Une page ne se tourne pas, elle se déchire

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Ryad Assad
Espion de Rhûn - Vicieux à ses heures perdues
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Ryad Assad

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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptySam 22 Sep 2018 - 23:16
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Un bruit sec, puis un grincement. Devant les yeux de Lithildren, les immenses portes demeurèrent closes. Elle n'aurait pas le plaisir de les voir s'ouvrir péniblement, tirées par une douzaine d'hommes qui avaient la noble tâche de veiller sur ce merveilleux ouvrage. C'était un présent des Nains qui datait de la fin du Troisième Âge, une création à la fois superbe et majestueuse, et on disait que rien ne pouvait détruire ce premier rempart. Pas même la furie d'un dragon. Les murailles de la cité s'effondreraient avant cette porte, racontait-on parfois, ce qui remplissait d'orgueil ceux qui se trouvaient chargés de sa défense. Personne n'était pressé de vérifier cette légende, cela dit. En temps de paix, on idéalisait la guerre, et en temps de guerre on se prenait à trouver ce type de fables ridicules et à rêver à la paix. C'était ainsi. Toute Elfe qu'elle fût, Lithildren n'avait ni l'aura ni le rang pour que l'on ouvrît tout grand pour elle seule les portes de Minas Tirith. Elle devrait se contenter d'une poterne étroite, à peine assez étroite pour lui permettre d'entrer avec son cheval. Erelas, qui se tenait à côté d'elle, et qui n'avait pas manqué de noter son trouble, lui glissa de nouveau :

- Ne vous inquiétez pas pour le commandant Mevan. C'est un homme intelligent, et il sait que vous ne faites qu'obéir aux ordres.

Il essayait de se montrer rassurant, mais il n'y avait rien de rassurant dans son attitude crispée et ses traits tirés, pas davantage que dans le discret soupir de résignation qu'il poussa en faisant aller sa monture. Il aurait dû être heureux de retrouver le calme de la Cité Blanche et la protection des épais murs de pierre sombre qui entouraient le premier cercle. Au lieu de quoi, il paraissait las, peu pressé d'entrer de nouveau dans la gueule du loup. Il précéda Lithildren, non pas qu'il manquât de courtoisie, mais il était préférable qu'il parlât aux hommes pour éviter un bête incident diplomatique. Alors qu'il pénétrait à l'intérieur de la cité, plusieurs gardes se massèrent près de lui et l'aidèrent à descendre, prenant soin de son cheval et le pressant de questions. Il les apaisa d'un geste et leur expliqua :

- Je viens accompagné de Dame Lithildren, et son entrée dans la cité est une décision que j'assume personnellement. Occupez-vous de son cheval, et traitez-le bien.

Les hommes obtempérèrent, habitués à obéir. Dans ces circonstances, avec l'inquiétude qui se lisait sur leurs visages, ils ne souhaitaient pas défier l'autorité d'un gradé. Ils avaient besoin d'être guidés, et pour beaucoup la présence d'une représentante des Eldar était inspirante, voire réconfortante. L'un d'eux s'avança même vers Lithildren en lui soufflant :

- Merci d'être venue nous aider…

Il n'en dit pas davantage, et elle n'eut pas le temps de le questionner. Erelas régla quelques affaires administratives auprès des hommes, mais sa seule présence empêcha les questions trop gênantes, et l'Elfe fut autorisée à garder ses armes : un privilège exceptionnel au sein de la Cité Blanche. L'officier jugea tout de même utile de préciser à la guerrière :

- La politique du général Cartogan est extrêmement stricte : seuls les hommes du roi peuvent porter les armes au sein de la cité. Je ne vous forcerai pas à laisser vos effets en consigne auprès de la garde, mais peu importe où vous dormirez, arrangez-vous pour y laisser votre équipement. Je ne pourrai pas intercéder en votre faveur si vous êtes prise par une patrouille.

Ils s'éloignèrent des portes, et prirent la direction de la grande avenue qui serpentait à travers Minas Tirith en s'élevant entre les différents niveaux. La ville tout autour d'eux était superbe, et son architecture ne pouvait que rendre admiratif l'esprit ouvert et curieux. Tout semblait avoir été sculpté à même le roc par un artiste insensé, qui se serait donné pour objectif de créer une véritable fourmilière gigantesque. Partout on retrouvait le style typique des núménoréens : des bâtiments de d'une pierre taillée belle et blanche, de grandes et nobles arches aux courbes voluptueuses qui s'ouvraient sur des cours pavées où chantait l'eau d'une fontaine, des chapiteaux historiés figurant des motifs lissés par les éléments, et dont le sens originel s'était perdu avec les âges. Il y avait dans la cité quelque chose de majestueux, d'imposant, pour ne pas dire d'écrasant. Il était difficile de ne pas être charmé par la splendeur de la capitale du grand royaume des Hommes, mais comment ne pas se sentir tout petit face à tant de majesté ?

Ce qui frappait sur le chemin de Lithildren était peut-être l'absence quasi totale de civils, à quelques rares exceptions près. Il y avait bien des serviteurs qui allaient ici ou là, des pages qui s'occupaient des chevaux et qui entretenaient les armes, des messagers qui couraient porteurs de nouvelles d'importance, mais c'était bien tout. On ne voyait ni femmes, ni enfants, ni vieillards, ni marchands… rien de ce qui composait ordinairement le premier cercle de Minas Tirith. Ce peuple grouillant et plein de vie qui s'activait chaque jour, et donnait son caractère à la ville. Ces vieilles rombières qui scrutaient d'un œil malin les marchandises venues de loin, ces gamins des rues qui couraient et délestaient les moins prudents d'une bourse trop bien remplie, et ces crieurs publics qui amenaient les nouvelles d'un bout à l'autre de la cité, chantant parfois quelques chansons dans une atmosphère souvent guillerette, parfois même franchement joviale.

Où étaient-ils tous passés ?

Il n'y avait là que des soldats, qui semblaient venir de tous les horizons. Ils s'étaient rassemblés par lieu d'origine, et en passant Erelas salua personnellement deux ou trois hommes qui venaient de la Vallée du Morthond. Des hommes assez austères, pour ne pas dire sinistres, qui ressemblaient davantage à des forestiers qu'à de beaux bourgeois. Ils portaient tous l'arc, et beaucoup d'entre eux avaient la barbe fournie. Il y avait également des contingents du Lamedon, envoyés au nom du seigneur Lodewik. Ces hommes paraissaient nombreux, et ils portaient fièrement les couleurs de leur suzerain, mais ils semblaient jeunes et assez peu expérimentés. Des recrues vaillantes, mais dont l'enthousiasme s'était mué en une morosité presque affligeante. Ils erraient comme des âmes en peine, et semblaient attendre le moment de rentrer chez eux. Ils regardèrent passer Lithildren avec une pointe d'intérêt dans le regard, se demandant si cette Elfe était là pour leur apporter des nouvelles réjouissantes, la fin du conflit peut-être… Mais puisqu'elle ne s'arrêta pas devant eux, ils retombèrent dans l'ennui.

Erelas conduisit Lithildren à travers la foule de soldats, et il l'emmena à la conquête de la Cité Blanche. L'Université de Minas Tirith ne se trouvait pas dans le premier cercle, et ils devaient monter pour la rejoindre. En passant, l'Elfe eut un aperçu du dispositif de défense impressionnant déployé par le Gondor. Des archers se massaient à chaque croisement, bloquant les artères principales de la ville, prêts à canaliser le flot d'assaillants dans un piège mortel. Entrer à Minas Tirith était déjà un véritable exploit, mais comment ensuite se frayer un chemin à travers ces rues surplombées par des tireurs aguerris prêts à décocher leurs flèches. Les portes intermédiaires étaient ouvertes pour permettre une circulation fluide, mais au moindre signe de danger elles seraient fermées pour de bon, et défendues bec et ongles par des dizaines d'hommes armés jusqu'aux dents. La forteresse paraissait véritablement imprenable… alors pourquoi cette agitation fébrile ? Elle était palpable, et on pouvait sentir chez tous les hommes du rang une forme d'angoisse latente. Ils attendaient, économisaient leurs forces, sans se laisser aller à se détendre tout à fait. Lithildren n'aurait pas la réponse à sa question, car déjà ils arrivaient devant l'Université.

Ils y rencontrèrent un serviteur, un jeune garçon qui ne devait pas avoir plus de quinze ou seize ans. Il était habillé d'une belle toge bien lisse, et portait sous le bras des livres qu'il devait probablement étudier pour une classe. Quand Erelas et Lithildren s'approchèrent de lui, il s'efforça de dissimuler sa surprise, et lança d'une voix où perçait l'assurance de ceux qui ont appris depuis tout jeune les règles pour se tenir en société :

- Madame, monsieur, je m'appelle Reinil. Que puis-je faire pour vous aider ?

Erelas, qui avait lui-même reçu une très bonne éducation, savait comment mettre leur jeune ami à l'aise tout en obtenant ce qu'il voulait. Il répondit simplement :

- Enchanté Reinil, je suis le capitaine Erelas, et voici Dame Lithildren. J'aurais besoin que vous apportiez quelques renseignements à cette dernière, et que vous veilliez personnellement à répondre à tous ses besoins. Il s'agit d'une affaire d'État.

Cette dernière phrase poussa immédiatement le jeune étudiant à se redresser, et ses yeux s'agrandirent de surprise. Une affaire d'État ? C'était une chose à ne pas prendre à la légère, et il ne voulait pas se déshonorer en manquant à son devoir. Sa réponse fut de circonstance :

- Je veillerai sur elle, capitaine. Comment puis-je vous aider ?

Ce fut Erelas qui répondit encore une fois :

- Trouvez-lui un lit, et montrez-lui les appartements de monsieur Nallus. Puis, se tournant vers Lithildren, il ajouta : Je vous laisse en compagnie de Reinil. Demandez après moi quand vous aurez du nouveau.

Reinil inclina la tête respectueusement en voyant Erelas s'éclipser, avant de revenir à Lithildren. Il lui adressa un sourire avenant, avant de lui déclarer :

- J'ai bien peur d'être plus doué pour lire le sindarin que pour le parler. Cela vous dérange-t-il si je m'adresse à vous en annúnaid ?

Il s'agissait d'une marque de politesse, car bien que les Elfes fussent très fiers de leur noble et belle langue, il n'était pas rare de les voir grincer des dents en entendant les Hommes écorcher les sonorités mélodieuses de leur superbe idiome. Reinil ne manquait pas absolument de talent en la matière, mais il aurait détesté se montrer inconvenant avec une invitée de qualité comme pouvait l'être Lithildren. Il conduisit cette dernière à travers l'Université, qui se trouvait être un endroit tranquille et reposant parsemé de petits jardins intérieurs. Quelques érudits discutaient entre eux, ici ou là, mais ils ne croisèrent pratiquement personne. Reinil s'en expliqua :

- D'ordinaire, il y a davantage de professeurs et d'étudiants, mais depuis que la cité est fermée, il n'y a pratiquement plus personne. J'espère que tout cela se terminera bien vite, et que vous pourrez voir Minas Tirith telle qu'elle est vraiment, quand tout ira mieux. Étiez-vous déjà venue dans la Cité Blanche auparavant ?

Sa question était innocente, mais il avait vu Lithildren observer autour d'elle avec une pointe de curiosité, et il n'avait pas pu s'en empêcher. Il était curieux, il aimait faire la conversation, et il y avait une forme de douceur tranquille et rassurante dans son attitude. Il semblait parfaitement déconnecté du monde, et on devinait déjà chez lui l'attitude contemplative de ses aînés, absorbés dans la connaissance au point d'en oublier parfois les réalités du monde. Leurs pas les emmenèrent bientôt vers une aile pratiquement déserte, où s'alignaient un grand nombre de portes. Reinil, qui semblait connaître les lieux parfaitement, toqua à une porte, et demanda à un homme s'il pouvait avoir une chambre pour Lithildren. Il expliqua brièvement la situation, mentionnant Erelas et sa mission, ce qui suffit à convaincre l'intendant de lui donner une clé. Il revint vers l'Elfe en lui tendant ladite clé, et lui expliqua :

- Votre chambre est juste ici, je vous en prie. Tandis qu'elle s'y introduisait et faisait quelques pas à l'intérieur, il ajouta : Le confort y est rudimentaire, mais invités et étudiants sont tous logés ainsi. Nous n'avons pas de bains pour femmes, mais je viendrai vous apporter un baquet d'eau chaque matin si vous le souhaitez. Quant aux repas, nous les prenons en commun dans la grande salle, là-bas. Si vous préférez vous isoler pour manger, je peux toutefois vous les apporter afin que vous mangiez au calme.

Il lui expliquait les règles avec une simplicité et une amabilité sincère, comme s'il lui ouvrait les portes de sa propre maison. Il fallait dire que pour Reinil, cet endroit était comme une seconde demeure, et c'était la raison pour laquelle il était encore là alors que bien d'autres avaient quitté l'Université en ces temps troublés. Il ne pouvait pas les blâmer, mais il n'avait pas pu se résoudre à partir. Alors que Lithildren enregistrait ces informations et déposait ses affaires, le jeune homme intervint de nouveau :

- Le capitaine Erelas m'a indiqué que vous souhaitiez voir monsieur Nallus… Je… Vous devez savoir qu'il a été arrêté il y peu. Une affaire terrible, qui a beaucoup choqué notre communauté. Je n'avais encore jamais vu les hommes du roi pénétrer ainsi dans ces lieux. En son absence, peut-être souhaitez-vous parler à quelqu'un d'autre ? Ou moi-même, bien sûr, si je peux répondre à vos questions.


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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyDim 23 Sep 2018 - 11:43
La Noldo leva les yeux vers les immenses portes de Minas Tirith. Elle ne se rappelait pas qu'on lui ait déjà vanté les mérites de la ville, de ses murs ni de ses portes, cela dit les voir ainsi inspirait la sécurité. On aurait dit une mère prête à défendre son enfant. L'Elfe imaginait les portes de la cité s'ouvrir et laisser défiler des milliers de personnes désireux de visiter ou marchander à l'intérieur des murs. Au lieu de quoi, elle fut accueillie par une porte étroite à laquelle elle dû se baisser pour passer.

Erelas se fit immédiatement entouré par des hommes l'aidant à descendre, le pressant de questions, s'occupant de son cheval. Tout homme de son rang se sentirait fier d'un tel traitement mais lui semblait si las et tiré à quatre épingles qu'elle se demandait s'il n'abandonnerait pas son rôle pour une vie plus calme et loin des potins politiques, des tensions et de la guerre. Les vétérans savaient parfois quand se retirer et aujourd'hui n'était pas l'heure à cela.

- Je viens accompagné de Dame Lithildren, et son entrée dans la cité est une décision que j'assume personnellement. Occupez-vous de son cheval, et traitez-le bien.

Ils opinèrent du chef comme un seul et vinrent prendre soin de la pauvre bête épuisée par un long voyage. Ce cheval n'était guère habitué au traitement que Lithildren lui avait donné et il devait être heureux de prendre du repos. Un repos bien mérité, pensa la Noldo. Elle tiqua légèrement lorsque l'un des hommes lui glissa doucement : "Merci d'être venue nous aider…" avant de s'éloigner aussi sec. Elle voulut l'interrompre mais n'en fit rien. Si elle commençait déjà par poser trop de questions, elle n'était pas sûre de faire long feu. Au moins cela confirmait sa crainte que quelque chose de pas net et d'effrayant se tramait dans les murs de Minas Tirith.

L'Elfe resta immobile dans son coin, isolée, à patienter. Erelas finissait quelques formalités bien humaines. On lui autorisa à garder son épée, son arc et ses flèches malgré la situation. Elle nota que cela, bien qu'elle en soit satisfaite, était très étrange. Un décalage par rapport à la situation mais aussi un piège pour elle. Si on venait à l'attaquer, on pouvait sans le moindre doute l'accuser de maux, d'attaques ou même de meurtre. Ou de tentative de meurtre. Lithildren pensait à toute allure, sachant pertinemment qu'elle aurait de moins en moins de temps à mesure qu'elle s'approcherait du but ou de la vérité.

- La politique du général Cartogan est extrêmement stricte : seuls les hommes du roi peuvent porter les armes au sein de la cité. Je ne vous forcerai pas à laisser vos effets en consigne auprès de la garde, mais peu importe où vous dormirez, arrangez-vous pour y laisser votre équipement. Je ne pourrai pas intercéder en votre faveur si vous êtes prise par une patrouille.

Elle hocha de la tête. Elle se sentirait mieux si ses armes restaient à la Société des Chercheurs mais... Celle-ci lui inspirait de moins en moins confiance. Elle laissa cette pensée pour plus tard et suivit Erelas dans la Cité.


Lithildren se retrouva à la fois fascinée et rebutée par la majesté de Minas Tirith. La beauté de son architecture, la délicatesse de son organisation, la finesse des gravures et sculptures laissèrent l'Elfe sans voix. Une pointe de curiosité infantile passa dans son regard. Elle trouvait cela beau... mais étouffant. Parmi la hauteur des murs elle se sentait écrasée, minuscule, insignifiante. Elle avait beau être d'une taille proche par rapport à la plupart des hommes Humains, elle ne comprenait pas comment ils pouvait supporter cette sensation de petitesse entre ces murs.

Mais surtout elle fut frappée par l'absence de civils. Elle ne vit que des pages, domestiques, messagers courir furtivement, passer en coup de vent dans les rues. Ils ne restaient pas dehors, sûrement pour éviter la quantité faramineuse de soldats dans les rues. Elle ne situait pas d'où venaient certains contingents mais savait qu'ils n'étaient guère du coin. Entre les bourrus archers et les jeunes inexpérimentés, elle avait une pointe de crainte qui naissait dans son être. Le premier cercle n'était que cela, des soldats à perte de vue.

A force de monter elle put voir les défenses organisées de la Cité. Des archers à tout va, postés à s'ennuyer et veiller que personne ne monte. Depuis combien de temps étaient-ils là à patienter, à attendre un siège ? Avaient-ils envie que cela se produise à force d'attendre ou voulaient-ils quitter leur poste par ennui ? Lithildren se surprit à analyser la situation : entrer en ville était un exploit, mais il fallait ensuite passer ce mur de flèches. Et comment sortir ? La question la frappa : comment allait-elle sortir d'ici ? De face, les archers ne se risqueraient guère à la viser mais de dos ? Si elle sortait, ne se prendrait-elle pas une flèche dans le dos ? Bah, inquiétude prématurée et inutile.

A force de réfléchir elle se retrouva devant l'Université. Elle observa la bâtisse et déglutit discrètement. Les choses sérieuses allaient bientôt commencer. Le jeune garçon qu'ils croisèrent et s'arrêta pour eux surprit l'Elfe. Elle ne s'attendait guère à voir un si jeune enfant dans un endroit si... enfin, dans un tel endroit. Mais poli et droit, il s'adressa sans crainte à eux.

- Madame, monsieur, je m'appelle Reinil. Que puis-je faire pour vous aider ? demanda-t-il avec une assurance juvénile.
- Enchanté Reinil, je suis le capitaine Erelas, et voici Dame Lithildren. J'aurais besoin que vous apportiez quelques renseignements à cette dernière, et que vous veilliez personnellement à répondre à tous ses besoins. Il s'agit d'une affaire d'État.

Lithildren haussa un sourcil, de manière très légère. Mais elle le rebaissa aussitôt en observant le garçon.

- Je veillerai sur elle, capitaine. Comment puis-je vous aider ?
- Trouvez-lui un lit, et montrez-lui les appartements de monsieur Nallus.

Le Capitaine souffla des directives à Lithildren avant de s'éloigner. Reinil et Lithildren firent un signe de respect vers le Capitaine avant de se regarder l'un l'autre.

- J'ai bien peur d'être plus doué pour lire le sindarin que pour le parler. Cela vous dérange-t-il si je m'adresse à vous en annúnaid ?
- Faites donc ainsi, je ne tiens pas à parler en sindarin.

La réponse sembla surprendre Reinil. Une Elfe refusant de parler sa langue ? Et puis surtout, quel ton neutre, monotone, comme mort ! Il effaça pourtant bien vite sa surprise, voire son choc, pour la guider afin de respecter la parole du Capitaine et accomplir son devoir. Il la guida dans l'Université, dont l'atmosphère reposa profondément Lithildren par rapport au reste de la Cité ou du monde. Un havre de paix en temps de guerre. Elle se détendit et observa autour d'elle, silencieuse.

- D'ordinaire, il y a davantage de professeurs et d'étudiants, mais depuis que la cité est fermée, il n'y a pratiquement plus personne. J'espère que tout cela se terminera bien vite, et que vous pourrez voir Minas Tirith telle qu'elle est vraiment, quand tout ira mieux. Étiez-vous déjà venue dans la Cité Blanche auparavant ?
- Non.

La réponse était laconique et sans conviction. La voix de Lithildren s'était légèrement adoucie pour s'adresser à Reinil. Il n'était qu'un enfant, après tout. Ils continuèrent d'avancer dans l'Université jusqu'à une elle déserte. Reinil passa un petit moment à demander une clé pour l'Elfe et la lui tendit, l'emmenant devant la chambre correspondante.

- Votre chambre est juste ici, je vous en prie. Le confort y est rudimentaire, mais invités et étudiants sont tous logés ainsi. Nous n'avons pas de bains pour femmes, mais je viendrai vous apporter un baquet d'eau chaque matin si vous le souhaitez. Quant aux repas, nous les prenons en commun dans la grande salle, là-bas. Si vous préférez vous isoler pour manger, je peux toutefois vous les apporter afin que vous mangiez au calme.
- Je prendrais simplement mes bains si personne ne se trouve dans ceux des hommes. Surtout parce que l'endroit est presque vide. Pour les repas, je tâcherais de me mêler à vous.

Elle parlait d'un ton las, plutôt lent. Il y avait chez l'Elfe un manque cruel de volonté : Reinil ne pouvait cela dit pas deviner s'il s'agissait d'un manque de volonté de vivre ou d'accomplir son devoir. Peut-être était-ce les deux. En tout cas, il ne releva pas l'attitude molle de la Noldo, qui déposa ses affaires encombrantes. Ses armes se retrouvèrent sur son lit, tout comme les éléments de sa tenue qui étaient en trop. La clé finit dans le même endroit que la statuette qu'elle gardait précieusement cachée. Lithildren soupira doucement.

- Le capitaine Erelas m'a indiqué que vous souhaitiez voir monsieur Nallus… Je… Vous devez savoir qu'il a été arrêté il y peu. Une affaire terrible, qui a beaucoup choqué notre communauté. Je n'avais encore jamais vu les hommes du roi pénétrer ainsi dans ces lieux. En son absence, peut-être souhaitez-vous parler à quelqu'un d'autre ? Ou moi-même, bien sûr, si je peux répondre à vos questions.

Elle regarda Reinil et se rappela ce que Chance lui avait dit : elle devait bien faire confiance à quelqu'un. Le garçon semblait loin de tout, déconnecté du monde et d'une adorable candeur. Sa naïveté le tuerait sans doute mais il n'avait rien ni d'un idiot ni d'un menteur. Plutôt un béat contemplatif plongé dans un musée de la connaissance. Lithildren se tourna complètement vers Reinil et inspira un grand coup. Elle parut soudain grandir, prendre plus d'assurance alors qu'elle mettait ses mains sur les hanches et affichait un air décidé.

- Je sais pour Nallus. C'est pour lui que je suis ici. Ecoute, Reinil. Je vais avoir besoin d'aide. De ton aide, pour être précise. Je crois que Nallus est au coeur d'un complot qui vise à le faire taire et je dois à tout prix découvrir les vraies raisons de son emprisonnement. Il n'est pas un traître mais quelqu'un veut lui faire porter le chapeau. Je vais avoir besoin de renseignements mais surtout d'avoir accès à ses appartements, documents, effets et tout ce qui se rapporte de près ou de loin à Nallus.

Elle marqua une pause le temps qu'il assimile sa demande. Lithildren alla vérifier que personne n'écoutait aux portes puis referma ladite porte convenablement.

- Et je vais te demander un grand service. Si on te demande la raison de ma venue, dit simplement que j'ai besoin de savoirs pour des raisons que tu ignores. Il y a tellement de choses étranges qui se déroulent en dehors des murs de l'Université mais aussi de la Cité... Elle fit un geste de la main. Donc je résume : j'ai besoin d'informations et de l'accès à tout ce qui concerne Nallus.

Elle marqua une nouvelle pause et inspira. La belle aux cheveux de jais et aux yeux d'argent s'assit et invita Reinil à faire de même. Cela allait sans doute être long, mais surtout cela serait bien plus confortable.

- Comment était Nallus avant son arrestation ? Tu l'as pensé nerveux, étrange, plus solitaire, plus sec et froid ? Ou tout à fait normal ? Aussi, connais-tu la Fraternité de Yavannamirë ? Ou juste entendu parler ? Ou connais-tu peut-être un érudit qui en saurait davantage ? Et que sais-tu de l'arrestation de Nallus ? Les raisons, comment ça s'est passé ? Nallus a-t-il dit ou fait quelque chose avant ou après son arrestation ? Elle fit une pause, encore. Et pour finir, pourquoi la ville est-elle aussi vide ? Que se passe-t-il à Minas Tirith ?

Elle attendit patiemment les réponses de Reinil, ses yeux argentés braqués sur lui.
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyLun 24 Sep 2018 - 15:33
L'attitude de Lithildren ne laissait pas Reinil indifférent. Il avait déjà eu l'occasion d'apercevoir des représentants des Eldar, notamment lors du mariage royal, et bien qu'ils eussent toujours en eux cette mélancolie qui les saisissait parfois, ils savaient également se montrer rieurs et ouverts. L'Elfe que lui avait confiée le capitaine Erelas n'était rien de tout cela. Elle semblait transpercée par une peine incommensurable qui l'écrasait de tout son poids, et la tirait vers un passé auquel elle n'arrivait pas à s'arracher. Il l'entendait dans ses réponses à la fois froides et laconiques, qui auraient peut-être dû l'inciter à la laisser tranquille. Mais au fond, le jeune étudiant sentait qu'elle avait besoin de compagnie. Il n'imaginait pas pouvoir la faire sourire de nouveau, même s'il l'espérait secrètement, mais il devinait que la solitude serait pire pour elle. Il essaierait de l'aider de son mieux, et de faire une bonne action.

En lui présentant l'Université, il avait senti qu'il y avait une elle une pointe de curiosité étouffée sous une lassitude inquiétante. Il n'avait pas jugé utile de relever, et s'était contenté de lui expliquer le fonctionnement des lieux en espérant susciter chez elle une réaction. La perspective d'un bon bain chaud et d'un repas en compagnie d'éminents intellectuels n'avait pas semblé la transporter de joie, et elle avait répondu avec simplicité en se comportant comme une invitée modèle : soucieuse de ne pas déranger la vie de la communauté et de s'adapter autant que possible. Reinil ne pouvait qu'apprécier cet effort. Le jeune garçon commençait à désespérer de jamais réussir à lui changer les idées, mais ce fut en réalité lorsqu'il crut la décevoir en lui expliquant que Nallus ne se trouvait pas ici que l'Elfe sembla retrouver une énergie soudaine.

Il pensa d'abord qu'elle allait lui faire une remontrance, ce que suggérait son attitude décidée, mais lorsqu'il entendit les paroles qu'elle prononça il changea bien rapidement d'avis. Non seulement elle n'avait pas envie de le réprimander, mais en plus elle avait besoin de lui. Personnellement. Il haussa les sourcils jusqu'à la racine de ses cheveux, à la fois curieux et sincèrement effrayé par la nature de la situation que lui décrivait l'Elfe. Un complot, des individus qui voulaient faire porter le chapeau au professeur Nallus… C'était l'avis général dans la communauté universitaire, mais personne n'avait d'éléments tangibles pour étayer un tel propos. Que Lithildren fît preuve d'une telle conviction alors qu'elle venait seulement d'arriver dans la cité donnait soudainement un espoir à Reinil, qui souhaitait ardemment voir la situation rentrer dans l'ordre. Il balbutia, hébété :

- M-Mais… Qui pourrait faire une chose pareille ? Et pourquoi ?

Il observa Lithildren fermer la porte, non sans s'être assurée que personne ne les écouterait, et revenir vers lui avec l'air fermé qu'ont les adultes lorsqu'ils doivent régler des problèmes complexes. Reinil ne s'était jamais senti aussi jeune qu'en cet instant. La première chose qu'il devait faire était simple : tenir sa langue. Le jeune garçon avait appris depuis bien longtemps à se tenir et à respecter l'autorité, si bien qu'il se contenta de hocher la tête. Il ne dirait pas un mot des raisons réelles de la venue de l'Elfe au sein de la capitale du Gondor.

- Des informations… fit-il alors qu'elle l'invitait à s'asseoir. Que pourrais-je vous dire ?

L'Elfe savait de toute évidence ce qu'elle cherchait, car elle lui asséna des questions à la fois précises et suffisamment larges pour lui laisser le temps de développer ses réponses. Il s'efforçait de donner autant d'informations que possible, comme un élève récitant une leçon apprise par cœur auprès d'un professeur attentif. L'exercice n'était pas nouveau pour lui, et lorsqu'il eût digéré sa nervosité, les mots se mirent à glisser plus naturellement sur ses lèvres.

- J'ai vu le professeur Nallus quelques temps avant que les soldats entrent dans l'Université pour se saisir de lui. Il m'a salué naturellement, et nous avons échangé quelques mots sur mes cours. Il m'a paru très normal, et je crois qu'il était sincèrement surpris par l'arrivée des hommes du roi Mephisto.

Il essaya de se souvenir d'un détail particulier, mais rien ne l'avait marqué alors. Il connaissait bien Nallus pour avoir étudié sous son patronage pendant plusieurs années, et il était persuadé qu'il aurait remarqué si quelque chose avait changé chez lui. Il l'avait déjà vu soucieux, préoccupé par des questions importantes, mais quand il l'avait croisé aucun pli soucieux ne barrait son front. Il avait même l'air d'aller très bien. Sa surprise lors de son arrestation témoignait du fait qu'il ne s'y attendait pas davantage que ses collègues, et cela pouvait peut-être jouer en sa faveur lors d'un procès. Mais c'était bien maigre.

- La Fraternité de Yavannamirë ? Cherchez-vous aussi à savoir de qui il s'agit ?

Il marqua une brève pause, mais devant la réaction de Lithildren il jugea opportun de lui donner davantage de détails sur le champ :

- Le professeur Nallus appartient à un cercle que nous appelons communément la Société des Chercheurs. Je… J'apporte mon aide modestement pour certains de leurs travaux, surtout depuis que la plupart des étudiants ont déserté l'Université. La Fraternité de Yavannamirë occupait beaucoup le professeur, et il avait réussi à décoder certains de leurs documents. Voudriez-vous les voir ?

De toute évidence, cela intéressait particulièrement Lithildren, mais elle choisit d'abord de lui poser toutes ses questions avant de se presser vers la salle où rassemblait la Société des Chercheurs. Un endroit où travaillaient quelques érudits, mais qui avait été largement abandonné depuis les récents événements à Minas Tirith. La question suivante portait sur les circonstances de l'arrestation du professeur Nallus, et Reinil puisa dans sa mémoire pour essayer d'en dresser un portrait aussi fidèle que possible :

- Ils sont arrivés au beau milieu de la journée. Toute une compagnie de gardes en armures, qui ont bloqué toutes les issues et ont refusé de répondre à nos demandes. Nous voulions qu'ils quittent les lieux, naturellement, mais leur officier supérieur était déterminé à trouver le professeur Nallus. Ils se sont rendus jusque dans ses appartements privés, et ils lui ont intimé de sortir. Comme il tardait à obtempérer, ils ont enfoncé la porte, se sont saisis de lui, et l'ont emmené sans ménagement et devant toute la communauté. Nous avons bien entendu protesté, mais ils n'ont rien voulu savoir, en déclarant qu'ils agissaient « sur ordre du général Cartogan ». Je ne crois pas que le professeur Nallus ait dit ou fait quoi que ce soit de spécial, à part protester tout naturellement pour qu'on le relâche, et demander des explications aux gardes qui se sont refusés à lui en donner. Ce n'est que le lendemain, après que les professeurs émérites aient été porter l'affaire devant les plus hautes instances, qu'ils sont revenus pour nous dire que le professeur était accusé de trahison. Personne n'a cru à cela, évidemment, et depuis lors nous essayons d'obtenir l'oreille du général, mais il semble ne pas vouloir revenir sur sa décision.

Sa réponse laissa planer un silence pesant entre eux. Lithildren paraissait réfléchir, emmagasiner les informations pour se faire une représentation mentale de la situation. A chaque fois qu'elle intégrait un nouvel élément, elle devait le faire entrer en résonance avec ce qu'elle savait auparavant, confronter les données, et essayer de faire émerger une certaine logique de tout ce chaos. Son ultime question, quant à elle, semblait s'écarter de l'enquête qu'elle menait au sujet de Nallus, mais n'était-ce pas finalement l'élément le plus inquiétant et le plus surprenant ? Cette absence de gens dans la cité, ce mystère permanent au sujet de ce qu'il s'y passait ?

Reinil s'assombrit brusquement, et il se mit à serrer ses mains nerveusement. Tout à coup la pièce lui semblait oppressante et glaciale. Il avait besoin d'air.

- Puis-je vous répondre pendant que nous allons vers la Société des Chercheurs ?

Il était devenu blême.

Ils se levèrent tranquillement et quittèrent la chambre de Lithildren. Reinil semblait respirer de nouveau, et il leva les yeux vers le ciel d'un bleu immaculé, sans le moindre nuage. Il aurait voulu être un oiseau. Vérifiant que l'Elfe était bien sur ses talons, il la conduisit à travers les couloirs déserts de l'Université, lâchant au bout d'un moment :

- Si je vous le dis, promettez-moi de n'en rien dire à personne. Dame Lithildren, j'ai besoin de votre parole.

