Sous l'œil d'Oromë

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Ryad Assad
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Sous l'œil d'Oromë EmptyLun 23 Mar 2020 - 0:55
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Sous l'œil d'Oromë Alatar10

- Maître, maître ! Ils sont arrivés !

Le vieil homme sortit de sa torpeur, et par réflexe passa sa main sur sa longue barbe blanche. Le jeune garçon qui venait de faire irruption dans son bureau avec la délicatesse d'une tornade l'avait dérangé au beau milieu d'une sieste bien méritée, alors que ses yeux fatigués s'étaient longuement penchés sur de vieux documents. Les paupières encore ensommeillées, il referma soigneusement le volume qui reposait sur la table, glissa ses pieds dans d'épais chaussons de fourrure, et se leva douloureusement en posant un regard grave mais bienveillant sur son acolyte :

- Qui donc, Reinil ?

- La femme elfe dont je vous ai parlé, et ses compagnons. Venez vite, ils ont besoin de notre aide !

Il n'en fallut pas plus au gardien du Sanctuaire pour quitter son réduit prestement et se porter au secours de ceux qui venaient demander asile dans la demeure des Valar. Reinil lui avait tout raconté : l'enquête, la menace qui planait sur cette femme Elfe qui semblait vouloir défendre les Peuples Libres… Si elle était en danger, il devait faire de son mieux pour la sauver. Quand il entra dans la pièce principale, vaste salle haute de plafond où résonnait l'écho de ses pas, il n'entendit que les suppliques de Nallus, penché sur la silhouette inerte d'une femme à la peau presque aussi pâle que ses cheveux.

- Neige, appelait-il, pitié Neige, restez avec nous… Tenez bon…

Il lui tapotait la joue pour essayer de la faire réagir, mais elle ne semblait pas revenir à elle. Le sang que les linges de Lithildren avaient retenus de toutes leurs forces coulait désormais librement sur le sol, et les mains de l'Elfe étaient bien incapables d'arrêter l'hémorragie.

Réland, qui passait sa main valide sur son visage nerveusement, faisait les cent pas en cherchant quoi faire. Tous les compagnons de Neige s'étaient rassemblés pour lui venir en aide, mais c'était bien l'arrivée du vieil homme qu'ils attendaient tous. Son apparition suscita un grand élan d'espoir, et rapidement il se pencha sur la blessure :

- Elle se vide de son sang, mais elle n'est pas encore morte, fit-il sur un ton expert. Nous pouvons encore la sauver. Reinil, tu vois cette porte là-bas ? Tu trouveras le nécessaire pour la soigner. Réland, restez calme, et libérez-lui une place dans une des chambres. Nous allons devoir l'allonger une fois que nous aurons traité sa blessure.

Le garçon et l'espion s'empressèrent de s'exécuter, obéissant sans la moindre hésitation. La vie de Neige dépendait de leur capacité à faire ce qu'on attendait d'eux, et ils n'étaient pas décidés à être celui qui échouerait dans sa mission. Le vieil homme tourna son regard vif vers Lithildren, puis vers Nallus :

- Vous n'avez rien, tous les deux ?

Son regard compatissant était sincèrement inquiet. Il n'aurait pas voulu avoir deux blessés sur les bras en cette soirée, et il savait que lorsqu'on se préoccupait d'un compagnon, on pouvait rapidement en oublier sa propre santé et son propre intérêt. L'amour était une grande force, mais pouvait aussi constituer une faiblesse quand on ne pensait pas suffisamment à soi. Quand il se fut assuré que Neige était son unique priorité, il accueillit le retour de Reinil et Réland avec un sourire, et s'employa à soigner l'espionne sur le sol du Sanctuaire.

Ses mains délicates n'étaient pas celles d'un guérisseur, mais il avait quelques notions utiles, et il trouva rapidement comment nettoyer la plaie, et la refermer le plus soigneusement possible. Sa tunique entièrement bleue fut bientôt maculée d'un carmin profond qui se mua en brun au contact de ses vêtements. Il paraissait ne pas s'en soucier le moins du monde, concentré uniquement sur sa mission du moment : sauver l'infortunée. Son travail n'était peut-être pas du grand art, mais il parait aux plus urgent, et ne cherchait pas à faire dans l'esthétique. Elle garderait une vilaine cicatrice, mais ce ne serait pas sa première… ni la dernière, à en juger par son style de vie. Une fois qu'il eut achevé ses sutures, il passa une serviette légèrement humide sur la peau de Neige pour enlever le sang séché qui maculait sa peau et sa tunique. Le sol devrait être nettoyé de la même manière, mais cela pouvait encore attendre.

Ils s'employèrent tous pour soulever délicatement le corps de l'espionne, et la conduire dans la chambre préparée par Réland, où on la déposa tout habillée dans son lit. Elle lâcha dans son sommeil un soupir de soulagement que reprirent tous ses compagnons. Le gardien du Sanctuaire posa une main sur le front de sa patiente, puis sur sa joue, et enfin devant sa bouche pour sentir son souffle. Il demeura silencieux un instant, avant de glisser :

- Elle vivra. Il lui faudra du temps pour récupérer, mais elle vivra.

- Merci, Alatar. Merci de l'avoir sauvée.

Réland était particulièrement ému, et c'était presque touchant de la part d'un homme de sa qualité. Espion de son état, combattant accompli, il avait semblé sur le point de craquer quand il avait vu Neige dans cet état. C'était lui qui les avait fait rentrer dans le Sanctuaire, et il était resté pétrifié devant la vision de cette guerrière indomptable et invincible qui respirait à peine. A présent, il s'en voulait de son manque de réaction, mais il n'aurait jamais pu prévoir que la blessure de Neige l'affecterait à ce point.

Il s'agenouilla aux côtés de l'espionne, et lui prit la main en silence.

Seul le temps lui permettrait de digérer la nouvelle.

- Ça ira, mon garçon. Ça ira…

Des paroles de réconfort que l'homme en bleu prononçait sincèrement. Il invita les autres à quitter la pièce, afin de laisser Neige au calme, et prit appui sur un vieux bâton de marche qui semblait avoir vécu tous les âges de ce monde. Le claquement sec du bois sur la pierre vint rythmer sa tirade, alors qu'il les emmenait plus loin dans le Sanctuaire, là où se trouvaient d'autres chambres destinées à accueillir ceux qui avaient besoin d'un abri.

- Je suis heureux que vous soyez arrivés sains et saufs… Reinil s'est beaucoup inquiété à votre sujet, et il m'a raconté votre histoire. Professeur Nallus, c'est bien ça ? Nous n'avons pas encore été présentés, mais votre réputation vous précède, c'est un plaisir de vous rencontrer, même si les circonstances sont dramatiques…

- C'est un plaisir pour moi également, j'ai beaucoup entendu parler de vous.

Nallus ne cachait pas son admiration. Depuis l'arrivée du conseiller de Dinaelin, le Sanctuaire avait retrouvé du lustre et de l'éclat. Il était devenu un lieu de repos et de sérénité, où les gardes n'osaient pas s'aventurer. Une sombre affaire avait fait grand bruit quand des hommes du roi s'étaient introduits ici pour arrêter un prisonnier, et le scandale avait poussé Cartogan à reconsidérer le statut des lieux. Il ne pouvait pas entrer ici impunément, et il le savait désormais.

- Quant à vous… je suppose que vous êtes Dame Lithildren, dont Reinil m'a tant parlé. Ce jeune garçon ne tarit pas d'éloges à votre sujet, et bien que nous ne nous connaissions pas depuis longtemps, je peux dire que je comprends son sentiment à votre égard. Vous avez réussi à vous introduire à Minas Tirith, à délivrer le professeur Nallus et à ramener Neige en vie jusqu'ici… De telles prouesses font honneur à la cause que vous servez. Que nous servons tous.

Il faisait preuve de beaucoup de sagesse, et ses paroles mesurées avaient de quoi apaiser. Reinil se sentit rougir immédiatement quand le vieil homme parla ainsi de lui et de ce qu'il éprouvait pour Lithildren. Instinctivement, il s'était rapproché d'elle, et avait discrètement pris sa main dans la sienne. Un geste anodin, affectueux à la manière d'un enfant, qui pourtant était étonnamment rassurant. Dans ce monde de violence et de conflit, quelques attentions simples pouvaient encore exister. Et tout changer.

- Vous êtes tous deux épuisés, la nuit est tombée depuis bien longtemps, et nous avons réglé les problèmes que nous pouvions régler à cette heure. Neige est sauve, vous l'êtes également au sein du Sanctuaire, et pour l'heure je suppose que personne n'a eu vent de votre présence ici. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, le Sanctuaire est votre demeure. Peu importe qui vous chasse, ou ce que vous chassez, le récit de vos étonnantes aventures peut très certainement attendre demain.

Il leur indiqua avec générosité des chambres modestes mais confortables. Il fit signe à Reinil d'apporter à Lithildren un baquet d'eau chaude, et du savon. La guerrière ne s'était pas encore observée, mais quand elle croiserait son reflet dans le miroir de sa petite chambre, elle risquait d'avoir un choc. Ses traits étaient tirés, fatigués, ses yeux soulignés par de profondes cernes. Les dernières heures avaient été éreintantes même pour une Elfe. Ses mains couvertes du sang de Neige nécessiteraient un lavage soigneux et appliqué.

Mais que ne pouvait-elle surmonter entourée de pareille compagnie ?

Reinil, Nallus, Réland, Neige, et désormais cet homme mystérieux qui dirigeait le Sanctuaire et était disposé à leur fournir un abri avant même d'avoir entendu leur histoire.

Les germes de la révolte étaient plantés.


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Sous l'œil d'Oromë EmptyLun 23 Mar 2020 - 13:26
Elle était poussée par la force de l'espoir. L'espoir que Neige s'en sorte. Elle marchait aussi vite que sa fatigue et le poids de l'espionne le lui permettaient. Nallus dirigeait devant elle, se retournant de temps en temps pour vérifier que l'Elfe n'était pas perdue ou effondrée. Mais elle tenait bon, nul ne pouvait le lui enlever. Un trait de caractère qu'elle avait, à de nombreuses reprises, montré. La force de continuer. Elle en avait fait preuve pour libérer son aimé d'Imladris, pour décimer la caravane d'esclavagistes, pour demander de l'aide à Ost-in-Edhil, pour aller dans les souterrains, tenir tête à Gier, ressortir, ramener le corps d'Alart dans son village, aller à Tharbad puis Minas Tirith, faire face à Chance et le capitaine Erelas, aller à l'Université de la cité, s'enfuir, libérer Nallus... Et il ne s'agissait là que des événements récents.

Le Sanctuaire se profilait enfin. Lithildren sentait son corps lâcher mais elle parvint à résister encore. Elle ne prit en aucun cas le temps d'admirer le Sanctuaire ou de compter les gens présents et se dirigea vers la première table ou socle - ou quoi que ce fût dans le genre - pour y déposer l'espionne. Une fois cela fait, elle s'écarta. Les compagnons de Neige, surtout Réland, se jetèrent à ses côtés pour l'entourer. Mais elle, l'Elfe, elle recula et se laissa choir au sol, le dos appuyé contre un pilier. Elle avait le regard dans le vague, complètement absente. Elle entendait que Neige allait s'en sortir mais elle n'écoutait strictement rien. Elle était couverte de sang mais il ne s'agissait guère du sien. Son entaille à la main n'était pas grave, une petite désinfection et un bandage suffirait amplement. C'est d'ailleurs la seule chose qu'elle montra à l'homme mais il était clair que sa blessure pouvait attendre.

Et c'est d'ailleurs la seule chose qu'elle fit. Attendre. Elle observait d'un air absent le vieil homme soigner - enfin sauver - Neige de meilleure manière qu'elle n'aurait pu le faire. Elle fut à peine attentive lorsque tous emmenèrent Neige dans une chambre pour l'isoler afin qu'elle ne se repose. Lithildren évitait tous les regards, surtout ceux de Reinil et Réland. Elle avait sauvé le second mais n'avait pas été capable de sauver Neige. Reinil ne perdit d'ailleurs pas l'occasion de se rapprocher de l'Elfe mentalement absente et de la faire suivre le mouvement lorsque le groupe s'éloigna du hall principal. Elle marchait de manière automatique sans même réfléchir.

Elle continuait d'entendre sans écouter les paroles autour d'elle. Elle ne "reprit connaissance" que lorsqu'elle entendit son nom.

- Ce jeune garçon ne tarit pas d'éloges à votre sujet, et bien que nous ne nous connaissions pas depuis longtemps, je peux dire que je comprends son sentiment à votre égard. Vous avez réussi à vous introduire à Minas Tirith, à délivrer le professeur Nallus et à ramener Neige en vie jusqu'ici… De telles prouesses font honneur à la cause que vous servez. Que nous servons tous.
- Je... Je ne suis pas une Dame ni une héroïne ni même quoi que ce soit d'élogieux que vous pourriez penser ou dire. Je ne suis rien ni personne.

Elle était fatiguée d'être considérée comme quelque chose de grandiose. Elle sentit la main de Reinil dans la sienne... et la retira pour croiser les bras.

- Vous êtes tous deux épuisés, la nuit est tombée depuis bien longtemps, et nous avons réglé les problèmes que nous pouvions régler à cette heure. Neige est sauve, vous l'êtes également au sein du Sanctuaire, et pour l'heure je suppose que personne n'a eu vent de votre présence ici. Vous pouvez donc dormir sur vos deux oreilles, le Sanctuaire est votre demeure. Peu importe qui vous chasse, ou ce que vous chassez, le récit de vos étonnantes aventures peut très certainement attendre demain.

