière qui sépare l’ennemi de l’ami , comme si cette séparation pourtant si clair dans la jeunesse devenait plus trouble , plus nuancé. SI l’on  hait cet horrible individu qui a tué son compagnon  comment ne pas comprendre la détestation de l’ennemi s’il a vu son frère d’arme être sauvagement assassiné. Que la guerre soit sale , ce n’était pas vraiment une nouveauté même si certains novices l’imaginaient encore glorieuse et honorable ,  mais elle était aussi addictive. Un vice qui s’emparait de vous en prenant des apparences séduisantes : rentrer dans l’armée pour devenir un preux et noble chevalier au service de son royaume quel adolescent n’en  a jamais rêvé ? Mais une fois dans le feu infernal de cette action sanglante , une fois que toute trace de noblesse avait disparu dans la boue et les cris , la spirale infinie se mettait en place autour du guerrier qui se retrouvait prisonnier de sa condition. Car un soldat aura beau avoir perdu toutes ses illusions il restera avant tout un soldat et ce qu’il sait faire restera la guerre: si l’étude est l’affaire des sages et la terre le domaine des paysans alors la violence et la mort sont les propriétés du soldat qui ne pourra jamais s’en détacher.  Théomer comme Learamn se trouvaient à présent dans cette situation : nul ne pouvait se targuer de connaître mieux qu’eux les affres et malheurs de la guerre mais paradoxalement ils continueraient dans cette voie si leur corps le leur permettaient comme si malgré les larmes du lendemain , ils y avaient pris goût.

A l’aide de ses béquilles Learamn se redressa tant bien que mal et se tourna vers la jeune et douce infirmière qui s’occupait du pauvre hère.

“ Prévenez moi quand il sera sur pied et apte  à sortir de cet endroit. Je voudrais le revoir.  Si jamais il lui prend à nouveau l’envie  de parler au Vice-Roi , passez par moi encore une fois pour votre bien.”


Il marqua une pause durant laquelle son regard grave s’attarda sur Théomer, il ressentit un douloureux pincement au coeur : la jeunesse dorée du Rohan était elle condamnée à époumoner son mal dans les lits d’hôpital et répandre son spleen dans les maisons de guérison? Un avenir viable était-il sérieusement envisageable dans ce pays qui avait certes chassé le roi félon mais dont la gloire d’antan semblait bien s’être évaporée à jamais.

“Ce qu’il a traversé, il n’y a peut-être rien de pire pour un soldat  ; il en souffrira , terriblement.
La vengeance et la colère le rongeront à juste titre; il se montrera impatient, borné et obstiné. Montrez vous à la fois ferme et patiente avec lui ; l’avenir aussi bien physique que psychologique de cet homme dépend de vous .”


En disant ces mots il ne put s’empêcher au traitement que lui avait administré Aelyn, la compagne du Vice-Roi l’avait très certainement empêché de sombrer. Mais il devait y avoir là-haut, près des Valars,un mauvais esprit qui prenait un malin plaisir à torturer un jeune cavalier du Rohan : lui donnant des cours instants de bonheur et de réconfort pour pouvoir les enlever cruellement après coup et continuer de faire souffrir sa cible favorite. Et si Iran n’était pas tombé du ciel pour canaliser le fougueux officier celui-ci aurait très bien pu partir en roue libre avec les derniers événements. Théomer pouvait-il être sauvé? Physiquement c’était certain mais ce qui était tout aussi sûr c’est qu’il ne serait plus jamais le même et il devrait vivre avec.

Comme il était venu l’estropié claudiqua jusqu’à la sortie : il n’avait plus de temps à dépenser ici , une enquête qui prenait des airs de mission de vendetta personnelle l’attendait et malgré sa situation il comptait bien être au rendez-vous.