Il était sincèrement préoccupé, et il était évident qu'il se refuserait à dire un mot tant qu'elle n'aurait pas prêté serment. Il attendit qu'elle le fît avant de poursuivre :

- J'ai surpris une conversation que je n'aurais jamais dû entendre, et je connais une vérité que beaucoup supposent sans avoir de preuves… Si la ville est ainsi, c'est à cause de l'épidémie.

Il n'avait pas trouvé de meilleure formulation, d'euphémisme qui aurait pu atténuer le poids de ses paroles lourdes de sens et de conséquences. Il leva vers l'Elfe des yeux où perçait une lueur de désespoir, et où on lisait toute sa jeunesse et son innocence. En dépit de sa grande maturité, il était terrifié.

- Les bêtes et les hommes y succombent aussi bien, et les Maisons de Guérison seraient déjà débordées avec les patients. On dit que ceux qui sont touchés n'y survivent pas, que même Dalia Ronce n'aurait pas trouvé la solution à ce mystère. On murmure des choses ici ou là… qu'on aurait décidé d'abréger les souffrances des malades pour qu'ils ne contaminent personne d'autre. On brûlerait les corps, on ferait disparaître les preuves. Aucun ordre d'évacuer la cité n'a été donné, et l'armée contrôle toutes les allées et venues…

Il se rendit compte que sa voix tremblait, et essaya de retrouver la maîtrise de ses nerfs.

- Si le peuple l'apprend, ce sera la panique… On pourrait vouloir quitter Minas Tirith, et alors peut-être que le mal se répandrait dans tout le royaume. Et si l'armée l'apprenait… Ce serait le chaos. On raconte que c'est une malédiction des Orientaux de Cair Andros : un sortilège qu'ils auraient jeté sur la cité pour tuer tous ceux qui se trouveraient à l'intérieur, et ensuite s'emparer de la ville.

Reinil soupira profondément. Il savait que le portrait qu'il dressait était particulièrement sombre, et il choisit de le nuancer en donnant davantage de détails à l'Elfe. Le général Cartogan avait pris des mesures pour mettre la population en sécurité au troisième niveau, et il avait laissé carte blanche à Dalia Ronce pour organiser leur répartition. Cette dernière avait été particulièrement active, et elle avait divisé les habitants en petits groupes, qui se logeaient dans des édifices publics en attendant l'assaut. Il ne restait à Minas Tirith que ceux qui n'avaient pas fui la cité aux premières heures du conflit, soit qu'ils avaient été piégés dans la ville, soit qu'ils avaient souhaité rester et se battre au sein de la milice urbaine. Il y avait donc de la place pour tout le monde. Outre les mesures prises par Dalia Ronce, la maladie semblait ne pas se répandre comme le feu sur la paille, et elle progressait lentement quoique sûrement. Mais cela n'avait rien de rassurant, car tant que la menace orientale resterait présente à Cair Andros, ils resteraient confinés entre les murs de la cité à attendre d'être décimés.

Ils arrivèrent bientôt devant une porte modeste de bois sombre, qui s'ouvrait sur une salle de travail bien moins prestigieuse que d'autres. Un lieu de travail intimiste où, comme l'avait prédit Reinil, ils se trouvèrent être seuls.

- Bienvenue dans la Société des Chercheurs, fit-il sur un ton solennel.

Il invita Lithildren à entrer, et referma la porte derrière elle, avant de reprendre :

- C'est ici que nous entreposons le fruit de nos recherches. La Société a été créée par Sire Makiaveel il y a peu, mais nous avons déjà travaillé sur de nombreux documents, anciens ou récents. Notre objectif est de mettre en commun les ressources dont nous disposons, aussi n'hésitez pas à les consulter et à apporter votre contribution si vous-mêmes avez des éléments à fournir. Vous aiderez peut-être notre cause davantage que vous pouvez l'imaginer.

Il tendit une chaise à l'Elfe, l'invitant à s'asseoir devant un bureau élégant, tandis qu'il lui tirait plusieurs dossiers qui concernaient la Fraternité de Yavannamirë. Il y avait là des documents, des notes écrites par les chercheurs successifs… le fruit du travail acharné des érudits de Minas Tirith, qui travaillaient avec ardeur pour empêcher le monde de s'effondrer totalement. Ils étaient la preuve vivante qu'il y avait des victoires qu'on remportait davantage avec l'esprit qu'avec l'épée. Reinil alla chercher un autre dossier qui se trouvait plus loin dans la pièce, et revint en le tendant à Lithildren :

- Voilà ce sur quoi travaillait le professeur Nallus. Les gardes n'ont pas saisi ce dont ils ignoraient l'existence. Ce sont des documents personnels que nul n'a ouvert, et je ne suis sans doute pas autorisé à vous les montrer. Cependant, je tiens beaucoup à ce que le professeur soit innocenté, et si vous pouvez l'y aider en lisant ceci, alors cela justifiera bien que je sois puni pour mes actes.

Il ouvrit la chemise usée, et sortit quelques documents sans intérêt, avant de s'arrêter sur une lettre absconse. Il aurait pu ne pas s'y arrêter, mais quelques marques d'encre sur le bord de la page indiquaient que Nallus avait travaillé sur le document longuement. Or il ne se serait jamais arrêté sur une simple lettre si elle n'avait rien contenu de valeur pour ses recherches. Le jeune étudiant la transmit à Lithildren en soufflant :

- Je crois que j'ai trouvé quelque chose. Mais cela n'a aucun sens.

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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptySam 29 Sep 2018 - 13:24
- J'ai vu le professeur Nallus quelques temps avant que les soldats entrent dans l'Université pour se saisir de lui. Il m'a salué naturellement, et nous avons échangé quelques mots sur mes cours. Il m'a paru très normal, et je crois qu'il était sincèrement surpris par l'arrivée des hommes du roi Mephisto.

Il laissa un silence lorsqu'elle parla de la Confrérie de Yavannamirë. Visiblement, cette Confrérie faisait l'objet d'intenses recherches.

- Le professeur Nallus appartient à un cercle que nous appelons communément la Société des Chercheurs. Je… J'apporte mon aide modestement pour certains de leurs travaux, surtout depuis que la plupart des étudiants ont déserté l'Université. La Fraternité de Yavannamirë occupait beaucoup le professeur, et il avait réussi à décoder certains de leurs documents. Voudriez-vous les voir ?

Elle hocha de la tête avec sérieux. Avec ces documents, elle en saurait plus sur Nallus, la Confrérie et ce qu'il se tramait de manière plus générale dans le coin. Quelque chose ne tournait pas rond et plus le temps passait, plus elle savait qu'elle était trempée dans quelque chose d'immensément dangereux. Elle se croyait revenue aux temps sombres où la Communauté de l'Anneau cherchait à détruire Sauron... mais au moins Legolas, lui, n'avait pas été coincé dans une bibliothèque à chercher des réponses !

- Ils sont arrivés au beau milieu de la journée. Toute une compagnie de gardes en armures, qui ont bloqué toutes les issues et ont refusé de répondre à nos demandes. Nous voulions qu'ils quittent les lieux, naturellement, mais leur officier supérieur était déterminé à trouver le professeur Nallus. Ils se sont rendus jusque dans ses appartements privés, et ils lui ont intimé de sortir. Comme il tardait à obtempérer, ils ont enfoncé la porte, se sont saisis de lui, et l'ont emmené sans ménagement et devant toute la communauté. Nous avons bien entendu protesté, mais ils n'ont rien voulu savoir, en déclarant qu'ils agissaient « sur ordre du général Cartogan ». Je ne crois pas que le professeur Nallus ait dit ou fait quoi que ce soit de spécial, à part protester tout naturellement pour qu'on le relâche, et demander des explications aux gardes qui se sont refusés à lui en donner. Ce n'est que le lendemain, après que les professeurs émérites aient été porter l'affaire devant les plus hautes instances, qu'ils sont revenus pour nous dire que le professeur était accusé de trahison. Personne n'a cru à cela, évidemment, et depuis lors nous essayons d'obtenir l'oreille du général, mais il semble ne pas vouloir revenir sur sa décision.

Par surprise ? Sans avertissement ? De toute évidence le Général Cartogan n'avait guère de preuves concrètes sinon Nallus aurait déjà été exécuté ou jugé. Lithildren devait prouver qu'il était innocent mais pour le moment elle n'avait rien de concret à part des informations. Ses informations. Quand elle posa la question sur la situation de la cité, Reinil se ferma et se crispa. Oh. C'était si mauvais que ça ?

- Puis-je vous répondre pendant que nous allons vers la Société des Chercheurs ?
- Bien sûr, répondit-elle pour le détendre.

Elle tâchait d'être douce avec lui et de le ménager mais un brasier ardent brûlait en elle, attendant seulement d'éclater en un incendie dévastateur.  Elle sentait dans son cœur les tambours de la curiosité et de la rage battre alors que la pluie de la sagesse atténuait ses ardeurs guerrières. Cette même chaleur, elle voulait que Reinil la ressente pour se sentir en sécurité avec elle. Elle n'avait pas les allures des hommes en armure de l'armée mais elle savait se battre et se défendre.

Ils sortirent tous les deux dans les couloirs, sans un mot. Reinil était silencieux, calme mais surtout inquiet. Il mit un moment à se remettre à parler, moment pendant lequel Lithildren se tint juste derrière lui ou à ses côtés. Elle ressentait de la peine pour ce jeune garçon. Une grande peine.

- Si je vous le dis, promettez-moi de n'en rien dire à personne. Dame Lithildren, j'ai besoin de votre parole.
- Je te le jure sur mon honneur et mon sang, Reinil. Et s'il te plaît, appelle-moi juste Lithildren, et tutoies-moi.

Il leva un regard vers elle, comme pour chercher la vérité dans les yeux argentés de la guerrière. Quand il y trouva la détermination et la force intérieure de l'Elfe, il parla enfin.

- J'ai surpris une conversation que je n'aurais jamais dû entendre, et je connais une vérité que beaucoup supposent sans avoir de preuves… Si la ville est ainsi, c'est à cause de l'épidémie. Les bêtes et les hommes y succombent aussi bien, et les Maisons de Guérison seraient déjà débordées avec les patients. On dit que ceux qui sont touchés n'y survivent pas, que même Dalia Ronce n'aurait pas trouvé la solution à ce mystère. On murmure des choses ici ou là… qu'on aurait décidé d'abréger les souffrances des malades pour qu'ils ne contaminent personne d'autre. On brûlerait les corps, on ferait disparaître les preuves. Aucun ordre d'évacuer la cité n'a été donné, et l'armée contrôle toutes les allées et venues… Si le peuple l'apprend, ce sera la panique… On pourrait vouloir quitter Minas Tirith, et alors peut-être que le mal se répandrait dans tout le royaume. Et si l'armée l'apprenait… Ce serait le chaos. On raconte que c'est une malédiction des Orientaux de Cair Andros : un sortilège qu'ils auraient jeté sur la cité pour tuer tous ceux qui se trouveraient à l'intérieur, et ensuite s'emparer de la ville.

Il avait levé les yeux vers elle en parlant, encore une fois. Il était juste... terrifié. Un enfant coincé dans une cité en déclin, avec la peur au ventre de mourir ici. Il voulait retrouver une vie normale, elle le savait. Reinil lui donna d'autres détails intéressants : la population était répartie dans la partie basse de la ville, confinée. Cela expliquait pourquoi personne n'aidait Chance et ses hommes : la peur de l'épidémie et de sa propagation limitait les contacts mais... elle savait qu'il n'y avait pas que ça. Autre chose confinait ces deux milliers d'hommes en dehors des murs de la ville malgré l'épidémie. Quelque chose de plus sombre, elle en était persuadée.

Lithildren avait le cœur serré en regardant l'adolescent. Il était innocent, pur, dans une contemplation de la vie si loin de la réalité et si proche du rêve... Il était un vieillard nostalgique dans le corps d'un enfant curieux, mêlant passé et présent dans une soif insatiable de connaissances sur le monde. D'une certaine manière, elle admirait cette pureté d'âme et de cœur qu'elle avait perdu il y avait si longtemps. Une image la frappa soudain : elle se revoyait enfant, jeune, dans la cité de ses ancêtres. L'image la quitta presque aussitôt alors qu'elle dévisageait Reinil avec une curieuse insistance presque gênante.

Ils arrivèrent devant une porte en bois sombre. Le bureau dans lequel ils pénétrèrent était simple mais elle s'y sentait curieusement bien. Comme si elle devait être là, qu'elle venait de trouver une place. Lithildren parcourut tout le savoir entreposé là avec une curiosité dévorante. Elle voulait des réponses et grâce à Reinil elle avait trouvé l'endroit parfait pour cela. Son sac se fit soudain plus lourd pour elle. Elle avait presque oublié qu'elle avait avec elle le journal de Gier ! Tout ce temps elle n'avait plus pensé à ça alors qu'elle le gardait précieusement sur elle à toute heure du jour et de a nuit depuis maintenant plus d'un mois.

- Bienvenue dans la Société des Chercheurs. C'est ici que nous entreposons le fruit de nos recherches. La Société a été créée par Sire Makiaveel il y a peu, mais nous avons déjà travaillé sur de nombreux documents, anciens ou récents. Notre objectif est de mettre en commun les ressources dont nous disposons, aussi n'hésitez pas à les consulter et à apporter votre contribution si vous-mêmes avez des éléments à fournir. Vous aiderez peut-être notre cause davantage que vous pouvez l'imaginer.

Elle hocha doucement de la tête en l'écoutant. Il lui apporta un fauteuil qui parut bien luxueux à l'Elfe et elle s'installa dessus, lâchant un discret soupir d'aise. Enfin un peu de confort... De vrai confort. Cela lui rappela soudainement la chaleur du lit du Commandant Mevan. Elle laissa son esprit voguer un instant au soir où elle avait partagé la couche de Chance, entendant vaguement ce que disait Reinil. Elle sursauta presque, se redressant vivement lorsqu'il lui présenta une lettre étrange sous les yeux. Elle la prit et la regarda rapidement.

- Chaque détail à son importance, Reinil. Même ce qui ne semble pas avoir de sens en est porteur. Seul, un détail n'est qu'un pion sans but, mais une fois mis dans l'échiquier il prend toute sa place et permet de clore une énigme complexe. Elle esquissa un sourire vers l'adolescent. Notre vie entière est une énigme complexe dont les rencontres, les paroles et les gestes sont des détails sans sens aucun ni importance. Mais ils ont un impact et le but est de trouver lequel, et le but qu'ils pointent.

Elle laissa un silence planer alors qu'elle positionnait les trois documents à sa disposition devant elle. Trois parchemins. Elle sortit de son sac le journal de Gier et le posa juste au-dessus, pour former une pyramide. Puis elle regarda vers Reinil.

- Ce journal appartient à un homme qui effectuait des fouilles à Ost-in-Edhil. Il est devenu fou à chercher les artefacts anciens de mon peuple cachés dans ces sombres cavernes. Fou mais dangereux, bien plus qu'il ne l'était déjà. Je ne peux pas donner le journal à la Société. Cependant, il me semble important que la Société possède son contenu. J'aimerais te demander de faire quelque chose : recopier les pages qui te semblent pertinentes et garder cette copie ici. Ainsi, si jamais le journal est perdu ou détruit, il y aura toujours une trace de son savoir quelque part. Tu peux faire ça s'il te plaît ?

Elle avait parlé avec une extrême gentillesse et une grande délicatesse, tendant le journal à Reinil. En lui demandant cela, Lithildren pouvait garder le jeune garçon encore un moment avec elle pendant qu'elle effectuait ses lectures et recherches sur les documents. Elle ajouta ensuite :

- Tu peux rester ici si tu veux. Ne t'en fais pas, Reinil, je m'assurerai que tout ira bien. Au fait ! J'y pense ! Est-ce que la Société des Chercheurs ou l'Académie plus généralement a des plans de la Cité ? Une pensée m'est venue : vérifier toutes les voies qui mènent hors de Minas Tirith sans passer par la grande porte. Il doit bien y avoir des traces de tels passages quelque part, je crois que ça peut avoir une importance.

Puis elle regarda les documents.

¤ ¤ ¤ ¤
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Le premier parchemin semblait clair. Un mois de froid, passé dans le Sud. Un endroit de grande chaleur. Le dernier fruit de Laurelin qui brille encore si fort n'était autre que le soleil. Lithildren se replongea dans une elfique contemplation du vide en repensant à ce qu'elle se souvenait des antiques histoires. Elle chassa ses pensées pour continuer la lecture du parchemin avec attention. L'auteur se trouverait donc quelque part... au Khand, d'après un chercheur. Lithildren ne connaissait pas, ou n'avait guère souvenir, de la Bibliothèque Interdite. Y avait-il tant de savoir que cela dans les sables du désert ? Une note dans l'analyse de la Société mentionnait que ledit parchemin avait été trouvé dans les Montagnes Blanches. Un endroit où l'on trouve des lynx, ces animaux ne se trouvent guère dans les régions chaudes du sud, plutôt dans le froid ou les bois.

Mais les deux paragraphes renvoyaient à un seul sujet : Numenor. Une île depuis bien longtemps engloutie sous les flots. Lithildren se souvenait que parfois on lui contait les mérites de l'immense connaissance des numénoréens avant que l'île ne fusse sous la masse écrasante de la mer. Elle ne connaissait guère les intrigues actuelles concernant les descendants de ce grand peuple mais en tout cas la Fraternité s'est intéressée à eux. Peut-être au Khand ont-ils trouvé... L'Elfe lut la partie en runique et trouva sa traduction dans les notes des chercheurs.

Mes confrères sont tombés sur la trace d'un artefact d'une rare puissance dissimulé quelque part dans la lointaine contrée du Rhûn. Si nous le trouvons il pourrait nous permettre de stabiliser la situation dans la région toute entière et poursuivre en paix notre noble quête. Quel rapport avec le Khand et Numenor ? Que se trouvait-il là-bas qui en vaille la peine ? Et l'avaient-ils trouvé ? Chose étrange... Lithildren ne pourrait rien tirer de plus de ce parchemin. Elle se permit néanmoins, d'une écriture elfique élégante et dans un westron impeccable, d'ajouter la note suivante :

Il est possible que deux auteurs soient à l'origine de ce parchemin. Les deux paragraphes sont trop éloignés dans l'espace pour être logiques : les lynx, si on en croit le croquis, ne vivent que dans les régions boisées ou enneigées, aucun n'est capable de résister à la chaleur écrasante du Sud ou de l'est. La note sur les lynx ramène à la notion de serviteurs et d'espions. La Fraternité a pu utiliser ses propres "lynx" pour obtenir ce qu'ils voulaient. La Fraternité se penserait donc supérieure, assez pour être capable d'user d'espions et serviteurs aux yeux et nez de tous, sans que le Gondor ne s'en rende compte. Nous parlons ici d'infiltration.

Une fois la note rédigée, elle la lut à voix haute pour que Reinil entende. Une nouvelle pièce de l'énigme venait de se poser dans l'esprit de Lithildren, comme si tout était logique.

¤ ¤ ¤ ¤
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Elle passa ensuite au second parchemin.

Un texte tout en poésie et beauté. Ce n'était pas la plume d'un fou mais celle d'un orateur, d'un écrivain. Zimrathon Agtaril... Elle retint le nom. Elle était d'accord avec le texte : une lettre, un parchemin, un livre a plus de poids dans la vie et les mémoires que le reste. Le savoir et son partage, son héritage durent bien mieux dans le temps que les armées des Peuples Libres. Le savoir est intemporel, éternel, au contraire des vies humaines.

Tous les secrets des architectes de Numenor et des forgerons noldor ? Encore le Numenor... La Fraternité en serait-elle des descendants ? Ou de fervents adeptes ? Cela aurait sûrement un sens si... Oh. Lorsque le Harad fut unifié et que son auto-proclamé Roi se disait de Numenor.... en exil. La réponse se trouvait sûrement là. La Fraternité trouverait-elle ses origines dans le peuple-même de Numenor ? Une idée à ne pas écarter.

Yavannie, un mois en l'honneur de la Vala Yavanna. Une fête importante pour la Fraternité visiblement mais pourquoi elle ? Le mot "yavannamirë" tournait en rond dans la tête de Lithildren et elle finit par se tourner vers Reinil.

- Que signifie "yavannamirë" ? Ce mot reste ancré dans mon esprit et, à part renvoyer à la Vala Yavanna, je ne vois vraiment pas ce qu'il signifie. As-tu une idée ?

Elle pouvait paraître idiote mais c'était ainsi. Elle ne savait pas. Et ça l'agaçait. Après que Reinil air répondu, elle retourna à sa lecture. La Fraternité avait déjà donc rassemblait un grand nombre de choses précieuses, d'artefacts et de savoir. Ils collectionnaient... mais dans quel but ? Mais ils en vouaient toujours plus. Lithildren fut frappée d'une question soudaine : qu'y avait-il de mal à rassembler les objets antiques pour les protéger ? Aucun, non ? Certes. Mais cela signifiait aussi que la Fraternité avait entre ses mains le pouvoir de faire ce qu'elle souhaitait. Une arme politique puissante, une façon de remodeler le monde à leur manière. Un sentiment de supériorité intense à se savoir en possession de ce que le monde et les peuples avaient de plus précieux. Lithildren ne pouvait pas tolérer que quelqu'un ou une poignée de personnes puisse détenir tous le pouvoir de la Terre du Milieu dans une cave.

Mais la fin du parchemin la frappa encore plus. Elle y lut qu'un confrère avait été tué et que l'auteur se dirigeait vers... Ost-in-Edhil. Mais ce parchemin datait de deux ans auparavant ! Alors était-ce ainsi que Gier avait découvert les passages cachés de la cité ? Parce que ce Zimrathon les connaissait déjà ? Une possibilité à ne pas écarter non plus. En tout cas la Fraternité est depuis lors dans une précipitation et une conspiration plus ferme. Et ils rassemblent encore, et encore, et encore. Elle prit de nouveau la plume et nota à la suite de ce dossier :

La Fraternité a passé des années à rassembler des objets divers et variés et les a conservé dans un endroit sûr. La mention de la frontière du Rhûn où se trouvent les aurochs ne me semble pas anodine : se pourrait-il que des ruines ou que leur base d'opération se trouve au Mordor ou au Rhûn ? Si l'on pense à la Chute de Sauron, il ne me semble pas impensable que le Mordor ait été un choix de marque : presque inhabité et craint, cet endroit est sûrement le mieux placé pour conservé des reliques antiques, parchemins et autres, dans des ruines ou des bâtiments abandonnés.

Ost-in-Edhil a fait l'objet de fouilles récentes en l'An 301 du Quatrième Âge par un dénommé Gier qui cherchait les anneaux forgés par les Elfes avant que la cité ne fusse détruite et qu'elle ne devienne qu'un tas de ruines et de cavernes. Il est possible que Zimrathon ait transmis à Gier les entrées secrètes inconnus des gardiens de la cité, ce qui lui a permit des mois de fouilles.


Elle lut à nouveau la note à voix haute pour Reinil. Cette fois il fronça les sourcils. Mais il semblait ravi qu'elle participe à l'agrandissement du savoir et des réflexions de la Société.

¤ ¤ ¤ ¤

Lithildren commençait à avoir mal au crâne à force de réfléchir et lire ces parchemins. Elle se leva un instant pour s'étirer et faire quelques pas. Elle tourna en rond quelques instants avant de retourner s'asseoir.

¤ ¤ ¤ ¤

Spoiler:
 

La lettre. Lithildren la lut attentivement.

Harondor. N'est-ce pas un endroit avec un fort ressentiment envers le Gondor ? Si seulement la lettre avait été écrite par Gil... Mais non. Cela dit, Lithildren observa plusieurs détails intrigants et les énuméra avant d'en écrire une note.

L'auteur a peur. Une peur simple à cause des conflits dans le Sud dont il est originaire. Lithildren soupçonna soudainement mais fortement que les conflits auraient été causés ou encouragés par la Fraternité de Yavannamirë. Le second parchemin correspondait au voyage vers Ost-in-Edhil alors que la première datait de l'an 231 de cet âge. Un peu vieux... Tant que ça ? Lithildren souffla par le nez. Une preuve pas assez concluante mais ça restait une preuve. En tout cas, il n'était pas du tout impossible que la suspicion de Lithildren soit juste : la Fraternité trempe dans des affaires politiques et de conflits en récupérant – ou volant plus clairement – des objets antiques précieux dans les pays des Peuples Libres. Les Elfes avaient-ils été épargnés ? Pas d'après la carte récupérée par Gier.

En tout cas, Lithildren se mit à lire autrement le texte en suivant cette piste. Si l'auteur ne voit plus, c'est qu'il n'a plus confiance. Il ne sait plus reconnaître ses ennemis de ses amis et réduit son cercle personnel afin d'assurer ses arrières. Il est méfiant et la nuit, il redoute un assassin ou un voleur venu lui dérober ce qu'il a de plus précieux : son savoir. Mais il faisait confiance à Nallus. Une confiance aveugle, littéralement. Lithildren se félicita de sa traduction et en sourit de joie. Elle ignorait si c'était la vérité mais elle se plaisait à le croire en cet instant.

Mais elle fut bien vite hantée par les douleurs de la réalité : l'auteur encourageait Nallus à fuir. C'était clair comme de l'eau de roche. Il savait que les hautes sphères étaient infiltrées et Lithildren parvint à faire un lien alors qu'elle s'affalait dans son siège. Ses doutes se confirmaient.

La Fraternité avait des espions ou des gens dans les instances politiques, peut-être même la noblesse, ou des informateurs et espions. Nallus avait été victime de son savoir et l'auteur de la lettre avait pressenti le danger et avait fuit. C'était une mise en garde. L'ami de Nallus l'avait mit en garde contre un complot, contre la politique et l'avait invité à fuir. Lithildren sentit son cœur se serrer. La condamnation venait de Cartogan, ce qui signifiait que quelqu'un lui avait sifflé à l'oreille que Nallus était un traître et complotait contre lui ou le Roi.

- Ils sont déjà là... souffla-t-elle d'une voix fébrile. La Fraternité a... C'est eux qui sont à l'origine de l'arrestation de Nallus. Elle se tourna vers Reinil avec la lettre en main. L'ami de Nallus l'avertissait du danger qu'il encourait en restant ici. Cet homme savait que les hautes sphères étaient corrompues ou mises en danger : la Fraternité est parvenue à trouver des adeptes dans les rangs près du Général Cartogan voire du Haut-Roy et ils utilisent ces liens pour parvenir à leur but. Ils éliminent les dangers potentiels et les écarte de leur chemin pour mieux opérer. Et comme Nallus était trop intéressé par leur cas, ils ont couper court à ses recherches en convaincant le Général qu'il est un traître.

Lithildren resta en silence un long moment. Elle n'en revenait pas. Était-ce la vérité ? Était-ce ça la solution ? Elle pensa à Chance. Lithildren fut ravie qu'il ne soit pas là, à un endroit où il risquerait de devenir une proie, une monnaie d'échange. Lithildren regarda la lettre. Elle était persuadée de ça. Rapidement, elle alla attraper une plume et se dépêcha d'écrire des notes :

Comme prédit dans le "parchemin du lynx", la Fraternité a trouvé ses propres lynx. Ce qui n'était qu'une possibilité est devenue réalité : en possédant le poids suffisant grâce à leurs trouvailles, ils ont réussit à entrer dans les machines politiques de différents pays. Est-ce qu'ils comptent user des objets qu'ils ont amassé au cours du temps pour abattre les frontières des royaumes et former un ordre nouveau ? C'est une possibilité très grande. Ils ne vont pas utiliser la force, mais la ruse et les relations politiques. Faire s'abattre le chaos pour apparaître en sauveurs et restaurer un équilibre en refondant Numenor dans une société fondée sur le soif de savoir.

- Regarde ici : "J'aurai compris comment il a réussit à devenir, si vite et en n'éveillant nullement l'attention, un véritable pilier de sa communauté." C'est ce à quoi aspire la Fraternité en agissant ainsi ! Agir dans l'ombre, en douce, puis devenir indispensables. C'est ça ! Je suis sûre que c'est ça !

Elle sentait son sang battre contre ses tempes. Elle fixait la lettre comme si sa vie venait de changer, de prendre un tournant inédit. Quelque chose en elle s'était éclaircit, comme une révélation de nature divine. Les Valar étaient-ils enfin avec elle ou avait-elle tort sur toute la ligne ? C'était ce qu'elle voulait croire et elle devait croire en quelque chose. Elle ajouta à sa note cette révélation claire et nette dans son esprit comme si ce fût LA vérité absolue :

Si la déduction est juste, la Fraternité va agir ainsi : dans l'ombre et sans se faire remarquer, de manière subtile mais efficace. Et elle va se frayer un chemin vers le titre "Indispensable" avec ses parchemins, objets et artefacts recueillis depuis des années.

Elle tremblait. Elle n'osait pas croire à de tels agissements. D'un coup, elle s'affala dans son siège et tous ses membres se mirent à trembler, comme si elle était prise d'un violent coup de froid. Son cœur battait plus vite qu'elle ne pouvait le supporter, son corps n'en pouvait plus. C'était plus qu'elle ne pouvait le supporter à l'heure actuelle. Elle fut obligée de se laisser basculer au sol pour que ses jambes et ses bras tremblent alors qu'elle était roulée en boule sous le bureau.
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Ryad Assad
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMer 3 Oct 2018 - 21:42
- Bien sûr, Dame Lithildren.

Reinil s'était incliné doucement, contrevenant à la demande préalable de l'Elfe. Elle lui avait fait comprendre qu'elle préférait être appelée simplement par son prénom, mais le jeune homme ne pouvait tout simplement pas s'y résoudre. C'était un garçon de bonne famille, bien éduqué, qui se serait jamais permis une telle familiarité avec une vénérable Elda. Il avait trop de respect pour elle et pour son peuple pour s'y résoudre, et il était convaincu que si ses professeurs le surprenaient à converser trop familièrement avec une invitée, ils le puniraient sévèrement pour son manque de décence. Elle devrait s'habituer au titre de Dame tant qu'elle serait en sa compagnie. Il fallait dire que les choses amusaient légèrement Reinil, qui voyait dans le naturel et la simplicité de l'Elfe une forme d'humilité qui l'honorait. Toutefois, il décelait qu'elle ne souhaitait pas assumer le statut qui était le sien, et il se plaisait grandement à lui rappeler par de petites touches subtiles qu'elle appartenait au noble peuple des Premiers Nés, et qu'elle méritait par conséquent tout le respect qui était dû aux sages et vénérables gardiens de la mémoire du monde.

Ainsi, quand elle lui avait respectueusement demandé de recopier les passages du journal qu'elle gardait précieusement avec elle, Reinil avait accepté avec diligence, conscient qu'il s'agissait peut-être là d'une mission de la plus haute importance. Il ajouta, pour la rassurer :

- J'ai déjà eu l'occasion de recopier de nombreux textes pour mes maîtres, et ils n'ont jamais eu à se plaindre de mon travail. Je m'appliquerai à tout retranscrire avec exactitude.

Il était sur le point de s'installer sur un petit secrétaire qui se trouvait non loin, où se trouvait un nécessaire d'écriture et une bougie qui lui permettrait d'éclairer son travail, quand Lithildren le rappela pour lui poser une question tout à fait spécifique qui concernait les archives de la Cité Blanche. Le jeune garçon réfléchit un moment, avant de répondre :

- L'Université dispose bien de plans de Minas Tirith, mais j'ai bien peur qu'ils n'indiquent pas d'autres sorties que la Grande Porte… Cependant… peut-être qu'une telle information se trouve dans l'Antique Bibliothèque, qui se trouve au sixième niveau. C'est là que sont conservés les parchemins les plus anciens et les plus précieux. Mais j'imagine que pour y avoir accès, il faudrait obtenir l'aval du Bibliothécaire.

Lithildren parut se satisfaire de la réponse, et Reinil n'ajouta rien, se concentrant sur son travail de copiste. Ce n'était pas une tâche facile que de recopier un texte entièrement, surtout quand celui-ci était aussi abîmé et fragile que ce « journal de Gier van Reymerwaele ». Le jeune garçon n'avait jamais entendu ce nom, mais il lui évoqua quelque chose de dangereux… peut-être était-il également influencé par le récit de Lithildren qui lui avait expliqué qu'il s'agissait d'un homme à la fois fou et dangereux qui s'était lancé à la recherche des artefacts des Elfes. Une quête qui aurait pu être noble, mais qui semblait motivée par des raisons bien plus sombres que la seule connaissance.

Le garçon s'empara d'un calame et commença sa soigneuse recopie en essayant de reproduire fidèlement les mots, même quand ceux-ci paraissaient tronqués. De nombreuses pages avaient souffert, s'étaient collées les unes aux autres, ou bien avaient été irrémédiablement tâchées par ce qui semblait être du sang. Des secrets perdus pour toujours. Reinil était toutefois très discipliné, patient, et surtout il avait une connaissance des textes et des livres qui dépassait la simple théorie. Les ouvrages n'avaient pas de secrets pour lui, et il était tombé plus d'une fois sur un volume récalcitrant, dont les pages étaient jointes ou à moitié effacées. Il en avait conçu, comme tout étudiant malin, des techniques pour forcer l'accès au texte et découvrir ses secrets. Son goût pour la connaissance, doublé d'une résilience à toute épreuve, lui permirent d'accéder à un pan de texte auquel Lithildren n'avait probablement pas eu accès.