Lithildren n'attendit pas vraiment et alla prestement dans une chambre. Reinil apporta un baquet d'eau chaude et du savon. Elle le remercia à peine, dans un souffle, et il n'insista pas. Même un aveugle pouvait voir et sentir à quel point l'Elfe était abattue. Déprimée, l'on pouvait dire. Aucun éclat n'émanait d'elle. Le jeune garçon érudit s'attarda tout de même un instant, voulant faire ou dire quelque chose pour elle, mais s'en alla en la laissant dans son intimité. Elle mit de longues minutes à se déshabiller en quittant le réconfort de la vue qu'elle avait par la fenêtre. Elle se plaça devant le miroir.

Son état était déplorable. Si les seigneurs d'Imladris la voyaient ainsi, que penseraient-ils ? Sa peau satinée était sale. Ses cheveux étaient secs avec quelques mèches ensanglantées à cause de Neige. Son visage était creusé, ses yeux enfoncés et profondément cernés, ses lèvres gerçées, ses mains couvertes des épreuves dans les souterrains malgré le temps écoulé depuis. Son corps portait encore les nombreuses stigmates des épreuves qu'elle avait traversé. Les cages et prisons du Rhûn. La fuite jusqu'à Bree puis Imladris. Les fuites, captures, combats... Ses épaules basses étaient en parfait accord avec son regard vide et absent. Décidément, aucune lumière n'émanait d'elle. La Noldo entreprit de se laver intégralement. Mains, cheveux, peau, aucun centimètre de peau ne fut laissé sans être lavé. Mais même après cette toilette, que certains diraient bien méritée, elle n'avait pas plus fière allure. On ne voyait juste plus la crasse, le sang et la poussière. L'Elfe soupira et s'efforça de se reposer.

Mais à peine ses yeux se fermèrent qu'elle fut plongée dans des songes tourmentés. Elle voyait le visage de Neige déformé par la douleur, son corps couvert de sang et l'espionne proférant des accusations. Le visage changeait, alors que Lithildren tentait de fuir. Oropher, Holric, Alart, Geraïnh, ses parents, Eugénion le Hobbit, Chance Mevan, Erelas, Réland, Reinil, Nallus... Tous les visages se succédèrent sans cesser de l'accabler d'accusations fondées sur ses choix - foireux pour beaucoup. Le corps couvert de sang la poursuivait alors qu'elle fuyait dans un couloir sans fin, sans lumière ni échappatoire. Finalement le spectre disparut. Elle se crut sauvée mais en se retournant il était là devant elle, hurla et cracha le sang sur elle en prenant la tête de l'Elfe dans ses mains désarticulées.

Lithildren se redressa dans une longue inspiration, comme si elle suffoquait. Ses draps collaient à sa peau. Elle transpirait abondamment et respirait vite. L'Elfe craqua pour de bon et fondit en larmes. Elle avait l'impression de se sentir oppressée, la poitrine transpercée de multitudes d'épines, le coeur serré dans un étau. Elle était coupable de plus de choses que les autres ne pouvaient se l'imaginer. Son histoire n'était pas du tout glorieuse. Entre deux larmes, elle saisit le premier objet à portée et le jeta contre le mur pour le briser, autant par frustration que rage que désespoir. Elle maudit en langue elfique sa propre existence et souhaita simplement mourir.

Elle n'avait plus aucune volonté de continuer à vivre. Tous ceux qui avaient confiance en elle étaient morts ou disparus. Reinil y passerait aussi, de même que Neige, Nallus, Réland et les autres. Ils allaient tous mourir à cause d'elle, de ses choix, de son existence. Elle se roula en boule dans son lit. A quoi bon ? Pourquoi lutter contre des puissances qu'elle ne pourrait jamais atteindre ? Pourquoi se battait-elle ? Pour qui ? Pour quoi ? Cette "cause" en valait-elle vraiment la peine de se sacrifier pour elle ? Neige méritait-elle cela ? Si elle avait tué ce jeune garçon, elle n'aurait jamais été blessée. Lithildren avait voulu agir par compassion mais vouloir sauver une jeune vie humaine avait mené Neige à se faire poignarder et manquer de mourir. C'était de sa faute. Tout était de sa faute. Toutes les morts, les disparitions, elle avait tout raté. Elle s'était toujours crue dotée d'une destin formidable, touchée par les Valar, mais en vérité elle n'était rien ni personne. Elle avait abandonné les siens pour poursuivre une quête impossible. Et voilà le résultat. Une série de morts dans son sillage, avec du sang dans les sillons. Elle n'arrivait plus à supporter la culpabilité qui pesait sur son coeur.

Malgré son désespoir, elle sombra dans un nouveau sommeil perturbé par d'autres cauchemars. Elle ne trouva aucun réconfort dans son second sommeil mais refusa de s'en réveiller jusqu'au matin.
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Sous l'œil d'Oromë EmptyVen 27 Mar 2020 - 19:29
Lithildren s'était enfermée dans sa chambre, incapable de prononcer plus de quelques phrases. La guerrière immortelle paraissait abattue, épuisée, pour ne pas dire désespérée. La situation était critique, et elle se trouvait enfermée dans la noble cité de Minas Tirith alors qu'elle aurait très certainement préféré parcourir le monde et goûter à la liberté que son peuple méritait plus que tout autre. Ses compagnons n'avaient pas dit mot en la voyant faire, conscients que chacun devait affronter cette épreuve à son rythme, et que le silence et le calme étaient parfois des remèdes plus efficaces que tout ce que la médecine du monde avait à offrir.

Alors, l'Elfe s'endormit d'un sommeil agité mais néanmoins réparateur. Ses compagnons, quant à eux, restèrent parler jusqu'au petit matin. Le gardien du Sanctuaire, notamment, voulait entendre toute l'histoire, et Nallus lui en fit un résumé tout à fait exhaustif à partir de ce qu'il savait. Reinil intervint par touches pour apporter des éléments de réflexion supplémentaires, afin de mettre au courant leur nouvel allié.

- La situation est plus grave que nous le pensions, fit-il en guise de conclusion. Le monde court un grand danger, nous le pressentions, mais nous n'avions pas identifié la menace. Si le général est un traître, alors le Gondor est en péril, et plus largement l'ensemble des Peuples Libres. Nous devons agir.

- Oui, répondit Réland, mais comment ? Nous n'avons pas les ressources pour inquiéter Cartogan, ni d'ailleurs les hommes nécessaires. Aucun de nos anciens alliés n'est sûr, et quand les troupes du général comprendront que nous sommes retranchés ici, elles n'hésiteront pas à venir nous en déloger.

Le vieil homme leva la main pour rassurer son interlocuteur :

- Pour l'instant, le Sanctuaire est sûr. Le général réfléchira à deux fois avant de forcer l'entrée de la demeure des Valar, et cela nous offre la ressource la plus précieuse qui soit : le temps. Le temps pour vous de vous reposer, et pour nous de trouver quoi faire. Laissez-moi vous aider.


~ ~ ~ ~


Reinil n'avait pas voulu réveiller Lithildren, mais il avait bien involontairement fait un peu trop de bruit en circulant dans la pièce, et l'Elfe était sortie de son sommeil pour son plus grand malheur. Confus, il s'approcha d'elle en s'excusant platement :

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous déranger… J'apportais seulement un peu de bois pour entretenir le feu dans votre chambre. Il me semblait bien qu'il en manquait hier, et je ne voulais pas que vous preniez froid.

Il dévisagea celle qu'il pouvait désormais appeler son amie, et lui trouva meilleure mine que la veille. Elle s'était débarrassée du sang et de la crasse, qu'elle avait remplacée par un air fatigué qui semblait ne pas vouloir la quitter. Reinil, comprenant qu'elle avait besoin qu'on prît soin d'elle, lui fit signe de rester allongée :

- Je m'occupe de tout.

Il lui adressa un sourire plus brillant que le soleil qui pointait derrière les rideaux, et s'éclipsa avec la diligence du plus zélé des servants, laissant Lithildren seule avec ses pensées pendant quelques temps. Par la fenêtre, elle voyait le jour se lever tranquillement sur la Cité Blanche, elle entendait les oiseaux qui chantaient, et tout cela semblait particulièrement idyllique si l'on faisait abstraction des événements de la veille. La chasse, la course effrénée, le combat, le sang versé… Tant de violence qui semblait disparaître sitôt que le jour revenait, comme si la lumière nettoyait leurs crimes pendant quelques heures, leur offrant un répit qu'ils n'osaient même pas demander.

Reinil refit son apparition, portant un repas simple mais chaud. Du pain moelleux, un potage, un morceau de fromage et quelques fruits. De quoi requinquer l'Elfe, à défaut de transcender ses papilles qui s'étaient depuis longtemps habituées à la frugalité. Le Sanctuaire n'était de toute façon pas un lieu dans lequel on trouvait le luxe et le faste des grandes demeures seigneuriales. Il s'agissait d'une maison simple, ouverte et accueillante où chacun pouvait trouver refuge s'il le souhaitait.

- Allez-y, mangez. Mais ne vous brûlez pas.

Le petit ange qui virevoltait autour de Lithildren en veillant à ce qu'elle ne manquât de rien était adorable, et désormais qu'il avait quitté son rôle d'élève modèle, il se révélait tel qu'il était vraiment : un trop jeune garçon qui s'efforçait de faire plaisir à ses modèles. Au professeur Nallus, tout d'abord, qui incarnait la toute-puissance de la connaissance. A Lithildren, ensuite, qui représentait les valeurs de courage et de loyauté desquelles il se sentait proche. Elle l'inspirait plus qu'elle ne pouvait le concevoir, et il voyait dans sa fragilité une preuve supplémentaire de sa force. Après tout, n'était-ce pas en affrontant l'adversité même alors que la vie vous mettait un genou au sol que l'on trouvait en soi-même une résilience insoupçonnée ?

Même à terre, il savait que Lithildren n'abandonnerait jamais.

Il laissa patiemment l'Elfe se sustenter, et en profita pour aérer la chambre, laissant pénétrer la lumière à l'intérieur de celle-ci. Le garçon s'affairait efficacement, et en silence, donnant tout l'espace nécessaire à son héroïne pour se préparer.

Quand elle fut prête, il la conduisit auprès de leur hôte.

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Le vieil homme les attendait dans sa tenue habituelle, assis dans un épais fauteuil, son bâton de marche posé nonchalamment en travers de ses jambes. En voyant arriver Lithildren, il se leva péniblement, et lui tendit la main pour la saluer :

- Bon jour, très chère. J'espère que vous avez pu apprécier votre nuit au sein du Sanctuaire. Vous êtes sous la protection des Valar, et ici nul mal ne peut vous atteindre. Vous êtes Lithildren, c'est cela ? Je suis ravi de vous rencontrer.

Sa voix était étonnamment claire pour un homme de son âge, dont le corps semblait désormais fatigué. Il était affecté par ce mal très humain que l'on appelait la vieillesse, mais son esprit demeurait vif et il avait un certain charisme qui ne laissait pas indifférent.

- Vos amis m'ont raconté beaucoup de choses hier soir. Des choses tout à fait étonnantes. D'autres, je dois l'admettre, beaucoup plus inquiétantes. Vous avez traversé les flammes de la guerre, et vous en êtes revenue pour nous apporter votre aide précieuse. Ceci, en revanche, me semble être un motif d'espoir. Qui peut dire où nous serions sans votre arrivée ?

Il marquait un point. Si Lithildren était encore largement affectée par les combats, les fuites et les morts qu'elle avait dû abandonner tout au long du chemin, il était difficile de ne pas voir sa venue comme une bénédiction. C'était elle qui avait survécu à Ost-in-Edhil, c'était elle encore qui avait retrouvé Gilgamesh, qui s'était rendue à Minas Tirith et qui avait délivré Nallus d'un sort incertain, pour lui permettre de lutter aux côtés de toutes les âmes de bonne volonté contre l'influence du général Cartogan.

Pour terrible que fussent ses expériences les plus récentes, que se serait-il passé si elle était morte dans les souterrains de la cité elfique ? Le monde aurait-il été meilleur pour autant ? Le gardien du Sanctuaire semblait avoir sa réponse, et il voulait la communiquer à Lithidren : grâce à sa présence, ils avaient une chance de changer les choses.

- Je devine que vous vous blâmez, fit-il en repensant à sa réaction auprès de Neige, toujours convalescente. Ne soyez pas trop dure avec vous-même, souvenez-vous que même les princes, les rois et les immortels peuvent être dans l'erreur. Même les Valar, dans leur grande sagesse, sont imparfaits.

Il eut un sourire songeur, indéchiffrable, et revint à des choses plus pressantes.

- Il ne m'appartient pas de me mêler des affaires des hommes au pouvoir, Lithildren, mais ce Cartogan est une menace bien trop grande pour être ignorée. Vous même, Elfe de votre état, avez choisi de vous engager pour défendre la cause des Hommes. Vous savez donc de quoi je parle. Nous avons tous une responsabilité individuelle de nous dresser face à l'adversité, si nous voulons chasser le mal qui nous corrompt.