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MessageSujet: Re: Prévenir le Vice-Roi   Jeu 29 Déc 2016 - 19:21


L'arrivée de Learamn, bien plus tôt que la jeune femme l'avait espéré, n'avait apporté qu'un peu plus de confusion dans l'infirmerie de Meduseld. Théomer, puisque c'était son nom, venait à peine de se réveiller et il était encore très diminué. Son état de santé était toujours préoccupant, et les guérisseurs qui s'étaient penchés sur son cas avaient préconisé beaucoup de repos pour lui permettre de se rétablir. Ils étaient confiants quant à sa capacité à survivre à cette épreuve, mais la moindre rechute pouvait lui être fatale. La fatigue et la souffrance avaient durement tiré sur son organisme, et s'ils n'avaient pas été aussi jeune et aussi vigoureux au départ, il n'aurait sans doute pas réussi à tenir aussi longtemps. Certains parmi les érudits initiés aux arts de soigner avaient même qualifié leur nouveau patient de « force de la nature ». La jeune femme penchée sur lui jusqu'à son réveil, et qui refusait maintenant de quitter son chevet, n'aurait certainement pas dit le contraire.

Elle avait tenté d'établir une relation de confiance avec lui, et il n'avait pas hésité le moins du monde à lui confier son nom. Elle en avait fait de même, et avait répondu d'une voix qu'elle voulait aussi apaisante que possible :

- Je m'appelle Leda. Je vais prendre soin de vous.

Ses mots, sont ton, son regard, son sourire… Elle faisait de son mieux pour se montrer rassurante, et lui épargner de devoir céder à l'inquiétude. Il était en terre amie, et même si les raisons de sa présence ici restaient à confirmer, elle ne laisserait pas un preux Rohirrim mourir sous sa garde. A dire vrai, elle ne laisserait personne succomber si elle pouvait l'empêcher. La vie était trop précieuse, et elle avait trop souvent été menacée par le passé pour que l'on pût décemment la laisser s'évanouir de nouveau dans les ténèbres. Fort heureusement pour Théomer, le Capitaine Learamn ne semblait pas animé d'intentions hostiles. Si son désir de découvrir la vérité était drapé des atours de l'autorité et saupoudré d'une touche d'impatience inquiète, il n'était pas un homme mauvais et il ne ferait pas de mal inutilement à un blessé pour obtenir des réponses. De surcroît, il était lui-même convalescent, et il éprouvait sans doute davantage de pitié vis-à-vis de son interlocuteur que bien des officiers en pleine possession de leurs moyens.

Alors, croisant les bras et prenant place non loin, Leda ferma les yeux et écouta la conversation avec une grande attention. Elle percevait chaque bruit avec une intensité décuplée, et elle entendit distinctement le froissement des draps alors que le blessé se redressait maladroitement. Ses sourcils fins se froncèrent, mais elle ne fit aucun commentaire, se contentant d'espérer silencieusement qu'il ne rouvrirait pas une plaie difficilement refermée par le travail des guérisseurs. De toute façon, le cas échéant, il lancerait un gémissement suffisamment audible et reconnaissable pour qu'elle n'eût pas le moindre doute. Laissant son inquiétude de côté pour un temps, elle essaya de comprendre les tenants et les aboutissants de son périple jusqu'ici. Elle n'éprouva pas la moindre surprise lorsqu'il avoua être parti en mission : les rares cavaliers qui fréquentaient l'infirmerie et qui n'étaient pas partis en mission étaient les infortunés qui donnaient leur vie pour empêcher une lame empoisonnée de mettre fin aux jours des plus hauts dignitaires du royaume. Les malheureux étaient étendus sur un lit, comme Théomer, à la seule différence que leur corps finissait habituellement recouvert d'un drap immaculé. Le poison ne tuait pas toujours rapidement, mais il était en général incurable. Et alors, Leda les maudissait d'être si vigoureux et si forts, car cela ne faisait que rallonger leurs souffrances.

La jeune femme, comptant uniquement sur son ouïe, sentit s'ouvrir une des blessures du guerrier. Pas une blessure physique, non. Celles-là, il était possible de les refermer avec du fil et une aiguille, avec des cataplasmes et des pansements. Il suffisait d'un peu de bonne volonté, de beaucoup de temps, et les chairs pouvaient se refermer. Il garderait certainement une cicatrice pour chaque endroit où l'acier avait griffé sa peau, mais il y survivrait. A l'inverse, la blessure que Leda perçut n'était pas prête de se refermer, et aucun fil et aucune aiguille ne pouvaient rien y faire. Dans sa voix, elle ressentit la fracture nette et douloureuse que son esprit ne pouvait pas supporter. Dans ses silences, elle devinait les souvenirs qu'il ne parvenait pas à refouler, les images qu'il gardait en mémoire malgré lui. Un frémissement la saisit, et elle sentit son visage se crisper face à l'horreur à laquelle, pourtant, elle n'avait pas assisté. Et puis il lâcha le mot, comme une flèche vrombissante tirée à travers la plaine.