Il procéda avec précaution, veillant d'abord à ce que la page fût totalement sèche, avant de glisser une fine feuille de papier entre les deux pages collées. Le procédé risquait d'abîmer une partie de la page qu'il essayait de récupérer, mais c'était sans doute préférable à l'idée de ne jamais avoir connaissance de ce qu'elle contenait. Il essayait d'aller doucement et de se concentrer, changeant l'endroit où il appliquait sa feuille-outil pour essayer de libérer un peu d'espace ailleurs sur la page. C'était un travail de précision, qu'il ne pourrait probablement pas mener ailleurs dans le texte si rapidement, mais qui lui procurait une intense satisfaction. A chaque fois qu'il réalisait un progrès, si minuscule fût-il, il s'encourageait intérieurement à continuer avec patience, à ne pas céder aux sirènes de l'empressement qui auraient probablement ruiné tous ses efforts.

Alors qu'il continuait à s'employer, il entendit la voix de Lithildren s'élever. Elle lui lisait la note qu'elle venait de rédiger à la suite du premier document qu'elle venait de lire, celui consigné qui concernait les chats mystérieux du sud et qui appartenait aux désormais célèbres – du moins dans la Société des Chercheurs – Chroniques de la Fraternité de Yavannamirë. Il écouta attentivement son analyse, hochant la tête à mesure qu'il recueillait ses renseignements, les confrontant à ses propres connaissances :

- On trouve parfois des lynx dans les régions du nord, mais on parle dans les légendes de chats étranges venant du sud. J'ai d'ailleurs entendu dire que l'homme qui tenait la ménagerie pouvait s'en procurer, mais ce sont peut-être des racontars. Ces chats pourraient ressembler à des lynx, mais avoir des… caractéristiques… différentes. Mais vous en parlez comme s'il s'agissait d'Hommes… ou du moins de créatures pensantes… Ces « lynx » comme vous les appelez… ce serait une métaphore pour autre chose ? Des hommes utilisés comme espions par les Núménoréens Noirs ?

Sa question resta en suspens. En l'absence d'indices plus probants, ils ne pouvaient s'appuyer que sur des hypothèses. Toutefois, à mesure qu'ils progressaient dans leurs réflexions, il semblait à Reinil voir se dessiner les contours de ce que les érudits de la Société appelaient de plus en plus « la menace ». Une forme indistincte, aux intentions encore floues, mais qui mettait clairement en danger les fondements de leur monde. Ils avaient du mal à en estimer la portée, à en appréhender la nature, mais la « menace » était bien palpable. Une menace qui plongeait ses racines dans le passé, car l'extrait de cette chronique datait de près de soixante-dix ans. Quel lien existait-il entre la menace que les érudits percevaient, et ces textes anciens ?

Reinil renonça à essayer de comprendre. Les plus grands esprits de la Cité Blanche s'étaient cassés les dents, et avaient formulé bon nombre d'hypothèses sans véritablement avoir de fondement. Ils n'avaient pas, toutefois, les connaissances de Lithildren et son expérience auprès d'un homme qui, disait-elle, appartenait peut-être à cette mystérieuse fraternité. Était-elle capable de déceler quelque chose qu'ils auraient pu manquer ? Le garçon retourna à son travail, en observant l'Elfe du coin de l'œil. Elle s'appliquait, travaillait avec acharnement, lisait et relisait cette lettre, les notes éparses des sociétaires, en essayant de compiler ces données pour les intégrer et leur donner une allure cohérente. C'était un travail complexe, mais elle s'y attelait avec zèle.

Reinil, soucieux de ne pas se montrer oisif pendant ce temps, continua son entreprise. Il parvint finalement, après moult efforts, à séparer les deux pages qui étaient restées collées si longtemps. Désormais, le plus dur était de reconstituer le texte. Certaines lettres avaient disparu, d'autres étaient malencontreusement collées sur la mauvaise page, et il fallait essayer de retrouver une correspondance, de reconstituer le texte, et de combler les éventuels vides. Cela demandait de la minutie, beaucoup d'inventivité dans les procédés, mais Reinil était plein de ressources. Il continua ainsi sans voir le temps passer, jusqu'à être de nouveau sorti de son ouvrage par l'intervention de Lithildren, qui l'interrogeait sur le sens de Yavannamirë. Après avoir marqué un bref moment de surprise devant cette question, il lui répondit le plus naturellement du monde :

- La traduction la plus littérale de Yavannamírë serait « joyau de Yavanna », mais le terme désigne en réalité un arbre. Il est dit dans les livres que cet arbre aurait été offert par les Elfes aux gens de Númenor, et qu'il aurait été perdu à la chute de l'île. Si je me souviens bien de mes lectures, il donnait des fruits écarlates.

Lithildren parut enregistrer cette information, et retourna à son travail, seulement pour revenir peu après avec de nouvelles conclusions. Comme la première fois, elle décida de lire ses notes à haute voix, laissant Reinil y réagir :

- Le Mordor ? Fit-il en frémissant. Personne n'oserait aller chercher quoi que ce soit là-bas, en effet. Il n'y a que des Orcs et de la poussière dans les plaines de Gorgoroth. Quant aux autres régions de ce sombre pays, ma foi personne ne s'y est rendu depuis le Troisième Âge, et je ne pense pas que quelqu'un habiterait volontairement ces terres… Vous pensez que la Fraternité de Yavannamirë aurait pu trouver un moyen d'accéder au Mordor pour y entreposer des artefacts ? Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi cacher ces richesses du passé dans un endroit aussi inaccessible… S'ils comptaient les utiliser à des fins néfastes, ils avaient tout le temps de le faire, non ?

C'était une question rhétorique. Les documents dataient de 229 et 231, ce qui signifiait que Zimrathon était probablement décédé à l'heure actuelle – si du moins c'était bien d'un Homme dont il s'agissait. Personne ne pouvait vivre aussi longtemps, assurément. Alors pourquoi aurait-il pris le soin de cacher les trésors de la Terre du Milieu alors qu'il aurait pu les utiliser pour accomplir quelque chose de son vivant ? Cela n'avait pas de sens. Mais la réflexion de Lithildren concernant Gier n'était pas inintéressante, et Reinil lui lança :

- Vous pensez que Zimrathon a pu transmettre des informations à ce Gier ? Votre homme devait être particulièrement âgé, si tel est le cas.

Il avait lancé ça sans y penser vraiment, et était reparti à son travail tout comme Lithildren. Les deux âmes s'épuisaient sur leur tâche respective, s'efforçant de maintenir leur concentration alors même que la fatigue et la tension nerveuse jouaient contre eux. Ce n'était pas une mince affaire que de se pencher si longtemps sur des documents, et Reinil commença à s'étirer en un geste trop familier, tandis que Lithildren se levait pour marcher et délasser ses muscles endoloris, avant de revenir à son travail. Le jeune garçon progressait bien, et arrivait à la fin de son travail. Il avait recopié le texte en entier, et il lui restait désormais à achever la recopie du passage qu'il venait de déchiffrer presque entièrement. Cela lui avait demandé beaucoup de patience, et même si certains segments étaient manquants ou obscurs, il se félicitait d'avoir réussi à apporter une nouvelle pièce au casse-tête qui les occupait. Il était sur le point de terminer quand l'Elfe revint vers lui, ayant visiblement fait une découverte.

Ses mots glacèrent le sang de Reinil.

« Ils sont déjà là… »

Cela lui rappelait trop d'épisodes douloureux, les chasses aux traîtres dans les rues de Minas Tirith, la violence à toute heure du jour et de la nuit. Sans le général Cartogan, les brigands auraient probablement pris le contrôle de la cité à l'heure qu'il était. Mais ce que lui confia l'Elfe était peut-être plus effrayant encore. La Fraternité, responsable de l'arrestation de Nallus ? Avaient-ils un tel pouvoir ? Pouvaient-ils réellement agir en plein cœur de la Cité Blanche pour faire enfermer un des hommes les plus respectés de l'Université de Minas Tirith ? Si tel était le cas, il fallait craindre pour l'avenir… Mais les arguments de Lithildren semblaient logiques : Nallus avait été emprisonné pour une raison qui dépassait celles avancées par les gardes, et peut-être que quelqu'un avait voulu le faire tomber. S'il était sur le point de découvrir une vérité dérangeante, de faire sortir les cadavres du placard, c'était tout à fait plausible…

Les implications de cette hypothèse étaient terrifiantes !

Reinil essaya de garder son calme, et de faire preuve de mesure. Il voulait lui aussi croire que quelque chose clochait dans l'arrestation de Nallus, mais il préférait analyser les faits. Il s'approcha de Lithildren, et observa la lettre mystérieuse.

- Si ces individus veulent véritablement agir dans l'ombre, comment les démasquer ? Il pourrait s'agir de n'importe qui ! Et s'ils apprennent que vous et moi travaillons sur le même document que monsieur Nallus, qu'est-ce qui pourrait les empêcher de nous faire arrêter également ?

Sa question trahissait son inquiétude. Ils étaient tous deux piégés à Minas Tirith, et ils ne pouvaient pas s'échapper. Après avoir tant lutté pour entrer dans la Cité Blanche, Lithildren risquait de commencer à regretter l'extérieur de la ville, et la liberté qu'elle lui conférait. Mais pour comprendre, elle devait s'enfoncer encore plus loin dans les méandres de la capitale du Gondor, et traverser les murs de mensonge et de tromperie qui se dressaient sur son chemin. Reinil était peut-être son seul allié ici. Il observa le document, et pointa du doigt quelque chose qui l'avait interpellé :

- J'ai eu l'occasion de voir monsieur Nallus travailler sur ce document, avant son arrestation… A l'époque comme aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose de plus dans cette lettre. Regardez…

Il pointa le doigt sur le bord droit de la page, qui avait vraisemblablement été déchirée d'un carnet.

- La déchirure est très irrégulière, presque maladroite… Pourtant, regardez attentivement… aucun mot n'est coupé à droite. Aucun. Je n'arrive pas à me l'expliquer, mais je suis persuadé que ce n'est pas anodin…

Il haussa les épaules, conscient que son intime conviction était peut-être inutile si elle n'était pas fondée. Mais il était persuadé que la réponse se trouvait là, hors de leur portée pour le moment, mais pourtant si proche. Laissant Lithildren y songer, il ajouta :

- Pendant que vous réfléchissiez, j'ai trouvé quelque chose qui pourrait vous intéresser. Cela n'a pas été facile, mais j'ai réussi à décoder une nouvelle page du journal de Gier. Attendez, je vais vous la chercher.

Reinil récupéra le carnet qu'il tenait soigneusement, et la copie qu'il venait d'en faire de son écriture belle et régulière. Il montra l'original dans un premier temps, puis présenta sa recopie qu'il avait augmentée en reconstituant les mots qui avaient souffert. Le tout était cohérent sur la forme, mais le fond était tout aussi mystérieux que le reste.

Page 9 a écrit:
La cinquième n'a pas l'air incapable, mais elle a l'air de ne pas vouloir accomplir les […]. Pas facile de savoir ce qu'elle ressent, car elle n'enlève pas souvent son masque. A croire qu'elle a peur qu'on le lui vole… comme si un truc sans valeur comme ça pouvait m'intéresser ! Mais à part sa propension à […] oiseaux, je pense qu'elle offre plus de garanties que l'autre tarée et ses drôles de potions, ou que le soi-disant « prince » qui parle aux flammes. Elle a dit qu'elle s'arrangerait pour qu'on reste en contact, mais elle n'a pas dit comment. Je suppose qu'elle a son idée sur la question, et qu'ils ne l'ont pas recrutée par hasard.

Le sixième et dernier, je ne l'aime pas du tout… Ses petits yeux verts aux reflets vicieux, ses mains qui traînent partout, et cette drôle de manie de mettre ses pieds velus là où il ne devrait pas. J'ai l'impression qu'il cherche quelque chose à voler, une pièce d'or qui traîne, ou une opportunité de […]. Je n'aime pas l'idée de le savoir dans la même région que moi, mais si j'arrive en premier, je m'emparerai de […].

La suite se perdait sur l'autre page qui, quant à elle, était trop abîmée pour être déchiffrée. Reinil souligna son impuissance à obtenir la suite, mais se permit d'ajouter :

- Je sais que vous souhaitez garder le journal, mais je me demande si je ne pourrais pas déchiffrer d'autres pages avec davantage de temps. Il est très abîmé, et la plupart des mots n'ont aucun sens hors contexte, mais peut-être que certaines pages peuvent être sauvées. Qu'en pensez-vous ?


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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyJeu 11 Avr 2019 - 12:35
[HRP : Après une longue absence, j'ai enfin le courage de répondre ! ]

- Vous pensez que Zimrathon a pu transmettre des informations à ce Gier ? Votre homme devait être particulièrement âgé, si tel est le cas.
- Lorsque j'ai rencontré Gier, il avait l'apparence d'un vieillard aux portes de la mort. Il s'appuyait sur une canne et sa voix était faible, presque sourde. Il avait du mal à parler et se déplacer. Cependant, lorsque.. la révolte a éclaté, il s'est tout à coup changé en jeune homme vigoureux d'une trentaine d'années, rempli de rage et de force. Je me demande quelle magie est-ce là, et je crois bien que personne ne peux le savoir. Possède-t-il des dons que même les Elfes ignorent ? Possible. Les Elfes ne sont pas du tout omniscients.

Elle fronça le nez avant sa révélation finale. Quelque chose en elle changea. Après s'être roulée par terre de manière peu glorieuse, elle se releva aussi sec et se mit à parcourir la pièce en faisant les cent pas.

- Si ces individus veulent véritablement agir dans l'ombre, comment les démasquer ? Il pourrait s'agir de n'importe qui ! Et s'ils apprennent que vous et moi travaillons sur le même document que monsieur Nallus, qu'est-ce qui pourrait les empêcher de nous faire arrêter également ?
- Mmh. Tous les politiciens humains sont des menteurs. Les Elfes apprennent très tôt à percevoir les troubles de l'esprit tordu de la noblesse humaine. Une théorie fascinante mais les Humains sont doués dans l'art de la dissimulation. Dénicher un menteur est comme chercher un mot oublié : sans la bonne technique, la clé ou une aide, c'est impossible. C'est le genre de choses qui demandent une précision visuelle et un sens très aiguisé de l'observation. Ce dont je ne dispose pas entièrement.

Plus maintenant. Lithildren insistait toujours dans son esprit ne plus faire partie du peuple elfique. C'était trop... bas. La guerrière aux cheveux d'argent regarde le pauvre adolescent inquiet.

- Le simple fait que j'ai posé les pieds ici me condamne très certainement à la prison et sûrement pire. J'ai... enduré pire sort que cela. Quant à toi... tu a été mêlé à une affreuse affaire par ma faute. Je ferai mon possible pour te protéger. Mais sache qu'il est très probable que nous finissions en prison.

Il était inutile d'ajouter que si la théorie de la belle était juste, la mort serait en définitive le sort le plus clément qu'on puisse lui offrir. La torture arriverait d'abord, longue et douloureuse. Reinil craquerait sûrement au bout d'une heure ou deux, Lithildren préférerait se vider de son sang que parler. Elle disait cela maintenant mais elle ne devait pas oublier que Gier avait peut-être Oropher. Elle fut coupée dans ses pensées par le jeune garçon.

- J'ai eu l'occasion de voir monsieur Nallus travailler sur ce document, avant son arrestation… A l'époque comme aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a quelque chose de plus dans cette lettre. Regardez… La déchirure est très irrégulière, presque maladroite… Pourtant, regardez attentivement… aucun mot n'est coupé à droite. Aucun. Je n'arrive pas à me l'expliquer, mais je suis persuadé que ce n'est pas anodin… Il marqua une pause pour lui montrer autre chose. Pendant que vous réfléchissiez, j'ai trouvé quelque chose qui pourrait vous intéresser. Cela n'a pas été facile, mais j'ai réussi à décoder une nouvelle page du journal de Gier. Attendez, je vais vous la chercher.

Le garçon se leva un instant et alla chercher un autre parchemin. L'Elfe le regarda avec attention, réfléchissant. Elle rassembla d'abord ses idées et parla.

- Mmh. Eh bien. Je pense que tu as raison pour la page. Elle semble avoir été déchirée et pourrait cacher un autre message. Mais si c'était le cas, alors la déchirure est volontaire. Il faudra réfléchir à donner un sens à ce qui pourrait être caché. Nous devrons y réfléchir. Quant à ce journal... Il a une compagnie de plus de six personnes, visiblement des fous à lier mais surtout dangereux. Un homme qui parle au feu ? Un Hobbit avare ? Une femme masquée qui fait quelque chose à des oiseaux ? Elle leur parle peut-être ou même les commande ? Et en plus, si je comprends bien, ils ont une alchimiste. Pas guérisseuse, il ne la traiterait pas de tarée. Mais elle a peut-être des connaissances qui nous dépassent et a un esprit dérangé, c'est sûr.
- Je sais que vous souhaitez garder le journal, mais je me demande si je ne pourrais pas déchiffrer d'autres pages avec davantage de temps. Il est très abîmé, et la plupart des mots n'ont aucun sens hors contexte, mais peut-être que certaines pages peuvent être sauvées. Qu'en pensez-vous ?
- C'est une bonne idée mais si tu le fais, jamais sans moi. Je veux garder un oeil sur toi et être la première à savoir ce que tu découvres. Bien entendu, c'est pour te protéger. Si jamais on te surprend seul, tu serais complice de Nallus. Mais avec moi, alors tu serais un prisonnier qui m'obéit par la force du chantage et tu aurais une peine moins lourde que la mienne.

Elle prit la lettre à Nallus et l'observa. Un détail la frappa soudain. Les mots "poursuivi" et "vendanger" étaient coupés de sorte à donner les mots "danger" et "suivi". Elle plissa les yeux et soudain, le déclic s'opéra.

- PAR TOUS LES VALAR J'AI TROUVE !!! cria-t-elle en se levant brusquement. Puis baissa d'un ton.Il faut lire la lettre une ligne sur deux pour comprendre le message caché ! Je vais te lire !


Mon cher ami, alors même que je ne réside pas au pays de Harondor actuellement, je me sens suivi depuis quelques temps, et je ne peux raisonnablement vous faire l'exposé ici de toutes les raisons qui me poussent à croire que je suis, malgré mon âge assez avancé, toujours en danger. Vous n'êtes pas sans savoir que j'étais moi-même dans les lointaines terres du Sud, lorsque la guerre a éclaté il y a de cela près de deux ans. J'y ai vu des choses terribles, effrayants et j'en ai conçu une crainte immodérée, que vous trouverez sans doute ridicule, pour l'âme humaine et ses travers. Je ne peux plus, et c'est fort pénible, faire confiance à quiconque avec la même aisance qu'avant, et le cercle de mes véritables amis s'est réduit considérablement. Heureusement, vous comptez encore et, je le sais, pour toujours parmi les plus zélés défenseurs de la vérité, dont le jugement est rapide, et c'est pourquoi je vous écris. J'ai de sérieuses raisons de croise que le pays que nous aimons profondément et que nous avons servi pendant tant d'années est atteint d'un mal pernicieux. Deux hommes que j'ai trouvés m'ont aidé à me faire une idée plus claire et précise de la situation, et je pense honnêtement que le pays court un grand danger. Nous sommes à la veille de quelque chose de terrible, et la perte de Cair Andros est une épouvantable tragédie, qui m'attriste profondément et ne peut être un hasard. Trop de forces que nous ne maîtrisons pas s'agitent en ce moment dans l'obscurité, et je crains sincèrement pour l'avenir. Je vous ferai parvenir sans délai les conclusions de mon enquête minutieuse, qui risquent bien de jeter un peu plus le trouble sur le cœur de notre noble monarque. Il doit cependant être averti de la situation, et prendre les mesures qui s'imposent concernant ceux qui disent le servir fidèlement, mais qui en réalité ne sont là que pour tirer profit des nombreux avantages qu'offre leur position. Leurs intentions ne sont pas encore tout à fait claires, mais je les découvrirai assurément sous peu, et quand j'aurai compris comment il a réussi à devenir, si vite et en n'éveillant nullement l'attention générale, je veillerai à ce que justice soit rendue de la manière la plus équitable, et à ce que le trône du Gondur demeure fortement protégé.


- J'avais raison ! Tu vois ! C'est la preuve irréfutable que la Fraternité a infiltré la proximité du monarque et utilise cette influence ! C'est la preuve de la corruption, de l'inaction, de l'emprisonnement de Nallus ! Tout. Est. Là !

Elle avait le visage éclatant devant cet "éclair de génie". Evidemment, les conséquences étaient... odieusement lourdes. Le Roi était en danger, le pays était en danger... la Terre du Milieu était en danger. Nul n'était à l'abri de la perfidie de Gier et de sa Fraternité. Il n'y avait nulle part où se cacher, où aller... Mais elle était là, ELLE. Lithildren, la guerrière, celle qui allait tout basculer.

L'Elfe posa la feuille sur la table, d'une main tremblante. Qu'allait-il arriver, maintenant ? Elle s'attendait à ce qu'une oreille indiscrète ait tout entendu, que les gardes allaient arriver en défonçant la porte. Son esprit se demande même si Reinil allait la trahir. Lui dire qu'il était un espion. Non. Cet enfant n'était que trop pur dans ses yeux pour être capable d'une telle trahison. Elle devait lui faire confiance.
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptySam 13 Avr 2019 - 20:17
L'éclair de peur qui passa dans les yeux de Reinil fit peut-être regretter à Lithildren de s'être montrée trop franche. Après tout, elle manifestait une certaine froideur face à la mort physique et aux perspectives de la prison, mais le jeune garçon qui lui faisait face semblait avoir été catapulté dans un univers qui n'était pas le sien. La violence, l'illégalité, le danger… autant de concepts qui le dépassaient et qu'il n'arrivait pas à bien se représenter. Il s'était toujours vu comme un fervent défenseur de la vérité et de la connaissance, mais avec l'arrestation de Nallus, la quarantaine dans la Cité Blanche, et toutes ces choses qui se passaient, il avait l'impression que ses certitudes s'effondraient.

La vérité ne protégeait pas contre l'arbitraire, la force et la cruauté.

Il était bel et bien en danger.

- J'ai très peur, Dame Lithildren.

Cette confession lui avait échappé, et il baissa la tête plein de honte. Il aurait voulu être plus courageux, avoir le cœur brave de ces chevaliers qui partaient à l'aventure sans craindre ni l'adversité ni les épreuves. Mais il n'était qu'un jeune érudit perdu dans ses livres. Il n'avait pas ces qualités.

- Je vous aiderai de mon mieux, cependant. Pour monsieur Nallus.

Cette pensée réconfortante lui tira un sourire difficile. Il songeait souvent au vieil homme, qui devait se morfondre entre quatre murs glacés, dans une pénombre épuisante. C'était du moins ainsi que le garçon se représentait une cellule, et il espérait bien pouvoir en tirer son mentor. Malgré ses doutes et ses hésitations, il éprouvait au fond de lui-même une forme d'excitation incontrôlable à l'idée de mener enfin un combat qui en valait la peine. Il était là pour aider Lithildren, et il lui semblait tout à coup que tous ses efforts passés avaient désormais un sens. Il n'apprenait plus simplement pour impressionner ses professeurs ou éprouver la satisfaction discrète du travail accompli, mais pour une cause noble et juste qui méritait d'être défendue. C'était sans doute ce qui lui permettait de rester là, fermement ancré sur ses pieds, plutôt que de fuir en courant pour oublier toute cette histoire.

Il en était là de ses réflexions quand le cri de Lithildren le ramena brutalement à la réalité. Il sursauta comme si on l'avait piqué avec un aiguillon, et mit un moment à comprendre ce qu'elle voulait lui dire. Trouvé ? Trouvé quoi ? Son impatience était à la hauteur de sa découverte, cependant, car quand elle lui montra la clé de lecture du texte mystérieux qu'il avait retrouvé dans les documents de Nallus, ses yeux s'agrandirent de surprise.

- Un code… Astucieux !

Son enthousiasme de jeune garçon adepte de petits jeux d'esprit s'éveilla, et il adressa de sincères félicitations à l'Elfe. Elle venait de les faire avancer d'un grand bond dans cette histoire et, peut-être, de les mettre sur une piste intéressante qui leur permettrait de libérer Nallus.

- Nous avons là une indice très précieux, mais cela ne nous donne pas encore l'identité des coupables. Il serait plus prudent de garder cette lettre en sûreté.

Il invita Lithildren à le suivre un peu plus loin dans la pièce, et lui indiqua l'emplacement d'un petit coffre secret, habilement dissimulé derrière un pan de mur amovible sur simple pression. Le tout était invisible de l'extérieur, mais recelait assez d'espace pour enfermer en sûreté leurs documents et éviter une fouille. Le jeune étudiant s'en expliqua :

- La Société des Chercheurs est une institution ouverte et neutre, mais nous savons quels risques peuvent peser sur nous en raison de nos activités. L'université recèle de nombreux secrets, et nous avons pris l'habitude de mettre en sécurité le fruit des recherches les plus sensibles.

Il referma la cache soigneusement, et se tourna vers Lithildren, qui semblait au moins aussi épuisée qu'il pouvait l'être. D'une voix douce il lui indiqua :

- On ne voit guère le temps passer ici, car les fenêtres sont hautes, mais le soir tombe déjà. Que diriez-vous de prendre un repos bien mérité, et de nous restaurer ?

Reinil avait raison. Ils avaient travaillé d'arrache-pied toute la journée, sans même voir les heures défiler, et ce n'était que maintenant qu'ils se rendaient compte qu'ils n'avaient rien avalé depuis le matin. L'heure était venue de prendre un repas chaud, et de se relaxer afin d'être en mesure de percer les autres secrets de la Fraternité dès le lendemain. Ils pouvaient déjà se satisfaire de leurs progrès, car ils semblaient désormais être sur une piste brûlante qui mériterait d'être creusée plus avant. Le jeune garçon conduisit Lithildren hors de la salle de recherche, vers un grand hall désespérément vide, où se rassemblait à peine une demi-douzaine d'érudits. Ils mangeaient en bavardant de choses et d'autres, mais interrompirent leurs conversations en voyant approcher Lithildren.

Leurs sourires sincères et francs offrirent un accueil aussi chaleureux que possible à ces hommes de science et de savoir qui se réjouissaient de dîner en illustre compagnie. Ils lui firent signe d'approcher, et l'un d'entre eux s'appliqua à lui servir une large portion de légumes variés, accompagnée d'une pièce de jambon de toute évidence savoureuse. C'était un repas de qualité si on le comparait à ce que mangeaient les gens du peuple en-dehors des murs de l'imposante Minas Tirith, mais à l'échelle de la cité ce repas semblait modeste et frugal. Les professeurs cultivaient une forme de modestie qui les honorait, même s'ils vivaient dans le confort de la plus prestigieuse forteresse de la Terre du Milieu, et que leurs frais étaient couverts par le trésor royal et par les généreuses donations des aristocrates soucieux de se comporter en mécènes avisés.

Les convives se montrèrent curieux au sujet de la présence de Lithildren entre ces murs, ce qui les incita à lui poser quelques questions polies, mais ils étaient suffisamment sages pour savoir qu'il n'était pas utile de tout connaître, et que les motifs de la jeune femme n'appartenaient qu'à elle. En ce monde, la connaissance était autant une arme qu'un danger, et ils ne souhaitaient pas faire planer une quelconque menace sur eux-mêmes, surtout que l'arrestation de Nallus était encore fraîche dans leurs esprits. Ils se mirent donc rapidement à parler d'autre chose, laissant la conversation dériver au gré du hasard. Pour Reinil, ce moment de détente était tout simplement magique, et il avait toujours adoré entendre les professeurs échanger et débattre entre eux, leurs esprits vifs s'engageant dans des duels de logique et de vivacité au moins aussi impressionnants que les passes d'armes des bretteurs les plus talentueux.

Ils mangèrent, ils burent, ils rirent même aux plaisanteries acérées que les vénérables se lançaient parfois. Pour la première fois depuis fort longtemps, il sembla qu'un cocon de paix et d'harmonie venait de se constituer, loin des tourments de la guerre, de la maladie et de la Fraternité de Yavannamirë…


~ ~ ~ ~

Une page ne se tourne pas, elle se déchire Rhydon10

Le soir entrait par la fenêtre du petit bureau, qui donnait directement sur l'ensemble de la cité. Depuis le septième niveau, les torches que portaient les gardes ressemblaient à de petites perles lumineuses, comme si sous leurs pieds s'était étendu un ciel étoilé dans lequel le vertigineux promontoire l'incitait à plonger. Quelqu'un frappa soudainement à la porte :

- Entrez, fit-il en se détachant de sa contemplation.

Un homme d'âge mûr fit son apparition dans l'entrebâillement, lissant les plis de sa tunique en essayant de cacher une pointe de nervosité. Ou d'agacement ?

Une page ne se tourne pas, elle se déchire Pg50

- Lord Rhydon, vous vouliez me voir ?

L'intéressé hocha la tête, et prit place dans son épais fauteuil.

- Tout à fait, capitaine Erelas. Je voulais entendre de votre bouche quelles étaient les nouvelles.

Erelas s'éclaircit la gorge, se redressant imperceptiblement comme s'il s'apprêtait à faire un rapport. Il commença d'ailleurs son récit de manière méthodique, en énonçant clairement les principaux points à retenir, à savoir que la situation des civils et de l'armée était toujours sous contrôle malgré les rumeurs qui se faisaient de plus en plus insistantes, et que la garnison en place à Rammas Echor n'avait toujours repéré aucun signe menaçant de la part des Orientaux de Cair Andros. Ils attendaient, stationnés aux points stratégiques, sans savoir quand ils seraient relevés de leurs fonctions et enfin autorisés à stationner à l'intérieur de la Cité Blanche. Rhydon l'écoutait très attentivement, fixant sur lui des yeux sombres.

- Est-ce tout ? Fit-il bientôt quand Erelas eut achevé son récit.

- Euh… Oui, sire, je crois que je n'oublie rien.

- Et moi je crois au contraire que vous oubliez quelque chose de très important. On m'a rapporté que vous aviez admis quelqu'un au sein de Minas Tirith, ce matin. Une femme elfe.

Le capitaine s'efforça de rester impassible, mais il ne put s'empêcher de tiquer intérieurement. Rhydon ne l'avait pas fait venir pour un simple rapport. Il avait essayé de gagner du temps en lui parlant de choses et d'autres, mais Lithildren semblait être la principale raison pour laquelle il avait été convoqué ici. Car après tout, il n'était pas dans les habitudes de cet homme sec et pédant de prendre ses informations directement auprès des hommes de la troupe qui se trouvaient sur le terrain. De son point de vue, Erelas n'était qu'un des très nombreux maillons de la cotte de mailles humaine qui défendait Minas Tirith. Un maillon paré du titre de capitaine, mais un maillon parfaitement remplaçable néanmoins. Son ascendance noble lui conférait peut-être un certain prestige au sein de l'armée régulière, mais pas ici. Pas dans ce bureau.

- C'est exact, sire. J'ignorais cependant que vous étiez intéressé par cette affaire.

- Il n'est pas d'affaire qui n'intéresse pas le Service, capitaine. Dites-moi, pourquoi avez-vous fait entrer cette femme dans Minas Tirith ?

L'officier prit une seconde de réflexion. S'il mentait, il se pouvait fort que la situation se retournât contre lui dans le futur, et Rhydon n'était pas du genre à plaisanter avec l'insubordination. Même s'ils n'appartenaient pas officiellement à la même branche, il se débrouillerait pour briser sa carrière, voire le faire passer pour un traître au royaume. A l'heure actuelle, cette accusation pouvait suffire à l'envoyer à la potence… Il répondit sur un ton qu'il espérait convaincant :

- Elle cherchait à rencontrer les érudits de l'université de Minas Tirith, et c'est là que je l'ai conduite. J'ai aussi pensé qu'elle pourrait nous apporter son aide, car on dit que la médecine elfique est capable de faire des miracles.

La réponse était suffisamment évasive pour lui permettre de mettre Rhydon sur une fausse piste, mais l'homme était malin, et il demanda :

- Vous a-t-elle dit qui elle cherchait à rencontrer en particulier ?

- Je ne crois pas, mentit Erelas. Voulez-vous que je me charge de lui poser la question ?

Rhydon leva la main pour l'interrompre :

- Ce ne sera pas nécessaire, capitaine. Mes hommes s'en occuperont. Je ne vous retiens pas davantage, vous pouvez disposer.

Erelas inclina légèrement la tête, mais alors qu'il allait partir, Rhydon l'interpella d'une voix où ne transparaissait nulle compassion :

- Une dernière chose, capitaine… Rappelez-vous que vos ordres consistent à assurer la défense du Premier Cercle, pas de décider qui peut entrer ou sortir de Minas Tirith. Souvenez-vous en, car le général Cartogan aime peu ce genre d'initiatives. Compte-tenu du contexte, je suis sûr que vous comprenez.

- Oui sire, toutes mes excuses.

La porte se referma doucement derrière Erelas, et Rhydon lâcha un soupir. Son regard se perdit de nouveau vers l'horizon, alors qu'il se grattait le menton sans y penser. Il pressentait que quelque chose se tramait, mais il lui faudrait attendre d'obtenir un rapport à la fois fiable et précis pour se faire une idée de la situation. Le capitaine ne lui avait pas tout dit, et il y avait comme un vent de sédition dans les bas-fonds de Minas Tirith. Il se leva pour regarder de nouveau par la fenêtre, conscient que les ennemis du Gondor ne se trouvaient pas tous à l'extérieur de ces murs…


~ ~ ~ ~


Au petit matin, les jardins de l'université avaient ce petit quelque chose de féerique. Baignés d'une douce lumière, les lieux s'illuminaient de manière somptueuse, alors que plantes et murs se confondaient l'un avec l'autre, mariage curieux de la pierre et des végétaux le long d'ensembles architecturaux construits par des artistes de grand talent. Leur nom était peut-être oublié aujourd'hui, mais la beauté de leur création continuait de transparaître. On reconnaissait les traits númenoréens, à la fois lourds et imposants, mais s'y ajoutait la finesse et le goût du détail des Eldar. Le résultat était magnifique, et il fait bon se promener à l'ombre des grands arbres aux feuilles légèrement agitées par la brise en profitant de cette vue à nulle autre pareille dans la Cité Blanche. Cependant, quelque chose vint troubler le cadre idyllique et apaisant du jardin. Le bruit distinct de bruits de pas nombreux, accompagné des échos d'une vive discussion.