Il emmena Lithildren marcher quelques pas, et fit signe discrètement à Reinil de ne pas les suivre. Jusqu'à présent, le garçon avait écouté en silence, légèrement en retrait, attentif aux paroles échangées comme s'il écoutait une leçon. Il hocha la tête avec obéissance, mais un brin de déception le saisit alors qu'il jetait un regard désespéré à l'Elfe. Il aurait voulu être à ses côtés. Le gardien du Sanctuaire l'emmena plus loin, sous la voûte impressionnante du Sanctuaire. Les lieux étaient raffinés, d'une beauté simple et pure qui semblait traverser les âges. Le vieil homme allait lentement, prenant appui sur son bâton pour économiser ses forces, sans pour autant renvoyer une impression de faiblesse. Ce paradoxe était curieux. Il observait les fresques sur les murs, qui renvoyaient à des épisodes de l'histoire depuis longtemps oubliés.

- Je vous devine égarée, Lithildren. Il en est ainsi quand on passe trop de temps à arpenter cette terre, sans savoir où est notre destin. Parfois, ce sont les petits riens qui nous maintiennent en vie, qui nous donnent de l'espoir. L'amour, notamment, est une force contre laquelle on ne peut rien. Je l'ai appris d'un vieil ami…

Une pensée fugace passa dans son esprit, lui tirant un petit sourire amusé.

- Souffrir d'amour est incroyablement douloureux, mais l'amour a plusieurs formes. Il s'incarne dans des êtres que nous n'aurions pas cru rêver d'aimer un jour, et parfois nous surprend. Reinil, par exemple…

Il marqua une pause, laissant le temps à l'Elfe de comprendre où il voulait en venir.

- Ce garçon vous aime, c'est évident. Pas de cet amour adulte, qu'il ne connaîtra que plus tard, quand il aura tiré le nez de ses livres et de ses plumes. Mais il vous aime, comme un fils aimerait sa mère. Par amour, il se trouve ici, risquant sa vie pour défendre le Gondor… Il ne connaît ni l'épée ni la lance, et pourtant il tiendrait tête à dix chevaliers pour défendre votre vie. Voyez Réland, il faudrait être aveugle pour dire qu'il n'aime pas Neige. Avec un bras valide, il est prêt à défier Cartogan en personne et à mourir pour cette noble cause.

L'espion avait révélé toute sa fragilité la veille au soir devant le corps inanimé de Neige, et il avait fendu le cœur de ses compagnons, qui l'avaient entendu sangloter doucement la nuit dernière. Personne n'en dirait mot, respectant pudiquement son chagrin, mais une telle dévotion était admirable. Le gardien revint à Lithildren :

- Ce Reinil, je crois que vous l'aimez aussi, au fond. Un jour, nous pourrons parler de stratégie, nous pourrons parler de comment défaire Cartogan, comment échapper à ses sbires et protéger le Gondor. Aujourd'hui, cependant, nous parlerons du pourquoi. Du sens à donner à tout ceci. Si vous aimez ce garçon, dites-le lui, et servez-vous de cet amour pour chasser les nuages qui pèsent sur votre vie. Vous aurez besoin d'avoir l'esprit clair pour affronter les dangers qui se dressent devant nous.

Il leva la tête vers le plafond, et resta un moment à le contempler. Ce qu'il n'osait pas dire à Lithildren, c'était qu'il ignorait de quoi l'avenir serait fait. La mort pouvait les frapper à tout moment, et même s'il était convaincu de l'inviolabilité du Sanctuaire, il ne pouvait pas imaginer que Cartogan resterait passif. Les Eldar étaient destinés à voir leurs esprits perdurer dans les Terres Immortelles, mais s'il advenait quelque chose à Reinil… Si par malheur la mort venait le cueillir, alors Lithildren le perdrait à jamais.


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Le bruit avait finit par réveiller la Noldor perturbée. Elle avait l'impression d'être dans le brouillard. Son esprit entier était couvert d'un lourd voile. Elle avait du mal à reconnaître la personne dans sa chambre et cru d'abord à un mirage. Mais au final, il n'en était rien. Ce n'était que Reinil.

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous déranger… J'apportais seulement un peu de bois pour entretenir le feu dans votre chambre. Il me semblait bien qu'il en manquait hier, et je ne voulais pas que vous preniez froid.

Lithildren était amorphe. Elle se sentait éteinte et éreintée. Elle ne tentait pas de le cacher.

- Je m'occupe de tout.

Elle ne dit rien. Que pourrait-elle dire, de toutes manières ? Il n'y avait rien à dire. Lithildren le laissa repartir et resta là, étendue dans sa couche. Son regard argenté se tourna vers la fenêtre. Elle s'enroula dans ses draps pour se couvrir et se mit à la fenêtre. Il y avait dans cet instant quelque chose d'apaisant qui lui fit regretter d'avoir quitté Imladris. Les vues sur la vallée lui manquaient. Les instruments, les chants, les levés et couchés de soleil étincelants, cette vie parfaite sans aucun accroc. Elle regrettait sa jeunesse innocente, les entraînements avec Oropher, sa voix, sa présence, ses bras, ses regards... Elle regrettait l'ancienne Lithildren. Cette Elfe, jeune et dynamique, qui voulait parcourir le monde, trouver un époux et passer sa vie avec. Elle sentait l'espoir et la joie revenir dans son coeur mais elle n'était pas prête à les accueillir, alors elle se détourna de sa vision.

A peine revint-elle s'asseoir sur son lit que Reinil rentra avec de la nourriture. Elle ignorait de quoi son regard avait l'air mais penser à Oropher l'avait replongée dans ses pensées noires de la nuit. Il posa le plateau sur le lit et s'y assit à son tour, l'observant avec une tendresse qu'elle trouvait presque insupportable. Elle ne se sentait pas méritante.

- Allez-y, mangez. Mais ne vous brûlez pas.

Elle cligna des yeux, plaça ses jambes en tailleur et commença à manger. Elle était lente, complètement ailleurs et à moitié amorphe. Elle n'avait aucun appétit mais elle n'avait pas vraiment le choix : si elle ne mangeait pas, Reinil la forcerait sûrement à coup de supplications orales ou par le regard. Pendant qu'elle mangeait, avec la lenteur de l'existence elfique, Reinil s'affairait dans sa chambre. Elle faisait à peine attention à ce petit être qui tournait, bougeait, faisait preuve de vie là où elle faisait preuve de mort interne. Elle n'avait pas la force de dire quoi que ce soit. Elle n'y arrivait juste pas.



- Bon jour, très chère. J'espère que vous avez pu apprécier votre nuit au sein du Sanctuaire. Vous êtes sous la protection des Valar, et ici nul mal ne peut vous atteindre. Vous êtes Lithildren, c'est cela ? Je suis ravi de vous rencontrer.

Elle hocha lentement de la tête. Elle accompagnait mollement le vieil homme qui semblait plus fringuant qu'elle. Elle avait la voix éteinte, un peu rocailleuse. Son regard était vide, perdu, et ses pas étaient mous. Elle était très, très loin du port noble des Eldar. Vraiment très loin.

- Vos amis m'ont raconté beaucoup de choses hier soir. Des choses tout à fait étonnantes. D'autres, je dois l'admettre, beaucoup plus inquiétantes. Vous avez traversé les flammes de la guerre, et vous en êtes revenue pour nous apporter votre aide précieuse. Ceci, en revanche, me semble être un motif d'espoir. Qui peut dire où nous serions sans votre arrivée ?
- Je suis là que parce que le hasard a fait que. Oui, je sais, "les Valar ont peut-être"... Non. Les Valar n'ont rien à voir là-dedans. Je suis fatiguée d'être vue comme le symbole d'espoir de tout le monde. Je suis qu'une femme, ça s'arrête là. Je ne suis rien ni personne, et je n'ai rien voulu de tout ça.

Elle inspira et expira longuement en regardant ailleurs. Il n'avait peut-être pas tort mais elle ne voulait pas l'entendre. Elle ne voulait pas de ce piédestal. Elle voulait rentrer chez elle.

- Je devine que vous vous blâmez, fit-il en repensant à sa réaction auprès de Neige, toujours convalescente. Ne soyez pas trop dure avec vous-même, souvenez-vous que même les princes, les rois et les immortels peuvent être dans l'erreur. Même les Valar, dans leur grande sagesse, sont imparfaits.Il y eut une pause qu'il s'empressa de combler avec un autre sujet. Il ne m'appartient pas de me mêler des affaires des hommes au pouvoir, Lithildren, mais ce Cartogan est une menace bien trop grande pour être ignorée. Vous même, Elfe de votre état, avez choisi de vous engager pour défendre la cause des Hommes. Vous savez donc de quoi je parle. Nous avons tous une responsabilité individuelle de nous dresser face à l'adversité, si nous voulons chasser le mal qui nous corrompt.
- Les Hommes ont toujours été incapables de régler seuls leurs problèmes. Toujours ont-ils été aidés par les Elfes mais moi je n'ai rien voulu. Honnêtement je n'ai que faire de ces problèmes. Le monde peut sombrer. Cela m'est bien égal.

Elle lâcha un long soupir absent, se courbant un peu plus. Elle avait les bras croisés et donnait l'impression de porter quelqu'un sur ses épaules. Elle en avait juste assez. Stupide sagesse, ce n'était qu'un moyen de s'aveugler. L'espoir ne servait à rien face à la réalité de la vie. Une vie cruelle et violente, où l'on meurt et où l'on souffre. Et elle en avait marre de souffrir.

- Je vous devine égarée, Lithildren. Il en est ainsi quand on passe trop de temps à arpenter cette terre, sans savoir où est notre destin. Parfois, ce sont les petits riens qui nous maintiennent en vie, qui nous donnent de l'espoir. L'amour, notamment, est une force contre laquelle on ne peut rien. Je l'ai appris d'un vieil ami… Il eut un sourire en coin en observant la réaction de Lithildren, qui semblait encore sur le point de pleurer. Souffrir d'amour est incroyablement douloureux, mais l'amour a plusieurs formes. Il s'incarne dans des êtres que nous n'aurions pas cru rêver d'aimer un jour, et parfois nous surprend. Reinil, par exemple… Nouvelle pause. Elle se retenait, ses yeux s'embrumant petit à petit. Ce garçon vous aime, c'est évident. Pas de cet amour adulte, qu'il ne connaîtra que plus tard, quand il aura tiré le nez de ses livres et de ses plumes. Mais il vous aime, comme un fils aimerait sa mère. Par amour, il se trouve ici, risquant sa vie pour défendre le Gondor… Il ne connaît ni l'épée ni la lance, et pourtant il tiendrait tête à dix chevaliers pour défendre votre vie. Voyez Réland, il faudrait être aveugle pour dire qu'il n'aime pas Neige. Avec un bras valide, il est prêt à défier Cartogan en personne et à mourir pour cette noble cause. Ce Reinil, je crois que vous l'aimez aussi, au fond. Un jour, nous pourrons parler de stratégie, nous pourrons parler de comment défaire Cartogan, comment échapper à ses sbires et protéger le Gondor. Aujourd'hui, cependant, nous parlerons du pourquoi. Du sens à donner à tout ceci. Si vous aimez ce garçon, dites-le lui, et servez-vous de cet amour pour chasser les nuages qui pèsent sur votre vie. Vous aurez besoin d'avoir l'esprit clair pour affronter les dangers qui se dressent devant nous.

Elle secoua la tête.

- Je sais... Mais je ne peux lui rendre. Tous les êtres qui furent un jour proches de moi finissent par disparaître, mortels ou immortels. Je ne peux pas me permettre de voir en lui le fils que je n'aurai jamais. Je veux juste rentrer chez moi et laisser les Hommes se noyer dans leur cruauté et leurs manipulations fallacieuses... J'en ai plus qu'assez de me mêler des affaires des Hommes. Je ne veux pas de l'amour de Reinil. Il n'y en a qu'un seul que je veux et il a disparut. Le seul être que j'ai aimé de toute mon âme a disparu. Et aucune vengeance ne pourra apaiser le vide en moi. Aucune cause ne pourra me soulager. Personne ne pourra combler son absence.

Ses épaules tressautaient. Elle s'était mise à sangloter en parlant et finit par s'accroupir pour plaquer son front contre ses genoux et pleurer. Elle n'avait aucune crédibilité et ne parvenait pas à passer outre son malheur. Elle était faible et impuissante, face à tout ce qu'il se passait dans son coeur, dans sa tête et là dehors dans la ville. Elle pouvait de moins en moins supporter les événements et cette pause ne faisait que resurgir à la surface ce qu'elle tâchait d'enterrer dans les combats et complots dans lesquels elle avait plongé malgré elle.

Elle se redressa et fuit en courant. Elle alla se cacher dans la chambre qu'on lui avait prêté pour l'instant. Un instant elle songea à fuir. Fuir loin d'ici. Elle pouvait utiliser les égouts et fuir la ville par les voix basses. Elle pouvait préparer ses rares affaires, fuir dans la nuit et s'en aller loin d'ici. Elle pouvait abandonner Reinil, Réland, Nallus, Neige, les laisser se débrouiller. Après tout, qui était-elle dans ce conflit ? Une imbécile avec une cible sur le front ? Elle était absolument pas discrète, après tout, avec ses oreilles. Mais si elle partait, qu'allait-il se passer ? Et Reinil ? Elle avait beau se le cacher mais elle ne pourrait pas se passer du jeune garçon. Au-delà de l'affection quasi maternelle qu'elle ressentait pour lui, elle avait besoin de lui. Sans lui... elle ne serait pas là.

- Ma Dame...?