Un massacre.

Il y avait tant à comprendre derrière ces quelques paroles. Un massacre… La guerre civile n'était pas loin, et tous se rappelaient des exactions atroces commises par les hommes de l'Usurpateur. La Nuit des Lances Noires, la grande purge d'Edoras, avait fait trop de victimes pour que quiconque pût ignorer le sens de ce mot. Un massacre… Il y avait tant de violence contenue, d'injustice, et de perte de sens derrière cette description pourtant succincte. Il n'avait pas parlé de combat, il n'avait pas parlé d'affrontement épique : il leur décrivait les contours d'un carnage sans nom duquel il n'avait réchappé que par miracle. Était-il réellement besoin, dans ces conditions, de demander ce qu'il était advenu des autres membres de la compagnie ? Était-il nécessaire de vouloir creuser la question, au risque d'exhumer des réponses aussi déplaisantes qu'édifiantes ?

Leda avait son opinion sur la question, et mais elle n'eut pas le temps de se lever pour interrompre Learamn. Fort heureusement, le Capitaine avait compris que l'état de santé de Théomer ne lui permettait pas de poursuivre plus longtemps cet entretien, et qu'il était pour l'heure important de le laisser se reposer. Son identité avait été confirmée, ses dires n'avaient donc pas besoin d'être vérifiés ou mis en doute plus longtemps. Ce qui importait pour le moment, c'était de prêter assistance aux éventuels autres survivants de l'attaque, que le rescapé disait être en grand danger. Il fallait simplement espérer qu'il n'était pas déjà trop tard pour eux. Le Garde Royal, prenant acte de la nécessité d'aller vite, se leva et entreprit de quitter les lieux non sans donner ses dernières consignes à Leda :

- Je ferai comme il vous plaira, Sire.

Son ton était peut-être un peu plus sec que nécessaire, mais il s'agissait surtout d'une réaction bien involontaire à ce que Learamn venait de dire. « Pour son bien » ? Elle avait perçu une once de menace, qui curieusement n'était pas émise par le soldat. Il lui parlait comme s'il entendait la protéger de quelque chose de sombre et de tapi qui pourrait lui faire du mal si elle essayait d'outrepasser la chaîne de commandement. Ses paroles étaient effrayantes, car elles insinuaient que tout danger n'avait pas disparu des plaines du Riddermark. Même ici, au cœur de la capitale du Rohan, il semblait sur ses gardes, à l'affût, incapable de se relaxer. La jeune femme ne souhaitait pas voir la guerre revenir, pour rien au monde, mais la nervosité contenue de l'officier lui donna le sentiment que les combats pouvaient reprendre dès demain, comme s'ils n'avaient jamais cessé… Elle se rendit compte qu'elle avait toujours les yeux fermés, et elle les ouvrit en plongeant son regard dans celui de l'officier de la garde royale, consciente qu'il avait virtuellement toute autorité sur elle concernant le blessé :

- Je ferai ce qu'il faut, ne vous inquiétez pas pour moi. Les gros caractères ne m'impressionnent pas. Oh, et avant que vous partiez…

Elle ne s'était pas interposée physiquement, mais elle avait saisi Learamn par le bras sans y penser. Quand elle se rendit compte que son geste pouvait paraître déplacé, elle assuma sa position et ne recula pas. Il penserait ce qu'il voulait d'elle, il la réprimanderait s'il le souhaitait, mais elle n'avait en tête que le bien-être de son patient. Le reste n'avait aucune importance pour le moment.

- Peut-être pourriez-vous dire à vos gardes de nous laisser. Voir des gens en armes me met mal à l'aise, et je suis persuadée que cela n'aidera pas notre patient à se remettre. Ne lui donnez pas l'impression qu'il est ici au milieu de ses ennemis…

En revenant à Théomer, elle constata que des larmes s'étaient mises à couler le long des joues du guerrier. Elle eut une moue désolée, en le voyant, tandis que son cœur se brisait. Elle avait beau avoir vu la peine dans le regard de bien des hommes auparavant, elle n'était toujours pas devenue insensible à la vision d'un combattant jeté à terre par la vie. Il lui était donc difficile de se tenir entre deux de ses compatriotes, sans savoir si l'un des deux retrouverait un jour ce qu'ils avaient perdu.