- Mais vous n'avez pas le droit ! Nous avons déjà déposé une plainte à Sa Majesté, et nous ne manquerons pas de dénoncer vos abus de pouvoir !

L'homme qui essayait vainement de défendre sa cause était un des professeurs que Lithildren avait rencontrés la veille. Il s'appelait Horas, et elle n'avait pas pu ne pas remarquer son regard malicieux. Il était un véritable bout en train d'ordinaire, mais en la circonstance il paraissait plutôt courroucé par la présence incongrue de deux soldats de l'armée royale en uniforme, qui escortaient un troisième homme, de toute évidence le chef de la troupe. Celui-ci, enveloppé dans une cape légère, pressait le pas pour ne pas avoir à écouter les plaintes du professeur. Les deux soldats qui le suivaient essayaient quant à eux de calmer leur interlocuteur qui n'en démordait pas et exigeait d'eux qu'ils attendissent aux portes de l'université.

Reinil était réveillé depuis quelques temps, et il avait déjà eu le loisir de se toiletter et de s'apprêter. Il se préparait en réalité à aller prendre le premier repas de la journée dans le hall commun, quand il entendit des éclats de voix. Il ne mit pas longtemps à comprendre que des hommes du Haut-Roy se trouvaient sur les terres de l'université, et que cette nouvelle violation de leurs droits ne pouvait avoir pour cause que la présence de Lithildren, arrivée la veille. Abandonnant ses affaires sur place, il se précipita jusqu'à la chambre de la guerrière, qui se reposait encore. Toquant précipitamment, il souffa :

- Dame Lithildren, c'est Reinil. Je… Faites vite, je crois que des hommes viennent pour vous !

Il entendit de l'agitation à l'intérieur, comme quelqu'un qui s'habillait prestement, et en retour il décida de monter la garde à l'entrée, prêt à accueillir le trio qui tournait déjà au bout du couloir et marchait vers lui d'un pas décidé.

- Garçon ! Cria le chef de la compagnie. Où se trouve l'Elfe ? Réponds rapidement, nous sommes pressés.

- Elle est à l'intérieur, mais elle n'est pas encore disposée à vous recevoir.

L'homme semblait ne pas se soucier de cet état de fait, mais Reinil s'interposa entre lui et la porte, la bloquant de sa frêle personne. Cette micro-résistance parut surprendre le militaire, qui rapprocha instinctivement la main de son épée. De toute évidence, ils étaient à cran, et ils n'avaient pas envie de perdre du temps. Pour autant, un meurtre de sang froid au beau milieu de l'un des lieux les plus révérés de la Cité Blanche serait considéré comme impardonnable. Il lui fallait trouver une autre solution.

- Nous avons des questions à lui poser, c'est tout.

- Une dame ne saurait voir quiconque avant d'être habillée, monsieur.

L'intéressé fit claquer sa langue, agacé. Il n'était pas payé pour qu'un gamin lui tînt tête. Au moment où il se trouvait sur le point de s'emparer de Reinil pour l'écarter sans ménagement de sa route, il vit toutefois la porte s'ouvrir. Lithildren fit son apparition, une expression indéchiffrable sur le visage. Mentalement, l'homme la compara au portrait sommaire qu'on lui en avait dressé, et jugea qu'il s'agissait probablement de celle qu'il recherchait. Elle avait des oreilles pointues, ce qui était assez rare dans la capitale du Gondor à l'heure actuelle. Pas de doute, c'était bien elle.

- Bonjour madame, je m'appelle Cereis. Au nom de Sa Majesté Mephisto, j'aimerais éclaircir les raisons de votre présence ici. Voudriez-vous nous expliquer ce qui vous amène à Minas Tirith ? Plus précisément à l'université ?

Un silence s'installa entre tous ceux qui étaient présents, y compris Horas qui venait d'arriver, le souffle court. Chacun regardait Lithildren dans l'attente de sa réponse. Cereis, qui paraissait très sûr de lui, se permit d'ajouter :

- J'ai des ordres très stricts, et je préférerais vous voir collaborer avec nous.

La menace était à peine voilée. Reinil, qui s'était légèrement écarté, ne put s'empêcher de noter que le pourpoint du dénommé Cereis ne portait pas les armes traditionnelles du Gondor. Il ressemblait peut-être à un militaire, mais il n'en avait certainement pas l'uniforme, contrairement aux deux gardes qui l'accompagnaient. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?


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Lithildren Valbeön
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyDim 14 Avr 2019 - 0:13
J'ai peur...

Elle ne connaissait que trop bien ces mots. La peur lui était familière, c'était une amie, une amante. La peur l'avait sauvée et condamnée. L'Elfe n'avait pas l'habitude d'avoir comme interlocuteur un enfant élevé loin des tourments du monde. Elle avait l'habitude des soldats, mercenaires, guerriers, esclavagistes... Les enfants étaient pour elle un véritable mystère. Sage et remplie de connaissances, pfeuh ! Elle était incapable d'adapter ses mots à un adolescent. Elle eut honte. Honte de sa ferveur face à la guerre, honte de son cœur froid, honte d'être qui elle était.

Oui, cacher. Mais où ? Des soldats ou espions écoutaient peut-être derrière la porte, alors à quoi bon ? Du calme, Lithildren. Reinil montra à l'Elfe pensive un coffre secret beaucoup trop bien dissimulé. Brillant ! Elle y déposa le parchemin avec une grande délicatesse et imprima dans son esprit son emplacement. Ne pas oublier ce détail, pitié mémoire flanchant à chaque nouvelle lune. Ne fais pas défaut cette fois-ci. Lithildren était satisfaite qu'ils possèdent ce genre de caches. Oui, cela servirait.

La fatigue tomba sur son esprit telle une enclume. Ils avaient tant réfléchis qu'ils en avaient oublié le temps passé entre ces murs. Le soir, déjà ? L'Elfe était assez silencieuse et se contentait d'hocher de la tête à ce que Reinil prononçait. L'adolescent emmena la belle Elfe dans la "salle à manger". Un hall aussi vide que les plaines sauvages qu'elle avait chevauché avec Oropher, puis Alart. Elle cessa de penser à ces deux hommes alors que les chercheurs se mettaient à nourrir l'adolescent et l'Elfe avec un repas qui parut luxueux à la représente elfique. En effet, cela faisait des mois voire des années qu'elle n'avait pas apprécié un repas - bien que modeste - aussi bon et copieux. La simple vue de la nourriture fit baver Lithildren qui se reprit en entendant de légers ricanements : ils voyaient son regard argenté fixement posé sur la nourriture et venant d'elle, il s'agissait d'une scène très pittoresque et saugrenue.

Elle se força à ne pas dévorer sauvagement sa nourriture. L'Elfe répondit aux questions qu'on lui posa de manière très évasive et cacha certaines vérités. Elle venait rendre visite à l'ami d'un ami, chercher conseil et quelques documents personnels de cet ami d'ami. Elle regardait Reinil ou les érudits, de sorte que Nallus soit un peu hors de la traduction de ses paroles. Mais son arrivée coïncidant trop parfaitement avec l'arrestation de Nallus. Un peu comme une horloge réglée, des événements se suivant avec une précision louche, un destin prédestiné. Tout s'accordait avec perfection et ordre, rouages d'une machine bien faire.

Une fois le repas terminé, l'Elfe regagna sa chambre. Fatiguée moralement et physiquement, elle se mit complètement nue et se sentit si bien qu'elle aurait pu dormir debout. Un air elfique lui revint en tête. Elle n'avait pas "entendu" de musique de son peuple depuis son dernier départ d'Imladris. Elle fredonna l'air : un chant mélancolique et beau, rêveur et portant les fardeaux du cœur et de l'esprit. Elle effectua quelques maladroits mais pourtant gracieux et ondulés pas de danse. Elle pensait avoir tout oublié. Elle se souvint avoir longtemps et souvent fredonné cet air quand elle connaissait Oropher.

Elle finit par s'allonger dans le lit et fixer le plafond. Oropher... Mon aimé... Lithildren aurait tant souhaité qu'il soit là. Sentir ses mains sur sa peau, son souffle dans son cou, son corps contre le sien. Elle aurait voulu sentir son amour, son désir, leur union parfaite dans la nuit. Mais elle était seule dans la pièce fraîche, laissée et abandonnée. Elle n'avait personne pour lui porter compagnie, personne pour la réconforter et la consoler. Il n'y avait que les esprits des morts qui la jugeaient, ses ancêtres qui la détestaient, les vivants qui la méprisaient. Et tout cela par sa faute, ses choix erronés, ses gestes ratés, ses actions impulsives. Tout était de sa faute. Holric, Oropher, Alart, bientôt Reinil. Tout, tout, tout, tout, tout. Elle poussa une complainte de détresse immense en se prenant la tête entre les mains. Elle avait émit le même bruit depuis les cachots au Rhûn. Et parfois dans son sommeil elle gémissait, s'agitait et criait. Mais quand elle avait Oropher, il protégeait ses nuits et l'aidait à tenir le coup même si elle l'ignorait. Quand il lui avait dit "Je t'aime" dans les Terres Sauvages, le temps s'était arrêté ; pareil quand ils avaient échangé un langoureux baiser alors qu'ils étaient capturés par des marchands d'esclaves. Pourquoi avait-elle mit autant de temps à admettre qu'elle aimait Oropher plus que tout, plus que quiconque même elle-même ? Cet amour la dévorait, l'emplissait et ne la quitterait jamais. Quelle malédiction et bénédiction à la fois. Après sa lamentation, elle était revenue à des pensées chaleureuses, imaginant son aimé dans le lit avec elle. Elle se remémora le contact de ses lèvres et de ses mains, son parfum et sa chaleur. Il lui manquait terriblement. Mais plus elle pensait à Oropher, plus son esprit penchait vers Chance Maven. L'humain avait aussi une présence plus que chaleureuse, un corps plus puissant que celui d'Oropher. La chaleur masculine lui manquait, en vérité. Elle n'avait pas succombé à un quelconque désir ni appel de la chair depuis deux siècles. C'est très long, même pour une Elfe. Cet appel de la luxure n'était que vers Oropher et s'ouvrait à Maven depuis leur recontre brève.

Lithildren ne se reconnaissait plus. Il n'était pas de son genre d'avoir de telles pensées. C'était une guerrière, pas une... une... simple femme. Elle entendit soudain un toc toc à la porte qui la fit sursauter. La voix de Reinil la prévint qu'on venait la cherchait. Elle sauta hors de son lit et commença à s'habiller rapidement. Elle cacha le sachet contenant la statuette de Gil dans sa botte et colla l'oreille à la porte. Reinil insistait pour qu'on laissât l'Elfe s'habiller. Elle passa une petite minute à reprendre ses esprits après avoir de si longues pensées sur la luxure et souffla. Elle ouvrit la porte, la mine neutre.

- Bonjour madame, je m'appelle Cereis. Au nom de Sa Majesté Mephisto, j'aimerais éclaircir les raisons de votre présence ici. Voudriez-vous nous expliquer ce qui vous amène à Minas Tirith ? Plus précisément à l'université ?

L'Elfe haussa intérieurement un sourcil. Au nom de la Majesté ? Ah oui ? Horas arriva à la fin de ces mots, tandis que Reinil fixait l'Elfe et Cereis.

- J'ai des ordres très stricts, et je préférerais vous voir collaborer avec nous.

Elle regarda les soldats et son jeune ami. Il avait froncé légèrement les sourcils alors qu'il observait Cereis. Quelque chose clochait. Elle inspira.

- Je ne suis ici que par intérêt d'érudition, purement et simplement. Minas Tirith est une cité si superbe, mais je n'y étais jamais venu en quatre siècles d'existence. Néanmoins, il ne m'avait pas été dit que son accès était si compliqué. J'ai dû marchander mon passage, imaginez-vous donc ! Elle arborait une attitude purement désinvolte. Si toutefois ma réponse ne vous convient pas, mon cher Cereis, alors vous devrez en répondre à des hommes gradés tels que le général Cartogan ou un de ses officiers. Je n'ai guère d'explication à fournir à un simple soldat envoyé en pleine nuit. Alors à moins que vous n'ayez une raison valable de m'arrêter ou de m'emmener, je vous conseille de transmettre mes salutations à celui ou auprès duquel vous avez acquis la mission de me faire lever, habiller et parler en pleine nuit ! Je pensais les hommes de cette Cité assez polis et courtois pour laisser à une Elfe une nuit correcte de sommeil, à moins que des tourments subtils n'aient pris pitié de votre âme et ne vous fassent lever sous le ciel nocturne.

Elle haussa volontairement un sourcil en lorgnant littéralement sur les soldats plantés devant elle. Ils avaient une vraie envie de l'étriper, cette Elfe. Pour qui se prenait-elle à se moquer ouvertement de soldats de Sa Majesté ?! Comment osait-elle défier l'autorité ?!

- Donc, messieurs. Comment je le disais précédemment, à moins d'un meilleur motif valable pour nous garder tous éveillés, je vais vous demander de quitter ce haut lieu d'érudition où les brutes de l'armée n'ont pas leur place.

Que les Valar la pardonnent, c'était purement irrésistible. Elle n'arrivait pas à s'en empêcher. Et ça allait mal finir.
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Ryad Assad
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMar 16 Avr 2019 - 16:52
Il y eut un silence fort long et fort gênant sitôt que Lithildren eut terminé de prendre la parole. Horas, notamment, semblait estomaqué, comme s'il n'en revenait pas de voir la guerrière tenir tête ainsi à trois hommes armés. Il ignorait bien entendu les capacités de l'Elfe, mais même une fière représentante des Premiers Nés aurait eu fort à faire face à trois hommes d'armes de toute évidence expérimentés et déterminés. Sa bravoure tranchait avec la posture d'ordinaire complaisante et résignée des érudits de Minas Tirith, qui s'étaient toujours pliés aux directives des autorités sans jamais opposer rien de plus qu'une résistance morale. Ils ne se seraient jamais opposés de cette manière à des hommes du Haut-Roy, et à l'évidence les intéressés ne s'attendaient pas une telle réaction.

Cereis, en particulier, fronça les sourcils brusquement, contrarié de voir la tournure que prenaient les événements. Mais un sourire cynique ne tarda pas à revenir hanter son visage jusqu'alors fermé. Un « simple soldat » ? Cette Elfe était décidément très amusante.

- En pleine nuit, fit-il sur un ton acide ? Ne voyez-vous pas que déjà le soleil se lève derrière le Mordor ? Nous avons eu la politesse de vous accorder une nuit de sommeil avant de vous questionner, mais la courtoisie a assez duré. Emparez-vous d'elle, nous l'interrogerons à la caserne !

Les deux hommes firent un pas en avant pour se saisir de Lithildren, mais Horas et Reinil essayèrent de s'interposer, plaidant en la faveur de leur invitée qui n'avait, après tout, rien fait de mal sinon venir faire quelques recherches au sein de l'université.

- Attendez, cria notamment le jeune garçon en levant les mains. Vous ne pouvez pas arrêter quelqu'un de cette manière, sans motif valable.

Le chef du trio fit claquer sa langue, décidément très contrarié par l'attitude de Reinil et par son outrecuidance. Il répondit sèchement :

- Nous n'arrêtons pas madame, nous la conduisons simplement ailleurs pour procéder à son interrogatoire. Mais si elle résiste, alors nous serons contraints de procéder à son arrestation, ainsi qu'à celle de tous ses complices, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés par le Haut-Roy.

En disant cela, il avait tapé du plat de la main sur l'armure du garde à sa droite, sur laquelle apparaissait un arbre stylisé. Le symbole du Gondor et de la lignée des rois qui gouvernaient cette cité depuis des âges. S'opposer à ceux qui arboraient cette tunique, cela revenait à s'opposer au royaume tout entier, mais plus largement aux Peuples Libres et, dans l'esprit de Cereis, à la notion même de « Bien ». Il croyait fermement dans la rectitude morale de son peuple, et il ne pouvait tolérer qu'on résistât aux directives qui venaient d'en haut. Cela contrevenait à sa conception très manichéenne des choses.

- Quant à toi gamin, c'est la dernière fois que tu te dresses entre moi et ma mission. Si tu veux continuer à vivre tranquillement ici, écarte-toi. A moins que tu ne préfères que je t'arrête sur-le-champ pour avoir cherché à défier mon autorité.

Reinil devint livide. Confronté à la perspective d'être emprisonné et jugé pour un acte séditieux, il se sentit soudainement faiblir. Dame Lithildren avait peut-être l'habitude de ce genre de situations, mais pas lui, et tout à coup la réalité venait le heurter de plein fouet. Cependant, avant d'avoir pu répondre, ce fut Horas qui prit la parole, aussi rusé que d'habitude :

- Monsieur Cereis, fit-il en feignant la politesse. Je crois que tout le monde ici veut que les choses se terminent bien. Si vous vouliez bien nous dire ce qui vous amène ici, nous pourrions essayer de régler cela pacifiquement.

- Cette femme, répondit l'intéressé en la pointant du doigt, est entrée à Minas Tirith pour des motifs qui apparaissent peu clairs à mes supérieurs, et sa présence ici soulève de nombreuses questions dans le contexte actuel.

Horas jeta un regard en coin à Lithildren, les yeux pétillants de malice :

- Je crois qu'elle vous a répondu, monsieur. Elle est ici pour faire de la recherche, rien de plus. Avez-vous une raison particulière de ne pas la croire ?

Pour la première fois, Cereis parut perdre de sa superbe. La façon dont la question était tournée donnait l'impression que quelque chose se tramait, et que les soldats en étaient responsables. D'ailleurs, les deux gardes se tournèrent vers leur chef, curieux d'entendre sa réponse. Ils n'étaient pas là pour parler, mais ils savaient écouter et leur jugement n'en serait pas moins décisif si des choses immorales étaient à l'œuvre. Même s'ils obéissaient fidèlement aux ordres, ils savaient encore distinguer le bien du mal. Cereis s'éclaircit la gorge, cherchant à écarter les accusations :

- Eh bien… je trouve seulement cela suspect. Je souhaite savoir quelles informations vous recherchez, et dans quel but. Vous n'êtes pas ici simplement pour lire quelques livres et bavasser avec les professeurs, n'est-ce pas ?

Il marqua une pause lourde de sens. Même si l'université de Minas Tirith était renommée dans toute la Terre du Milieu, les Elfes avaient dans leurs propres bibliothèques des textes infiniment plus précieux que ceux que l'on pouvait trouver ici, et leurs sages en connaissaient certainement bien davantage que les plus éminents enseignants. Pour Cereis, il y avait anguille sous roche, et il était déterminé à mettre la main dessus, quitte à déplaire à ceux qui se mettraient en travers de sa route. Ce fut Horas qui, le premier, fit les frais de ce caractère inflexible.

- Mais monsieur, s'exclama-t-il presque outré, pensez-vous que nous soyons des chercheurs de pacotille, et que nous ne pouvons pas converser avec une Elfe ? Croyez-vous qu'en nous injuriant après avoir manqué du respect le plus élémentaire envers notre communauté vous gagnera nos faveurs ? Je vous prierais de bien vouloir quitter les lieux, et de faire intervenir votre supérieur en personne ! Cela suffit, à présent !

La colère indignée de Horas était montée brusquement, mais la réaction de Cereis fut aussi vive que cinglante.

- Taisez-vous, vieil homme !

Horas, peu habitué à être ainsi repris, se tut brusquement, choqué.

- Je ne réponds que devant le Général Cartogan, tempêta le militaire, et ce n'est pas vous qui allez me dicter ma conduite. Vos prétendus droits ne sont rien face aux impératifs de la défense de cette cité, mais vous… vous entravez mon enquête. Gardes, arrêtez cet homme, et conduisez-le immédiatement en détention.

Un des deux soldats s'approcha de Horas qui, encore  abasourdi, n'opposa pas la moindre résistance. Une main ferme se posa sur son épaule et l'éloigna de la scène, sans lui laisser l'opportunité d'intervenir par ailleurs. Cereis se détourna de lui, et focalisa son attention sur Lithildren. Cependant, Reinil s'interposa de nouveau entre elle et lui, ce qui fit monter la colère dans le guerrier. Il ne comprenait pas que dans les circonstances, de simples civils trouvassent le cran de s'opposer aussi ouvertement à l'autorité royale. Ne comprenaient-ils pas que l'ennemi était aux portes, et qu'ils ne pouvaient pas simplement accueillir une étrangère au sein de leurs murs ? Des espions et des traîtres circulaient de toutes parts, et tous ne se présentaient pas sous les formes les plus désagréables.

- Écoutez, madame… Suivez-nous sans protester, et je m'arrangerai pour laisser votre jeune compagnon tranquille. Mais si vous faites du zèle, je serai obligé de tous vous appréhender, et les Valar seuls savent ce qu'il adviendra de vous par la suite. Tendez-moi vos mains.

En disant cela, il avait sorti une corde, qu'il tenait ostensiblement dans sa main ouverte. Un signe qu'il voulait bienveillant. L'autre n'était pas très loin de son épée pourtant, et il n'hésiterait pas à répondre à la force par la force si Lithildren tentait quoi que ce fût d'inconsidéré.


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Lithildren Valbeön
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMar 16 Avr 2019 - 18:11
- Vous ne pouvez pas arrêter quelqu'un de cette manière, sans motif valable.
- Nous n'arrêtons pas madame, nous la conduisons simplement ailleurs pour procéder à son interrogatoire. Mais si elle résiste, alors nous serons contraints de procéder à son arrestation, ainsi qu'à celle de tous ses complices, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés par le Haut-Roy. Quant à toi gamin, c'est la dernière fois que tu te dresses entre moi et ma mission. Si tu veux continuer à vivre tranquillement ici, écarte-toi. A moins que tu ne préfères que je t'arrête sur-le-champ pour avoir cherché à défier mon autorité.
- Monsieur Cereis, fit-il en feignant la politesse. Je crois que tout le monde ici veut que les choses se terminent bien. Si vous vouliez bien nous dire ce qui vous amène ici, nous pourrions essayer de régler cela pacifiquement.
- Cette femme, répondit l'intéressé en la pointant du doigt, est entrée à Minas Tirith pour des motifs qui apparaissent peu clairs à mes supérieurs, et sa présence ici soulève de nombreuses questions dans le contexte actuel.
- Je crois qu'elle vous a répondu, monsieur. Elle est ici pour faire de la recherche, rien de plus. Avez-vous une raison particulière de ne pas la croire ?
- Eh bien… je trouve seulement cela suspect. Je souhaite savoir quelles informations vous recherchez, et dans quel but. Vous n'êtes pas ici simplement pour lire quelques livres et bavasser avec les professeurs, n'est-ce pas ?
- Mais monsieur, s'exclama-t-il presque outré, pensez-vous que nous soyons des chercheurs de pacotille, et que nous ne pouvons pas converser avec une Elfe ? Croyez-vous qu'en nous injuriant après avoir manqué du respect le plus élémentaire envers notre communauté vous gagnera nos faveurs ? Je vous prierais de bien vouloir quitter les lieux, et de faire intervenir votre supérieur en personne ! Cela suffit, à présent !
- Taisez-vous, vieil homme !
- Je ne réponds que devant le Général Cartogan, tempêta le militaire, et ce n'est pas vous qui allez me dicter ma conduite. Vos prétendus droits ne sont rien face aux impératifs de la défense de cette cité, mais vous… vous entravez mon enquête. Gardes, arrêtez cet homme, et conduisez-le immédiatement en détention.
- Écoutez, madame… Suivez-nous sans protester, et je m'arrangerai pour laisser votre jeune compagnon tranquille. Mais si vous faites du zèle, je serai obligé de tous vous appréhender, et les Valar seuls savent ce qu'il adviendra de vous par la suite. Tendez-moi vos mains.

Lithildren s'était contentée d'observer le dialogue avec sa neutralité désormais légendaire. Elle n'avait rien à répondre et n'était pas douée pour les jeux d'esprits. Que Reinil veuille la protéger était louable mais futile. La guerrière s'attendait à ce qu'on l'emmène et elle le voulait d'une certaine manière. Mais elle écoutait, curieuse de connaître les justifications de Cereis. Le manque valable de motif n'était qu'une preuve que des forces supérieures voulaient juste faire taire et/ou disparaître l'Elfe.

Horas commença à être appréhender et Lithildren ne le voulait pas. Elle avança d'un pas vers Cereis, aussi grande qu'un homme adulte voire un peu plus, le regardant dans les yeux.

- Nul besoin de faire arrêter cet homme, messire. Ces scolaires et chercheurs sont très inquiets de leur sort, à cran depuis que, de ce que j'ai entendu depuis mon arrivée, les hommes du Haut-Roy ont arrêté l'un des leurs. Un certain Na... Namus ? Naldus ? Ah, oui, Nallus. Elle feignait très bien de ne pas savoir ce nom. Je suis, comme vous pouvez vous en douter, moi-même prudente sur ma propre personne. Ne prenez pas tout ceci contre votre devoir ni votre autorité. Il ne s'agit là que d'une manifestation de la peur envers la fermeté et l'autorité militaire n'ayant pas leur place en ce lieu réservé à l'intellectuel et le savoir. Lâchez ce pauvre homme qui ne voulait que s'assurer de vos intentions à mon égard et à l'égard de l'Université. Elle fit une pause. Cereis avait une mine colérique mais finit par relâcher légèrement ses épaules face au ton très doux de l'Elfe. Je vais venir avec vous, sans opposer une quelconque résistance. En échange de quoi, laissez donc en paix les érudits. Cela étant dit, je préférerais que nous évitions la corde à mes poignets. Elles ne sont pas nécessaires, je ne tenterai pas de m'enfuir.

C'était un de ses nombreux points faibles. Aussi forte et capable qu'elle était, une simple corde à ses poignets pouvait la rendre immobile. Entre le Rhûn et la caravane de marchands d'esclaves, cela faisait assez de liens à ses poignets pour être supportable. Mais Cereis ne semblait pas enclin à flancher et elle dû tout de même se faire lier les poignets. Il accéda tout de même à ne pas trop serrer. Horas avait été relâché. Cereis marchait devant l'Elfe pendant que les deux autres soldats tenaient chacun un bras de la guerrière aux cheveux de jais. Un des scolaires devait tenir Reinil pour éviter à l'adolescent de s'interposer encore une fois. Il n'était pas bête mais était blanc comme neige, tout innocent et ignorant de la vérité de l'extérieur de ces murs.

Lithildren fut emmenée jusqu'à l'extérieur et regarda autour d'elle. Des odeurs âcres diverses lui parvenaient. Elle se demanda ce que penseraient ceux qu'elle avait rencontré s'ils la voyaient ainsi. Elle ne faisait pas un seul signe de défiance ni ne cherchait à s'échapper. Cereis jetait parfois des regards derrière lui et tout ce qu'il voyait était une Elfe à la neutralité brutale qui semblait presque rêvasser. Il était rassuré qu'elle ne lui donnait pas plus de fil à retordre que ça. La fierté des Premiers Nés rendait une arrestation difficile et cela semblait presque relever du miracle qu'aucune goutte de sang ne fut versée ni violence exécutée. Ce n'était pas plus mal : que diraient les Elfes si l'une des leurs étaient ainsi là, "enchaînée" comme une vulgaire criminelle et épaulée par des soldats qu'elle aurait très facilement pu tuer ? Probablement rien de plaisant. En revanche, les deux soldats qui tenaient l'Elfe étaient à cran. Ils avaient une crainte certaine qui se lisait dans leurs yeux bien que leur origine fut dissimulée à la guerrière. Que craignaient-ils ? La vérité derrière cette "arrestation" ? Qu'elle veuille s'échapper et assassiner le Haut-Roy ? Qu'elle soit un signe de mauvaise augure ? Lithildren se le demandait bien. Que voyaient-ils en elle à part ses oreilles, ses yeux argentés et sa race dont découlait les préjugés associés : un don avec les armes et le combat qui défiait les meilleurs épéistes humains. Avaient-ils peur pour leur vie ? L'Elfe n'omettait aucune résistance qui puisse leur faire penser qu'elle voulait les tuer. Elle ne paraissait même pas tendue.

Alors qu'en réalité, Lithildren était dans le quatuor celle qui avait le plus peur. Elle avait peur qu'on ne l'enferme dans un cachot, peur qu'on l'exécute et peur que son jugement n'arrive trop rapidement. Elle avait peur de la vérité, peur de révéler des complots qui chambouleraient la simple face du monde. Le pays du Gondor était assez instable comme cela, entre la guerre, les complots et maintenant ça. La guerre était-elle causée par la Fraternité ? Étaient-ils derrière toute la tempête politique et militaire agitant les Terres du Milieu ? Pourquoi chercher un coupable, Lithildren ? Les Hommes se sont toujours fait la guerre et ils se la feront toujours. Cela ne changerait probablement jamais. La corruption, la haine, la guerre, la violence, la rancœur, la vengeance... Elles consumaient les Hommes, les consument encore et les consumeront à jamais. Car tels sont-ils devenus : des hôtes prêts à éclater et brûler le monde si cela soulage leur fureur. Quel gâchis. Une si belle terre, abreuvée de sang jusqu'aux racines les plus profondes et même au-delà.

Cereis finit par s'arrêter. Lithildren ferma les yeux et se mit à prier en silence les Valar. Que la fin ne vienne pas ici ni maintenant et puisse-t-elle avoir la force de voir dans le cœur des gens la corruption ou la pureté. Puisse-t-elle voir les complots où ils existent et la sincérité où elle est. Que ses yeux et son cœur ne confondent pas le mensonge avec la vérité... Et les Valar pardonnent les erreurs commises et les choix à venir.
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Ryad Assad
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMer 17 Avr 2019 - 11:17
Cereis devait bien l'admettre, l'attitude de l'Elfe le laissait perplexe. Il devinait son caractère impétueux, indomptable, et pour autant elle ne semblait pas encline à s'opposer à lui. Pour protéger le gamin et le vieil homme ? Il savait que les Eldar se pensaient comme les défenseurs d'un idéal de paix et d'harmonie, mais il avait toujours cru que ce peuple mystérieux préférait se soucier de ses propres problèmes que de ceux des simples mortels. Les créatures telles que lui n'étaient que poussière à leurs yeux.

Il ne comprenait tout simplement pas.

Pourtant, un élément décisif le poussa à se méfier davantage que de raison. Elle avait évoqué le nom de Nallus. Elle avait eu beau feindre de ne pas le connaître, elle avait spontanément abordé le sujet, et c'était déjà bien assez pour éveiller la suspicion à son endroit. Ses ordres, comme il l'avait indiqué à l'Elfe, étaient particulièrement stricts. On ne lui avait donné que très peu d'informations, mais il se souvenait encore très bien des mots de son supérieur : « elle est peut-être liée dans le complot de Nallus ». Ces paroles étaient gravées dans sa mémoire, et il n'avait pas le sentiment qu'il s'agissait d'une simple coïncidence. Il avait vu trop d'espions ennemis au cours de sa carrière pour encore croire à ce genre de choses. L'Elfe, quelles que fussent ses intentions, n'était pas aussi innocente qu'elle voulait bien le faire croire.

En la voyant essayer de négocier pour défendre les deux érudits, il comprit qu'il avait là une opportunité à exploiter, une faille dans sa garde qu'elle laissait délibérément ouverte, en espérant qu'il allait faire preuve de clémence envers les innocents. Cereis n'était pas un homme fondamentalement mauvais, et il ne prenait aucun plaisir à ce genre de choses, même s'il accomplissait son devoir avec un zèle louable. Lorsque l'occasion lui fut présentée de mettre un terme à cette affaire sans trop de vagues, il s'en empara sans la moindre hésitation.

- Très bien, madame, nous ferons ainsi. Relâchez-le.

Horas retrouva sa liberté, mais il était encore sous le choc, et il mit un moment à reprendre ses esprits. La scène qui se jouait ici était par trop inhabituelle entre ces murs pour que quiconque y fût préparé. A part Lithildren, naturellement. Cereis la dévisagea, lui faisant comprendre que son geste de bonne volonté exigeait une contrepartie de la part de l'Elfe, et qu'elle devait se soumettre au protocole.

- Si vous nous aviez suivi sagement dans un premier temps, nous n'aurions pas eu besoin de telles entraves. Cependant je serais plus rassuré en vous sachant attachée. Rassurez-vous, à cette heure Minas Tirith dort encore, et vous éviterez l'humiliation publique.

Maigre consolation, mais il s'agissait néanmoins d'un privilège rare. Elle aurait pu être arrêtée avec fracas par les autorités de la cité, conduite sans merci au milieu d'une foule ébahie qui l'aurait prise pour cible avec cruauté. Dans le contexte tendu de ces derniers temps, les espions et les traîtres suscitaient une rage populaire à nulle autre pareille. Le peuple de Minas Tirith cherchait les potentiels rebelles, et se méfiait comme de la peste des nouveaux venus en ville, dont l'allégeance n'était pas claire. La confiance était devenue rare, et les individus comme Mevan ou Erelas – qui accordaient du crédit aux propos d'une inconnue – avaient été marginalisés par la politique du général Cartogan. Cet homme exigeait une loyauté sans faille de la part de ses troupes, afin de maintenir l'ordre.