La petite voix timide de Reinil lui parvint. Elle se tourna vers lui, le tira vers elle sans lui demander son avis et le serra dans ses bras. Elle sanglotait en le serrant sans l'étouffer. Elle avait peur de le perdre. Elle n'arrivait pas à l'exprimer autrement qu'ainsi, à sangloter en serrant contre elle ce jeune garçon qu'elle avait du mal à voir comme autre chose qu'un fils. Un fils qu'elle n'aurait jamais avec son seul aimé. Elle avait envie de l'emmener avec elle loin d'ici, à Imladris, et l'élever comme un Elfe, malgré sa mortalité. Si seulement rendre immortel était possible.
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Ryad Assad
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Sous l'œil d'Oromë EmptyJeu 23 Avr 2020 - 17:36
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La tristesse de Lithildren s'était accumulée comme l'eau de pluie au creux d'une de ces larges feuilles, comme on en voyait dans les plus épaisses forêts du Sud lointain : celles qui semblaient venir d'un autre monde, d'un autre temps, que l'on trouvait dans les grands arbres millénaires. Des arbres au tronc si majestueux qu'ils auraient éclipsés l'Elfe toute entière dans leur ombre bienveillante. Cette dernière, aux nervures fragilisées par le poids de cette présence étrangère, semblait avoir perdu ses racines, la branche qui la maintenait en vie et en équilibre. Elle vacillait au moindre souffle de vent, ballottée par la brise qui s'engouffrait sous les frondaisons, alors que sa longue chute était péniblement retardée par le caprice des éléments. Aujourd'hui, devant le gardien du Sanctuaire de Minas Tirith, son équilibre s'était rompu.

L'eau de pluie s'écoulait désormais sur ses joues en autant de larmes douloureuses.

Mais pour le vieil homme, cela n'était pas un mal, bien au contraire. Il devinait toute la souffrance de la guerrière, toute cette rage accumulée, toute cette peine qu'elle avait chevillée au corps, et qui la tirait inexorablement vers les ténèbres de sa conscience. Elle devait y faire face, s'en délester, se prémunir contre les assauts mortels du doute et d'un passé révolu qu'elle ne pouvait pas changer. Seul le présent comptait. Le présent, et ce qu'il disait de leur avenir incertain, de leurs espoirs fragiles, de leur misérable existence qui pouvait s'achever à chaque instant.

Ces larmes, elles l'aidaient en ce sens.

Le gardien ne la retint pas, jugeant plus utile de laisser l'immortelle affronter elle-même sa peine. Une vie si longue pesait lourd sur des épaules aussi sensibles, et la guerrière devait faire le deuil d'une vie entière, d'une éternité d'amour qu'elle ne vivrait pas, tant qu'elle n'aurait pas rejoint les lointaines cavernes de Mandos. Au nom de la cause qu'ils défendaient, il fallait espérer que ce jour viendrait le plus tard possible, car Lithildren était une ressource précieuse dans leur entreprise. Elle devait simplement trouver les bonnes raisons pour pouvoir continuer.

Alors qu'elle courait à travers le Sanctuaire, suivie par l'écho de ses pas précipités, le vieil homme eut un sourire attendri et murmura pour lui-même :

- Non, vous ne voulez pas abandonner les Hommes à leur folie… Votre aide sera précieuse.

Il prit appui sur son bâton, et tourna les talons pour retourner à ses affaires. Lithildren avait besoin de cet espace pour elle-même, et il devait lui accorder ce temps.


~ ~ ~ ~


Reinil s'était soigneusement tenu à l'écart de la conversation entre Lithildren et le gardien du Sanctuaire. Il comprenait tout à fait que des individus plus sages que lui pussent avoir besoin de discuter de choses sérieuses loin des oreilles indiscrètes du jeune apprenti qu'il était. Il avait donc patienté poliment, comme son éducation impeccable le lui commandait, et s'était absorbé dans ses pensées, essayant de mettre de l'ordre dans le tumulte de celles-ci.

Ces derniers jours avaient été chaotiques, et les révélations qui s'étaient enchaînées avaient achevé de miner ses espoirs de voir la solution se résoudre pacifiquement et rapidement. Jusqu'à l'arrivée de Lithildren, il n'avait vu dans l'emprisonnement du professeur Nallus qu'une erreur judiciaire, une simple méprise qui aurait été réglée devant les tribunaux royaux, et qui aurait abouti à des excuses publiques de la part des responsables de l'armée. Aujourd'hui, tout semblait beaucoup plus compliqué. Cartogan, le général à la probité incroyable, était en réalité un ennemi de l'État qui manœuvrait avec toute la force de l'armée royale pour les arrêter. Le professeur Nallus représentait de toute évidence une grande menace pour sa sécurité, et désormais c'était la femme Elfe qui était sur la liste des personnes ciblées. Reinil lui-même était en danger, depuis qu'il avait accepté de rejoindre sans réserve ce combat pour la vérité et pour la justice.

Alors il s'était mis à penser.

C'était ce qu'il faisait de mieux, après tout, et il ne concevait pas de laisser son esprit se reposer alors que l'heure était à la décision, et qu'il était justement capable de raisonnements tout à fait brillants. N'était-ce pas pour cela que les professeurs de l'université de Minas Tirith voyaient en lui un grand potentiel ? Il avait assemblé les événements patiemment dans son esprit, essayant de tracer des liens complexes entre les problèmes apparemment déconnectés les uns des autres qu'ils affrontaient. Il y avait tant et tant de mystères qui ne demandaient qu'à être résolus, mais qui semblaient leur échapper simplement parce qu'ils ne les regardaient pas sous le bon angle.

« Prends du recul, Reinil », lui répétaient souvent ses maîtres. « Prends du recul, déplace-toi autour du problème, envisage-le sous toutes les coutures. Seulement alors tu trouveras la réponse à ta question ».

Enfermés dans l'université, probablement surveillés à distance par les hommes du roi, ses professeurs l'aidaient encore à distance, grâce aux conseils qu'ils avaient su lui dispenser, et qu'il avait eu la sagesse d'écouter à son jeune âge. Aujourd'hui, il lui semblait ne pas avancer seul, et avoir derrière lui l'expérience de tous ces vénérables esprits passés avant lui, qui lui avaient transmis ces connaissances, ces savoirs acquis péniblement au cours des ans.

- Réfléchis, Reinil, se murmura-t-il à lui-même.

Des phrases surgissaient de son passé, l'aidant à clarifier son esprit.

« Il n'y a pas de solution simple à un problème complexe, jamais. Il n'en est pas toujours de même pour les explications ».

Une explication. Oui, c'était ce qui leur manquait. Il leur manquait de comprendre le pourquoi, ce qui les informerait sur le « comment », sur le « quoi », sur le « qui »… Rien n'était plus difficile que de trouver les raisons, parfois très simples, qui sous-tendaient les actions des Hommes. Cependant, en s'affranchissant des interprétations, il se savait en mesure de dénicher la réponse. Tel était son rôle en tant qu'apprenti savant.

Tout à ses pensées, Reinil sursauta en voyant Lithildren passer devant lui comme une tornade. Ses idées précieuses, qu'il assemblait telles un château de cartes, s'écroulèrent en le laissant pantois, et il lui fallut une longue seconde pour accepter que l'édifice fragile qu'il venait de dessiner pouvait être rebâti, et que le plus important était désormais de retrouver l'Elfe. N'avait-il pas vu des larmes dans ses yeux ?

Sans perdre une seconde, il se leva et courut à la suite de cette dernière, suivant sans peine l'écho des sanglots qu'elle ne parvenait plus à étouffer désormais. Son cœur se serra de crainte alors qu'il l'entendait déverser les émotions qu'elle n'arrivait plus à contenir. De crainte et d'une absolue compassion qui caractérisait le jeune garçon. Alors qu'il sentait qu'il se rapprochait, il s'efforça de contenir ses propres angoisses, afin d'accueillir celles de l'immortelle. Son petit être n'était peut-être pas en mesure de recevoir la peine incommensurable qui dévastait l'esprit de la guerrière, mais il ne baisserait pas les bras, et il ferait de son mieux pour l'aider…

Fût-ce au péril de son propre équilibre.

Il finit par arriver dans la chambre où Lithildren s'était recluse, et la trouva là. Elle semblait si vulnérable, si fragile, elle qui la veille au soir était rentrée en portant sur ses épaules la vie de Neige et le poids de tous leurs espoirs. Le masque de bataille s'était fissuré, et la flèche du chasseur s'était engouffrée dans le défaut de son armure, avec une précision mortelle. Elle se tourna vers lui, avant qu'il eût été en mesure de vraiment dire quoi que ce fût pour aider la guerrière, et avant qu'il comprît elle le prit dans ses bras avec une force qui le surprit.

Il se sentit presque décoller du sol, transporté par cet élan d'affection muette qui avait troqué les mots bien inutiles par la toute-puissance des sentiments. Reinil demeura interdit un moment, avant de rendre à Lithildren cette étreinte, recevant par là tout ce qu'elle lui confiait. Tous ces sentiments incontrôlés, ces peurs, ces malheurs qu'elle avait vécus, et qui semblaient se transférer dans le corps du jeune garçon. Il fit de son mieux pour résister à une telle charge émotionnelle, mais il fut bientôt submergé lui aussi. Submergé par l'intensité du moment, par tout ce que cela lui rappelait. Sentir ces bras refermés autour de lui, c'était comme retourner en enfance, et Lithildren lui rappelait involontairement sa mère, cette femme douce et aimante qui l'avait protégé tant qu'elle l'avait pu. Mère et fils, unis par le destin davantage que par le sang, restèrent là un long moment à pleurer l'un et l'autre.

L'un pour l'autre.

Ils n'avaient pas besoin de parler pour se dire les choses. Reinil tenait à Lithildren, et il ferait tout pour l'aider. Il donnerait tout pour lui permettre de goûter un jour à la paix intérieure, qu'elle méritait peut-être plus que quiconque.


~ ~ ~ ~


Les jours avaient passé à un rythme particulièrement lent, dans le Sanctuaire. À chaque instant, ils pouvaient être surpris par les troupes royales, qui patrouillaient à leur recherche en s'efforçant de rester discrètes quant à leur désir de les capturer. Quelques hommes étaient venus poser des questions au gardien des lieux, qui avait répondu de manière évasive, et s'était arrangé pour dissiper les craintes des soldats. Ils avaient gagné un peu de temps, mais cela ne les empêchait pas de faire preuve de prudence.

Neige se remettait doucement de sa blessure, de même que Réland. Les deux avaient encore besoin de repos, mais savoir qu'ils étaient en vie était une bénédiction en soi. Nallus et le vieil homme qui les accueillait travaillaient assidûment à trouver des réponses, et il n'était pas rare de les entendre converser en passant près de leur bureau. Ils échangeaient sur tout et n'importe quoi, les deux hommes ayant une culture très largement supérieure à la moyenne. Ils évoquaient les difficultés du monde, les grandes crises politiques, mais aussi les perspectives d'avenir, les options qui s'ouvraient à eux. Nallus semblait heureux de pouvoir échanger avec quelqu'un d'aussi érudit. Derrière ses manières excentriques, et sa tenue d'un bleu glacial très élégante, il avait une grande culture, et il semblait avoir lu d'innombrables ouvrages d'histoire, au point que Nallus lui confia même un jour :

- Très cher, je ne comprends pas que vous ne soyez pas professeur à l'université de Minas Tirith. Vous semblez connaître tant de choses, et si je me fie à vos seuls dires, vous avez déjà assez de matériau pour enrichir les Carnets de voyage de Maxoine, et Propriétés augmentées des métaux ordinaires, de Cibel de Djafa. Ses travaux font encore autorité, alors qu'il n'a plus rien écrit de sensé depuis près de quinze ans…

Le vieil homme avait ri en retour, amusé par cette proposition, à laquelle il avait répondu avec le flegme qui le caractérisait :

- Ne le prenez pas comme une critique, mais je crois que je ne serais pas très à l'aise à travailler à l'université. J'ai le sentiment que beaucoup d'érudits se sont encroûtés dans leurs certitudes, et alors qu'ils auraient dû guider les rois, les princes, et voir venir les malheurs de l'Ordre de la Couronne de Fer, ils se sont déchirés en vaines querelles… La connaissance pour la connaissance est un idéal qui n'est plus le mien. Si cette connaissance ne peut servir à améliorer le monde dans lequel nous vivons, alors à quoi bon ?

Nallus avait hoché la tête pesamment. Lui-même n'était qu'un érudit de salon, un homme qui ne s'était jamais vraiment éloigné des sentiers battus, sinon dans sa fougueuse jeunesse. Il avait cru naïvement que réfugié derrière ses livres et les innombrables références qu'il connaissait par cœur, il pourrait voir venir le mal de très loin. Il s'était fourvoyé, et il portait une partie de la responsabilité de l'échec des Peuples Libres à défendre leurs idéaux. Aujourd'hui, voilà que dans sa propre cité, sous son nez et celui de tous les plus grands intellectuels du Gondor, l'ennemi s'était implanté.

Combien de fois se feraient-ils berner avant de comprendre ?

Trop souvent, hélas, car ils avaient toujours un coup de retard sur les manigances des esprits les plus retors.