Learamn s'en alla comme il était venu, accompagné par ses fidèles béquilles et par l'Orientale sur ses talons. Ils disparurent, accompagnés des gardes que le jeune Capitaine avait fait rappeler également. Elle nota qu'il ne les avait congédiés purement et simplement, mais qu'il leur avait demandé de monter la garde à l'extérieur. Une précaution bien inutile selon Leda, mais elle n'était pas là pour juger, et elle estimait avoir déjà fait un grand pas en avant. Cependant qu'elle observait le départ de l'officier, ses mains s'étaient affairées à parcourir les blessures de Théomer, pour voir si dans son émoi il n'avait pas eu le malheur d'en rouvrir une. Par chance, les coutures avaient tenu le choc, et il n'y avait aucun épanchement perceptible au toucher. Elle tourna la tête vers son patient, et lui sourit doucement :

- Vous allez vous remettre, souffla-t-elle.

Du pouce, elle essuya délicatement une larme qui avait coulé sur sa joue, avant d'écarter une mèche de cheveux pour prendre sa température. Ses doigts frais sur son front chaud devaient lui faire prendre conscience qu'il était encore brûlant de fièvre. Elle alla chercher un peu d'eau et un linge propre, qu'elle humidifia pour rafraîchir Théomer. Elle commença par son visage, avant de descendre sur son cou, ses épaules, puis de revenir déposer le tissu à la racine de ses cheveux. Elle agissait avec simplicité, sans que ses yeux parussent suivre ses mouvements : elle savait instinctivement où trouver quoi, et ses doigts animés d'une vive propre semblaient identifier à leur forme et leur texture tout ce qu'ils touchaient.

- Vous devez mourir de faim, est-ce que vous souhaitez manger quelque chose ? Une bonne soupe, pour vous donner des forces ? Je… Dites-moi ce qui vous ferait plaisir.

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Nathanael
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MessageSujet: Re: Prévenir le Vice-Roi   Mer 11 Jan 2017 - 18:14


Sale nuit. Sale journée. Le sommeil le fuyait, gibier nocturne et farouche qu’il était incapable d’attraper. Une chasse perdue d’avance. Il le savait. Le royaume. L’elfe. Aelyn. Les jumeaux. Les finances. La missive. La Grande Estive. Diantre ! Cette liste ne finirait-elle dont jamais ? Il fut un temps où loyauté et honneur seuls peuplaient son esprit. Aujourd’hui il n’arrivait plus à compter le nombre de sujets auxquels il devait réfléchir, le nombre de conseils et de discussions qu’on lui imposait, le nombre de signatures, de seaux, de parchemins qu’il avait ratifié, le nombre d’ordres qu’il devait dicter. Il se massa les tempes. Son bureau était encombré par des vélins, de la cire, des encriers et une bougie éteinte. Il s’était endormi en relisant un traité commercial avec les carriers du Gondor. Certaines pierres du château d’or, usées par le temps et des milliers de cavaliers, devaient être changées. Les escaliers étaient seuls à se souvenir qu’autrefois les Rohirrims furent des combattants et non des scribes. Troquer l’épée contre la plume. Quelle idée il avait eue ! Le jeune roi et ses conseillers avaient su tirer sur les bonnes ficelles. Gallen avait quelques fois l’impression de n’être qu’un pantin enfermé dans une boîte. Il manquait d’air. Une bonne bataille, voilà ce dont il avait le plus besoin. Cogner, écraser un nez, briser un poignet ou des doigts, entendre le craquement de l’os qui se rompt, le hurlement de douleur de l’adversaire défait, voir le sang gicler sur son uniforme. La nuit, il en rêvait. Il avait souffert. Son corps portait le souvenir de toutes ses blessures. Mais bon sang, comme il se sentait vivant alors ! Que Melkor emporte les femmes et leurs bons sentiments. Il regretta aussitôt cette pensée. Aelyn lui manquait. Il se rongeait les sangs à son propos. Où était-elle et quel sort lui faisait-on subir ? Et la question, qui le tourmentait le plus, la reverrait-il un jour ? Une vie entière qui lui avait appris à ne plus se faire de faux espoirs. Et pourtant, il en aurait eu besoin. Juste un peu. Pour tenir.