Toujours l'ordre.

Il n'y avait pas de place pour la sympathie, pour les sentiments ou pour les initiatives personnelles. L'obéissance était la clé de voûte de son armée, et il avait instauré une politique sécuritaire nouvelle et brutale à Minas Tirith qui, il fallait bien l'avouer, avait produit des résultats inespérés. La paix était revenue au sein des sept cercles, on ne parlait plus de sombres complots contre la personne du roi, et même les bandes criminelles qui avaient fait des premiers cercles leurs terrains de jeu avaient été repoussées et se dissolvaient comme des ombres à midi.

Lithildren fut donc attachée, mais de sorte à ce qu'elle ne sentît pas trop durement la morsure de la corde sur ses poignets. Une attention discrète que Cereis avait envers elle afin de lui montrer qu'il n'était pas là pour la faire souffrir inutilement. Il souhaitait simplement lui poser des questions. Ils s'éloignèrent donc rapidement de l'université, et prirent la direction de la caserne, qui se trouvait plus haut dans la cité, les obligeant à remonter progressivement le long du chemin unique qui serpentait à travers la capitale comme un serpent gigantesque enroulé autour de la montagne. Les rues étaient effectivement désertes à cette heure, et ils ne croisèrent ni commerçants, ni artisans, ni même les nobles les plus matinaux qui dormaient encore. Si quelque chose devait se dérouler, il n'y aurait aucun témoin.

Le malaise des soldats était perceptible, et Lithildren pouvait sentir leur tension qui s'exprimait par des contractions nerveuses qui se répercutaient jusque dans leurs doigts, et à travers le tissu sur les bras de la guerrière. Ils étaient concentrés, mais quelque chose les agitait, sans qu'il fût possible de dire quoi avec certitude. Tout à coup, Cereis bifurqua de la rue principale, et s'engouffra dans une artère moins exposée. Cela ne ressemblait pas au chemin de la caserne, à n'en pas douter, mais personne ne jugea utile de faire le moindre commentaire.

Cependant, alors qu'ils continuaient à progresser tranquillement vers des ruelles de plus en plus étroites, ils s'arrêtèrent. Leur route était barrée par une silhouette encapuchonnée qui se tenait trop loin pour pouvoir être identifiée avec certitude.

- Qui va là ? Fit Cereis en portant instinctivement la main à son arme, un réflexe qu'il avait conservé de ses nombreuses missions à l'étranger.

La silhouette s'avança légèrement, et rabattit le capuchon qui dissimulait son visage. Une pluie de cheveux blancs cascada autour d'un visage glacial. Des yeux pénétrants plongèrent dans celui du chef de troupe, et une voix résonna, pure comme le cristal et tranchante comme l'acier :

- C'est moi, Cereis. J'ai l'impression que tu t'es trompé de chemin.

Une page ne se tourne pas, elle se déchire Neige10

- Neige, feula-t-il. Que veux-tu ?

La femme s'approcha de nouveau, de toute évidence insensible à la présence des deux hommes derrière Cereis. Ce dernier semblait agité… de la peur ? Oui, il avait l'air de craindre cette femme, et ce qu'elle pouvait lui faire. Leur faire. Il fallait s'en méfier, assurément.

- Ton ordre de mission, Cereis. Que dit-il, précisément ?

- Cela ne te concer…

Le regard de Neige s'agrandit légèrement, et ce simple geste suffit à faire regretter au guerrier ses velléités de résistance. Il tira de sa poche un document soigneusement plié et cacheté, qu'il tendit à la femme aux cheveux blancs. Celle-ci s'en empara sans un mot, et le lut attentivement, indifférente à la nervosité presque palpable de tous les autres. Elle agrémenta sa lecture de nombreux « hm » pensifs, avant de reprendre :

- Je vais prendre en charge cette dame à partir de maintenant. Tu peux disposer, Cereis.

- M-Mais…

Un nouveau regard le figea sur place. Neige n'était pas d'humeur à plaisanter, ou à tolérer le moindre signe d'insubordination. Car oui, Cereis était bien son subalterne, et même s'il tenait ses ordres de tout en haut, il n'en demeurait pas moins sous sa direction. Il fit signe aux deux hommes, et ils firent demi-tour sans mot dire, s'éloignant d'un pas pressé pour cacher leur humiliation. Neige les observa s'éloigner au loin, avant de revenir à l'Elfe. Elle tira un poignard, et d'un geste sec fit tomber les liens qui l'entravaient.

- Je suis désolée pour tout ça. Vous arrivez à Minas Tirith dans une situation très particulière, je le crains. Vous êtes Lithildren, c'est bien ça ?

La question pouvait paraître anodine, mais elle en soulevait bien d'autres. Ce n'était pourtant pas le lieu pour en discuter. Neige était énergique, et elle savait rentabiliser son temps. Elle entraîna l'Elfe dans la direction inverse de celle où elle allait, pressant le pas pour éviter de croiser une patrouille par inadvertance. Son pas rapide ne favorisait pas la conversation, mais elle trouva néanmoins le temps de donner de brèves explications.

- Nous retournons à l'université. Je crains que vos amis ne fassent une bêtise si nous les laissons sans nouvelles trop longtemps.

Elle marqua une pause, avant d'ajouter :

- Il est curieux qu'ils aient pris fait et cause pour vous si rapidement, mais s'ils vous ont fait confiance, c'est que vous méritez sans doute que l'on vous écoute.

En arrivant dans les lieux qui avaient accueilli Lithildren, Neige et elle furent accueillies par le rire communicatif de Horas qui semblait immensément heureux de retrouver leur visiteuse. Son sourire s'étendait d'une oreille à l'autre, et il serra chaleureusement la main qui lui était tendue, manquant de danser sur place tant il trépignait d'impatience à l'idée de connaître le fin mot de cette affaire. Mais ce fut la réaction de Reinil qui fut la plus touchante. En voyant l'Elfe revenir, il s'était précipité vers elle et l'avait pris dans ses bras comme un fils retrouvant sa mère. Il la serra fort, avant de lâcher :

- Nous vous croyions perdue ! C'est un miracle !

Neige, qui se tenait tout à côté, afficha un sourire gêné. Elle ne savait jamais comment réagir quand les choses allaient bien… Peut-être parce qu'elle savait que tout allait basculer rapidement. D'une voix qu'elle voulait apaisante, elle demanda à Horas :

- Où pouvons-nous discuter tranquillement, monsieur ? Je souhaiterais m'entretenir avec cette femme.


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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMer 17 Avr 2019 - 14:06
Une voix ? Hein ?

Lithildren rouvrit les yeux et haussa un sourcil en voyant une femme aux cheveux blanc postée devant eux. Cereis devint tout déconfit et ne sut plus où se mettre. Elle n'eut même pas à lever le ton qu'il donna ses ordres d'une main fébrile. L'Elfe en était complètement abasourdie. Que ? Hein ? Quoi ? Les trois hommes décampèrent aussi vite que cette femme était apparue, laissant la pauvre Elfe perdue et confuse. Que venait-il de se passer, au juste ? La femme les avait renvoyé comme... comme... Elle ne trouvait pas de comparaison capable de résumer la situation cocasse mais néanmoins bienfaitrice. La femme lui coupa net les liens avec sa dague et la somma de la suivre. L'Elfe n'était pas habituée à voir une humaine dans un contexte militaire. Ou soldat. Ou... dans ce genre de contexte. Elle avait trop l'habitude des mâles dans ce genre de place. Mais la femme était froide et aussi neutre que la guerrière.

- Nous retournons à l'université. Je crains que vos amis ne fassent une bêtise si nous les laissons sans nouvelles trop longtemps.

L'Elfe parut se satisfaire de cette explication pendant qu'elles marchaient rapidement vers le point de départ de tout ceci. Lithildren mentirait en disant qu'elle n'était pas contente, bien qu'une part d'elle-même râlait parce qu'elle aurait pu savoir qui tenait les ficelles. Mais peut-être cette "Neige" expliquerait plus amplement la situation.

- Il est curieux qu'ils aient pris fait et cause pour vous si rapidement, mais s'ils vous ont fait confiance, c'est que vous méritez sans doute que l'on vous écoute.

Ou que, quand une représentante des Premiers Nés parlait, on la croyait. Est-ce qu'elle était véritablement écoutée pour sa race et non pour ses propos ? Ou vendait-elle brillamment ce qu'elle disait ? Ou bien aux bonnes personnes ? Lithildren haussait un sourcil mais tout viendrait en ordre. En temps et en heure. Lithildren appréhendait un peu le retour à l'université. Comment allaient réagir les érudits ? Elle l'ignorait et eut un pincement au cœur. Mais son inquiétude s'envola en voyant l'immense sourire d'Horas à la vue de l'Elfe aux cheveux noirs. Il semblait profondément heureux qu'on lui retourne la Dame Elfe, tel un enfant à qui l'on offrait une récompense. Mais ce qui choqua Lithildren fut Reinil. En la voyant, il fonça vers elle et... la prit dans ses bras. Les premières secondes, la guerrière fut figée de surprise. Elle ne savait pas comment réagir. La surprise et la gêne furent si visible qu'Horas se moqua légèrement d'elle.

- Nous vous croyions perdue ! C'est un miracle !

Lithildren eut les larmes aux yeux. Reinil faisait fondre son cœur, plus qu'Oropher n'avait su le faire. La tendresse, l'honnêteté et l'innocence de Reinil attendrissaient la Dame. Elle serra l'adolescent contre elle dans un geste maternel instinctif, comme pour protéger le jeune garçon. Elle le connaissait à peine mais elle comprit qu'elle s'était attachée à lui. Une pensée l'attrista plus encore : aucun d'entre eux ne connaissaient ses crimes ni son statut auprès d'Imladris. Lorsque tout sera terminé, se dit-elle, j'irai payer ma dette envers ma cité. Mais elle chassa ce songe en entendant Neige.

- Où pouvons-nous discuter tranquillement, monsieur ? Je souhaiterais m'entretenir avec cette femme.
- Nous pouvons aller dans la salle d'étude où j'ai passé la journée d'hier. Ce sera plus confortable et "formel" que ma chambre. Suivez-moi.

Lithildren avait parlé avec une voix très douce et un peu pensive, puis avait relâché Reinil. La guerrière fit à l'humaine un geste léger indiquant poliment le chemin et de la suivre. Son interlocutrice hocha doucement de la tête et suivit l'Elfe. Elles se rendirent dans le bureau où Reinil et elle avaient passé la veille à étudier. Lithildren proposa à la femme de s'asseoir où elle le voulait, tandis qu'elle-même reprenait le siège sur lequel elle était hier.

- Je sais que vous avez des questions concernant mon arrivée coïncidant trop bien avec d'autres événements. Avant que vous ne me posiez des questions, sachez que je ne cherche nullement à nuire à la Cité, à l'armée ni à quiconque. Mon but est de faire transparaître la vérité dans l'obscurité. Elle fit une pause. La vérité est une question de choix de mots. Posez vos questions. Mais vous devrez m'expliquer ce qu'il se passe et surtout pourquoi vous m'avez aidée. Aide dont je vous remercie mais vous comprendrez bien que je veux savoir qui je peux placer chez mes ennemis et chez mes amis.

Lithildren adoptait un ton et une posture calme et à l'écoute. Elle était coopérative et curieuse de savoir ce que lui voulait bien cette femme aux cheveux blanc.
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMar 23 Avr 2019 - 16:50
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Croyant avoir entendu un bruit suspect, Neige tourna brusquement la tête vers la grande porte de l'université, craignant déjà de voir des hommes d'armes envoyés par Cereis arriver. Elle se demandait s'il l'avait suivie jusqu'ici ou s'il s'était empressé d'aller faire son rapport pour expliquer à quel point elle lui avait mis des bâtons dans les roues. Quoi qu'il en fut, elle savait qu'elle n'avait pas beaucoup de temps, et qu'elle avait pris un gros risque en s'opposant de manière si nette aux directives du Service. Ses supérieurs l'avaient déjà en ligne de mire, et ils n'hésiteraient pas à la réprimander à la moindre occasion. En l'occurrence, elle avait pris soin de conserver l'ordre de mission sur elle, espérant pouvoir se couvrir si quelqu'un venait lui demander des explications. Elle pourrait toujours prétendre avoir voulu mener l'enquête personnellement…

Pressant le pas derrière Lithildren, elle suivit cette dernière dans la salle de travail, accompagnée du jeune Reinil et de Horas. Les deux érudits paraissaient vouloir les protéger, observant autour d'eux pour s'assurer que personne ne venait, mais il était évident pour la jeune femme qu'ils ne pourraient rien faire si de nouveaux gardes arrivaient. Le premier était trop jeune, trop inexpérimenté, et franchement trop timide pour se débrouiller dans une bagarre, même s'il avait affaire à un simple chapardeur. Alors un soldat entraîné ? Le second était quant à lui trop vieux et trop fragile pour tenir tête à un garde de la cité. C'était bien le beau sexe qui se chargerait d'affronter les potentielles menaces qui chercheraient à les détourner de leur objectif, si d'aventure elles se présentaient. La guerrière espérait que non, car elle n'avait pas envie de faire couler le sang de son propre peuple. Cependant, quelque chose lui disait qu'elle ne sortirait pas de cette affaire les mains propres.

Mais enfin, elle avait l'habitude.

A son grand étonnement, Neige se rendait compte qu'elle n'avait que très rarement mis les pieds au sein de l'université, et qu'elle n'avait jamais pénétré dans le moindre bâtiment de l'institution. Elle avait pourtant ses entrées un peu partout dans la Cité Blanche, et elle avait elle-même exploré des lieux dont le commun des mortels ignorait l'existence. Il fallait croire que ses obligations et ses missions l'avaient tenue éloignée des merveilles de Minas Tirith, et une partie d'elle-même se réjouissait de pouvoir encore découvrir des endroits de toute beauté, qui n'avaient pas été corrompus par la cupidité, la vénalité et la violence. Pas encore. Les lieux étaient étrangement apaisants, et elle se perdit quelques secondes à les contempler, égarée dans ses pensées comme lorsqu'elle était plus jeune, et qu'elle essayait de résoudre un problème particulièrement complexe.

Elle avait toujours eu l'esprit affûté.

Aujourd'hui, il y avait beaucoup de choses qu'elle essayait de comprendre, de digérer, et peut-être se trouvait-elle dans le meilleur endroit pour cela. Un endroit de paix et de calme, où l'esprit primait sur le corps. Après avoir gagné la salle de travail, elle s'appuya sur une table avec un soupir de lassitude, prête à écouter les paroles de Lithildren.

L'Elfe semblait toujours tendue, légèrement méfiante, et elle s'en ouvrit à Neige qui comprenait parfaitement son sentiment. Il n'était pas facile de se confier à une parfaite inconnue, surtout dans de telles circonstances. Les allégeances étaient floues, les alliés d'hier pouvaient devenir les ennemis d'aujourd'hui, et la parole donnée semblait ne plus avoir la même valeur. Même au sein de la Cité Blanche, la confiance était rare et précieuse.

- Pourquoi j'ai décidé de vous aider ? Demanda Neige presque pour elle-même.

La vérité était qu'elle n'en avait aucune idée. Elle avait suivi son instinct, comme le lui avait enseigné son mentor, car elle pressentait que quelque chose n'allait pas, que quelque chose clochait au sein de la cité. Suivre les ordres aurait été une option, mais elle ne s'était pas hissée si haut dans la hiérarchie en se contentant de faire ce qu'on lui disait sans réfléchir. Elle regarda les deux érudits et Lithildren, qui semblaient attendre la réponse, avant de lâcher un nouveau soupir :

- Peut-être parce que j'ai le sentiment que ce que l'on vous reproche n'est pas justifié. Peut-être parce que cet ordre de mission (elle sortit de sa poche le document qu'elle avait récupéré auprès de Cereis) vous désigne comme une menace potentielle, alors que je tiens de source sûre que vous souhaitez seulement apporter votre aide à cette cité. Peut-être parce que je suis fatiguée des mensonges et des complots…

Neige se redressa et se mit à faire les cent pas, trahissant involontairement son angoisse :

- J'ai l'impression d'avoir été trompée, et j'ai le sentiment que vous seule détenez les réponses à mes questions. C'est la raison de votre présence ici. C'est la raison pour laquelle j'ai besoin que vous me parliez à cœur ouvert.

Elle jeta un regard appuyé à Reinil et Horas, et leur lança :

- Si vous choisissez de rester, alors vous devez accepter les risques qui pèseront sur vous. Certaines informations ont plus de valeur que votre vie…

- Reinil et moi-même comprenons les enjeux, mais nous savons aussi que vous aurez besoin de toute l'aide disponible. C'est notre mission, en tant que membres de la Société des Chercheurs. Vous pouvez parler.

En disant cela, il avait posé ses mains sur les épaules du jeune garçon, conscient qu'il s'engageait en son nom dans une entreprise potentiellement dangereuse, voire mortelle. C'était une grande responsabilité, mais il avait l'impression qu'en associant Reinil à cette affaire, il formait la jeunesse et la relève de cette association libre d'érudits dont le point faible principal était l'âge. Ils ne seraient bientôt plus en mesure de mener le combat intellectuel, et seule la présence de jeunes âmes comme celle de Reinil pouvait garantir l'avenir de leur cause. Neige acquiesça de manière solennelle, sans chercher à les dissuader davantage. Elle espérait qu'il ne périraient pas à cause d'elle, mais elle savait également que les morts faisaient partie du chemin, et elle ne s'attarderait pas inutilement sur leur sort. Son engagement les dépassait tous. D'une voix maîtrisée, elle reprit :

- Bien, pour commencer vous devez savoir que je suis au service du Gondor, même si je n'appartiens pas à l'armée régulière. Cereis, que vous avez eu le déplaisir de croiser, travaille sous mes ordres, mais son allégeance semble avoir fluctué ces derniers temps. J'ai encore le pouvoir de le contraindre, mais qui sait combien de temps il m'obéira encore ? J'ai bien peur que mes jours ne soient comptés, et que bientôt lui et ceux qui partagent ses idéaux m'évincent pour faire valoir leurs vues. J'ai encore quelques alliés, mais je crains que nous ne soyons pas assez nombreux pour faire pencher la balance.

Elle parlait de plus en plus vite, comme si la perspective d'une guerre civile était imminente au sein de la Cité Blanche. Son regard se braqua sur Lithildren, et elle ajouta :

- J'ai parlé à Erelas. C'est lui qui m'a envoyé vers vous. Il m'a dit que je pouvais vous faire confiance, et que vous aviez des soupçons concernant l'arrestation de Nallus… Je ne le connais pas personnellement, mais je devine que son emprisonnement n'a rien à voir avec ce dont on l'accuse.

Reinil et Horas, qui écoutaient attentivement, hochèrent la tête comme un seul homme, confortant Neige dans ses convictions. La jeune femme fronça les sourcils, comprenant que ses craintes semblaient fondées. Elle n'aimait pas ça.

- Je crois que des forces hostiles essaient de nous miner de l'intérieur, et j'ai peine à croire que l'attaque de ces Orientaux sur Cair Andros soit une simple coïncidence. Si tel est le cas, c'est une aubaine pour ces forces cachées, qui profitent de la terreur pour avancer. J'ai besoin de savoir ce que vous savez, Lithildren, car l'équilibre de ce royaume est fragile et il m'appartient de tout faire pour le protéger. J'espère simplement qu'il n'est pas déjà trop tard…


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Lithildren Valbeön
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMar 23 Avr 2019 - 22:10
- Pourquoi j'ai décidé de vous aider ? Peut-être parce que j'ai le sentiment que ce que l'on vous reproche n'est pas justifié. Peut-être parce que cet ordre de mission vous désigne comme une menace potentielle, alors que je tiens de source sûre que vous souhaitez seulement apporter votre aide à cette cité. Peut-être parce que je suis fatiguée des mensonges et des complots… J'ai l'impression d'avoir été trompée, et j'ai le sentiment que vous seule détenez les réponses à mes questions. C'est la raison de votre présence ici. C'est la raison pour laquelle j'ai besoin que vous me parliez à cœur ouvert. Si vous choisissez de rester, alors vous devez accepter les risques qui pèseront sur vous. Certaines informations ont plus de valeur que votre vie…

L'humaine parlait en faisant de nombreuses pauses, regardant soit Horas et Reinil, soit Lithildren. Son regard était appuyé, signifiant et lourd de sentiments indicibles. Lithildren avait l'impression de se voir dans les yeux et les paroles de la jeune femme.

- Reinil et moi-même comprenons les enjeux, mais nous savons aussi que vous aurez besoin de toute l'aide disponible. C'est notre mission, en tant que membres de la Société des Chercheurs. Vous pouvez parler.

Il y eut une nouvelle pause. Neige était nerveuse, cela pouvait se comprendre.

- Bien, pour commencer vous devez savoir que je suis au service du Gondor, même si je n'appartiens pas à l'armée régulière. Cereis, que vous avez eu le déplaisir de croiser, travaille sous mes ordres, mais son allégeance semble avoir fluctué ces derniers temps. J'ai encore le pouvoir de le contraindre, mais qui sait combien de temps il m'obéira encore ? J'ai bien peur que mes jours ne soient comptés, et que bientôt lui et ceux qui partagent ses idéaux m'évincent pour faire valoir leurs vues. J'ai encore quelques alliés, mais je crains que nous ne soyons pas assez nombreux pour faire pencher la balance.

Ses paroles défilaient comme une cascade, un flot nerveux de mots articulés de plus en plus difficilement. Elle avait peur ? Elle avait raison.

- J'ai parlé à Erelas. C'est lui qui m'a envoyé vers vous. Il m'a dit que je pouvais vous faire confiance, et que vous aviez des soupçons concernant l'arrestation de Nallus… Je ne le connais pas personnellement, mais je devine que son emprisonnement n'a rien à voir avec ce dont on l'accuse. Je crois que des forces hostiles essaient de nous miner de l'intérieur, et j'ai peine à croire que l'attaque de ces Orientaux sur Cair Andros soit une simple coïncidence. Si tel est le cas, c'est une aubaine pour ces forces cachées, qui profitent de la terreur pour avancer. J'ai besoin de savoir ce que vous savez, Lithildren, car l'équilibre de ce royaume est fragile et il m'appartient de tout faire pour le protéger. J'espère simplement qu'il n'est pas déjà trop tard…

Lithildren laissa planer un lourd silence après que Neige eut parlé. L'Elfe était encore un peu tendue mais paraissait presque se relaxer. Le regard argenté de la guerrière était braqué avec intensité sur l'humaine. Elle jaugeait son honnêteté et évalua qu'elle était élevée. Une femme aussi nerveuse, parlant si vite et avec des gestes et mouvements si nerveux ne pouvait pas mentir. Et si c'était une excellent actrice, son attitude laisserait penser autre chose. Mais dans ce cas-ci, Neige était trop tendue, trop inquiète pour être une menteuse. Lithildren passa son regard sur Reinil. Puis sur Neige.

- Très bien. Je vais tout vous dire.

L'Elfe changea un peu de position, se redressant légèrement dans son fauteuil. Elle inspira longuement, ferma brièvement les yeux et les rouvrit.

- Mon... Elle hésita une seconde sur le mot adéquat et trancha. .. compagnon et moi venions de quitter Imladris - ou Fondcombe si vous préférez - pour venir à Minas Tirith. Une affaire tout à fait personnelle sans rapport aucun avec les récents événements. Sur le chemin, nous avons été capturés par des marchands d'esclaves. Mon compagnon a été fouetté une fois, presque à mort. Sans soins, il serait mort dans les étendues sauvages qui séparent Imaldris et Minas Tirith. Nous avons donc décimé entièrement la caravane et nous sommes enfuit. Nous avions entendu, la veille, deux des marchands d'esclaves parler de ruines et d'ombres dedans. C'était ça ou un village ailleurs mais sûrement trop loin pour la survie de mon compagnon. J'ai alors opté pour les ruines.

Elle fit une pause, inspirant. Sa voix tremblotait légèrement.

- Heureusement, les ruines étaient habitées. Il s'agissait des ruines d'Ost-in-Edhil, une très ancienne cité elfique longtemps oubliée, bien avant ma propre naissance. Les locaux m'ont proposé un marché : ils sauvaient mon compagnon mais nous débarrassions les ruines souterraines d'une créature dangereuse. J'ai accepté. Quand mon compagnon a été en mesure de marcher, nous sommes donc descendus. Et nous avons été capturé par des mercenaires. Nouvelle pause et nouveau souffle. Leur chef s'appelait - et s'appelle toujours - Gier. C'était un vieillard quand nous l'avons rencontré, tenant à peine debout et parlant très bas et lentement. Pour que mon compagnon soit sauf, j'ai dû travailler pour lui
: c'est-à-dire miner. J'ai réussi à faire parler un des mineurs. Gier recherchait d'anciens artefacts perdus et enterrés dans les souterrains. Surtout des anneaux.


Lithildren se redressa.

- Ost-in-Edhil était autrefois connue pour les Anneaux de Pouvoirs. C'était des anneaux similaires qu'il cherchait. J'ai réussi à faire démarrer une sorte de rébellion. Gier, en pleine mêlée, s'est alors transformé - littéralement - et est devenu un jeune homme de la trentaine, fort et vigoureux. J'ai sauvé mon compagnon mais pour que je puisse survivre, il s'est laissé se faire capturer. J'ignore s'il est encore en vie ou si Gier l'a assassiné. Une fois remontée à la surface - non sans manquer de mourir encore une fois - l'un des Elfes m'a donné un objet de grande valeur : le journal intime de Gier. Dans ce journal était contenu des informations très importantes. Nous avons ensuite été attaqués et avant de mourir, l'Elfe m'a donné un nom, un lieu et nommée dernière gardienne d'Ost-in-Edhil.

Nouvelle pause. Elle laissa aux autres le temps de digérer les informations. Elle regarda Reinil qui paraissait choqué que de telles choses arrivent.

- Je suis donc allée à Tharbad pour chercher ce contact. Je dirais bien son nom, mais j'ai juré sur l'honneur de le garder secret. La personne veut rester anonyme pour sa propre survie. Je lui dois bien cela. Bref. Ce contact m'a parlé de la Fraternité de Yavanamirë. Cette Fraternité, d'après informations et documents, traque les artefacts magiques et anciens depuis longtemps et les rassemble pour en faire un usage inconnu, mais probablement malsain. De nombreux morts sont sur dans leur sillage. Le journal de Gier et des documents trouvés par l'Université permettent d'affirmer ce que je vais vous révéler.

Lithildren prenait son temps. Elle regarda fixement Neige, pour lui faire comprendre qu'elle devait craindre pour Minas Tirith. Mais que le danger était aussi bien plus vaste encore.

- La Fraternité a infiltré les hautes sphères du royaume du Gondor - sûrement les proches du Haut-Roy et du général Cartogan - et oeuvre à devenir puissante, influente mais surtout indispensable. La Fraternité ne s'embarrasse pas des personnes inutiles, des faibles, des traîtres, ni des ennemis. Ils éliminent, mettent à l'écart, font disparaître ceux qui se mettent en travers de leur chemin. Et surtout, ils sont partout. En Mordor, Gondor, mais probablement aussi chez les Orientaux. Je soupçonne qu'ils soient à l'origine du désastre de Cair Andros. Mais ils ne veulent pas que la fin du Gondor : c'est refaire le monde à leur image qui les intéresse. Et ils utilisent des savoirs extrêmement anciens, oubliés de tous même des Elfes, pour atteindre leurs buts. Elle marqua encore une pause, plus brève cette fois-ci. Nallus essayait de décrypter une lettre quand il a été arrêté. Cette lettre, à l'auteur inconnu, prévenait notre ami que le royaume était en danger et a confirmé les thèses que je viens de prononcer. Le royaume a été infiltré et est corrompu. Il est en danger. Le Haut-Roy est sûrement en danger aussi. Et j'allais me faire arrêter parce que je sais qui est Gier, à quoi il ressemble, à quelle organisation funeste il appartient et ce qu'elle fait. A cause de ce que je sais, ma personne et ceux qui m'aident sont en danger.

Elle inspira et ferma brièvement les yeux.

- Voilà. Vous savez tout. Des documents pour attester mes dires sont dans cette pièce, si vous avez des doutes ou voulez voir par vous-même.

Et la guerrière laissa un lourd, très lourd silence s'abattre dans la pièce quand elle eut terminé son discours. Elle avait probablement traumatisé à vie le pauvre innocent mais néanmoins courageux Reinil. La vie était ainsi : cruelle et dure, mais parfois belle et heureuse. Oropher manquait cruellement à Lithildren. Elle aurait souhaité qu'il soit là, près d'elle ; qu'il la rassure et la fasse se sentir protégée et en sécurité. Mais il était absent. Et elle n'était pas seule. Plus maintenant. Elle avait Reinil, Horas, Neige peut-être à ses côtés. Et elle donnerait sa vie pour protéger la Terre du Milieu contre la Fraternité.
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyJeu 25 Avr 2019 - 19:27
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Neige avait déjà entendu des histoires étonnantes et effrayantes dans sa vie, mais celle-ci faisait sans aucun doute partie des plus extraordinaires. Des hommes capables de retrouver la jeunesse, des anneaux de pouvoir, des cités mystérieuses oubliées depuis des âges… Il y avait là assez d'éléments pour préoccuper n'importe quel individu ayant un minimum de jugement, et pour une raison qu'elle n'arrivait pas à s'expliquer, le Gondor ne s'était pas encore emparé de cette affaire. Au lieu de quoi, on essayait de faire taire Lithildren, Nallus, et tous ceux qui avaient connaissance de ces choses, comme si leur présence dérangeait. Comme si quelqu'un essayait de couvrir les agissements de ces chasseurs d'anneaux… Mais qui pouvait bien avoir un tel pouvoir ? Et pourquoi ?

Le regard de Neige s'égara un instant dans le lointain, alors qu'un silence pesant s'abattait sur tous ceux qui se tenaient présent. Ils avaient tous besoin de digérer les informations communiquées par l'Elfe, et de faire le bilan sur ce qu'ils venaient juste d'entendre. Chacun, guerrier ou érudit, essayait de confronter ces données nouvelles à ce qu'il ou elle connaissait pour dégager des amorces de solution.

Hélas, ils se trouvaient bien impuissants face à l'ampleur prise par leur enquête.

- Je veux bien voir les documents, oui, fit la guerrière encore un peu sonnée par ces révélations.

Elle laissa Reinil récupérer les précieux extraits du journal de Gier, ainsi que la lettre adressée à Nallus, et d'autres feuillets collectés par la Société des Chercheurs au fil des mois. Il y avait beaucoup d'éléments à assimiler, dont certains étaient codés, et elle eut besoin des conseils de Lithildren pour tout comprendre. Son attention se focalisa naturellement sur la lettre à Nallus, qu'elle lut et relut, comprenant vraisemblablement quelque chose qui avait échappé aux yeux de l'Elfe.

- Je suis presque certaine de connaître l'auteur de cette lettre, fit-elle tout à coup. Cette écriture, ce style, et ce qui est dit dans la lettre… Je pense qu'il s'agit d'Haimar, un de mes hommes les plus fidèles.

La guerrière paraissait partagée entre le soulagement et l'inquiétude. Elle poursuivit :

- Il est en mission au Sud, et il a probablement pu récupérer des informations compromettantes sur quelqu'un, au sommet de la hiérarchie militaire, qui veut nuire au pouvoir du Haut-Roy. S'il n'a pas envoyé ce courrier directement vers moi, c'est qu'il craignait qu'il soit intercepté… Il avait de toute évidence raison.

Neige assemblait les pièces du casse-tête dans son esprit, et dessinait un portrait nouveau de la situation, incapable de se détourner de ce qui l'effrayait le plus… la perspective que ses propres rangs fussent compromis. Eux qui étaient censés défendre le Gondor n'auraient jamais dû être les premiers à tomber, et elle avait le sentiment que le malaise qu'elle ressentait aujourd'hui était dû au sentiment inconscient d'avoir été trahie, manipulée. Son instinct ne la trompait jamais. Cette Fraternité était-elle assez puissante pour avoir refermé son emprise aussi facilement sur le Gondor ? Était-il déjà trop tard pour faire quelque chose ?

- Lithildren, reprit-elle, j'ignore exactement quel est le sens de votre quête, mais j'ai le sentiment que nos intérêts convergent aujourd'hui. Vous souhaitez retrouver Nallus pour obtenir des informations au sujet de ce Gier, et je suis persuadée que la clé pour le libérer est de résoudre le mystère qui entoure son emprisonnement. Si nous faisons tomber celui qui se cache derrière ces manigances, Nallus sera remis en liberté, et vous serez libre de l'interroger. C'est de toute évidence le seul moyen.

Au regard de la politique particulièrement rigide de Cartogan, il n'était pas possible d'envisager autre chose, et la moindre demande de rencontrer l'érudit en prison risquait d'alerter ceux qui essayaient de le faire taire. Non, ils devaient contourner le problème, et abattre les racines du mal pour libérer tous ceux qui étaient menacés par leur expansion. Pour Neige, les deux combats étaient liés, et la survie de la Terre du Milieu était indissociable de la protection du Gondor, le grand royaume des Hommes. Elle ignorait si Lithildren voyait les choses ainsi, car elle savait que la longévité des Elfes les incitait à voir les choses sous un angle très différent, et ils étaient parfois prêts à consentir à certains sacrifices pour atteindre un objectif plus élevé. C'était un marché que Neige ne saurait accepter.