Dans ce contexte, ils avaient travaillé dur à se mettre à jour, à établir des plans, à définir des objectifs précis. Ils discutaient jusque tardivement, préférant exploiter le temps à leur disposition plutôt que de se reposer sur leurs lauriers. Les guerriers avaient fait leur office pour les mener en sécurité, et c'était désormais à eux de jouer. Pendant qu'ils planifiaient, Neige, Réland et Lithildren se reposaient. Cette dernière, qui était moins meurtrie physiquement, pouvait se promener librement dans le Sanctuaire et se dégourdir les jambes. Le repos dont elle bénéficiait ici était incomparable, et les lieux bien que modestes semblaient habités du calme des demeures elfiques. Personne ne venait la déranger quand elle s'absorbait dans ses pensées, et quand elle souhaitait converser un peu, elle trouvait toujours une oreille attentive chez le jeune Reinil.

Cet enfant était l'incarnation de la pureté, et à mesure qu'ils se rapprochèrent il ne put manquer de lui confier quelques éléments de sa vie. La force de caractère qui se dégageait sous sa timidité n'était pas feinte, et elle puisait ses racines dans de douloureux souvenirs. Le malheureux avait perdu sa mère quelques années auparavant, et son père avait choisi de l'envoyer étudier à l'université de Minas Tirith, comme pour l'éloigner et vivre son chagrin dans la solitude. Cette absence lui avait déchiré le cœur, mais il s'était endurci et s'était abîmé dans l'apprentissage, en espérant un jour être à la fois digne de reprendre l'héritage familial, et un assez bon fils pour trouver grâce aux yeux de son géniteur.

Reinil était presque un orphelin, et c'était la raison pour laquelle il était resté à l'université quand tous les autres étudiants s'en étaient retournés dans leurs familles. En Lithildren, il trouvait curieusement cette présence rassurante et maternelle qui lui avait manqué.

- Je crois que mon père pense à moi de temps en temps, même s'il ne m'écrit pas, avait-il confié alors qu'il s'affairait à préparer le repas de l'Elfe. Je ne suis pas un si mauvais fils, je crois. Même si je peux évidemment faire mieux, j'y travaille chaque jour.

Il avait eu un sourire triste, mais n'avait rien ajouté.

L'espoir était une chose fragile.

Avec le temps, les blessures avaient commencé à cicatriser. Chaque heure semblait durer une éternité, et leur procurait amplement le temps de contempler leur existence, de réfléchir à leurs actes, à leurs décisions. Ils pouvaient à loisir les regretter, s'en vouloir, puis les accepter finalement et se laisser aller à une forme de sérénité. Tel était l'effet du Sanctuaire sur les âmes de visiteurs qui s'abritaient sous les hautes voûtes de ce lieu reposant. Sous l'œil bienveillant des Valar, qui peut-être pensaient aux Premiers et aux Derniers Nés, et jetaient sur eux un regard attendri de les voir lutter ainsi courageusement contre tous les malheurs du monde.

Un soir, finalement, alors que tout semblait calme au dehors comme au dedans, Nallus vint trouver Lithildren pour la convier à dîner en compagnie de tous les autres. Même Neige fit l'effot de venir, alors que rester en position assise la faisait encore souffrir. Elle ne voulait surtout rien manquer de la conversation qui allait suivre. Ce fut le professeur qui prit la parole en premier :

- Mes amis, nous vous avions promis de prendre le temps de réfléchir et de trouver quoi faire. Nous avons longuement discuté, débattu, et analysé toutes les possibilités qui s'offraient à nous, et nous voudrions vous donner le fruit de nos conclusions. Votre éclairage nous sera très précieux, j'en suis certain.

Il marqua une pause, et déplia un parchemin soigneusement roulé entre ses mains, pour dessiner sommairement une forme qui ne leur était pas inconnue. Il s'agissait de l'arbre blanc du Gondor, dessiné rapidement, et surmonté des sept étoiles.

- L'arbre blanc du Gondor est le symbole de notre peuple, vous le connaissez tous. Nous l'utilisons aussi comme instrument de réflexion, quand nous affrontons des problèmes complexes. Reinil, tu es sans doute déjà familier avec le mécanisme, mais laisse-moi l'expliquer à nos compagnons. Chaque étoile représente une conséquence, un problème particulier, si vous voulez. L'arbre, quant à lui, représente la racine commune à tous ces problèmes : l'élément commun qui les fait tenir ensemble. L'objectif était pour nous de trouver la racine du mal, et après de nombreuses heures nous pensons avoir trouvé. Je n'ai pas eu l'inspiration géniale qui nous a permis de progresser, aussi ne puis-je recevoir tout le crédit de cette découverte.

Le gardien du Sanctuaire parut surpris, mais il dissipa ces compliments d'un geste de la main, tout en comprenant que Nallus entendait lui laisser la parole. Passant une main dans sa barbe, il répondit poliment :

- J'ai simplement rebondi sur vos idées, professeur. Nul génie là-dedans, je n'aurais rien fait sans votre aide.

Puis, revenant au sujet qui occupait leurs esprits, il détailla leur dessin, pointant chaque élément à mesure qu'il parlait :

- Sept étoiles, donc, qui représentent chacune les malheurs auxquels nous sommes confrontés. La querelle intestine dans l'armée, l'état d'arrestation à l'encontre du professeur, l'assassinat mystérieux dans les geôles, le secret qui entoure la fermeture de la ville, la présence d'un sorcier dans les ruines elfiques, cette sinistre armée qui envahit le Gondor, et la réapparition inquiétante de mystérieux artefacts surgis du passé… Voilà la base sur laquelle nous avons travaillé.

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- Au début, nous pensions que Cartogan était le lien, que c'était lui la racine, mais cela ne collait pas. Quel intérêt aurait-il eu à envoyer un sorcier dans les ruines ? Pourquoi envoyer une armée pour envahir le Gondor, alors que toute cette affaire jette le discrédit sur lui et ses troupes ?

Nallus reprit la parole, en pointant du doigt la dernière étoile, celle au sommet de l'arbre, au-dessus de laquelle rien n'était encore écrit.

- C'est là, fit-il, qu'un esprit génial nous a mis sur la voie. Et si Cartogan n'était pas la racine… mais une nouvelle conséquence ?

Il fit glisser son doigt sur le papier, tapotant son index sur la dernière étoile, celle qui surmontait habituellement la couronne royale. Un silence accompagna sa révélation, alors que Reinil, qui avait l'esprit vif et qui comprenait plus rapidement que la moyenne, se penchait en avant :

- Si le danger que représente le général Cartogan n'est qu'une conséquence, alors… c'est qu'une des autres conséquences est peut-être la cause de tout ceci ?

La fierté se lut dans les yeux de son professeur, qui le félicita d'un signe de tête, avant de se tourner vers Neige et Réland qui semblaient ne pas vraiment comprendre :

- Voyez-vous, ce modèle de réflexion nous invite à être mobile et adaptable. Sept conséquences possibles, et une cause commune… mais il est possible d'inverser chaque élément. Peut-être qu'une de ces étoiles, que nous voyons actuellement comme une cause, est en réalité le problème auquel nous devrions nous attaquer.

- C'est tout l'intérêt de ce modèle, ajouta modestement le gardien. Nous inviter à observer les choses sous plusieurs angles. En l'occurrence, nous avons écarté les éléments qui nous paraissaient hors de notre portée pour le moment. Nous n'avons pas les moyens d'enquêter sur cette armée inconnue surgie de l'Est, et nous ne pouvons pas retrouver ce mystérieux sorcier à l'heure actuelle. Considérons donc ces options comme closes pour l'heure. Les dissensions dans l'armée, et la question de la fermeture de Minas Tirith nous amèneraient à nous trouver sur le chemin de l'armée, et donc de Cartogan. Cela semble également compromis pour le moment. Les accusations contre le professeur Nallus ne seront levées que lorsque nous aurons fait chuter Cartogan. Alors que nous reste-t-il ?

Nallus, qui semblait particulièrement fier de leur raisonnement tout à fait théorique mais non moins intéressant, ajouta avec un enthousiasme qu'il peinait à contenir :

Sous l'œil d'Oromë Arbre_11   Sous l'œil d'Oromë Arbre_12

- L'assassinat dans les geôles, et la question de ces mystérieux artefacts. Voilà à quoi nous avons réduit notre recherche. C'est notre contribution à cette entreprise, mais nous ne pouvons pas déterminer par où commencer à votre place. Lithildren, Réland, Neige… vous êtes les seuls à même de décider. C'est même à vous que revient ce choix, Lithildren, car vous êtes la seule d'entre nous qui êtes assez en forme pour enquêter pendant que nous le pouvons encore. Alors, que dites-vous ?


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Sous l'œil d'Oromë EmptyVen 24 Avr 2020 - 12:09
Pleure, mon enfant. Ce brouillard devant tes yeux ne durera pas. Le voile de ton tourment se lèvera pour laisser entrevoir le lever d'un soleil nouveau après un nuit d'orage. Il te reviendra de voir en ce soleil un renouveau ou l'éternel recommencement. Mais sache que tu ne seras jamais seule. Soleil, Lune, étoiles, Valar, nos ancêtres, il y aura toujours quelqu'un à tes côtés, même lorsque tu seras entourée de ténèbres. Même lorsque tout semble perdu, il subsistera une lueur pour te guider.

Lithildren sursauta dans son sommeil. La voix avait été si douce et si chaleureuse que son corps entier en était allégé. Elle avait même cru sentir la caresse d'une main sur sa joue, la douceur d'un baiser sur son front, la furtivité d'un doigt sous ses yeux, la chaleur d'une étreinte.

Maman...

Elle regarda par la fenêtre. Elle n'avait jamais prêté attention à la beauté du ciel nocturne. La Noldo se leva et observa longuement le ciel. Les étoiles scintillaient, telles des lucioles ou des perles d'argent collées sur l'obsidienne céleste. Il n'y avait que peu de nuages pour masquer ce spectacle qui parut tout simplement magnifique à l'Elfe. La lune offrait, pour la première fois depuis longtemps, le sentiment de réconfort dont sa mère citait les vertus lorsqu'elle était enfant. Cela semblait remonter à une éternité... Et c'était plus ou moins le cas. Lithildren espéra que ses parents avaient trouvé la paix lorsque la Couronne de Fer les avait abattus.

Ses pensées allèrent vers le pauvre Eugénion. Mais pas avec cette tristesse pesante habituelle. Non, ce soir-là, elle pensa avec affection à lui. Ses longs discours lui manquaient, avec son énergie et ses manières. Il avait été le premier être censé depuis une longue période, et le seul pendant encore une autre longue période jusqu'à l'Université. Elle refit la liste des gens dont elle avait causé la perte et soupira. Elle avait fait des choix dans la précipitation et en suivant son instinct. Beaucoup de personnes meurent et, si elle était réaliste, la moitié n'auraient pas survécu plus de quelques jours à ses côtés. Si elle avait sauvé Holric, il n'aurait probablement pas survécu à la Bête des Profondeurs d'Ost-in-Edhil ni même au voyage jusqu'à Tharbad ou le village d'Alart. Ou même son propre village. Pour qu'il survive il aurait fallu qu'elle abatte Alart mais il avait donné des informations qui lui avaient permit d'avancer. Sa présence n'avait fait qu'accélérer les forces en mouvements, les forcer à se montrer et se dévoiler, à faire preuve de moins de prudence. Sa présence n'était peut-être pas un fardeau mais une occasion de rétablir l'équilibre. Dans la précipitation, l'ennemi pouvait faire des erreurs, donner des indices au lieu de rester caché. Lithildren devait miser sur cette espoir.

La fin de sa nuit fut plus apaisante que les autres avant elle.


¤        ¤        ¤        ¤        ¤


Les jours suivants permettaient à Lithildren d'enfin se reposer. Elle n'avait prit que peu de pauses depuis Imladris et avait bien besoin de ce bain d'air frais. Enfin, façon de parler. Lorsqu'elle ne se plongeait pas dans des méditations et réflexions sur à la fois la situation et la remise en place de ses idées personnelles, l'Elfe passait du temps avec Reinil ou s'entraînait pour maintenir sa forme. Elle avait retenu des figures des danseurs et gens du spectacle dans les halls du Rhûn, ou encore ce que faisait un de ses voisins de cellule pour entretenir son corps. Elle avait incorporé tout cela et le réutilisait à sa façon pour entretenir ses muscles, sa respiration, son endurance et cela lui permettait aussi de se vider l'esprit. Il arriva une fois ou deux que Reinil la retrouve dans une position faisant plus appel à la souplesse que la musculation, ou bien en poirier avec une jambe tendue vers le plafond et l'autre repliée au niveau du genou. La Noldo ne voyait aucun inconvénient à ce que le jeune futur-érudit assiste à ses séances d'entraînement.

Mais cela ne suffirait pas. Lithildren vint vers Reinil tôt un matin avec une dague dans les mains. Il avait pâlit à la vue de cet objet, se demandant sûrement ce qu'elle comptait bien faire. Mais elle avait prit l'objet par la lame, en tendant la poignée vers l'adolescent.

- Je sais que la vue de cela t'effraie, Reinil. Mais tu n'es plus à l'abri des murs de l'Université et il n'y aura pas toujours quelqu'un pour te protéger. Il faut que tu apprennes à t'en servir correctement pour te défendre. Je sais que la perspective n'est pas encourageante, Reinil. Mais je pense que cela te sera utile, si ni Neige, ni Réland, ni moi ne pouvons te venir en aide. Je souhaite que tu n'aies jamais à t'en servir pour tuer mais je crains que également que cela finisse par arriver avant que tout cela ne soit terminé. Je vais te montrer comment faire, ne t'en fais pas. Fais-moi confiance.