Est-ce qu’il avait rêvé ? Ses pensées traversaient ses songes, le poursuivaient nuit et jour. Un moment, il s’était encore assoupi. Un coup contre la porte le réveilla à peu près.

– Sieur Mortensen ?
– Qu’y a-t-il ?

La porte s’ouvrit sur la carrure étroite d’un jeune cavalier. Son heaume sous le bras, il fit un signe de tête pour saluer son supérieur et bégaya ce qu’il avait à dire.

– Feold, fils de Garm et cavalier du Rohan dit qu’il a un message important à vous transmettre. Il revient de l’infirmerie. Il dit que…
– Fais-le entrer, il me le dira lui-même.


Un garde tout ce qu’il y avait de plus banal. Il avait dû le croiser ici ou là lors de ses nombreuses allées et venues au sein de Meduseld. Il avait la mâchoire si anguleuse qu’elle semblait taillée au burin. Un bon soldat sans doute, mais Gallen ne put s’empêcher de penser qu’il avait une gueule de con. Un de ceux qui déclenchaient les bagarres dans les tavernes, pour le seul loisir de mettre quelques soûlards sous les écrous pour se faire bien voir. Il n’avait aucune raison de se trouver là si ce n’était pour se faire bien voir.

– Parle Feold, fils de Garm.
– Un blessé, mon seigneur, dans l’infirmerie, qui a demandé à vous voir et à vous parler. Il aurait un message à vous transmettre. Et le capitaine Learamn a dit que vous aviez d’autres choses plus importantes et qu’il fallait pas vous déranger pour si peu.
- Alors, pourquoi me déranges-tu ?
dit Gallen, dont l’intérêt venait pourtant d’être piqué au vif.
– Avant que je parte, il a parlé de la compagnie du capitaine Eofend et d’une embuscade qui a tourné à leur désavantage. Il avait des documents sur lui. Moi, je les ai pas lus, mais paraîtrait qu’y en a un qui parle de vous.

Un silence pesant s’installa entre les deux hommes. Les prunelles de Gallen s’étaient embrasées et dardant son regard sur Féold, il lui fit signe de sortir. Un autre problème à rajouter à sa liste. Il était plus facile de mener une bataille que de diriger un royaume. Bon sang, mais que trouverait-il dans l’infirmerie ? La curiosité qui l’aiguillonnait ne parvint pourtant pas à lui faire allonger l’allure. Il était trop las de nuits sans sommeil. Trop abattu par le chagrin. Trop rongé par l’anxiété et harassé de toutes ces problématiques royales. « Mon royaume pour un cheval », pensa-t-il, amer.

Sur le sol de l’infirmerie, des rayons d’or et de pourpre caressaient la pierre noire du château. Régnait un silence que brisa le bruit de ses bottes. Il eut droit à quelques courbettes et signes de tête. Ici, encore plus qu’ailleurs, l’absence d’Aelyn lui devenait palpable. Il prit une longue inspiration, tandis qu’il marchait, pour éviter à sa gorge de se serrer trop étroitement. Une respiration, encore, pour retenir toute la tristesse qui lui montait aux yeux. Si bien qu’il parvint au chevet de Theomer comme un homme qui vient d’affronter un grand combat et qui en sort vidé et épuisé. Ce qui leur faisait au moins un point commun.

– Est-ce bien l’homme qui s’est battu au côté du capitaine Eofend, demanda-t-il ?

Une respiration, encore, pour ne pas laisser la colère s’insinuer dans son cœur et détruire la digue fragile qui retenait sa fureur. Combien de soldats ? Combien de soldats du Riddermark reviendraient ici blessés, malmenés, étripés et couverts de blessures ? Touchait-on les cheveux d’or d’un seul des cavaliers du royaume et c’était tout le Rohan qui saignait. Il en avait toujours été ainsi pour Gallen Mortensen.
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