Gardant ses préoccupations pour elle-même, elle s'efforça de définir un cap pour la suite, et de faire ce qu'elle faisait le mieux : agir. Elle n'était pas une femme de science et de savoir, sa principale qualité résidant dans sa capacité à prendre les décisions qui s'imposaient et à mener à bien les missions les plus difficiles. En l'occurrence, il lui fallait établir un plan fiable, qui leur permettrait de gagner un peu de temps. Celui-ci leur faisait cruellement défaut, car ils se trouvaient dans la gueule du loup, au cœur d'une cité frappée par tant de malheurs que personne ne songerait à prendre leur défense. Ils devraient s'en sortir seuls, comptant sur leur ruse et leurs quelques relations au sein de la Cité Blanche.

- L'Université n'est plus un lieu aussi sûr qu'auparavant, je le crains. Cependant, elle reste encore respectée, et vos portes ne seront pas forcées sans une raison valable.

- Vous songez à ce que nous fermions les grandes portes de notre institution ? Rétorqua Horas, sincèrement surpris. Celles-ci sont restées symboliquement ouvertes depuis des décennies !

Neige acquiesça, consciente qu'une telle décision ne passerait pas inaperçu.

- Vous l'avez dit, il s'agit d'un geste symbolique. Avec de la chance, cela pourra nous aider à rassembler des soutiens, mais surtout il vous sera possible de maintenir les gardes à l'écart, le temps que Lithildren et moi puissions mener l'enquête.

- Et moi, ajouta Reinil en s'avançant courageusement. Je ne resterai pas en retrait alors que le Gondor est menacé. Bien que je ne sois ni un sage ni un combattant émérite, je veux vous aider.

Dans d'autres circonstances, Neige aurait probablement refusé l'aide de ce jeune garçon manquant d'expérience. Cependant, elle savait qu'elle manquait d'alliés, et qu'elle aurait besoin de toute l'aide disponible pour parvenir à ses fins. Sauver le Gondor nécessiterait peut-être que Reinil sacrifiât sa vie, mais c'était un risque qu'elle était prête à prendre sans la moindre hésitation.

Pour son royaume.

- Très bien, fit la jeune femme. Lithildren, vous ne pouvez pas rester ici. Tout dépendra de votre capacité à échapper aux gens comme Cereis, et à leur faire croire que vous vous trouvez encore à l'Université. Plus longtemps ils croiront vous trouver ici, plus il sera facile pour vous de circuler dans la Cité Blanche. Mais ne sous-estimez pas ceux qui vous cherchent. Toute Elfe que vous soyez, ces hommes sont parfaitement entraînés, à la fois pour vous trouver et vous neutraliser.

Elle parlait en connaissance de cause, ayant supervisé la formation de la plupart d'entre eux. Elle savait qu'ils sauraient maîtriser une Elfe rebelle si besoin, et que Lithildren aurait fort à faire pour leur échapper. Il valait mieux essayer de les éviter, et ne pas croiser leur route tout simplement. L'objectif n'était pas de semer des cadavres, même si en cas de conflit Neige n'hésiterait pas à faire tout ce qui serait nécessaire tant qu'elle aurait la conviction d'agir dans l'intérêt commun. Reinil, qui écoutait attentivement, se permit d'intervenir de nouveau :

- Vous ne viendrez pas avec nous, Dame Neige ?

Cette dernière posa les yeux sur le jeune garçon, souriant devant la vivacité de son esprit :

- Non, en effet. J'ai moi-même des choses à faire, des questions à poser, des réponses à obtenir. Vous accompagnerez Lithildren, et vous la guiderez à travers Minas Tirith pour échapper aux gardes qui ne manqueront pas de vous chercher. Si vous voulez débuter votre enquête, commencez par localiser puis suivre Cereis : il pourrait vous conduire vers ses maîtres. Mais prenez garde, je ne saurais trop vous conseiller de vous méfier de lui. Je reviendrai vers vous dans deux jours, je vous retrouverai dans la Bâtisse Close. A ce moment-là, si tout va bien, nous aurons déjà une vision plus claire des mesures à prendre.

Neige plongea son regard dans celui de Lithildren, attendant d'éventuelles questions. Si d'aventure les choses étaient claires pour l'Elfe, elle quitterait immédiatement les lieux avant le retour des gardes. L'ombre était son alliée, et le soleil qui nimbait la Cité Blanche d'une douce lueur matinale la mettait déjà mal à l'aise.


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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyVen 26 Avr 2019 - 18:29
- Je suis presque certaine de connaître l'auteur de cette lettre. Cette écriture, ce style, et ce qui est dit dans la lettre… Je pense qu'il s'agit d'Haimar, un de mes hommes les plus fidèles.

Cette prise de parole soudaine de Neige fit pousser un soupir de soulagement à l'Elfe. Elle venait d'expliquer à la femme ce qu'elle et Reinil avaient pu sortir des différents documents, mais l'humaine s'était attardée sur la lettre adressée à Nallus. Lithildren avait prit son intérêt vif pour de la curiosité ou la recherche d'un message que l'Elfe n'avait pas vu. Elle ne s'attendait pas à ce que la femme reconnaisse l'écriture. Mais ce nom, Haimar, se grava à jamais dans la mémoire de la Noldo. C'était, enfin, un pas de plus vers des solutions. Une fois les choses calmées à Minas Tirith, cet Haimar pourrait devenir une nouvelle source d'aide. Si... Si il ne mourait pas avant. Car oui, l'Elfe pensa immédiatement que, si cet homme était suivi et que Lithildren ici devenait menaçante, alors il pourrait venir à mourir ou pire. Car il existe toujours pire sort que la mort.

- Il est en mission au Sud, et il a probablement pu récupérer des informations compromettantes sur quelqu'un, au sommet de la hiérarchie militaire, qui veut nuire au pouvoir du Haut-Roy. S'il n'a pas envoyé ce courrier directement vers moi, c'est qu'il craignait qu'il soit intercepté… Il avait de toute évidence raison.

Lithildren hocha de la tête. Mais il mentionnait des lettres qui viendraient plus tard, des rapports et missives... Qu'adviendrait-il de ces lettres-là ? Seraient-elles jamais envoyées ? Et à qui, maintenant que Nallus était enfermé ? Lithildren n'était pas plus avancée mais au moins, elle avait une nouvelle alliée.

- Lithildren, j'ignore exactement quel est le sens de votre quête, mais j'ai le sentiment que nos intérêts convergent aujourd'hui. Vous souhaitez retrouver Nallus pour obtenir des informations au sujet de ce Gier, et je suis persuadée que la clé pour le libérer est de résoudre le mystère qui entoure son emprisonnement. Si nous faisons tomber celui qui se cache derrière ces manigances, Nallus sera remis en liberté, et vous serez libre de l'interroger. C'est de toute évidence le seul moyen.
- Je suis d'accord. La subtilité est le seul moyen viable qui évitera une mort certaine à chacun d'entre nous. Le commanditaire de ces deux arrestations - la mienne et celle de Nallus - a le bras long, c'est obligé. Il a la main-mise sur des militaires, des soldats, sûrement des mercenaires. Il a forcément de l'influence et ne travaille pas seul. Le seul lien qui me manque, c'est celui avec Erelas. Pourquoi Erelas vous a-t-il prévenue que j'étais peut-être digne de confiance ? Douterait-il d'un ou plusieurs de ses supérieurs ? Si c'est le cas, le commanditaire se trouve soit dans la haute tête de l'armée aux côtés de Cartogan, soit il a un lien avec - ami, fournisseur, noble, ce genre de choses. Mais quelqu'un de discret, peut-être pas de forcément connu, ou en tout cas pas de tout le monde. Et qui, forcément, accorde une importance à Nallus ou moi-même. Quelque chose manque et même si on trouve la racine, il nous faudra des preuves concrètes.

Elle réfléchissait comme elle pouvait. L'esprit de l'Elfe était relativement plus lent que celui d'un humain. Sûrement la longévité qui faisait qu'elle avait tout le temps de penser. Mais elle se sentait surtout bête, faussement intelligente. Surtout, surtout faussement intelligente.

- L'Université n'est plus un lieu aussi sûr qu'auparavant, je le crains. Cependant, elle reste encore respectée, et vos portes ne seront pas forcées sans une raison valable.
- Vous songez à ce que nous fermions les grandes portes de notre institution ?Rétorqua Horas, sincèrement surpris. Celles-ci sont restées symboliquement ouvertes depuis des décennies !
- Vous l'avez dit, il s'agit d'un geste symbolique. Avec de la chance, cela pourra nous aider à rassembler des soutiens, mais surtout il vous sera possible de maintenir les gardes à l'écart, le temps que Lithildren et moi puissions mener l'enquête.
- Et moi. Je ne resterai pas en retrait alors que le Gondor est menacé. Bien que je ne sois ni un sage ni un combattant émérite, je veux vous aider.

Lithildren allait répondre mais Neige lui coupa la parole pour continuer.

- Très bien. Lithildren, vous ne pouvez pas rester ici. Tout dépendra de votre capacité à échapper aux gens comme Cereis, et à leur faire croire que vous vous trouvez encore à l'Université. Plus longtemps ils croiront vous trouver ici, plus il sera facile pour vous de circuler dans la Cité Blanche. Mais ne sous-estimez pas ceux qui vous cherchent. Toute Elfe que vous soyez, ces hommes sont parfaitement entraînés, à la fois pour vous trouver et vous neutraliser.

La guerrière hocha de la tête. Mais elle ne pouvait pas partir maintenant non plus. Pas comme ça, sans préparation. Elle avait une idée de ce dont elle avait besoin et elle le demanderait à Reinil une fois Neige partie. Car Lithildren avait comprit que l'humaine ne resterait pas. Elle était une combattante mais Neige était une meneuse. Curieusement, cela était agréable - d'une certaine manière - de recevoir des consignes. Chaque fois que Lithildren décidait de quelque chose, cela finissait très mal. Très, très mal. Preuve en était d'Oropher.

- Vous ne viendrez pas avec nous, Dame Neige ?
- Non, en effet. J'ai moi-même des choses à faire, des questions à poser, des réponses à obtenir. Vous accompagnerez Lithildren, et vous la guiderez à travers Minas Tirith pour échapper aux gardes qui ne manqueront pas de vous chercher. Si vous voulez débuter votre enquête, commencez par localiser puis suivre Cereis : il pourrait vous conduire vers ses maîtres. Mais prenez garde, je ne saurais trop vous conseiller de vous méfier de lui. Je reviendrai vers vous dans deux jours, je vous retrouverai dans la Bâtisse Close. A ce moment-là, si tout va bien, nous aurons déjà une vision plus claire des mesures à prendre.

Lithildren hocha à nouveau la tête. Ce simple geste signifiait qu'elle n'avait pas d'autres questions. Dans un elfique hésitant, elle souhaita à Neige bonne chance, même si celle-ci ne comprenait sûrement pas le sens. La phrase s'accompagnait d'un ton et d'un regard portant le message de la parole. L'humaine s'en alla ensuite vivement, comme si elle n'était qu'un fantôme. Puis la guerrière se tourna vers Reinil.

- Il me faut un plan de la ville. Si je ne reste pas ici, je dois au moins savoir où poser les pieds. Si je peux, je vais privilégier les toits et ruelles pour me cacher et me déplacer. Il faut que je connaisse tous les endroits où je peux poser les pieds sans risquer qu'un aubergiste appelle les gardes. Je dois être inaperçue, un fantôme. Elle fit une pause et jeta à l'adolescent un regard de mise-en-garde. Tu es déjà en assez grand danger en m'aidant. Alors entends-moi bien : ne risque pas plus. Pas de bêtise, tu restes avec Maître Horas, tu ne sors pas de l'Université SAUF si c'est une absolue nécessité. Je suis claire ?

Il se raidit un peu, surpris du ton dur qu'elle venait de prendre. Elle l'obligea sans dire de mot à hoche de la tête. Elle s'adoucit aussitôt qu'il eut fait cette promesse silencieuse. Parfait. Mais cela ne la rassurait pas. Elle avait peur pour lui.
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyLun 29 Avr 2019 - 12:40
Reinil avait mis un moment à trouver ce qu'il cherchait, mais il avait finalement réussi à mettre la main sur un plan convenable de la cité de Minas Tirith, qu'il déposa à même la table, prenant soin de caler les coins du document avec de gros livres qu'il avait pu trouver. La carte se déployait en cinq plans successifs, représentant les cinq premiers niveaux de la ville, les deux derniers n'étant pas représentés pour des raisons évidentes de sécurité. Cela offrait toutefois une aide précieuse à Lithildren, même si malheureusement il lui était impossible de se déplacer avec ces documents encombrants et relativement fragiles. Reinil lui jeta un regard en coin, alors qu'elle se penchait sur les représentations de la Cité Blanche. Il avait dû se plier à ses directives de demeurer au sein de l'Université la majeure partie du temps, mais au fond de lui-même il était triste de devoir abandonner l'Elfe à son sort, et de la laisser affronter seule les dangers qui rampaient derrière les grands murs d'enceinte. Son savoir aurait pu lui être fort précieux pour survivre en ville, mais elle préférait affronter cette épreuve seule.

Peut-être parce qu'elle en connaissait parfaitement les dangers, et qu'elle savait que ce n'était pas la place d'une jeune homme inexpérimenté, aussi courageux fût-il.

Ravalant sa déception, le garçon lui pointa du doigt les éléments sur lesquels il essayait de la renseigner le mieux possible.

- A l'heure actuelle, les deux premiers niveaux sont principalement réservés à l'entretien de l'armée, ce qui signifie que les civils y sont assez rares. Je ne vous conseillerais pas de vous y déplacer, et si Cereis s'y trouve, vous devrez probablement attendre qu'il remonte avant d'essayer de le suivre. Avec une autorisation en bonne et due forme, ou un document officiel, vous parviendrez peut-être à y accéder, mais j'ignore où vous pourrez trouver un tel laissez-passer.

En disant cela, il se rendait compte que leur mission serait très difficile. Cereis ne serait pas facile à localiser au sein de la cité, surtout s'il était important de rester discret. Pourtant, Neige ne leur avait pas donné cette piste par hasard, et elle savait que l'homme ne s'éloignerait pas trop de l'Université. Son objectif était d'appréhender Lithildren ou, à défaut, de la surveiller et de rapporter à ses supérieurs ses moindres mouvements. Il y avait donc fort à parier qu'il se trouvait encore dans les parages, caché nul ne savait où. Il fallait le trouver, et le prendre en filature dans la mesure du possible pour essayer de découvrir à qui il rendait des comptes. Une tâche qui impliquait du doigté et de la discrétion.

Reinil avait conscience qu'il n'excellait pas dans ce domaine, et qu'il risquait de les faire repérer rapidement. Il reprit son étude, essayant de renseigner l'Elfe du mieux possible.

- Les toits de Minas Tirith ne sont pas tous accessibles, mais certains ont en effet été aménagés pour permettre la défense des ruelles. Cependant, vous risquez d'être visible par les gardes du niveau supérieur, donc vous devrez faire preuve de prudence.

Son doigt glissa vers le dessin complexe d'une série de ruelles qui s'éloignaient vers l'intérieur de la montagne, comme un dédale de couloirs creusés à même le sein du Mindolluin. Il expliqua avec force détail comment ces espaces qui ne connaissaient pas la lumière du jour étaient abandonnés, souvent dévolus au stockage de denrées qui ne craignaient pas l'humidité et la fraîcheur. Les mendiants les évitaient pour leur inconfort et pour l'incapacité à trouver quiconque désireux de leur donner une pièce dans les environs. On racontait que les hommes qui cherchaient à éviter aux autorités s'y réfugiaient parfois, en désespoir de cause, mais ils en sortaient bien vite, chassés par les conditions difficiles, et les rats qui y pullulaient librement. Un endroit parfait pour se cacher, à condition d'avoir les nerfs assez solides.

Reinil bascula ensuite vers une autre carte, et essaya de présenter à Lithildren les différents lieux importants de la ville. Il s'attarda sur plusieurs d'entre eux, en essayant de se montrer le plus précis et le plus succinct possible :

- Ici, fit-il, vous trouverez le quartier marchand. Il n'est pas déserté, mais l'activité y est très réduite. C'est probablement là que vous trouverez la plupart des gardes qui ne sont pas affectés à la défense des murs. Les gens ont besoin de se nourrir, vous comprenez, et le Haut-Roy veut éviter que la famine pousse le peuple à se déchirer. Ici se trouve la caserne, donc ne vous en approchez pas. Si vous voulez trouver refuge quelque part, en cas d'urgence par exemple, je peux vous recommander le Sanctuaire. Il est tenu par un homme proche de la reine Dinaelin, qui en a repris la tête récemment. Il a redonné à l'institution un certain lustre, et on raconte qu'il accepte de protéger ceux qui sont injustement victimes de la répression militaire. Pour le reste, j'ignore où se trouve la « Bâtisse Close » dont parlait Dame Neige. Je suppose qu'il vous faudra poser les bonnes questions aux bonnes personnes pour cela.

Le jeune garçon était efficace et de toute évidence il connaissait bien la ville, même si comme il l'avait lui-même affirmé à demi-mot, il n'était pas forcément au courant des repaires secrets et des lieux où les brigands se réunissaient. Ce qui l'inquiétait le plus était de savoir à quel niveau se trouvait cette fameuse bâtisse, car si Lithildren devait s'y rendre en franchissant une ou plusieurs des portes intérieures de la cité, elle risquait gros. En même temps, Neige semblait lui faire confiance pour y parvenir, et les informations de la femme aux cheveux blancs étaient trop précieuses pour se laisser abattre par si peu.

Ayant pris conscience de ces éléments, et quelques notes pour agrémenter le tout, Lithildren et Reinil quittèrent la grande salle de travail, non sans avoir rangé soigneusement tous les documents qu'ils avaient pris soin de montrer à Neige. Il n'était pas question que quiconque tombât dessus par erreur, au risque de prendre connaissance des travaux de la Société des Chercheurs pour mieux les empêcher d'arriver aux conclusions qui s'imposaient. Reinil conduisit l'Elfe vers la salle commune, car la journée était bien avancée, et il était déjà l'heure du déjeuner. Ils mangèrent en silence, chacun acceptant à sa manière que leurs séparations allaient impliquer de grands dangers pour l'autre. Lithildren se retrouverait seule face à l'ensemble de l'armée de Minas Tirith, et Reinil demeurerait prisonnier d'une Université qui serait prise pour cible par des hommes comme Cereis. Leur repas terminé, ils entreprirent de définir quelques modes de communication, des codes simples qui leur permettraient de se reconnaître et, si Lithildren venait à frapper à la porte de l'Université, d'être admise à l'intérieur de l'institution. Reinil essaya également de définir un lieu où se retrouver en cas d'urgence, si le jeune garçon avait un message à faire passer à la l'Elfe. Il ne pouvait décemment se mettre à errer dans les rues de Minas Tirith sans savoir où la trouver. Établir un plan d'action de cette ampleur nécessitait du temps, et avant qu'ils s'en rendissent compte, le soleil s'était déjà mis à décliner derrière les montagnes, enveloppant la ville d'un linceul opaque. L'heure du départ était proche…

Alors que Lithildren achevait de préparer son paquetage, Horas toqua à la porte de sa chambre. Le vieil homme, qui avait troqué son air rieur pour une mine grave de circonstance, lui glissa :

- C'est fait, nous avons fermé les portes de l'Université. C'est une page qui se tourne dans l'histoire de notre institution, et peut-être dans l'histoire de Minas Tirith.

Puis, constatant que la jeune femme semblait vouloir partir chargée, il ajouta :

- Vous pouvez laisser ce que vous voulez ici, vos effets seront en sécurité. Prenez le strict nécessaire, ne vous laissez pas ralentir par quoi que ce soit.

Ayant achevé de s'équiper et de s'habiller, Lithildren fut conduite par Horas et Reinil le long d'un chemin secret qu'ils arpentèrent en conversant à voix basse, comme des conspirateurs. Ils discutaient des meilleurs moyens de trouver Cereis, mais aussi de lui échapper si besoin. Ils ne connaissaient rien de l'homme, de ses méthodes ou de ses capacités, ce qui les incitait à faire preuve d'une grande méfiance. C'était d'ailleurs la raison pour laquelle ils ne passaient pas par la porte principale pour faire sortir l'Elfe, et qu'ils s'étaient décidés à emprunter un chemin beaucoup moins connu.

- J'ignore s'il figure sur les cartes, fit Horas. C'est une vieille issue dont je ne connais pas l'origine ni la fonction, mais qui sera très pratique. Elle est difficile d'accès car elle se trouve à quelques mètres au-dessus du sol, ce qui explique pourquoi nous avons amené une corde. Je suppose que ce genre d'exercices ne vous posera aucun problème, vous qui avez l'air si jeune !

Le sourire malicieux du sociétaire était revenu pendant l'espace d'un instant, avant de disparaître de nouveau, sitôt qu'ils avaient plongé dans une aile obscure du bâtiment. Ils s'étaient élevés légèrement en avalant deux volées de marches, puis avaient bifurqué, et avaient usé d'un passage secret caché dans un mur. Une alvéole s'y détachait dès lors qu'on faisait coulisser un pan amovible d'une légèreté surprenante. Ils s'y étaient coulés discrètement, puis avaient refermé soigneusement le mécanisme derrière eux. Après s'être emmurés, ils avaient longé un corridor étroit et couvert de toiles d'araignées, puis avaient débouché sur une alcôve à taille humaine, où il faisait particulièrement frais. Sous les doigts experts de Horas, le mur se mit à pivoter légèrement, et il laissa glisser une corde qui toucha le sol environ cinq mètres plus bas.

- Voilà, nous y sommes, chuchota-t-il. Soyez brave, Lithildren. Nous comptons tous sur vous.

Il serra la main de la jeune femme, incapable de bouger pour la rejoindre. Reinil, qui était plus proche, serra Lithildren dans ses bras, conscient que c'était peut-être la dernière fois qu'il la voyait. Il n'avait pas envie de pleurer, mais il ressentait une vive émotion pour cette guerrière, alors qu'il ne la connaissait pas depuis longtemps. Peut-être parce que son arrivée au sein de la capitale du Gondor avait signé une transformation profonde de son univers. La vie au sein de Minas Tirith risquait d'être bouleversée, et le cocon de paix et d'harmonie dans lequel il avait toujours vécu venait d'être fissuré.

- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas. L'Université est avec vous.

Il n'ajouta rien, laissant l'Elfe se couler doucement le long du mur avec une grâce surhumaine. Lorsque ses pieds touchèrent le sol, la corde se mit à remonter délicatement avec la discrétion d'un serpent glissant sur le sol. Le pan de mur glissa pour retrouver sa place, masquant parfaitement l'ouverture. Pour la première fois, Lithildren se retrouva seule au sein de la Cité Blanche, plongée dans les ténèbres et le silence. Pour la première fois, elle ressentit le poids du danger qui pesait sur ses épaules. Les ruelles sombres qui menaçaient à chaque instant de voir surgir des ennemis assoiffés de sang.

Mais elle retrouvait aussi une certaine forme de liberté, le droit d'aller où elle voulait, et d'employer tous les moyens qu'elle jugerait nécessaire pour retrouver Cereis…


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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptySam 8 Juin 2019 - 23:09
- A l'heure actuelle, les deux premiers niveaux sont principalement réservés à l'entretien de l'armée, ce qui signifie que les civils y sont assez rares. Je ne vous conseillerais pas de vous y déplacer, et si Cereis s'y trouve, vous devrez probablement attendre qu'il remonte avant d'essayer de le suivre. Avec une autorisation en bonne et due forme, ou un document officiel, vous parviendrez peut-être à y accéder, mais j'ignore où vous pourrez trouver un tel laissez-passer.

Dans sa voix pointait la déception de ne pas pouvoir lui-même accompagner l'Elfe. Reinil tâchait de paraître le plus distant et pro' possible mais la tentation du danger semblait forte en lui. Il voulait être utile en actes, pas en paroles. Mais Lithildren ne voulait pas risquer la vie du jeune homme, aussi motivé était-il. Il avait de meilleures connaissances, oui, mais pas assez d'expérience de la menace de mort. Et elle en avait trop, à son sens.

Puis elle pensa à la statuette qu'elle possédait. C'était son laisser-passer. Mais elle savait qu'elle ne devait pas l'utiliser n'importe comment, comme l'avait fortement conseillé Gil. Elle savait qu'elle l'utiliserait en cas d'extrême urgence, face à Cartogan ou au Haut-Roy - mais cela ne saurait guère se montrer comme opportunité. Avec les tensions actuelles et les soupçons planant sur l'Elfe, il serait extrêmement risqué pour elle de s'afficher avec une cible en plein milieu du front. Elle serait accusée de voleuse, d'assassin, ou bien d'autres choses si elle osait se pavaner avec la statuette en main. Non. Elle devait l'utiliser en cas de nécessité absolue. Et ce n'était pas le moment. Loin de là.

- Les toits de Minas Tirith ne sont pas tous accessibles, mais certains ont en effet été aménagés pour permettre la défense des ruelles. Cependant, vous risquez d'être visible par les gardes du niveau supérieur, donc vous devrez faire preuve de prudence.

Reinil montra les ruelles sombres empruntées par les fugitifs, et ce de manière brève. Parfait, se dit-elle. Elle se dit aussi que, parmi les mendiants, truands et autres personnes peu recommandables, elle trouverait sûrement plus d'informations qu'ailleurs. En plus, elle avait vu similaire comme endroit... quand elle était dans les cachots. Loin. Au Rhûn. Elle eut un frémissement en y repensant. Elle saurait où se cacher, au moins. Puis Reinil poursuivit ses explications.

- Ici, vous trouverez le quartier marchand. Il n'est pas déserté, mais l'activité y est très réduite. C'est probablement là que vous trouverez la plupart des gardes qui ne sont pas affectés à la défense des murs. Les gens ont besoin de se nourrir, vous comprenez, et le Haut-Roy veut éviter que la famine pousse le peuple à se déchirer. Ici se trouve la caserne, donc ne vous en approchez pas. Si vous voulez trouver refuge quelque part, en cas d'urgence par exemple, je peux vous recommander le Sanctuaire. Il est tenu par un homme proche de la reine Dinaelin, qui en a repris la tête récemment. Il a redonné à l'institution un certain lustre, et on raconte qu'il accepte de protéger ceux qui sont injustement victimes de la répression militaire. Pour le reste, j'ignore où se trouve la « Bâtisse Close » dont parlait Dame Neige. Je suppose qu'il vous faudra poser les bonnes questions aux bonnes personnes pour cela.

Le Sanctuaire serait bien, si la filature prenait du temps jusqu'à la nuit. Un autre endroit avec des informations et surtout un toit bref. Mais elle ne devrait pas en abuser, sûrement les gardes iraient là-bas la chercher. Mais elle pourrait aussi y trouver un autre allié. Ou une autre. Peu importait. Lithildren devrait faire profil bas et utiliser la capuche de son manteau. Souvent. Tout le temps.

- Est-ce qu'il y a des passages souterrains, comme des égouts ou conduits du genre, qui pourraient relier les niveaux entre eux sans passer par les grands axes ? Ou des accès semblables.

La question lui valut une réponse. Puis Reinil et elle sortirent de la salle après avoir rangé tous les documents et se rendirent dans la grande salle pour manger. Ils convinrent d'un code simple si jamais Lithildren venait à toquer aux portes de l'Université : un coup, une pause, trois coups, une pause, un coup, une pause, trois coups, une pause et un coup. Elle demanda si quelque chose était possible : si Lithildren était dans les rues et que l'Université avait des problèmes, serait-il possible qu'Horas ou Reinil lâche un oiseau voyageur-messager d'une couleur particulière, comme un signe pour l'Elfe ? Ils convinrent aussi d'un point de rendez-vous si jamais les choses tournaient mal ou qu'un message devait être passé.

Alors qu'elle finissait de ranger ses affaires, Horas arriva dans sa chambre en toquant à la porte.

- C'est fait, nous avons fermé les portes de l'Université. C'est une page qui se tourne dans l'histoire de notre institution, et peut-être dans l'histoire de Minas Tirith.

Elle hocha gravement de la tête. Elle imaginait la difficulté que cela avait dû être. Il regarda ensuite toutes les affaires de l'Elfe et ajouta :

- Vous pouvez laisser ce que vous voulez ici, vos effets seront en sécurité. Prenez le strict nécessaire, ne vous laissez pas ralentir par quoi que ce soit.

Evidemment, quelle sotte. Elle se remit en mémoire les souterrains d'Ost-in-Edhil. Elle n'y était partie qu'avec une épée, Oropher et une torche. Alors elle ne garda que son épée et une sacoche avec de minces provisions, juste de quoi tenir un jour ou deux. Avec cela, elle n'avait que son armure de cuir et sa cape recouvrante à capuche. Une tenue de roturière, pas d'Elfe. Une fois prête, elle suivit Horas et Reinil dans les couloirs, mais qui ne menaient pas à la porte principale.

- J'ignore s'il figure sur les cartes, fit Horas. C'est une vieille issue dont je ne connais pas l'origine ni la fonction, mais qui sera très pratique. Elle est difficile d'accès car elle se trouve à quelques mètres au-dessus du sol, ce qui explique pourquoi nous avons amené une corde. Je suppose que ce genre d'exercices ne vous posera aucun problème, vous qui avez l'air si jeune !

Lithildren ne fit pas attention à ce qu'il se passa, elle retint seulement que l'Université avait bien des secrets. Horas lui serra la main en lui souhaitant bonne chance. Reinil la serra dans ses bras. Elle se pencha vers son oreille et murmura une promesse à Reinil.

- Lorsque la menace sera effacée, que j'aurai réglé certaines dettes... je t'emmènerai à Imladris, ma cité natale... Promis.

Cela semblait ridicule. Mais pour un adolescent scolaire, cela pouvait être quelque chose d'extraordinaire. Rares étaient les non-Elfes à pénétrer dans leurs cités. Seuls les invités et amis en avaient la possibilité. Mais d'abord, Lithildren devrait payer ses dettes envers un certain Hobbit et son Seigneur elfique. Elle avait tout de même libérer un traître, tuer un garde ou deux et essayer d'assassiner un invité des Elfes, et ce le même soir. Elle devait rendre des comptes. Mais une fois ses dettes payées, elle serait libre - et pardonnée espérait-elle.

Lithildren se détacha de Reinil et descendit de la corde. Elle resta accroupie dans la ruelle en remontant sa capuche sur son crâne. Puis regarda la corde remonter, puis disparaître, et le mur se refermer. Lithildren se laissa un temps pour réaliser qu'elle était seule, dans l'inconnu, dans un endroit étranger, à accomplir une mission dangereuse. Elle inspira doucement et pria brièvement les Valar de l'aider dans sa tâche, de l'accompagner dans sa mission et de lui apporter discrétion, pas légers et réussite. Une fois cela fait...

Elle se lança. Elle alla au bout de la ruelle et vérifia qu'il n'y avait personne. Elle observa la rue et établit un plan de base : n'aller que dans les endroits sombres, qui la cacheront mieux grâce à ses habits foncés. Ne jamais passer près de gardes, qu'ils soient loin ou près. Ne neutraliser personne, éviter trop souvent les toits. Lithildren paniquait déjà. Elle vérifia que la ruelle était déserte et resta accroupie, rasant le mur à l'ombre. Elle passa de ruelles en ruelles pour éviter les rondes de gardes, faisant bien attention de ne pas passer devant eux et de bien se cacher.

Lithildren cherchait dans la zone autour de l'Université sa cible : Cereis. Elle devait le trouver et... Le voilà. Lithildren l'observa et commença sa filature, gardant ses règles dans un coin de sa tête et faisant attention à ne pas commencer à le perdre de vue. Elle respirait faiblement, faisait des pas les plus silencieux possibles... Et priait pour ne pas se faire prendre, en restant concentrée sur son environnement.
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Ryad Assad
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyVen 14 Juin 2019 - 15:37
Deux jours.

C'était le temps exceptionnellement court que Neige avait donné à Lithildren pour accomplir sa mission, à savoir localiser Cereis et identifier ses maîtres. Si la première partie du plan avait été relativement aisée à accomplir, et que la filature à distance n'avait pas semblé poser de problème particulier, il avait été fort difficile pour l'Elfe d'obtenir la moindre information. Les raisons étaient simples. Premièrement, elle connaissait trop peu la Cité Blanche pour s'y retrouver aisément, et les endroits où sa cible se rendait ne lui étaient pas familiers, si bien qu'elle ne pouvait pas en tirer la moindre conclusion. Elle aurait pu bénéficier des conseils de Reinil, voire même de Chance Mevan si elle avait pu le faire entrer à Minas Tirith, mais aujourd'hui elle était seule et elle devait se débrouiller ainsi, même si cela limitait considérablement ses possibilités. La seconde raison suivait la première : puisqu'elle ignorait où se rendait Cereis lorsqu'il pénétrait dans un bâtiment, elle ne pouvait décemment pas le suivre, au risque de tomber nez à nez avec une cohorte de soldats armés jusqu'aux dents prêts à l'accueillir.

Alors, réduite à glaner des informations sans grand intérêt pour le moment, elle ne pouvait que guetter l'opportunité. Même si ce temps passé à arpenter les rues de la Cité Blanche pouvait paraître bien court à l'échelle d'une vie elfique, il n'en demeurait pas moins pesant et désagréable. Le sentiment d'être perpétuellement en danger émoussait même les sens les plus affûtés, et la nécessité de se déplacer en permanence par des voies sombres, mal entretenues, odorantes et remplies de rats n'arrangeait rien. Reinil et Horas n'avaient pas été en mesure de lui donner un plan des égouts qui servaient à évacuer les eaux usées depuis le sommet de la cité vers sa base, et le risque de s'y perdre était grand. Pour autant, ces passages peu praticables fournissaient des cachettes fort utiles pour quiconque était assez mince pour s'y glisser, assez fou pour endurer la crasse et l'odeur nauséabonde, et assez fort pour se hisser vers la surface le moment venu, et non déraper en chute libre jusqu'au pied de la montagne. Un humain normal n'aurait jamais pu réunir toutes ces conditions, ce qui expliquait probablement pourquoi les gardes ne songeaient pas à explorer ces passages qui de toute façon ne les intéressaient guère.