Reinil n'était ni un enfant ni un imbécile et comprenait sûrement bien la situation. Lithildren se montra un professeur bienveillant et montra comment Reinil devait tenir la dague, assouplir ou raffermir la prise, quels muscles utiliser dans son bras, quels mouvements du bassin, du bras ou des jambes lui donnaient soit plus de puissance soit plus de rapidité. Si il n'y arrivait pas ou s'angoissait, elle arrêtait et reprenait soit plus tard soit le lendemain.

Les discussion avec Reinil tournaient autour de bien des sujets. Parfois sur les Elfes et les voyages de Lithildren dans leurs contrées, ou bien l'Elfe posait des questions sur l'Université, les professeurs, ce que Reinil avait apprit. Ils conversaient avec beaucoup de patience et de passion. La Noldo se laissait pleinement ressentir cette affection maternelle aux côtés de Reinil, le laissait voir sa sensibilité et, au final, ce qu'elle cachait sous l'armure de rage et d'agressivité. Ce qu'elle avait vu comme une faiblesse devenait sa force. Elle savait que, si elle devait mener un combat, ce serait de sauver ce qu'il y encore de pur et de beau dans ce monde. De sauver ce(ux) qu'elle aimait des ténèbres, des complots, de la mort et de la destruction. Elle ne pourrait pas sauver tout le monde mais elle trouvait en Reinil la force de combattre, d'affronter ses démons et d'aller à l'encontre de l'adversité.

Reinil finit même finalement par confier qu'il avait perdu sa mère et que, pour lutter contre le chagrin, son père l'avait envoyé à l'Université. La nouvelle rendit triste Lithildren, pour son protégé.

- Je suis certaine qu'il pense à toi. Tu es un garçon brillant et courageux, qui n'a pas hésité une seconde avant de se lancer dans la lutte pour la liberté, la vérité et la justice. Tu es un jeune bon, et tu seras un homme plus bon encore. Et je suis très fière de faire ce parcours à tes côtés jusque là. Tout comme je suis sûre qu'il serait fier de toi comme je le suis.

L'Elfe s'était gardée de révéler pour l'instant ses secrets. Mais elle laissa entrevoir tout de même, de manière très évasive, qu'elle avait commit des actes dont elle devrait un jour répondre auprès de ses seigneurs elfiques. Des fautes graves pour lesquelles elle devrait chercher le pardon des siens. Bonne cause ou pas, certaines choses étaient mauvaises et il fallait faire face aux conséquences. Elle avait fuit depuis un peu trop longtemps ces conséquences mais ne retournerait pas chez elle avant que sa tâche ne soit accomplie. Et il y avait encore beaucoup à accomplir.


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- Mes amis, nous vous avions promis de prendre le temps de réfléchir et de trouver quoi faire. Nous avons longuement discuté, débattu, et analysé toutes les possibilités qui s'offraient à nous, et nous voudrions vous donner le fruit de nos conclusions. Votre éclairage nous sera très précieux, j'en suis certain.

Lithildren était assise à côté de Reinil et tendait une oreille particulièrement attentive. Ces quelques jours de repos lui avaient fait le plus grand bien et il était visible sur son visage - et dans son attitude - qu'elle était prête à de nouveau faire face. Son apaisement de l'esprit s'était reflété sur son corps mince et amaigri. Elle reprendrait presque de sa lueur elfique, si elle l'avait jamais perdu. Elle se posait la question, en vérité.

- L'arbre blanc du Gondor est le symbole de notre peuple, vous le connaissez tous. Nous l'utilisons aussi comme instrument de réflexion, quand nous affrontons des problèmes complexes. Reinil, tu es sans doute déjà familier avec le mécanisme, mais laisse-moi l'expliquer à nos compagnons. Chaque étoile représente une conséquence, un problème particulier, si vous voulez. L'arbre, quant à lui, représente la racine commune à tous ces problèmes : l'élément commun qui les fait tenir ensemble. L'objectif était pour nous de trouver la racine du mal, et après de nombreuses heures nous pensons avoir trouvé. Je n'ai pas eu l'inspiration géniale qui nous a permis de progresser, aussi ne puis-je recevoir tout le crédit de cette découverte.

Lithildren se pencha sur l'arbre déplié en question, coudes sur la table et mains croisées au niveau de sa bouche.

- J'ai simplement rebondi sur vos idées, professeur. Nul génie là-dedans, je n'aurais rien fait sans votre aide. Litihldren eut un sourire en coin. La modestie des érudits était amusante et détendait un minimum l'atmosphère qui s'annonçait plus échauffée par la suite. Sept étoiles, donc, qui représentent chacune les malheurs auxquels nous sommes confrontés. La querelle intestine dans l'armée, l'état d'arrestation à l'encontre du professeur, l'assassinat mystérieux dans les geôles, le secret qui entoure la fermeture de la ville, la présence d'un sorcier dans les ruines elfiques, cette sinistre armée qui envahit le Gondor, et la réapparition inquiétante de mystérieux artefacts surgis du passé… Voilà la base sur laquelle nous avons travaillé. La Noldo saluait le geste : il serait plus clair de travailler sur une base physique. Au début, nous pensions que Cartogan était le lien, que c'était lui la racine, mais cela ne collait pas. Quel intérêt aurait-il eu à envoyer un sorcier dans les ruines ? Pourquoi envoyer une armée pour envahir le Gondor, alors que toute cette affaire jette le discrédit sur lui et ses troupes ?

Lithildren n'avait pas considéré une seule seconde que Cartogan pouvait être l'origine. Elle avait toujours vu le général comme le pion de la Fraternité - ou d'une autre puissance. Si des espions se trouvaient dans les hautes sphères, Cartogan ne pouvait être que l'exécutant d'ordres plus hauts encore. Enfin, façon de parler. Nallus rouvrit la bouche pour parler.

- C'est là qu'un esprit génial nous a mis sur la voie. Et si Cartogan n'était pas la racine… mais une nouvelle conséquence ?
- Si le danger que représente le général Cartogan n'est qu'une conséquence, alors… c'est qu'une des autres conséquences est peut-être la cause de tout ceci ?

La remarque de Reinil était pertinente. Et au vu de la fierté dans le regard de Nallus, c'était plus que pertinent. Lithildren glissa sa main dans le dos de son protégé pour le féliciter, geste accompagné d'un sourire, avant de croiser ses bras sous sa poitrine.

- Voyez-vous, ce modèle de réflexion nous invite à être mobile et adaptable. Sept conséquences possibles, et une cause commune… mais il est possible d'inverser chaque élément. Peut-être qu'une de ces étoiles, que nous voyons actuellement comme une cause, est en réalité le problème auquel nous devrions nous attaquer.
- C'est tout l'intérêt de ce modèle. Nous inviter à observer les choses sous plusieurs angles. En l'occurrence, nous avons écarté les éléments qui nous paraissaient hors de notre portée pour le moment. Nous n'avons pas les moyens d'enquêter sur cette armée inconnue surgie de l'Est, et nous ne pouvons pas retrouver ce mystérieux sorcier à l'heure actuelle. Considérons donc ces options comme closes pour l'heure. Les dissensions dans l'armée, et la question de la fermeture de Minas Tirith nous amèneraient à nous trouver sur le chemin de l'armée, et donc de Cartogan. Cela semble également compromis pour le moment. Les accusations contre le professeur Nallus ne seront levées que lorsque nous aurons fait chuter Cartogan. Alors que nous reste-t-il ?
- L'assassinat dans les geôles, et la question de ces mystérieux artefacts. Voilà à quoi nous avons réduit notre recherche. C'est notre contribution à cette entreprise, mais nous ne pouvons pas déterminer par où commencer à votre place. Lithildren, Réland, Neige… vous êtes les seuls à même de décider. C'est même à vous que revient ce choix, Lithildren, car vous êtes la seule d'entre nous qui êtes assez en forme pour enquêter pendant que nous le pouvons encore. Alors, que dites-vous ?

Lithildren se pencha dans son siège. Elle se passa le pouce sur les lèvres, réfléchissant.

- L'assassinat dans les geôles a été commis par une femme masquée. Celle-ci est au service de Gier, le sorcier que j'ai rencontré dans les ruines. Sorcier qui recherchait des artefacts, recherches qui servent la Fraternité de Yavannamirë. Cette femme masquée a tué un des prisonniers avant de se faire libérer par les hautes sphères. Lord Rhydon peut-être, il a une main assez étendue visiblement. Ou bien par Cartogan mais celui-ci n'est pas une pièce maîtresse, comme vous venez de le souligner. A mon avis, il est le pion d'un échiquier plus complexe qu'il n'y paraît et, si mes interprétations des pages de journal que j'ai lu à l'Université sont correctes, il y a des personnes plus hautement placées que Rhydon dans la hiérarchie de la ville. Et Cartogan ne fait que soit servir leurs intérêts soit avoir un accord avec eux. Du genre : ils accordent un pouvoir conséquent à Cartogan en échange d'informations ou d'une main-mise sur la ville.

Elle prit une pause, se penchant sur la table et posant ses coudes dessus sans décroiser les bras.

- Pour être franche, je pense qu'il manque encore des pièces au puzzle. Peut-être que la véritable cause n'est pas encore sous nos yeux. Ou bien qu'il s'agisse d'un eu de pouvoir. De ce que j'en ai entendu, le Roi Méphisto est très absent. Et si il ne s'agissait que d'un jeu pour l'écarter et simplement prendre sa place ? Pourquoi pas, après tout. Un roi absent, un général très présent, peut-être que cela n'est qu'un jeu pour faire dévaloir le Roi Méphisto et poser un homme plus influent et respecté à sa place. Et la Fraternité - ou quels que soient les alliés de Cartogan - aurait donc la main sur un royaume à travers le général devenu roi.

Pourquoi pas, après tout, se répétait-elle. Peu probable mais elle n'avait pas envie d'écarter les possibilités auxquelles elle pensait.

- Et si on avait pas affaire à la Fraternité en tant que telle ? Celle-ci n'est - à l'origine - qu'une assemblée d'érudits et chercheurs qui veulent retrouver des artefacts. Mais de ce que j'ai lu à l'Université, il n'y a pas vraiment d'envie d'usage. Peut-être que rassembler ces objets a attiré l'attention d'un autre groupe qui les recherchent pour les utiliser. Ou alors la Fraternité s'est divisée entre ceux qui veulent stocker et ceux qui veulent utiliser. Elle déglutit pour faire une pause. Dans mon esprit le schéma est ainsi : des gens veulent utiliser les artefacts rassemblés par la "vraie" Fraternité de Yavannamirë, quelles que soient leurs fins - guerre, pouvoir... Pour cela, ils font en sorte que Cartogan possède plus de pouvoirs, prennent en main les choses. Et avec le fléau dans la cité et la guerre, l'occasion est trop belle pour la laisser passer. Alors Cartogan "prend le pouvoir" et se fait voir comme le grand protecteur de la cité au fur et à mesure du temps, pendant que le Roi Méphisto se déleste petit à petit de son rôle. Pendant ce temps, des nobles et autres hautes personnalités sont soit ajoutées, soit corrompues soit remplacées par des membres de la "fausse" Fraternité ou quelque autre groupe voulant profiter des artefacts. Les jeux de pouvoir se mettent en place petit à petit. Et on arrive au moment présent : guerre, maladie, Minas Tirith fermée, complots, trahisons, ce genre de choses. La finalité serait que Méphisto perde définitivement sa place, que Cartogan le remplace et que... eh bien chacun opère comme il l'entend.

Elle toussota, peu habituée à parler autant en une fois.

- Je sais que cela semble peu probable mais c'est le seul schéma qui fasse sens dans mon esprit. Pour l'instant je pense qu'enquêter sur l'assassinat de ce prisonnier peut donner des réponses, mais ni moi ni Neige ne pouvons aller dans les geôles depuis la libération de Nallus. Le simple fait de sortir nous expose tous. Pour les artefacts, j'ignore si nous trouverons des réponses dans ces murs mais il n'est pas absolument pas impensable d'opérer sur deux fronts à la fois. Les deux sont liés d'une manière ou d'une autre en la personne de cette femme masquée. Elle travaille avec Gier, comme je disais plus tôt. Elle est pour le moment une pièce que nous devons posséder, avec des informations qu'il nous faut.

Lithildren passa son regard argenté sur la petit assemblée autour d'elle. Avait-elle l'air d'une folle ou bien tout cela faisait-il sens ? Elle l'ignorait mais il devait y avoir une solution. Si cette femme était la clé alors qui sait si elle était toujours en ville ? Peut-être pas. Si elle avait été libérée, il était plus que probable qu'elle soit hors de la cité. Ou bien était-elle cachée. Ou bien avait-elle une nouvelle proie à égorger, pensée qui ne réjouissait pas Lithildren car cela pourrait être aussi bien Nallus, que Neige qu'elle-même. Ou le gardien du Sanctuaire. Quoi qu'il en soit, une personne à cette table allait mourir, peut-être même tous.
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Sous l'œil d'Oromë EmptyMar 2 Juin 2020 - 0:58
HRP: Je prends la relève mon confrère Orange étant pas mal occupé! Smile HRP


Aucun bruit hormis le craquement des bûches brûlantes dans la cheminée n’interrompit Lithilidren lorsqu’elle prit la parole. Neige et Réland étaient des agents de l’Arbre Blanc. Certes, l’information était leur pain quotidien, mais ils se basaient le plus souvent sur l’instinct plutôt que sur les méthodes universitaires d’analyse systématique des données. Le récit de Nallus faisait sens, mais ils n’étaient pas entièrement certains vers quelle conclusion il voulait les mener. Seul Alatar souriait, faisant apparaître sur des rides joyeuses sur son front. L’elfe, encore lasse et dépourvue d’envie de vivre quelques jours auparavant, semblait avoir retrouvé son esprit. Le temps...le temps guérit toutes les blessures, et il coulait différemment dans cette maison hospitalière qu’était le Sanctuaire de Minas Tirith.