Ceux qui cherchaient Lithildren n'imaginaient pas un seul instant qu'elle avait pu quitter sa tanière, et qu'elle se promenait librement au milieu d'eux.

Cereis était un homme méthodique à défaut d'être patient, et qui disposait de toute évidence de ressources considérables. Du peu qu'elle avait pu en voir, il distribuait ses ordres à tous les hommes en uniforme qu'il croisait, leur commandant de veiller soigneusement à ne pas laisser s'échapper une Elfe à l'air farouche. Ils avaient ordre de la prendre vivante – une information pas anodine – mais ils étaient tenus de protéger leur vie, et si Lithildren essayait de s'en prendre à eux, ils risquaient d'essayer de la tuer en état de légitime défense. Confortés dans leur certitude qu'elle se trouvait à l'intérieur des murs épais de l'institution pluriséculaire, les gardes concentraient leurs recherches autour de l'Université, laissant tout le loisir à Cereis de faire quelques voyages vers les niveaux les plus hauts de la Cité Blanche, ceux auxquels Lithildren n'avait pas accès, probablement pour demander à ses supérieurs l'autorisation d'enfoncer les portes qui lui barraient la route. De toute évidence on ne lui en avait pas donné la permission, et il s'était résolu à patienter, parlementant vivement avec un des professeurs à travers l'huis clos qui se dressait entre lui et sa proie comme un mur infranchissable.

Il ignorait naturellement que Lithildren s'était échappée, et que c'était désormais lui la proie.

Il l'ignorait, mais il ne manquait pas de prudence néanmoins, preuve d'un entraînement poussé dans le domaine de la dissimulation. A plusieurs reprises, l'Elfe avait failli être repérée, et elle n'avait dû son salut qu'à la chance. Cereis était vigilant, pour ne pas dire paranoïaque, et il avait l'avantage de connaître le terrain : autant d'atouts dans sa manche, alors que la guerrière n'en avait aucun. Et pour couronner le tout, elle était pressée par le temps…

Deux jours, c'était bien trop court, mais Neige semblait pressée d'agir.

Le premier jour et la première nuit se déroulèrent ainsi, un jeu de dupes dans lequel les deux lutteurs se cherchaient et s'évitaient mutuellement. Cereis, intouchable car souvent entouré de soldats, patrouillait autour de l'Université comme un limier ayant acculé une proie, et attendant l'ordre de la mettre à mort. Lithildren s'efforçait de le suivre, de le guetter, en faisant attention de ne pas elle-même être prise au piège.

A l'affût, elle n'avait pas d'autre choix que d'attendre patiemment, en espérant que Cereis commettrait une erreur avant la fin du temps qui lui était imparti.


~ ~ ~ ~

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En entrant dans la pièce, Neige sentit immédiatement qu'elle n'y était pas la bienvenue. Elle avait l'habitude d'agacer son supérieur, mais elle ne se souvenait pas avoir jamais vu une lueur aussi cruelle dans son regard. Il était de toute évidence courroucé, et ce fut à grand peine qu'il contint son envie de lui hurler dessus. Peut-être parce qu'il savait que ce n'était pas la peine. Peut-être parce qu'il avait conscience que malgré sa froideur devenue légendaire au sein du Service, elle pouvait à tout moment se transformer en une tempête mortelle pour quiconque se dressait sur sa route.

- Bonjour Directeur, merci d'avoir accepté de me recevoir.

La politesse feinte, le calme avant le début des hostilités.

- Capitaine, cracha-t-il sans cacher son mépris. Je suppose que vous êtes venue m'expliquer pour quelle raison vous souhaitez interférer avec des ordres directs de votre supérieur hiérarchique.

Neige se redressa légèrement. Elle savait dans quelle direction allait partir cette conversation, et elle s'y préparait déjà. Ses arguments étaient comme ses armes : tranchants et prêts à servir si besoin. Comme toujours, elle frapperait la première, et elle frapperait la dernière. Elle aurait le premier sang et le dernier mot, n'en déplaise à ce « directeur » de pacotille qu'elle n'appréciait ni ne respectait.

- Je crois qu'il y a méprise, monsieur. La femme que vous recherchez n'est pas une menace pour la sécurité du Gondor, et j'ai estimé que…

- Vous avez estimé, capitaine !? Estimé !? Qui êtes-vous pour estimer quoi que ce soit ? Tout ce que vous avez à estimer, c'est combien de pouces d'acier enfoncer dans le cœur de votre cible, que ce soit bien clair. Les libertés que votre ancien maître vous laissait sont inacceptables, et vous mériteriez d'être traduite en cour martiale pour la peine.

Neige ne vacilla pas sous la menace. Elle savait que c'étaient des paroles en l'air. Elle n'était pas assujettie au même régime que les troupes régulières, et elle avait conduit assez d'opérations de ce type pour savoir que lorsque le Service souhaitait se débarrasser d'un agent, le problème était réglé en interne, silencieusement, et de manière définitive. Mais le directeur était un homme de guerre qui respectait la loi et l'ordre au pied de la lettre. Il croyait naïvement que ces paroles auraient un quelconque effet sur la jeune femme, et il se trompait lourdement. Glaciale, elle reprit :

- Directeur, cet ordre de mission a poussé Cereis à enfreindre les limites de l'Université, à bafouer ses privilèges, et à entacher une nouvelle fois l'image de l'armée. C'était une opération illégale, immorale, et de surcroît inutile. Cette femme n'est pas un danger.

Son interlocuteur semblait bouillir de rage devant tant d'insolence. L'insubordination de Neige n'était pas de celles qu'il pouvait tolérer, mais il avait conscience qu'elle n'était pas n'importe qui dans le Service, et qu'il ne pouvait pas simplement la dégrader ainsi. Il digéra sa colère, et rétorqua :

- Capitaine, vous outrepassez vos prérogatives : il ne vous appartient pas de juger de la légalité des ordres qui vous sont donnés, de même qu'il ne vous appartient pas de juger de leur moralité ou de leur opportunité.

- Vous n'avez pas tous les droits, directeur, et vous n'avez pas le pouvoir d'interférer avec les libertés de l'Université.

L'intéressé eut un rictus si malveillant et si plein d'assurance que Neige se sentit soudainement décontenancée :

- Vous apprendrez, capitaine, que ces ordres proviennent directement du général Cartogan, et à travers lui de Sa Majesté le Haut-Roy Mephisto. Un ordre qui a d'ailleurs reçu l'approbation de votre oncle…

Cette information acheva de briser la confiance de la guerrière, qui ne trouva pas quoi répondre. Son oncle ? Impossible ! Jamais il n'aurait signé un tel ordre, qui allait à l'encontre de tout ce en quoi il croyait en tant que diplomate et aristocrate du Gondor. Non, il ne pouvait pas avoir fait une telle chose. Cependant, elle ne pouvait pas le prouver : l'ordre de mission de Cereis ne portait évidemment aucune signature, et elle devait croire sur parole le directeur…

Sauf si elle pouvait obtenir la vérité de la bouche de son oncle…

Changeant subitement de stratégie afin d'écourter au maximum cet entretien, elle ravala sa fierté et inclina légèrement la tête :

- Si ces ordres viennent du Haut-Roy, alors je vous prie d'accepter toutes mes excuses, directeur. Je ne vous dérange pas plus longtemps.

- Vous pouvez disposer, j'ai à faire effectivement. Mais nous n'en resterons pas là, capitaine.

Ces mots glissèrent sur sa nuque au moment où elle franchissait le seuil de la porte, en lui hérissant le poil sur la peau. Elle avait l'impression d'avoir soudainement réveillé un adversaire qu'elle avait eu le malheur de sous-estimer, et qui dardait son regard vorace dans sa direction désormais.

Les heures étaient comptées, elle devait trouver son oncle.


~ ~ ~ ~


Le second jour de filature s'était étiré en une succession de moments d'ennui profond, et d'intenses périodes de panique chaque fois qu'elle avait cru être découverte par une patrouille inattendue. Cereis lui-même paraissait sur ses gardes, jetant des regards furtifs derrière lui de temps à autre, comme s'il pressentait que quelqu'un le suivait. Pourtant, ce genre de surveillance était domaine que Lithildren maîtrisait de mieux en mieux. Deux jours étaient bien peu pour acquérir les réflexes des espions les plus aguerris qui avaient passé des années à apprendre et perfectionner leurs méthodes, mais les habitudes de bon sens venaient vite, et elle ne faisait plus les mêmes erreurs qu'au départ. Elle avait également une meilleure connaissance des environs de l'université, des cachettes potentielles, des temps de parcours entre elles, ainsi que des espaces les plus propices pour se replier éventuellement. Tout cela lui avait permis de se rapprocher légèrement de Cereis, qui avait la fâcheuse habitude de se poster toujours à peu près au même endroit, certainement pour adopter un point de vue familier quand il observait l'Université, afin de pouvoir repérer plus rapidement une quelconque anomalie. Lithildren était désormais assez proche pour se trouver à portée de voix par endroits, et pour glaner des bribes de conversation avec les soldats.

Ainsi apprit-elle qu'il avait réussi à mobiliser un contingent d'une quinzaine d'hommes, qui montaient la garde à toutes les entrées de l'Université, et qui étaient relayés fréquemment par de nouvelles sentinelles descendues de la caserne. Ce déploiement de force était significatif, particulièrement dans ce contexte de crise, et attestait de l'importance que prenait cette affaire pour les autorités militaires. Par sa faculté à distribuer les ordres, Cereis apparaissait comme le chef officiel de l'opération, et il s'était attiré les critiques de beaucoup de nobles qui étaient venus jusqu'à lui pour manifester leur mécontentement. Il y avait eu quelques menaces pour la forme, des individus outrés par le sort réservé à l'Université qui promettaient d'en appeler « aux plus hautes instances » pour que justice soit faite. Cereis ne paraissait pas ému le moins du monde, comme s'il se savait couvert. Cependant, son agacement était palpable, même s'il s'efforçait de le contenir pour éviter de créer un nouveau scandale qui n'aurait fait que lui faire perdre davantage de temps.

Lithildren captait tout ceci et bien d'autres choses qui la renseignaient sur les équilibres politiques fragiles au sein de la Cité Blanche. Elle nota que les relations entre les nobles et l'armée n'étaient pas au beau fixe, peut-être parce que le général Cartogan avait interdit le port d'armes dans la cité. Cette mesure destinée à accroître la sécurité avait fortement irrité la noblesse d'épée, dont l'esprit chevaleresque n'aurait su se priver volontairement du port d'une arme au côté. Les soldats étaient désormais les seuls à pouvoir se défendre en ville, et pour ces puissants seigneurs, il n'était de toute évidence pas facile d'accepter que de simples roturiers fussent en mesure de brandir une arme alors qu'eux-mêmes n'y étaient pas autorisés. Toutes ces subtilités de la vie gondorienne pouvaient paraître négligeables, mais elles aidaient Lithildren à se faire une image mentale de la vie au sein de la capitale du grand royaume des Hommes, ce qui pourrait l'aider à mieux discerner ses amis de ses ennemis à l'avenir.

Ses ennemis ne tardèrent d'ailleurs pas à apparaître, sous la forme d'un homme solitaire tout de noir vêtu.

En le voyant arriver au départ, elle aurait pu croire qu'il s'agissait d'un noble comme les autres. Il avait le port altier, la démarche énergique et vive, et surtout il semblait savoir exactement ce pourquoi il se trouvait là, marchant droit vers Cereis comme tous ceux qui souhaitaient se plaindre auprès de lui. Pourtant, il n'y eut pas d'éclats de voix, ni de dispute, et encore moins de manifestations d'irrespect. Bien au contraire. L'homme posa une main respectueuse sur l'épaule de Cereis, lui soumettant une question inaudible qui portait de toute évidence sur la situation au sein de l'Université. De là où elle se trouvait, Lithildren distinguait parfaitement le nouvel arrivant : il avait les cheveux courts contrairement aux hommes de la troupe qui affectionnaient de les porter longs, et sa barbe était soigneusement taillée comme s'il mettait un soin tout particulier à apparaître rigide et sec. Il devait avoir entre quarante et cinquante ans, mais l'expérience se lisait davantage dans son regard que dans sa gestuelle encore très assurée.

C'était de toute évidence un guerrier, et pour ne rien arranger il était sorti en arborant une belle épée au côté. Pourtant, il ne portait pas l'uniforme de la garde royale. Son statut était peu clair, mais il semblait connaître personnellement Cereis, et lui parler comme à un proche. Voire un élève. Les deux hommes se mirent à échanger à voix basse, s'éloignant des soldats pour ne pas être entendus d'eux. Ce faisant, il se rapprochaient paradoxalement de Lithildren, dont les oreilles toutes elfiques purent capter une grande partie de la conversation :

- Lord Rhydon, fit Cereis, vous avez obtenu l'autorisation ?

- Pas encore, répondit l'homme. Nous avons eu quelques complications, il semblerait que l'Université ait de puissants amis, et ils utilisent tous les stratagèmes pour nous retarder.

Cereis hocha la tête, visiblement déçu.

- Et Neige ?

- Tout est sous contrôle. Restez concentré sur l'Elfe, ne pensez qu'à votre mission, et tout ira bien. Le reste, j'en fais mon affaire.

Nouveau hochement de tête. De toute évidence les ordres n'étaient pas faits pour être discuter. Obéir était une des qualités premières des bons soldats, mais c'était également cela qui les poussait parfois à accomplir des actes d'une cruauté sans nom. Quand les officiers laissaient leurs hommes déchaîner leurs passions, de terribles drames pouvaient se produire, or qu'y avait-il dans les yeux de Cereis sinon les flammes de la colère et de la vengeance ? Il voulait laver l'affront fait par Neige, et nul doute que s'il retrouvait Lithildren, il lui ferait payer de ne pas pouvoir passer ses nerfs sur la femme aux cheveux blancs. Il y avait quelque chose de répugnant et de dangereux chez cet homme qu'il ne fallait pas sous-estimer.

- J'y pense, reprit Rhydon. J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles cette Elfe serait proche du commandant Mevan.

- De Pelargir ? Celui qui garde le Rammas Echor ?

- Lui-même. C'est peut-être un moyen de pression à utiliser.

Cereis parut légèrement déstabilisé. Même s'il était de toute évidence un tueur prêt à passer à l'acte sans la moindre pitié, l'idée de s'en prendre délibérément à un officier supérieur de l'armée du Gondor n'était pas de celles qu'il pouvait accepter aisément. Rhydon capta bien son hésitation, et ajouta :

- Nous travaillons pour le Haut-Roy, nous tenons nos ordres de tout en haut, et nous avons pour mission de veiller à ce que nul ne vienne semer la zizanie au sein de cette cité. Surtout pas maintenant. Vous comprenez, Cereis ? Nous n'avons pas le choix.

- C'est un commandant, monseigneur. Un homme respecté par ses hommes. Je ne sais pas si…

Rhydon fit claquer sa langue :

- Cereis, bon sang, que vous a-t-on appris ? Faites preuve d'imagination, et utilisez votre cervelle pour une fois. Occupez-vous du commandant Mevan, et je me charge du reste. J'ai encore une personne à aller voir aujourd'hui pour m'assurer que nous aurons tout le soutien dont nous avons besoin. Je compte sur vous pour ne pas tout faire échouer.

L'intéressé acquiesça avec raideur, conscient qu'il s'agissait d'un avertissement à prendre au sérieux. De toute évidence ce Rhydon ne plaisantait pas, et il n'était pas de ceux qui toléraient bien les échecs. Il abandonna Cereis, qui demeura un instant immobile, avant de prendre à pas lents la direction du bas de la Cité.

Ce faisant, il mettait Lithildren face à un dilemme épineux. Suivre Cereis était risqué, car il s'aventurerait probablement dans les niveaux inférieurs, où on lui avait déconseillé de se rendre. Mais pouvait-elle véritablement abandonner Mevan au sort qui lui était promis, quel qu'il fût ? Elle pouvait également essayer de suivre Rhydon, pour en apprendre davantage sur ce personnage bien mystérieux dont l'autorité était bien réelle, même si ses limites étaient floues. Ce rendez-vous qu'il avait évoqué était peut-être l'occasion de découvrir pour qui il travaillait, mais l'Elfe aurait-elle l'occasion d'y assister ? Ou même de s'approcher assez près pour voir qui était cette personne que Rhydon devait voir ? Rien n'était moins sûr. Elle pouvait enfin essayer de se faufiler discrètement jusqu'aux ruelles du Premier Cercle, et se débrouiller pour trouver cette fameuse Bâtisse Close où Neige était censée l'attendre dans quelques heures à peine. Lui faire un rapport de ce qu'elle avait découvert était peut-être le plus prudent, voire le plus avisé, mais était-ce bien prudent de vouloir retrouver la femme aux cheveux pâles alors que Rhydon semblait connaître ses moindres faits et gestes ?

Privée des conseils militaires qu'aurait pu lui donner Mevan, ou des informations précieuses qu'aurait pu lui communiquer Reinil, elle devait prendre une décision seule, en son âme et conscience.

Une décision qui déterminerait peut-être le sort de ceux qui comptaient sur elle.


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Lithildren Valbeön
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyDim 16 Juin 2019 - 11:41
Elle avait eu tort. Sur toute la ligne.

Elle avait cru pouvoir, et devoir, agir seule pour protéger ceux qu'elle aime ou qu'elle aurait pu aimer. Elle avait cru bon de supporter ce poids seule, de prendre toutes les responsabilités, de ne mettre personne en danger. Et la voilà à se cacher comme une souris, à se maudire pour ses choix bêtes et insensés, à se prendre la tête à chaque fois qu'elle ne pensait plus à rien. Elle se sentait suivie par des démons qu'elle créait par sa stupidité.

Elle croyait avoir ouvert les yeux, elle pensait changer et apprendre ses leçons. Mais chaque fois, son égoïsme la rattrapait. Elle était bien une Elfe, finalement : à croire que tout tourne autour d'ELLE, que tout est de SA faute, de SON devoir, SA mission, SES blessures, SON passé. Que tout est à cause d'ELLE. Comme tous les Elfes. Beau Peuple, c'est ça ! Qu'ils aillent pourrir dans l'antre d'Ungoliant !


La nuit était tombée. Elle n'avait fait que suivre Cereis toute la journée, guettant ses passages et ses pas. Elle le suivait comme son ombre, même si cette ombre avait manqué de se faire démasqué plusieurs fois. Et chaque fois, un animal ou garde venait jouer en la faveur de l'Elfe. Chaque fois, son coeur battait, sa lame la démangeait et son corps se pétrifiait. Elle n'avait de cesse de prétendre être toute puissante, douée et meilleure que les Humains. Mais elle rouillait et déraillait, complètement. Plus elle y pensait, plus la raison devenait évidente : elle n'était pas faite pour une vie comme celle-ci. Aucun Elfe ne l'est. Elle n'était pas faite pour la souffrance qu'elle avait endurée, les épreuves qu'elle avait passé et les gens qu'elle avait rencontré.

Cereis n'avait pas bougé depuis le début de la soirée. Il était dans le même bâtiment. Elle attendait. Il sortit enfin. Elle le suivit. Ce jeu la fatiguait. Elle savait cela inutile depuis qu'il s'était arrêté. Elle avait l'impression de ne rien bien faire. De tourner en rond. Et c'était sûrement le cas. L'Elfe n'en pouvait plus.


La deuxième journée fut un échange entre ennui et excitation. Elle en apprenait plus sur les Humains et leur politique. Les nobles se comportaient comme des Elfes, à s'offusquer pour un rien et considérer les autres non-nobles comme des êtres inférieurs incapables de les protéger. Lithildren trouvait cela plutôt amusant mais néanmoins agaçant. Elle comprenait de plus en plus pourquoi le royaume du Gondor tombait à chaque moment de crise : à force de renforcer la sécurité, on tombe dans un pays inapte à se défendre contre toute menace. Et celle-ci venait de l'intérieur. A force de se concentrer sur leur petit confort, les nobles oubliaient que des problèmes plus urgents existaient : se plaindre de l'attitude des militaires à Cereis ne servait visiblement à rien. Mais l'attitude de l'homme fit réaliser une chose à Lithildren : il ne s'inquiétait même pas des menaces. Non. Il s'agaçait des plaintes mais les menaces d'aller voir les plus hautes instances ne lui faisaient ni chaud ni froid. Comme s'il disait : "Allez-y, essayez. Vous verrez". Comme un défi.

Quand la silhouette d'un homme approcha, Lithildren crut voir encore un nobliau venir se plaindre une énième fois. Mais pas du tout : l'homme posa une main sur l'épaule de Cereis et posa une question qu'elle n'entendit pas. Mais d'après les regards vers l'Université, cela portait sûrement sur la situation. Ils s'éloignèrent ensuite des gardes, se rapprochant cependant de l'Elfe. Et elle put enfin entendre des choses qui la firent frissonner.

- Lord Rhydon, vous avez obtenu l'autorisation ?

Enfin avait-elle un nom. S'il était son vrai nom. Mais c'était mieux que rien du tout.

- Pas encore. Nous avons eu quelques complications, il semblerait que l'Université ait de puissants amis, et ils utilisent tous les stratagèmes pour nous retarder.
- Et Neige ?
- Tout est sous contrôle. Restez concentré sur l'Elfe, ne pensez qu'à votre mission, et tout ira bien. Le reste, j'en fais mon affaire.

Autant lui dire d'être un bon chien et d'aller chercher le bâton. L'homme semblait avoir de l'influence, trop d'influence au goût de l'Elfe. Et Cereis ne discutait pas une seule parole. Il les buvait et hochait de la tête sagement. L'attitude si calme et si posée du fameux "Lord Rhydon" donnait des sueurs froides à l'Elfe : on aurait dit Gier. Elle l'aurait juré. Cette même attitude calme, ce ton de voix posé, cette détermination qui pointait, cette force insoupçonnée. Cet homme serait-il dans la Fraternité ? Un de ces fameux "lynx" infiltrés ? Non... Cela devait être ça. Ou un noble sous leur influence. Et puis, il portait une épée mais pas d'armure. Mais qui était donc cet homme ?!

- J'y pense. J'ai entendu des rumeurs selon lesquelles cette Elfe serait proche du commandant Mevan.

Quoi ?! Quelles rumeurs ?! Comment savait-il que...

- De Pelargir ? Celui qui garde le Rammas Echor ?
- Lui-même. C'est peut-être un moyen de pression à utiliser.

Cereis parut se figer. Son visage se décomposa un peu et il sembla déstabilisé, prit de court par la demande implicite. Le Lord dû le voir car il ajouta avec ce même ton détaché :

- Nous travaillons pour le Haut-Roy, nous tenons nos ordres de tout en haut, et nous avons pour mission de veiller à ce que nul ne vienne semer la zizanie au sein de cette cité. Surtout pas maintenant. Vous comprenez, Cereis ? Nous n'avons pas le choix.

Cela devenait aussi intéressant que dangereux. Le Haut-Roy... avait lui-même... donné l'ordre de... d'éliminer ou capturer l'Elfe ? Non... Lithildren perdit toute consistance. On ne voulait pas d'elle ici pour perturber les plans de la Fraternité ou de quiconque agissait en haut.Mais peu importait ce qui était après "On ne voulait pas d'elle ici".

- C'est un commandant, monseigneur. Un homme respecté par ses hommes. Je ne sais pas si…
- Cereis, bon sang, que vous a-t-on appris ? Faites preuve d'imagination, et utilisez votre cervelle pour une fois. Occupez-vous du commandant Mevan, et je me charge du reste. J'ai encore une personne à aller voir aujourd'hui pour m'assurer que nous aurons tout le soutien dont nous avons besoin. Je compte sur vous pour ne pas tout faire échouer.

Lord Rhydon commença à détourner les talons. Il allait partir à ce fameux rendez-vous et Lithildren se retrouvait avec un choix extrêmement limité. Sauver Chance, suivre Rhydon ou aller trouver Neige. Pour lui dire quoi ? Que Lord Rhydon était aux commandes et que Chance Mevan et toute l'Université était en danger ? Non. Elle savait que c'était le meilleur choix à faire, mais le temps qu'elle atteigne Neige et sa fichue Bâtisse Close - qu'elle n'avait guère jugé bon de placer sur une carte -, Chance serait... Elle ne voulait pas y penser. Elle prit un temps pour réfléchir.

Suivre Rhydon était sa meilleure chance d'avoir des informations réellement utiles sur qui tire les ficelles, les raisons, la permission d'entrer dans l'Université et toutes les menaces immédiates ou à venir. Il était la clé à la résolution du problème dans les plus hautes instances, au moins militaires. Mais elle n'avait aucune garanti qu'elle pourrait glaner une quelconque information, et elle savait que se cacher n'allait pas aider éternellement. Elle serait sûrement obligée de tuer pour accéder à un lieu car tous les gardes la cherchaient ELLE. C'était une excellente idée mais avec des chances de réussite trop vagues, dépendant de bien trop de facteurs qu'elle ne pouvait pas se permettre d'omettre si elle le suivait.

Suivre Cereis était le seul moyen de sauver Chance, s'il lui arrivait malheur. Elle pourrait ainsi avoir des informations du Commandant et de Cereis en personne. Et s'il refusait... elle irait à la manière forte. Elle avait apprit comment faire parler quelqu'un. Seul problème : elle devrait repasser les niveaux inférieurs truffés de gardes. Et pendant ce temps, Rhydon avait la possibilité de pénétrer dans l'Université, de la fouiller sans trouver l'Elfe, de trouver les documents et de comprendre qu'ils en savaient plus qu'ils ne devraient. Et après... Elle ne voulut pas y penser non plus.

Enfin, rejoindre Neige à la Bâtisse Close - en supposant qu'elle trouvait cet endroit - était l'option la plus censée. Dire ses informations à Neige, celle-ci donnant les siennes. Elles regroupaient et décidaient d'une marche à suivre. Mais cela prendrait trop de temps et elle pouvait perdre Chance, Reinil et tout ce qu'elle voulait défendre. En même temps... elle ne pouvait pas sauver tout le monde.

Que diraient ceux qu'elle connaissait ? Chance dirait que son sacrifice servirait une plus grande cause et qu'elle devait avant tout penser à l'avenir du Gondor : il choisirait de suivre Lord Rhydon. Si Reinil était là, il dirait sûrement que retrouver Neige serait la meilleur alternative. Oropher hésiterait sûrement entre Rhydon et Cereis, mais opterait plutôt pour suivre le noble. Neige... eh bien, elle se choisirait. Que dirait Eugénion ? Elle se posa sérieusement la question. Peut-être dirait-il que Chance mérite d'être sauvé ?

L'Elfe prit sa décision : elle devait sortir Reinil de l'Université, suivre Cereis et sauver Chance. C'était sa meilleure... chance. Elle savait déjà que plusieurs choix étaient possibles si Cereis et Chance survivaient, elle se fit un schéma en tête. Puis elle convint d'alerter Reinil afin qu'il la rejoigne. Mais rentrer dans l'Université allait être trop risqué. Elle avait besoin de Reinil, là, maintenant.

Cela ne faisait que deux minutes que Rhydon était parti. Elle avait réfléchit vite, elle n'avait pas le choix. Elle attendit un moment de ronde, qui arriva en peu de temps. Elle profita de ce battement d'ailes pour envoyer le signal à Reinil qu'il devait la retrouver d'urgence. Elle l'envoya même deux fois car elle trouvait qu'il était trop long. Elle n'attendit que quelques minutes - mais c'était déjà trop long - avant qu'il n'apparaisse à l'extérieur de l'Université. C'est là qu'elle l'attendait. Il fut surpris et avant de dire un mot, elle le coupa.

- Tais-toi. Tu vas m'écouter et ne rien dire : nous devons aller aux portes et retrouver le Commandant Chance Mevan qui est à l'extérieur. Il est en danger de mort. J'ai refusé ton aide avant mais là j'ai besoin que tu viennes avec moi. Car si je m'absente de la Cité sans toi, tu pourrais être celui en danger de mort. Nous avons perdu assez de temps, et il faut impérativement arriver au campement du mur le plus vite possible. Je compte sur toi pour être discret et me donner le meilleur chemin. C'est toi le petit génie, après tout. J'ai foi en toi. Mais tu vas devoir suivre mes directives à la lettre pour éviter qu'on ne se fasse repérer. Il va falloir se cacher voire ramper, je compte sur toi pour me suivre comme une ombre et m'obéir.

Elle n'en dit pas plus, le prit par la main et lui donna les ordres nécessaires pour se cacher. Il était effrayé. C'était normal. Mais elle voyait dans le regard du garçon une étincelle d'excitation : était-ce l'usage qu'il cherchait ? Etait-ce ça qu'il voulait, quand il disait vouloir être utile ? Etre au milieu de l'action le pétrifiait mais c'était nécessaire, selon l'Elfe. Sinon... elle pouvait le perdre lorsque Rhydon donnerait l'assaut sur l'Université, qu'il ne verrait pas l'Elfe... et Reinil n'était pas prêt à subir la prison et la torture pour dire où elle se trouvait. Il méritait mieux que ça.Les autres scolaires allait peut-être... elle n'y pensa pas.

Reinil donnait des conseils d'itinéraires. Mais quand il bafouillait ou hésitait, Lithildren le serrait contre elle et disait :

- Ferme les yeux, oublie pourquoi tu es là et concentres-toi. Tu es un garçon intelligent et je suis sûre que tu sais bien plus que tu ne veux l'admettre humblement. Je suis là pour te protéger et je le ferai jusqu'à la mort. Aie foi en moi car j'ai foi en toi.

Il inspirait, fermait les yeux rapidement, les rouvrait et disait le meilleur chemin. Ils devaient sans cesse se cacher et... ils avaient pu apercevoir Cereis dans leur champ de vision. Elle avait mit du temps à avoir Reinil avec elle mais le soldat traînait des pieds. Il n'était visiblement pas convaincu du bien-fondé de l'ordre qui était d'utiliser Chance comme moyen de pression, quoi que cela puisse signifier. Ce qui voulait dire que Lithildren et Reinil avaient une chance encore de sauver Chance. Et Lithildren ne devait et ne pouvait pas abandonner l'humain.

Mais passer les niveaux allaient être compliqués, ils le savaient. Mais ils n'avaient pas non plus le choix.
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Ryad Assad
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMar 18 Juin 2019 - 0:08
Dans sa précipitation à sortir de l'Université, Reinil avait oublié de fermer la porte de sa chambre, et de ranger ses effets personnels. Son nécessaire d'écriture était resté dispersé sur le bureau austère, et la bougie allumée se consumerait jusqu'à ce qu'il ne restât plus de mèche. Si un des professeurs passait par là, il ne manquerait pas de le réprimander pour ce manque de rigueur, mais le jeune garçon ne s'en souciait pas le moins du monde. En recevant le signal de Lithildren, il avait tout abandonné sur-le-champ, et s'était précipité par l'issue secrète, en espérant retrouver l'Elfe en vie. Il n'avait pratiquement rien pris avec lui, sinon une vieille cape de voyage, et un poignard.

Une arme dérisoire s'il devait affronter ce Cereis ou les hommes qui se trouvaient à son service, mais dans l'esprit chevaleresque du novice, il ne pouvait pas voler au secours d'une demoiselle en détresse sans avoir au côté de quoi au moins blesser le premier malandrin venu. Il n'était pas un bretteur, il ne l'avait jamais été, et il ne le deviendrait probablement jamais sinon par la force d'un destin capricieux. Toutefois, il était courageux malgré sa peur, et il était prêt à enfreindre la loi du Haut-Roy pour sauver cette femme qu'il ne connaissait presque pas.

Traversant les rues comme une ombre, habitué qu'il était de circuler dans ce quartier, il esquiva sans la moindre difficulté les gardes qui se trouvaient dans les parages, et qui d'ailleurs ne lui auraient guère prêté attention, tout occupés qu'ils étaient à guetter les environs en espérant découvrir Lithildren cachée quelque part. A chaque pas, son inquiétude grandissait, et il se demandait s'il allait retrouver l'Elfe, et surtout dans quel état. Elle lui avait expressément fait comprendre qu'elle n'avait pas besoin de lui, que le danger de sa mission était trop grand pour qu'il pût l'accompagner. Alors la seule raison pour laquelle elle le faisait sortir de l'Université était probablement parce qu'elle faisait face à un danger imminent. Était-elle blessée ? Avait-elle été capturée ? Était-il déjà trop tard ? Reinil savait que l'esprit des Eldar s'envolait vers les Terres Immortelles si leur corps venait à être frappé de ce que les Edain appelaient la mort, mais il espérait de tout cœur ne pas tomber sur le corps inanimé de la guerrière. Dans son égoïsme, il ne pourrait que pleurer son départ brutal, et non se réjouir de la savoir désormais auprès des Valar et des siens.

Tout à ses pensées, il ne vit pas venir Lithildren qui se déplaçait avec la discrétion d'un félin. Elle l'intercepta sans la moindre difficulté au détour d'une ruelle, surgissant dans son champ de vision sans lui laisser la moindre chance de s'échapper. Si elle avait voulu lui faire du mal, elle aurait pu lui briser le cou avant même qu'il eût découvert son identité, mais fort heureusement pour le novice, il était en compagnie d'une alliée qui n'avait à son égard aucune intention malveillante. Elle se contenta de lui poser un doigt sur les lèvres en lui intimant de se taire.