Nallus écoutait attentivement les paroles de Lithilidren, mais ne put s’empêcher de l’interrompre lorsqu’elle parla du Roi Méphisto :

-Prendre la place du Roi ? Mais Dame Lithildren, nous parlons du Haut Roy du Royaume Réunifié pas d’un roi de clan dunlending ! Il y a le Conseil du Sceptre, il y a l’héritier du trône le Prince Chaytann, et le neveu du Roy, Aldarion d’Arno...


-Tant qu’il me restera du sang à verser pour protéger l’héritier de Méphisto, l’Arnor ne régnera pas sur le Gondor.

La voix de Neige était glaciale comme un blizzard. Elle se tenait droite, s’appuyant légèrement sur le dossier d’un fauteuil, sa peau si blanche contrastant avec les ombres lancées par les flammes. Réland la regardait du coin de l’oeil, essayant sans succès de dissimuler son admiration.

Nallus se gratta la tête, confus par la réaction du Capitaine de l’Arbre Blanc, ne connaissant pas les raisons de cette animosité qu’elle avait contre l’Arnor.

-Tout ce que je voulais dire, Neige, c’est qu’on entre pas si facilement dans la Tour d’Ivoire. Ses portes blanches ne sont pas gardées que par des Gardes de la Citadelle, mais aussi par le pouvoir d’une tradition millénaire. Pour devenir Roi, il aurait fallu que Méphisto...ne soit plus parmi nous, et que le Conseil du Sceptre prenne la décision unanime de donner la couronne au général. Oui...le Conseil a déjà défié les ambitions du roi d’Arnor une fois, celles d’Arvedui en l’an 1945 du Troisième Ag..

Le professeur se racla la gorge lorsque il s’aperçut qu’il était en train de divaguer. D’un geste bienveillant de la main, il invita Lithildren à reprendre la parole.

Lorsqu’elle présenta sa vision de la Fraternité de Yavannamire, le visage de Nallus devint d’abord pensif, avant d’être illuminé par un sourire. Oui, après la lecture du Journal de Zimrathon il n’arrivait pas à se faire à cette vision de la Fraternité comme une organisation comparable à la Couronne de Fer, visant à étendre ses tentacules sur la Terre du Milieu. Un autre groupe voulant s’emparer des artefacts rassemblés par la Fraternité, cela faisait sens, après tout le savoir devenait souvent une arme en tombant entre des mauvaises mains...

Le professeur était plongé dans ses pensées, ce fut donc Neige qui interrompit le silence :

-Vous parlez de Lord Rhydon comme d’un pion, mais ne vous méprenez pas. Cet homme est orgueilleux mais rusé, et il dispose de toutes les ressources de l’Arbre Blanc et de l’Armée du Gondor, ce qui le rend encore bien plus puissant que la Tête. Et Rhydon est un molosse fidèle de Cartogan. Tant que le...Directeur est en vie, le général restera intouchable.


Alatar rit d’un rire bienveillant qui contrasta avec les paroles sombres de l’espionne :

-Comme sur un échiquier ! Il faut d’abord traverser les lignes ennemies pour atteindre le Roi, puisque Lithilidren a décidé de nommer Cartogan ainsi ! Heureusement, nous ne sommes pas obligés de charger comme des pions sur les ennemis. Nous pouvons nous déplacer en diagonale, ou de manière bien plus imprévisible encore.


Le vieillard prit un ton plus sérieux :

-Mais aussi vaillants que vous êtes, vous ne pourrez pas mener ce combat seuls. Savez-vous que même Oromë, dont le courroux était craint par Morgoth lui-même, ne chassait pas seul ? Il était accompagné par Huan et par son noble destrier Nahar, l’ancêtre de tous les chevaux. Lorsqu’il soufflait dans son cor, Valaroma, c’était comme le bruit du tonnerre qui déchire les cieux. Oui...il vous faut un cavalier sur votre échiquier pour pencher la balance en votre faveur.


-Un cavalier... ? – La voix de Neige devint pensive. – Oui, il y a un homme qui a osé s’aventurer dans les catacombes de Rhûn pour sauver l’héritier du trône et qui a versé son sang pour défendre la Couronne...un homme dont les compagnons ont aidé à purger Pelargir de la Couronne de Fer...Est-ce qu’il viendrait une fois de plus à l’aide du Gondor en ces temps sombres ? – L’espionne regarda ses compagnons comme s'ils avaient la réponse – Eradan, le Chevalier du Cor Brisé. Il serait peut-être prêt à nous aider, mais son campement est loin d’ici, dans les collines d’Emyn Arnen. J’ai entendu qu’un de ses compagnons les plus fidèles, Félian, était dans la Cité Blanche, à la taverne du Peregrin. Si on arrivait à le contacter...

-
Si, Capitaine, ‘si’ c’est le bon mot ! – Réland n’avait pas l’habitude d’interrompre Neige, mais il commençait à s’impatienter face à ces longs débats. Ou était-ce la jalousie qu'il éprouvait en entendant sa supérieure parler de cette manière du Chevalier du Cor Brisé? – Nous dessinons des arbres, nous parlons de renverser Cartogan, ou de comprendre qui est derrière tout ça, mais en attendant on est coincés ici comme des lapins dans un terrier, en attendant que les chasseurs viennent nous débusquer ! On devrait peut-être plutôt réflechir à comment sortir d’ici ?!

Alatar posa la main sur l’épaule de l’agent de l’Arbre Blanc et lui répondit :

-Nous sommes dans la Cité Blanche, Réland. Certaines de ses pierres sont peut-être noircies par la corruption des hommes tels que Rhydon ou Cartogan, mais ne désespérez pas. S’il y a un endroit où nous pouvons encore trouver des gens prêts à défendre l’Arbre Blanc et ce qu’il représente c’est ici, à Minas Tirith ! Les nobles femmes qui travaillent aux Maisons de Guérison viennent au Sanctuaire tous les quelques jours pour s’occuper des enfants et des malades qui y trouvent réfuge. Elles sont choisies une par une par Dalia de Ronce, une dame à la voix sévère mais au coeur pur. Elles ne vous refuseraient pas leur aide. Les guérisseuses portent des coiffes grises et des longues robes, de quoi dissimuler facilement les oreilles de Lithilidren. Sauf si bien sûr vous avez une autre proposition, je ne suis pas versé dans l’art de l’évasion.


Nallus se leva de son siège :

-Je dois avouer que c’est rafraîchissant de travailler avec des gens d’action ! A l’Université de Minas Tirith nous serions encore en train de débattre  sur la meilleure méthodologie à adopter pour analyser la situation. Ainsi nous avons l’ébauche d’un plan. Il faudra trouver ce chevalier Félian au Peregrin et lui dire de prévenir Eradan du Cor Brisé de la situation. Ensuite, nous pourrons enquêter sur la femme masquée, même si la piste est mince. Mais pour revenir à la méthodologie de l’Arbre...est-ce que cette femme masquée est la clef qui nous permettra d’atteindre Rhydon ou même le général, ou est-ce qu’il faut qu’on affronte Rhydon pour obtenir des informations sur cette femme masquée ? Qu’en pensez-vous Lithildren ?

La participation active de Lithilidren dans la discussion lui avait valu un respect nouveau auprès de ses compagnons. Avec Neige affaiblie par sa blessure, le rôle de l’elfe dans cette partie d’échec devenait de plus en plus central...quelqu’un devait remplacer la reine blanche.


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Sous l'œil d'Oromë EmptyJeu 2 Juil 2020 - 11:12
Lithildren ne s'était pas formalisée de l'interruption de Nallus et Neige. Elle avait même esquissé un sourire. Il n'était pas impensable que des humains voient comme inconcevable le reversement de l'ordre établit mais l'elfe avait un argument pour les faire réfléchir - enfin c'est ce qu'elle pensait. Après avoir terminé son monologue, elle remarqua l'air ravi de Nallus après avoir réhabilité la Fraternité. Elle était franche et ne se priva pas d'un hochement de la tête vers lui pour lui confirmer son soutien. Puis Neige ouvrit la bouche.

- Vous parlez de Lord Rhydon comme d’un pion, mais ne vous méprenez pas. Cet homme est orgueilleux mais rusé, et il dispose de toutes les ressources de l’Arbre Blanc et de l’Armée du Gondor, ce qui le rend encore bien plus puissant que la Tête. Et Rhydon est un molosse fidèle de Cartogan. Tant que le...Directeur est en vie, le général restera intouchable.

L'elfe acquiesça.

- Permettez-moi de spécifier ma pensée, Neige. Même s'il sert ses intérêts et ambitions, rien n'empêchait qu'il ne soit pas un pion d'un dessein plus grand encore. Le terme de "pion" lui-même ne désigne pas uniquement la chair à canon, mais tous les agents plus ou moins influent. Quelle que soit sa puissance et son influence, cela ne veut en rien signifier qu'il n'est pas un pion.

Alatar - dont le nom ressemblait beaucoup trop au mercenaire Alart - prit la parole d'emblée.

- Comme sur un échiquier ! Il faut d’abord traverser les lignes ennemies pour atteindre le Roi, puisque Lithilidren a décidé de nommer Cartogan ainsi ! Heureusement, nous ne sommes pas obligés de charger comme des pions sur les ennemis. Nous pouvons nous déplacer en diagonale, ou de manière bien plus imprévisible encore. Mais aussi vaillants que vous êtes, vous ne pourrez pas mener ce combat seuls. Savez-vous que même Oromë, dont le courroux était craint par Morgoth lui-même, ne chassait pas seul ? Il était accompagné par Huan et par son noble destrier Nahar, l’ancêtre de tous les chevaux. Lorsqu’il soufflait dans son cor, Valaroma, c’était comme le bruit du tonnerre qui déchire les cieux. Oui...il vous faut un cavalier sur votre échiquier pour pencher la balance en votre faveur.

- Un cavalier... ? Oui, il y a un homme qui a osé s’aventurer dans les catacombes de Rhûn pour sauver l’héritier du trône et qui a versé son sang pour défendre la Couronne...un homme dont les compagnons ont aidé à purger Pelargir de la Couronne de Fer...Est-ce qu’il viendrait une fois de plus à l’aide du Gondor en ces temps sombres ? Eradan, le Chevalier du Cor Brisé. Il serait peut-être prêt à nous aider, mais son campement est loin d’ici, dans les collines d’Emyn Arnen. J’ai entendu qu’un de ses compagnons les plus fidèles, Félian, était dans la Cité Blanche, à la taverne du Peregrin. Si on arrivait à le contacter...

Réland interrompit Neige et son ton amusa l'elfe pensive.

- Si, Capitaine, ‘si’ c’est le bon mot ! Nous dessinons des arbres, nous parlons de renverser Cartogan, ou de comprendre qui est derrière tout ça, mais en attendant on est coincés ici comme des lapins dans un terrier, en attendant que les chasseurs viennent nous débusquer ! On devrait peut-être plutôt réflechir à comment sortir d’ici ?!

- Nous sommes dans la Cité Blanche, Réland. Certaines de ses pierres sont peut-être noircies par la corruption des hommes tels que Rhydon ou Cartogan, mais ne désespérez pas. S’il y a un endroit où nous pouvons encore trouver des gens prêts à défendre l’Arbre Blanc et ce qu’il représente c’est ici, à Minas Tirith ! Les nobles femmes qui travaillent aux Maisons de Guérison viennent au Sanctuaire tous les quelques jours pour s’occuper des enfants et des malades qui y trouvent réfuge. Elles sont choisies une par une par Dalia de Ronce, une dame à la voix sévère mais au coeur pur. Elles ne vous refuseraient pas leur aide. Les guérisseuses portent des coiffes grises et des longues robes, de quoi dissimuler facilement les oreilles de Lithilidren. Sauf si bien sûr vous avez une autre proposition, je ne suis pas versé dans l’art de l’évasion.

Nallus prit - enfin - la parole.

- Je dois avouer que c’est rafraîchissant de travailler avec des gens d’action ! A l’Université de Minas Tirith nous serions encore en train de débattre sur la meilleure méthodologie à adopter pour analyser la situation. Ainsi nous avons l’ébauche d’un plan. Il faudra trouver ce chevalier Félian au Peregrin et lui dire de prévenir Eradan du Cor Brisé de la situation. Ensuite, nous pourrons enquêter sur la femme masquée, même si la piste est mince. Mais pour revenir à la méthodologie de l’Arbre...est-ce que cette femme masquée est la clef qui nous permettra d’atteindre Rhydon ou même le général, ou est-ce qu’il faut qu’on affronte Rhydon pour obtenir des informations sur cette femme masquée ? Qu’en pensez-vous Lithildren ?

La Noldo prit un nouvel instant de réflexion. Elle sentait les regards tournés et posés sur elle. Elle se redressa de nouveau et prit la parole. Encore.

- Permettez-moi tout d'abord de revenir sur un propos du professeur Nallus. Vous avez réagit lorsque j'ai parlé de Méphisto. Peut-être est-ce parce que vous êtes humains et avez du mal avec le concept, mais sachez que de mon point de vue, un roi, aussi puissant et estimé soit-il, n'est jamais à l'abri. Le Conseil du Sceptreest peut-être le nid d'espions ou de conspirateurs. Si vous doutez alors laissez-moi vous poser une question simple : pouvez-vous prétendre lire dans les âmes et connaître une personne ? Vous pourriez répondre que le regard est révélateur mais vous vous tromperiez. Elle laissa son regard argenté parcourir chaque personne puis s'assit au fond de sa chaise. Après tout, voyez bien une chose. Je ne suis pas là pour sauver les Hommes. Je n'ai que faire de vos querelles politiques et ces machinations m'agacent autant qu'elles m'ennuient. Le "petit" problème est que mon amant et ami de toujours a été enlevé par des gens qui travaillent entre autres pour Rhydon. Je ne suis là que pour mon aimé. Vous aider est... disons un objectif secondaire, car sans cela je ne pourrais jamais retrouver une vie normale.

Elle laissa le silence planer après son ton et leva la main pour interrompre quiconque - même Neige - parlerait, accompagnant le geste par le regard signifiant qu'elle n'avait pas terminé et que sa pause était délibérée.

- Ceci étant dit, je vais revenir au propos premier. Les titres sont aussi éphémères que factices. Ce n'est pas parce qu'on est Haut-Roy ou membre d'un conseil des plus éminents que l'on est exempt de reproches. Le Conseil du Sceptre est potentiellement... une - ou les deux - tour d'un échiquier. Ils sont l'autorité absolue et l'invulnérabilité. Ils avancent en ligne droite, avec les traditions et la droiture supposée qui leur incombe. Mais comme toutes les tours, le Conseil a des points faibles et il suffit d'en ébranler un morceau pour que la tour s'effondre. A savoir maintenant quel genre de morceaux. Quant à l'héritier Chaytann, permettez-moi de vous remettre sur terre, Nallus. Il n'est rien de plus facile à tuer qu'un héritier, surtout enfant, adolescent ou jeune adulte, mais il est surtout excessivement facile de les manipuler. Un jeune héritier mit sur le trône de son père mais pas encore en âge mûr de régner ? Quelle aubaine pour un Conseil, un général ou un Rhydon, n'est-ce pas ? La mort d'un héritier est toute aussi avantageuse : cela prouve l'incapacité du Haut-Roy à défendre sa propre famille contre la mort, alors comment pourrait-il protéger son peuple ? Il ne faut jamais sous-estimer les doutes d'un peuple entier. Nous vivons sous monarchie mais n'oubliez pas qu'un peuple qui se lève fait un roi écarté. C'est encore une fois une aubaine pour des hommes comme Cartogan, Rhydon et le Conseil.

Elle se racla la gorge et continua sans laisser, de nouveau, quelqu'un l'interrompre.

- Je ne prétends pas détenir la vérité, cela serait ironique et hautement prétentieux de ma part. Je veux juste prévenir que, parfois, les racines de la corruption ont déjà infecté l'arbre en entier. Le blanc devient noir et les fruits pourris n'ont qu'à être ramassés car il n'y a rien d'autre que la pourriture. Elle ferma les yeux un court instant. Bien, maintenant, revenons au propos principal. Non, la femme masquée n'est pas un rouage dont vous pourriez vous soucier. Mais il est mon rouage principal pour retrouver mon aimé et la trace de Gier qui, j'en suis sûre, ne manquera pas de pourchasser ses artefacts, la Fraternité, réduire des villageois en esclavage semi-forcé pour les tuer quand il n'en a plus l'utilité et piller des ruines elfiques encore et encore. Cela dit, vous avez mit le doigt sur quelque chose d'intérêt, professeur Nallus : Rhydon. Il est très sûrement le pivot qui va nous permettre d'avancer. Je pourrais dire qu'il serait simple de l'atteindre mais j'aurais pu avoir une idée si le temps s'était écoulé différemment. Avant de retrouver Réland blessé, m'évitant ainsi une mort certaine grâce à lui, Rhydon avait envoyé son chien utiliser le Commandant Chance Mevan contre moi. Elle haussa simplement les épaules, comme si la vie de Mevan n'avait guère d'importance à ses yeux elfiques. La vérité était toute autre mais elle voulait garder cela personnel. Mevan était un homme bon et pur, et à défaut d'avoir de l'affection pour lui, elle avait un profond respect et une certaine admiration pour sa force mentale et sa dévotion. Le monde ne méritait pas tel homme mais il était de ceux permettant d'adoucir l'aigreur des elfes envers les Hommes. A l'heure qu'il est, j'ignore si le Commandant Mevan est mort, si ce chien en question - Célas, je crois ? - est mort... brefj'ignore où cette histoire en est mais une chose est sûre : retrouver le chien peut nous mener au maître. Il suffit simplement de cueillir le fruit pourrit au moment opportun pour à la fois éviter un appel aux gardes et nous éviter des retombées comme se faire reconnaître. Donc c'est un coup qui devra se résulter par le silence de Rhydon, ou au moins de son toutou préféré.

Ils ne se trompaient pas : elle proposait bel et bien d'assassiner Rhydon après l'avoir retenu quelque part - chez lui ou ailleurs - et interrogé. C'était vindicatif mais elle n'était pas de ceux faisant dans la dentelle. Elle se remémorait la décapitation du chef de la caravane d'esclavagiste alors qu'elle voulait sauver son Oropher. Elle n'avait pas apprécié le faire mais elle n'avait rien fait d'autre que suivre son instinct bestial. Un instinct que le Rhûn lui avait apprit.

- Utiliser des robes de guérisseuses me paraît une bonne idée. Cependant, si vous le permettez, même si l'on cache mes oreilles il y a un détail qui sautera aux yeux. Elle pointa ses iris argentées. Je doute que la couleur de mes yeux fasse très humaine. Cela dit le seul avantage est que je peux me faire passer pour une aveugle.

Elle eut un moment d'hésitation et regarda Nallus avec un sérieux à faire froid dans le dos.

- Les missions d'évasion, ça me connaît. Après tout, je me suis évadée du Rhûn presque sans problème, et en volant un cheval en plus...

Elle esquissa un sourire soudainement mauvais, révélant une face que l'elfe avait tenue cachée jusque là. Il n'y avait pas de réel doute : elle n'était pas sortie par la volonté des rhûniens. Elle avait forcé sa sortie et son sourire présageait des moyens très peu elfiques, qu'elle n'aurait visiblement aucun scrupule à reproduire. Le Rhûn l'avait éloigné pour toujours de son espèce en faisant d'elle un animal prêt à tout pour atteindre ses buts, sans avoir peur de se couvrir de sang s'il le fallait. Elle n'y avait jamais prit de plaisir mais elle était de ceux qui n'hésitaient pas. Les autres elfes étaient des lâches, si fiers et si sûrs d'eux qu'ils en devenaient des souris se prenant pour des sages. C'était ce qui avait facilité la prise de l'Ithilain, les raids d'esclavagistes dans le nord - ayant valu sa propre capture - ou encore plus récemment le sac d'Imadris par la Couronne de Fer. Si les elfes étaient visés, c'était pour leur faiblesse.

Et Lithildren n'était pas faible.
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Sous l'œil d'Oromë EmptyLun 13 Juil 2020 - 2:58
Les deux Agents de l’Arbre Blanc avaient consacré leurs vies à découvrir et déjouer des complots. Ils savaient que la corruption pouvait ronger même le plus irréprochable des hommes. Voir des signes de trahison et des complots partout était presque devenu une déformation professionnelle pour eux. Mais pour Nallus, les paroles de Lithildren étaient choquantes. Le Conseil du Sceptre un nid de conspirateurs ? Le tire du Haut-Roy factice ?! Cette elfe avait une bien sombre et méprisante vision du royaume. Il ne dit pourtant rien. Etait-ce la main levée de la Noldo qui l’incita à rester silencieux, ou bien le professeur n’avait-il aucun contre-argument à proposer ?

Alors que tous les membres de la petite assemblée digéraient les paroles lourdes de l’elfe et le plan d’action radical qu’elle proposait, le vieux sage surnommé Alatar prit la parole, d’une voix douce :

-Objectif secondaire ou non, Lithildren, votre destin est aujourd’hui lié à celui des personnes présentes dans cette pièce. Avoir un autre but, une autre mission, ne vous empêchera pas d’agir de manière juste ni de soutenir Neige, Réland et le Professeur dans leur quête. Savez-vous qu’Aragorn et Boromir devaient accompagner le Porteur de l’Anneau seulement tant que son chemin était le leur, jusqu’à Minas Tirith ? Gimli et Legolas quant à eux, pensaient suivre la Communauté que jusqu’aux cols des Monts Brumeux. Pourtant, comme vous le savez, ils ont tous oeuvré ensemble jusqu’à la fin pour vaincre les ténèbres.


-Oui...aujourd’hui nous avons besoin de votre aide pour vaincre ceux qui pourrissent l’Arbre Blanc de l’intérieur, mais sachez que nous ne tournons pas le dos à nos alliés ni à nos amis. Une fois que l’Arbre aura retrouvé sa pureté, nous vous aiderons à trouver celui que vous cherchez et réparer le mal qui vous a été fait.


Les paroles de Neige étaient sincères, mais elle reprit assez rapidement sur un ton plus contrôlé et froid, comme à son habitude :

-La trahison est punnisable de mort. Rhydon devrait être ramené en justice et condamné par une cour martiale. Malheureusement, à l’heure actuelle nous ne pouvons faire confiance à aucun tribunal, ni même espérer ramasser des preuves suffisantes pour prouver la culpabilité du directeur. Vous avez donc raison, Lithildren. Dans ces moments sombres, nous devons devenir nous-mêmes des instruments de la justice.


Neige remarqua le regard désapprobateur de Nallus. Elle le regarda dans les yeux longuement. Le Professeur finit par détourner son regard. Découvrir des complots et enquêter était une chose, planifier un assassinat avec sang froid en était une autre, et l’universitaire se sentait clairement dépassé par la situation.

Le conseil s’acheva peu de temps après. Ils avaient un début de plan d’action ; cela devait suffire pour l’instant. Dans la situation actuelle, la capacité à improviser leur serait plus utile qu’un plan détaillé. Ils connaissaient leurs objectifs : Sortir du Sanctuaire. Rentrer en contact avec Félian du Cor Brisé. Attirer Rhydon dans un piège pour se débarrasser de lui. Neige insista pour venir avec eux malgré sa blessure et les protestations initiales de Réland. Quant au Professeur, il les suivrait jusqu’au Peregrin car rester au Sanctuaire était trop dangereux sur le long terme. Le vieux Alatar resterait là pour n’éveiller aucun soupçon sur sa personne, mais il resterait en contact grâce aux orphelins qui pouvaient transporter des messages de manière discrète.

***

Les guérisseuses arrivaient au Sanctuaire vers neuf heures du matin, ils avaient donc le temps de se reposer. Réland dormit comme une pierre, rassuré par l’action imminente. Le professeur Nallus quant à lui peina à s’endormir, essayant sans succès de décider si leurs actions étaient morales ou non.

Alatar eut une discussion privée avec la femme qui dirigeait le petit groupe des guérisseuses envoyées au Sanctuaire ce matin. Lithildren et ses compagnons ne savaient pas combien le vieux sage avait dévoilé à la femme sur leurs identités et le caractère de leur mission, mais quelques instants plus tard les guérisseuses avaient revêtu des robes simples, et donné leurs propres vêtements soigneusement pliés au petit groupe.

Une étincelle d’amusement brilla dans l’oeil d’habitude froid de Neige lorsqu’elle vit son second enfiler la robe de guérisseuse. Réland était heureusement assez svelte, mais ses muscles tiraient impitoyablement sur les manches. Neige lui donna un tas de draps soigneusement pliés à porter pour dissimuler davantage sa silhouette. Elle donna aussi un bandeau à Lithildren et lui dit :
-Tenez, si jamais vous décidez de vous bander les yeux et passer pour une aveugle. Cependant la coiffe devrait suffire pour cacher votre regard aux passants.

Ainsi commença leur évasion. Les quelques soldats qui se trouvaient à proximité du Sanctuaire ne prêterent pas attention au groupe des guérisseuses qui sortit de la bâtisse. Pour les aventuriers, sortir sur les rues de la Cité Blanche était une sensation différente après un séjour aussi long au Sanctuaire. Ils se sentaient à la fois libérés et complètement à découvert.
Réland murmura :

-Le seul problème avec ce plan ce que les Maisons de Guérison sont dans le Haut de la Cité et le Peregrin au Premier Cercle...j’espère que personne ne s’intéressera à notre trajectoire...

Leur chemin se déroulait sans imprévus jusqu’à ce qu’un homme dont les vêtements en piteux état indiquaient qu’il s’agissait d’un sans-abri ne croise leur chemin. Il s’approcha de Lithildren et tira légèrement sur sa manche :

-Auriez-vous quelques pièces pour un malheureux vétéran, sœurette ?


Plus tard, lorsque l’elfe réussit à se débarrasser du malheureux, Nallus lui demanda, essoufflé :

-Est-ce que vous pensez qu’on devrait entrer à l’auberge dans ces vêtements ? Sous quel prétexte des guérisseuses se rendraient-elles dans une taverne du Premier Cercle ? Ou devrions nous trouver un endroit discret pour nous changer avant d’atteindre le Peregrin ?


HRP Je te laisse ouvrir un nouveau topic au Peregrin dans les Ruelles si tu veux Wink HRP


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