Se taire, il le fit, mais la réaction de sa jeune âme fut si naturelle et spontanée qu'elle les prit tous les deux au dépourvu. Il la serra dans ses bras sans réfléchir, pour la deuxième fois en quelques jours seulement. Il éprouvait à l'égard de l'Elfe une tendresse toute filiale, probablement exacerbée par le fait qu'il vivait entouré d'hommes qui s'apparentaient à ses pères, mais qu'il ne côtoyait pas de femmes qui auraient pu tenir le rôle d'une mère pour lui. Il ne prolongea pas son étreinte outre mesure, et leva les yeux vers ceux de la guerrière, à la fois soulagé de la savoir en vie et indemne, mais également inquiet des raisons pour lesquelles elle avait pu le faire venir. Sans dire un mot, conformément à ce qu'elle lui avait ordonné, il écouta toutes ses explications jusqu'au bout, mémorisant le moindre détail dans son cerveau entraîné à retenir les informations.

Elle lui avait détaillé la situation avec une concision et une précision toutes militaires qui lui convenaient fort bien, mais qui ne rendait pas la tâche plus aisée pour autant. Ce que lui demandait l'Elfe était prodigieusement difficile, et compte-tenu de son état de nervosité, il n'était pas facile pour lui de construire un itinéraire mental sûr pour rejoindre l'extérieur de Minas Tirith. Cependant, il s'agissait d'une question de vie ou de mort de toute évidence, et il n'avait pas le choix que d'essayer. Résumant la situation à voix haute, il essaya de faire le bilan :

- Nous devons franchir deux portes lourdement gardées, et traverser un périmètre occupé presque exclusivement par des soldats. Puis nous devons trouver un moyen de franchir la grande porte de la cité, et de nous retrouver à l'extérieur…

A l'heure actuelle, rejoindre le premier cercle était déjà un défi en soi, mais quitter la forteresse semblait totalement hors de portée. Les lourdes portes de mithril demeuraient closes à quelques exceptions près, que le novice essaya de passer en revue. Ils ne pourraient jamais se faire passer pour des gardes et justifier d'une raison assez importante pour quitter la cité, ce qui excluait d'emblée l'option de se déguiser en serviteurs du Haut Roy. Ils ne pouvaient pas non plus passer pour des dignitaires quelconques, car la cité était verrouillée et tous les ambassadeurs s'étaient abrités avec la haute aristocratie du Gondor, tout en haut de la capitale. Cependant, il y avait un groupe qui avait régulièrement accès à l'extérieur, et qu'ils pouvaient imiter sans trop de peine.

- Je… Je crois que j'ai une idée ! Je vous expliquerai tout plus tard, ne perdons pas de temps.

Il emboîta le pas à l'Elfe, trottant presque pour essayer de tenir la cadence tant elle semblait pressée. Il n'avait pas compris tous les détails de son récit, mais ce qui semblait certain, c'était que la vie d'un officier de l'armée était en danger, et qu'ils devaient tout faire pour le sauver. La vitesse était essentielle ici, mais à l'évidence ils étaient en retard, en témoignaient les petits signes d'agacement que Lithildren ne parvenait pas à cacher. Quand il lui signalait un détour, elle se renfrognait, et quand il hésitait elle l'exhortait à réfléchir, à la fois bienveillante et impitoyable. Elle lui faisait penser à ses professeurs, qui le poussaient toujours à donner le meilleur de lui-même à base de compliments savamment dosés et de remontrances camouflées. Il faisait de son mieux, mais elle en voulait davantage, et ce défi stimulant poussait son intellect dans ses derniers retranchements.

Reinil avait trouvé comment franchir la première porte sans trop de difficulté. Il avait offert son manteau de voyage à Lithildren et lui avait conseillé de baisser la tête humblement, comme une servante. Il y avait de nombreuses femmes qui circulaient dans ces sections de la cité, et les gardes n'étaient pas particulièrement regardants à ce niveau. Ils se laissèrent aisément duper, et n'adressèrent pas même un regard aux deux passants. Un gamin et une servante, cela n'était que trop banal ici.

Pour autant, le jeune garçon savait que son stratagème ne fonctionnerait pas aussi bien pour descendre dans les ruelles du premier cercle, où les contrôles étaient plus sérieux. En effet, ce niveau tout entier constituait la première ligne de défense de la capitale, et les civils y étaient bien plus rares. Les allées et venues étaient surveillées avec grand soin, et personne ne s'aventurait dans les parages sans une raison bien précise.

- Pour la plupart, les femmes qui traversent les ruelles aujourd'hui sont des servantes qui transportent des vivres et des simples depuis et vers l'extérieur. Je pensais que nous en verrions, et que vous pourriez vous fondre dans la masse, mais j'ai bien peur que nous soyons contraints d'attendre. J'ignore quand est leur prochaine commission… c'est peut-être une affaire d'heures.

En disant cela, Reinil se rendit compte que son plan était trop aléatoire et risqué pour être véritablement acceptable. Ils n'avaient pas des heures devant eux, de toute évidence, et ils devaient trouver une solution immédiatement. Il se mit à réfléchir, essayant de contenir l'impatience de Lithildren qui était de plus en plus palpable, quand soudainement la solution s'imposa à lui :

- Là ! Regardez !

Un chariot approchait, tiré par un âne qui s'efforçait de ne pas déraper sur le sol légèrement en pente de la Cité Blanche. Le conducteur de l'attelage, encourageait sa bête à coups de bâton, mais ne prêtait pas attention à grand-chose d'autre, et surtout pas à son chargement. Reinil essaya d'expliquer son idée le plus rapidement possible :

- Je suis presque sûr que c'est un chargement de munitions. On forge des flèches plus haut dans la cité, et elles sont régulièrement livrées aux troupes à l'extérieur pour les approvisionner en cas d'assaut. C'est peut-être notre chance !

Se cacher à bord du chariot était une véritable prise de risque. Si les gardes vérifiaient la cargaison, ils seraient démasqués immédiatement et n'auraient rien à dire pour leur défense. Mais paradoxalement, c'était peut-être le moyen le plus rapide de rejoindre le niveau inférieur, et s'ils devaient attendre une prochaine opportunité, il risquait d'être trop tard pour le commandant Mevan.

- Faites-moi confiance, fit Reinil, convaincu que son plan allait marcher.

Et il fonctionna.

La guerrière et la novice s'allongèrent sous le drap tendu sans éveiller l'attention de quiconque, et demeurèrent immobiles, en espérant ne pas se faire remarquer. Ils se placèrent immédiatement à côté de ce qui semblait être un gros sac de toile d'où se dégageait une forte odeur qui les convainquit d'en rester à bonne distance. Ce n'étaient pas des munitions, de toute évidence, et Reinil se demanda ce dont il s'agissait, mais cette question s'évanouit dans son esprit aussitôt qu'ils approchèrent de la porte du premier cercle. Ils entendirent le chariot tressautant s'arrêter soudainement, et les gardes poser quelques questions au conducteur. Celui-ci, qui avait un fort accent de Morthond ou du Lamedon, répondit sur un ton aigri :

- Je trimballe la même chose que tout à l'heure, alors me mettez pas en retard, j'ai du boulot.

De nouvelles paroles furent échangées, probablement un assentiment de pure forme, et leur véhicule fut autorisé à poursuivre sans que quiconque prît la peine d'en vérifier le contenu. Reinil s'efforça de dissimuler son enthousiasme, mais il ne put s'empêcher de se tourner vers Lithildren en lui lançant un sourire ravi. Ils avaient réussi ! Ce n'était peut-être pas le moyen de transport le plus confortable – ni le plus propre d'ailleurs, le chariot empestait l'âne mort !  – mais pour l'heure il leur avait permis de franchir le second obstacle. Il leur restait à prier pour la suite, car s'ils franchissaient les grandes portes de Minas Tirith du même coup, ils auraient comblé une partie de leur retard. A travers le tissu, ils pouvaient voir la silhouette menaçante du soleil qui les observait de son grand œil unique, mais c'était bien tout ce qu'ils pouvaient apercevoir du monde extérieur, craignant d'être découverts s'ils se risquaient à jeter un œil sous le drap. Parfaitement immobiles, ils se préparaient à réagir dès qu'ils arriveraient à destination, peu importe laquelle.

L'attelage finit par s'immobiliser, et les deux passagers clandestins en profitèrent pour descendre rapidement, avant que le conducteur eût la mauvaise idée d'aller vérifier son chargement. Ils sortirent furtivement du chariot, mais constatèrent à leur grand désarroi qu'ils se trouvaient toujours à l'intérieur de Minas Tirith. Dans le premier cercle, certes, ce qui était une victoire, mais il leur restait encore à trouver comment quitter une ville sur le pied de guerre. Pour l'heure, cependant, ils devaient échapper aux patrouilles qui circulaient dans le périmètre, et au conducteur qui menaçait de les débusquer à tout moment. Reinil désigna le bâtiment immédiatement en face de lui, dont la porte était mal fermée. C'était de toute évidence une sorte de réserve, un endroit où ils n'avaient aucune chance de croiser des gardes.

- Vite, vite, fit Reinil à voix très basse, craignant d'être découvert.

Il pénétra à l'intérieur, et immédiatement mit sa manche sur son nez. L'odeur qui régnait ici était atroce, et elle le saisit à la gorge, lui donnant la nausée. Il se contint à grand peine, et chuchota d'un ton dégoûté :

- Par les Valar, mais quelle est cette puanteur ?

Lithildren connaissait la réponse, évidemment. Elle n'eut pas le temps de la formuler que les yeux du novice s'habituèrent à la pénombre ambiante, et découvrirent les formes sombres entassées les unes sur les autres contre le mur. Il n'avait pas vu immédiatement ce que les yeux de l'Elfe n'avaient pas manqué de remarquer dès qu'elle avait posé le pied dans ce hangar. Des pieds, des mains, des doigts raidis par la mort.

Des cadavres.

Beaucoup plus qu'il en avait jamais vu dans toute son existence.

- Qu'est-ce que…

Cette fois le dégoût franchit le seuil de ses lèvres, et il rendit le contenu de son estomac par terre, incapable de se contenir. Le choc de la réalité l'avait laissé abasourdi, et il ne pouvait rien faire d'autre que tousser et cracher pour purger son système de cette vision d'horreur. Ces corps figés dans une posture non naturelle, ces visages déformés par la douleur, ces yeux parfois encore ouverts qui le dévisageaient d'un air accusateur. C'était trop pour un jeune garçon dont le monde se percevait d'ordinaire à travers les lignes d'un manuscrit, ou dans les paroles sages d'un érudit à la longue barbe blanche. Ici, tous ses sens étaient assaillis simultanément, et il lui semblait qu'une créature invisible le comprimait, arrachant l'air de ses poumons comme s'il se trouvait sous l'eau. Il se sentait fébrile, tremblant, incapable de rien faire d'autre que d'essayer d'effacer ces corps de son esprit.

Lithildren était la seule à même de prendre une décision, à même d'agir.

De toute évidence la « cargaison » du conducteur était un ou plusieurs autres corps, ce qui expliquait l'odeur qu'ils avaient déjà pu sentir à bord du chariot. Cela signifiait surtout que le conducteur allait faire irruption dans la pièce dans quelques secondes afin d'accomplir au plus vite sa mission. Lithildren pouvait soit faire demi-tour, au risque de croiser la route de cet homme, ou bien forcer Reinil à se cacher dans cet endroit de cauchemar le temps qu'il repartît. Le jeune garçon était terrorisé, et peu importe l'option choisie elle devrait veiller sur lui comme l'enfant qu'il était.

Le rassurer.

Le protéger.

A moins qu'il ne fût déjà trop tard pour lui ?


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Lithildren Valbeön
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMer 19 Juin 2019 - 12:14
- Nous devons franchir deux portes lourdement gardées, et traverser un périmètre occupé presque exclusivement par des soldats. Puis nous devons trouver un moyen de franchir la grande porte de la cité, et de nous retrouver à l'extérieur…

Oui. Mais elle avait besoin de lui pour trouver une solution à ce problème. Elle aurait dû le prendre avec elle plus tôt au lieu de vouloir faire chemin seule. Elle n'était pas douée pour être seule.

- Je… Je crois que j'ai une idée ! Je vous expliquerai tout plus tard, ne perdons pas de temps.

Elle avait pressé le pas. Elle avait l'impression qu'ils perdaient du temps à chaque détour et hésitation. Elle essayait de garder son calme, de ne pas courir et risquer de périr criblée de flèches. Qu'elle le veuille ou non, Reinil était d'excellents conseils et elle sut alors qu'elle avait fait le bon choix : elle n'aurait jamais pu faire ça sans lui. Allait-elle enfin réaliser qu'elle ne pouvait rien faire toute seule ? Qu'il n'existait que l'esprit de groupe, la confiance en l'autre ? Comme elle le faisait avec Reinil. Mais elle ne réalisait pas cela à cet instant. Elle réalisait seulement que Cereis avait de l'avance et que Chance en paierait le prix. Non. Elle allait le sauver... elle le devait.

A l'arrivée de la première porte, Reinil passa sa cape à l'Elfe. Le déguisement fonctionna même si elle ne comprenait pas pourquoi. Les humains devaient avoir l'habitude de voir un enfant et une personne encapuchonnée à côté. Qu'était-ce à leurs yeux ? Elle l'ignorait. La seule chose qui importait à ce moment précis était qu'ils gagnaient un minimum de terrain. Mais ce n'était toujours pas assez. Reinil se démenait pour trouver des solutions face aux exigences de la Noldo. Elle n'était pas très juste avec lui. Mais elle sentait qu'elle n'avait pas d'autre choix.

Mais une fois la porte franchie, le problème se présenta comme une évidence.

- Pour la plupart, les femmes qui traversent les ruelles aujourd'hui sont des servantes qui transportent des vivres et des simples depuis et vers l'extérieur. Je pensais que nous en verrions, et que vous pourriez vous fondre dans la masse, mais j'ai bien peur que nous soyons contraints d'attendre. J'ignore quand est leur prochaine commission… c'est peut-être une affaire d'heures.

Lithildren se renfrogna et manqua de donner un coup de pied dans la première chose qui venait - mis à part Reinil. Puis il s'exclama doucement.

- Là ! Regardez !

Un chariot arrivait. Le conducteur battait son âne pour le faire avancer alors que sa bête tâchait de ne pas glisser sur les pavés. Lithildren trouvait cela excessivement cruel mais les Humains n'étaient pas connus pour leur délicatesse avec les animaux. A part certains rares.

- Je suis presque sûr que c'est un chargement de munitions. On forge des flèches plus haut dans la cité, et elles sont régulièrement livrées aux troupes à l'extérieur pour les approvisionner en cas d'assaut. C'est peut-être notre chance !

Ca serait si parfait, oui ! Lithildren trouva une sorte de regain d'espoir bien qu'il fût teinté d'une nuance sombre : et si ce n'était pas ça ? Mais surtout... et si les gardes vérifiaient le chargement ? Ils seraient découverts immédiatement et Chance pouvait... Non. Elle regarda Reinil qui insistait du regard.

- Faites-moi confiance.

Elle hocha doucement de la tête et entraîna le garçon avec elle jusqu'au chariot. Ils se glissèrent rapidement dedans, soulagés. Puis... Lithildren regarda le chargement. Elle sentit l'odeur. Et elle comprit. On lui avait dit qu'il y avait une épidémie dans la ville, depuis quelques temps, et qu'elle faisait des ravages. C'était cette épidémie qui avait causé la fermeture de la cité et la mise en place d'une partie de la garnison à l'extérieur des murs. Ils étaient dans un chargement de cadavres. Elle en avait tellement vu, des cadavres, qu'elle n'hoqueta même pas. Elle ferma doucement les yeux en priant les Valar que Reinil ne s'en aperçoive pas. Il ne semble d'ailleurs pas poser de question. Lithildren serra le garçon contre elle dans un geste protecteur presque maternel.

Ils conclurent qu'ils étaient arrivés à la première porte car le chariot s'arrêta soudainement. Des gardes posèrent des questions de routine, pour la forme, mais le conducteur répondit avec agacement et aigreur :

- Je trimballe la même chose que tout à l'heure, alors me mettez pas en retard, j'ai du boulot.

Les piles de cadavres étaient si nombreuses que ça..? Merde. La situation était pire que ce que l'Elfe pensait. Bientôt, Minas Tirith ne serait habitée que par des soldats et des fantômes et, tout doucement, finirait par n'être que les ruines d'un royaume si fier. Le chariot reprit sa route, ce qui soulagea largement Reinil et l'Elfe. Ils firent encore de la route avant de s'arrêter à nouveau, cette fois-ci pour de bon. Les deux seuls vivants de la cargaison sortirent furtivement, puis Reinil pressa l'Elfe vers le bâtiment juste en face d'eux.

Dès qu'ils posèrent le pied dans cette "réserve", les craintes de Lithildren se confirmèrent. C'était bien des cadavres. La maladie frappait fort, vite. Reinil s'exclama et demanda ce qu'était cette puanteur. Quand il remarqua les visages tordus par la douleur, les membres raidis et parfois dans des positions incongrues, il se figea et vomit par terre. Lithildren le prit contre elle et le mettant face à elle pour qu'il ne voit pas plus de ce spectacle morbide. Les cadavres ne faisaient plus rien à l'Elfe, elle en avait sa dose. Mais elle devait reconnaître que ce tableau sombre lui faisait froid dans le dos. Elle ordonna à Reinil de se couvrir le nez et la bouche avec sa cape et de rester face au mur, comme s'il était puni au coin. Reinil était trop terrorisé pour agir et faire un seul geste. La Noldo s'agenouilla devant lui. Il avait les yeux écarquillés et les jambes tremblantes. Elle prit la tête du garçon dans ses mains et tâcha de capter son attention.

- Reinil... ne regarde que moi.. juste moi, dit-elle avec une infinie douceur. Je sais... c'est horrible... il n'y a pas de mots pour le décrire ni te rassurer pleinement... Mais tu dois m'écouter, là, de suite... il faut te couvrir le nez et la bouche avec ta cape et bien rester dos au reste... D'accord..? Tu es un brave garçon. Je vais nous sortir de là vite, je te le promets.

Il hocha à peine la tête et finit par se couvrir le nez et la bouche, non sans qu'elle le fasse à moitié pour lui. Lithildren en avait profité pour prendre le poignard du garçon. Elle n'avait pas de dague et en avait désespérément besoin à cet instant. Elle murmura ensuite quelque chose à Reinil qui pouvait lui donner des frissons si son imagination marchait en vitesse.

- Ferme les yeux... reste accroupi... et ne bouge sous aucun prétexte jusqu'à ce que je te le dise.

Lithildren se redressa et regarda ce pauvre animal effrayé qu'était Reinil. Elle attendit derrière la porte. Le Transporteur finit par arriver. Lithildren se glissa derrière lui depuis l'ombre de la porte et lui fit une clé de bras si rapidement que l'homme eut à peine le temps de réagir. Elle plaqua ensuite une main sur sa bouche en le maintenant bien fermement.

- Ne bougez pas, s'il vous plaît, vous ne ferez qu'avoir un peu plus mal ou vous disloquer l'épaule, dit-elle doucement, presque à l'oreille de l'homme. Il ne vous sera fait strictement aucun mal si vous suivez mes conseils : ne donnez pas l'alerte et ne criez. Ni maintenant, ni quand vous aurez terminé votre tâche, ni jamais. J'ai votre attention et mot d'honneur ?

L'homme ne fit que bougonner. Elle finit par le relâcher, pointant le dague vers lui par précaution.

- Accomplissez votre tâche sans un mot, de manière normale et naturelle. Ensuite.. vous avez le choix entre rester ici accompagner la pile que vous grandissez ou bien nous aider à sortir de la ville. Et si vous faites bien l'affaire, vous aurez quelques pièces et la vie sauve. Qu'en dites-vous ?

L'Elfe accompagna ses dires des quelques rares pièces de monnaies qu'elle avait de Tharbad. C'était le peu qu'elle possédait mais elle était prête à acheter cet homme pour qu'il les aide. Le Transporteur sembla considérer la question un instant et finit se dire que des pièces, son silence et sa vie valaient sûrement mieux que rejoindre la pile de cadavres. Elle lui promit l'argent une fois qu'il aurait aidé à sortir de la ville, lui donnant déjà deux pièces en guise de tribut. Il grommela mais se contenta de vider son chargement par la suite.

Lithildren alla reprendre le petit animal effrayé - ou Reinil pour les intimes - dans ses bras. Elle le borda, le serra fort contre elle. Elle s'excusa pour tout ça, lui promit d'être là pour lui. Il se cramponnait à elle. Lithildren considéra enfin qu'elle avait une... affection quasi maternelle à l'égard du garçon. Elle n'avait jamais réellement été en compagnie de garçons, toujours d'hommes adultes. Elle n'aurait jamais pensé pouvoir ressentir cette affection pour un adolescent, une affection qui réchauffait et faisait se sentir moins... seule. C'était comme si dans son être qu'elle voulait impénétrable, Reinil s'était glissé et avait enlacé le manque affectif de Lithildren, le comblant d'une certaine manière.

Mais est-ce que cela allait être suffisant ?
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Ryad Assad
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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptyMer 19 Juin 2019 - 20:22
Les paroles de Lithildren essayaient péniblement de se frayer un chemin jusqu'à l'esprit de Reinil, comme une lame tranchant à travers le brouillard qui s'était abattu tout au tour du jeune garçon. Ses tremblements incontrôlables trahissaient la violence de son émoi, et la seule lumière dans les ténèbres de cette cave sordide résidait dans l'Elfe qui se trouvait à ses côtés, et qui faisait tout pour le réconforter. Sans elle, il se serait probablement effondré, trop horrifié pour même oser mettre un pied à l'extérieur. Machinalement, il obéit à ses moindres directives, sans même essayer de comprendre. Se protéger le nez et la bouche, oui, cela aidait un peu à combattre l'odeur épouvantable, même si c'était loin d'être suffisant pour lui empêcher de percevoir le parfum entêtant de la mort. Tourner le dos aux cadavres, oui, voilà qui était une bonne idée pour se préserver un peu de cette vision cauchemardesque, et s'efforcer d'oublier pendant l'espace d'un instant la réalité.

Il voulut dire quelque chose, lui demander de donner du sens à tout ce qu'il venait de voir, mais il ne trouva ni le courage ni la force de parler, trop concentré qu'il était à s'empêcher de vomir de nouveau.

Cependant, il comprit néanmoins les directives de Lithildren, et le rôle qu'il devait jouer dans la suite, à savoir rester de côté et de ne surtout pas se mettre en travers de sa route. C'était une mission tout à fait à sa portée, et qui correspondait à peu de choses près à ce qu'il était capable d'accomplir pour le moment dans son état. Il s'accroupit comme elle lui avait dit, et tenta de focaliser son attention sur autre chose. N'importe quoi qui lui permettrait de s'échapper un peu de cette prison. Ses leçons lui apparurent comme le refuge le plus sûr face aux démons de la peur qui le tiraient toujours plus profondément vers les entrailles de son propre effroi.

A voix très basse, pour ne pas être entendu, il se mit à lister les rois du Gondor comme il avait si bien appris à le faire avec le professeur Horas :

- Elendil… Anárion… Isildur… Meneldil…

Seules les oreilles de Lithildren pouvaient percevoir ce chuchotis, qui fut bientôt remplacé par le bruit d'une porte qu'on ouvrait, et d'un sac que l'on traînait par terre.


~ ~ ~ ~


Porter des cadavres n'était pas un métier que l'on pouvait qualifier d'enviable, ni même de plaisant, mais il payait suffisamment bien et en ce moment le travail ne manquait pas. Voilà deux raisons pour lesquelles le vieux Sanson s'occupait régulièrement de faire la navette entre les Maisons de Guérison et le dépotoir où l'on entassait les cadavres. Pour faire ce boulot convenablement, il fallait apprendre à ne pas poser trop de questions, et des questions, Sanson n'en posait jamais. Il se contentait de prendre les corps là où on le lui demandait, et de les transporter ailleurs. Au cimetière la plupart du temps, mais aujourd'hui c'était dans un entrepôt abandonné. Il se fichait de savoir pourquoi, tant qu'on lui versait sa petite commission. Il n'était qu'un petit exécutant, sans ambition et sans génie, qui se contentait de faire son travail sans rechigner.

Alors tomber nez à nez avec une Elfe déterminée à lui casser le bras… il n'aurait jamais pu imaginer chose pareille, ça non.

Son expression de surprise et de douleur mêlées ne fit que s'accroître quand la donzelle finit par le lâcher après avoir exigé de lui le silence le plus complet. Il avait grommelé un « oui oui » sans trop avoir le choix, mais de toute façon il n'était pas bien courageux et il ne voulait pas se mettre quiconque à dos. Cependant, quand il avait découvert qu'il s'agissait d'une Elda, d'une femme du noble peuple, il ne put s'empêcher d'enlever son chapeau et d'incliner légèrement la tête. Peut-être par respect… peut-être par superstition, il ne savait trop bien. Il n'était pas familier des choses magiques et des grandes gens, si bien qu'il préférait se comporter avec trop d'humilité que pas assez.

- Me faites pas d'mal ma bonne dame, j'ai rien fait j'vous l'jure.

Il leva les mains pour montrer qu'il n'était pas armé, mais de toute façon il n'y avait qu'à le regarder pour comprendre qu'il ne s'agissait que d'un homme du peuple, et qu'il ne maniait pas davantage l'épée que la lance. Il n'aurait pas pu lui faire du mal, même s'il l'avait voulu.

Et de toute évidence, l'Elfe ne semblait pas déterminée à lui faire du mal non plus. Au contraire, elle lui fit une proposition qui, du moins espérait-elle, lui paraîtrait alléchante. Son aide pour sortir de la cité, en échange d'une récompense dorée et – ce qui n'était pas négligeable – de sa vie. Elle n'avait pas formulé les choses ainsi, mais il n'était pas dupe, et il savait qu'il valait mieux ne pas trop l'embêter au risque de mettre la patience dont elle faisait preuve avec lui à rude épreuve. Il n'était pas bien malin, mais il n'était pas bête non plus. Cependant, même s'il tenait beaucoup à sa vie, et à la récompense qu'elle lui promettait, il ne pouvait pas accomplir l'impossible, loin de là.

Toujours les mains levées, il répondit :

- J'aimerais bien m'dame, j'aimerais vraiment bien vous aider, aussi sûr que j'm'appelle Sanson. Ça c'est vrai oui. Mais les gardes laissent sortir personne, j'vous l'jure. Même pas moi. J'ai bien une permission spéciale, mais seulement à la nuit tombée. Et là… faudra encore encore quelques heures avant que j'puisse sortir. J'veux bien vous aider m'dame, j'veux vraiment bien, mais j'vous jure que j'peux pas.

Il haussa les épaules, conscient qu'elle serait déçue, voire contrariée de sa réponse. Mais il avait dit la vérité. Les portes de la cité étaient closes, et aucun des gardes ne se damnerait pour l'aider à ouvrir la porte. Lui-même n'aurait pas voulu forcer le barrage, au risque d'être criblé de flèches par les gardes qui se trouvaient sur les remparts et qui surveillaient les allées et venues. Et quand bien même, ils n'échapperaient pas facilement aux troupes qui surveillaient le Rammas Echor. Quitter Minas Tirith était encore plus difficile que d'y entrer, à l'heure actuelle.

Sanson laissa l'Elfe à ses réflexions, alors qu'elle considérait ses options et leurs différentes chances de réussite. Pouvait-elle vraiment se permettre d'attendre, au risque de laisser Mevan être en danger ? Mais ne risquait-elle pas de tout compromettre en fonçant tête baissée ? Si elle venait à être découverte, surtout dans une position aussi précaire, elle n'aurait plus le loisir d'aider personne. Elle devait peser soigneusement le pour et le contre. Le conducteur du chariot sembla tout à coup se souvenir de quelque chose, et il interrompit la guerrière dans son monologue intérieur :

- M'dame si ça vous ennuie pas, on pourrait pas discuter de tout ça dehors ? C'est que… on m'a dit de pas rester trop longtemps autour des corps… Mon prédécesseur a passé trop de temps ici, et il a fini par rejoindre la bande.

Il désigna du doigt un corps qu'il semblait reconnaître, sans paraître s'en émouvoir le moins du monde. Fréquenter trop longtemps les morts faisait souvent cet effet-là aux gens. Il reprit :

- Les guérisseurs disent qu'il faut pas trop s'en approcher, alors en général j'essaie de filer fissa. Ça vous ennuie pas ?


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Une page ne se tourne pas, elle se déchire EmptySam 22 Juin 2019 - 11:18
- J'aimerais bien m'dame, j'aimerais vraiment bien vous aider, aussi sûr que j'm'appelle Sanson. Ça c'est vrai oui. Mais les gardes laissent sortir personne, j'vous l'jure. Même pas moi. J'ai bien une permission spéciale, mais seulement à la nuit tombée. Et là… faudra encore encore quelques heures avant que j'puisse sortir. J'veux bien vous aider m'dame, j'veux vraiment bien, mais j'vous jure que j'peux pas.

Merde. Merde merde merde merde merde. Tant pis. Cet homme ne serait d'aucune aide avant la nuit mais il serait sûrement déjà trop tard pour Chance. Lithildren ne voulait pas perdre le Commandant, c'était hors de question. Elle pouvait bien aller aux portes, demander le Capitaine Erelas et lui expliquer la situation. La croirait-il ? Il l'avait laissée entrer une fois alors si elle disait que Chance était peut-être en danger par sa faute... Cela fonctionnerait. Mais en pleine journée, le risque était immense. Alors quoi ? Elle devait attendre la nuit qui était dans quelques heures et laisser les chances de revoir le Commandant, mort ou pire, augmenter ? Elle n'arrivait pas à se décider. Que fallait-il faire ? Que f...-

- M'dame si ça vous ennuie pas, on pourrait pas discuter de tout ça dehors ? C'est que… on m'a dit de pas rester trop longtemps autour des corps… Mon prédécesseur a passé trop de temps ici, et il a fini par rejoindre la bande. Les guérisseurs disent qu'il faut pas trop s'en approcher, alors en général j'essaie de filer fissa. Ça vous ennuie pas ?

Elle prit Reinil et sortit avec Sanson. Le jeune garçon respira à grandes bouffées l'air frais en dehors de l'entrepôt. Elle espérait qu'en couvrant un peu sa bouche et son nez, il ne serait pas infecté. Mais il était déjà sûrement trop tard pour lui. Peu importait. Elle prenait le risque. Lithildren garda le garçon près d'elle, comme si c'était son fils ou son protégé. Il était le second mais elle avait l'impression de le prendre pour le premier cas. Si Oropher était là... Approuverait-il l'affection entre les deux personnages ? Peut-être pas. Mais rien ne serait pareil s'il avait été là. Si Oropher était là, Chance n'aurait pas eut à craindre pour sa vie.

- Je n'ai pas jusqu'à la nuit, Sanson, dit l'Elfe soudainement. Mais convenons d'une chose : revenez ici à la nuit tombée avec votre permission spéciale. Si nous sommes ici, vous nous conduirez au camp à l'extérieur des murs, c'est là que nous nous rendons. Si nous ne sommes pas là, attendez quelques minutes dehors et repartez si nous ne nous présentons toujours pas. Je compte sur votre silence pour une chose précise : ne dites à personne que vous nous avez vu. Je vous en serai reconnaissante.

L'Elfe était fatiguée de courir et de réfléchir. On ne peut pas sauver tout le monde, oui. Mais on peut essayer. Chance méritait le risque, l'effort, la sueur et les pleurs. Elle et Reinil devait réfléchir soit à un autre moyen de sortir en pleine journée, soit d'attendre la nuit tombée dans les environs. Elle s'agenouilla devant le garçon et vérifia rapidement son état physique.

- Eh... ça va ? dit-elle avec beaucoup de douceur. Je sais que c'est... traumatisant. Je sais que je t'en demande beaucoup. Je sais que tu as peur, que cette vision t'a horrifié. Je suis passée par là, moi aussi, il y a longtemps. Je suppose que l'on s'y fait avec le temps. Cette image ne partira pas si tôt de ton esprit mais tu as le choix entre laisser la peur t'envahir et prendre le contrôle, ou bien l'accepter difficilement et vivre avec. Elle passa une main dans les cheveux du garçon puis prit son visage entre ses mains. Ferme les yeux et pense à une chose : un souvenir heureux. Quelque chose de beau, de fort et laisse cette pensée te réchauffer le cœur et l'esprit.

Elle attendit qu'il se soit calmé. Ils perdaient du temps, un temps précieux, mais la santé mentale et physique de Reinil importaient autant que celles de Chance, à la minute.

- Bien. Je vais te résumer la situation : nous devons aller au camp du mur. Nous avons le choix entre risquer de passer en pleine journée et passer grâce à Sanson à la tombée de la nuit. Je pourrais demander de l'aide au Capitaine Erelas, qui m'a fait entrer et qui est sûrement de notre côté. En revanche, les autres gardes risquent d'être aux ordres de Cereis et nous risquerions d'être abattus à vue. La sagesse et la sécurité pour nous deux me disent d'attendre la nuit. Néanmoins, j'ai peur de ce que Cereis peut faire à Mevan, si on attend aussi longtemps... Qu'en penses-tu ?

Elle ne voulait pas choisir pour lui mais avec lui. Les deux situations présentaient des risques immenses : les gardes inspectant le chariot, se faire abattre à vue par les gardes postés à la porte, qu'Erelas ne soit pas là... Reinil était jeune mais il avait l'esprit vif et un regard sur les choses qu'elle ne possédait pas. Elle avait la hâte et la guerre dans le corps, lui était plus réfléchit, calme et posé.

Non. Elle ne pouvait plus faire ce chemin seule.
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